Guerre du Pacifique : Épisode 5 – La double offensive dans le Pacifique (partie 2/2)

Dans la première partie de l’épisode 5, nous nous étions arrêtés en pleine double offensive des Américains dans le Pacifique. D’un côté, il y avait le général MacArthur dont la route sera le Pacifique sud-ouest, les Indes néerlandaises et les Philippines pour ensuite remonter au nord direction Tokyo. Et de l’autre, l’amiral Nimitz qui privilégiera la voie directe du Pacifique central, les îles Marshall et Mariannes pour enfin attaquer le Japon par Iwo Jima ou bien Okinawa. Les deux hommes sont en passe de réaliser leurs plans. Le premier a réussi à isoler la base japonaise de Rabaul en reprenant le contrôle de Bougainville et les îles Salomon, en avançant jusqu’au premier tiers de la Nouvelle-Bretagne et en débarquant sur les îles de l’Amirauté. Si l’amiral Nimitz rencontre des difficultés à reprendre les Gilbert en perdant de nombreux hommes sur l’île de Tarawa, les erreurs commises ne sont pas reproduites et la reconquête des Marshall se déroule sans accroche. Le danger que représentait la base de Truk dans les Carolines est écarté.

Dans cette partie, nous verrons comment le général MacArthur se trace un chemin vers les Philippines avec la conquête de Biak. L’amiral Nimitz est en bonne voie pour le Japon grâce à ses succès dans la bataille de la mer des Philippines et les conquêtes dans les Mariannes des îles de Saipan, Tinian et Guam.

De Biak à Guam

Objectif : les Philippines pour MacArthur

Pour reconquérir les Philippines, le général MacArthur doit se tailler une route vers le nord depuis la Nouvelle-Guinée où les Japonais contrôlent encore les ports de Wewack, Aitape et Hollandia (actuelle Jayapura). Le général Adachi est persuadé que les Américains visent Wewak vu sa proximité avec la presqu’île de Huon. Il renforce sa défense en basant 20 000 hommes.

En effet, Wewak est à 400 km quand Hollandia est à plus de 800 km. Ainsi, sur les 11 000 hommes sur Hollandia, il n’y a qu’à peine 500 combattants entraînés… Grâce aux écoutes et aux décryptages, les États-Unis connaissent les dispositions ennemies. Les Japonais sont totalement surpris lorsque, le 22 avril, les 24e et 41e divisions appuyées par les 5e et 7e flottes débarquent à Aitape et Hollandia. En sous-nombre, les défenseurs s’enfuient dans le désordre. 3 000 Japonais sont tués et 600 sont faits prisonniers. MacArthur vient de mettre la main sur 3 aéroports. Le prochain objectif est plus au nord-ouest vers l’île de Biak. Le 27 mai, la 41e division débarque et tombe sur 11 000 Japonais déterminés.

Infanterie américaine progressant à travers la jungle près de la baie de Tanahmerah (Photo de l’US Army / Domaine public)

L’ennemi sait le danger que représenterait l’occupation de Biak par les Alliés : les îles Palaos et les Philippines seraient à portée des bombardiers et l’invasion serait imminente. Une demande de renforts d’urgence est ainsi envoyée pour défendre Biak. Un « Tokyo Express » est prévu lorsque une opération dans les Mariannes de l’amiral Nimitz devient prioritaire. Le 16 juin, la redoutable escadre sous les ordres de l’amiral Ugaki, rassemblée dans les Moluques, ne pourra finalement pas soutenir le front de Biak et livrera une bataille décisive. La conquête de Biak demandera deux mois de combats où les Japonais lutteront jusqu’à leur mort sur une île de Biak truffée de galeries. Le 2 juillet, le 503e régiment aéroporté est envoyé sur l’île de Noemfloor, 100km à l’ouest. Fin juillet, les défenses japonaises sont balayées et les pistes sont opérationnelles : les Philippines sont dorénavant à portée des B/24 américains. Le général MacArthur avait promis de revenir (cf l’épisode 3 partie 1/2 sur l’avancée japonaise dans le Pacifique) et il tient là sa chance de tenir parole !

Bataille dans les Mariannes – Débarquement à Saipan

Les Mariannes avec ses 3 principales îles de Guam (anciennement américain), Saipan et Tinian, toutes deux sous mandat japonais sont des points stratégiques pour la reconquête du Pacifique mais aussi et surtout pour débarquer prochainement sur le sol japonais. Les bombardiers lourds américains seraient alors à portée du Japon assurant une victoire rapide et certaine.

Le 6 juin 1944, date du débarquement en Normandie, ce sont 127 000 Américains qui partent des Marshall pour mettre le cap au nord-ouest, pour les Mariannes. Depuis les Marshall et la Nouvelle-Guinée, l’aviation américaine couvre la TF 58 et neutralise les Carolines. La technique est bien rodée maintenant. Avant de lancer l’assaut, l’aviation prépare le terrain avec des bombardements intensifs. Puis ce sont les destroyers qui tirent pour couvrir les vagues de soldats au débarquement qui sont, eux aussi, couverts par le feu des bombardiers en piqué. Le 15 juin, 8 000 Marines des 22e et 4e divisions débarquent au sud-est de Saipan. Sur l’île, 32 000 Japonais les attendent : la bataille s’annonce sanglante ! 10% des effectifs seront hors de combat à la tombée de la nuit !

Les péniches de débarquement se dirigent vers Saipan (Photo de l’US Navy / Domaine public)

Les sous-marins américains donnent l’alarme. Deux cuirassés naviguent plein nord et une flotte importante remonte également vers le nord. Les Mariannes sont leur destination. L’amiral Spruance annule le débarquement prévu sur Guam pour concentrer ses forces sur Saipan. La 27e division d’infanterie est envoyée en renfort des Marines déjà présents sur l’île. Pour repousser l’invasion, l’amiral Toyoda a prévu de regrouper ses forces : la « flotte mobile » avec les porte-avions de l’amiral Ozawa et celle de l’amiral Ugaki et ses cuirassés géants Yamato et Musashi qui devaient initialement se rendre à Biak pour contrer la progression du général MacArthur. Avec les plus gros cuirassés en service au monde et 431 avions, les Japonais pensent engager et gagner une bataille décisive où cette fois l’empire du Soleil Levant sortira gagnant, pas comme à Midway… C’est oublier l’armada américaine, la TF 58 comptant 891 avions ! Outre le nombre, les amiraux Spruance et Mitscher peuvent compter sur la supériorité de leurs Hellcats sur les Zéros. Les pilotes américains sont aussi plus expérimentés : après les batailles dans la mer de Corail, Midway, les Salomon et en Nouvelle-Guinée qui ont eu un lourd bilan humain dans les rangs des pilotes japonais, le Japon ne peut plus compter que sur de jeunes recrues formées à la hâte !

Tableau des forces en présence :

🇺🇸 États-Unis 🇯🇵 Japon
Porte-avions : 15 9
Cuirassés : 7 5
Croiseurs : 13 21
Destroyers : 23 69
Avions : 891 431

Source : « La Grande Histoire de la Seconde Guerre mondiale – 6 juin 1944 : le jour J et la guerre dans le monde » de Pierre Montagnon – Chapitre 20 (p295)

La bataille de la mer des Philippines (19-20 juin 1944)

Carte de la Bataille de la mer des Philippines (19-20 juin 1944) (historicair pour Wikimedia Commons) (CC BY-SA 3.0)

Les stratèges japonais comptent appâter les Américains grâce aux porte-avions légers de l’amiral Kurita placés 150 km en avant. L’amiral Spruance, situant mal son adversaire, reste prudent. Pour ne pas découvrir Saipan, les navires américains rôderont donc au nord-ouest de Guam et resteront sur la défensive, préférant attendre que les Japonais se montrent à eux.

Le 19 juin, au petit matin, l’amiral Kurita envoie les hydravions en reconnaissance. Les chasseurs de la TF 58 les interceptent sauf un qui parvient à localiser la flotte américaine et revenir en informer son état-major. L’amiral Ozawa peut ainsi passer à l’attaque… Les quatre vagues principales connaîtront le même sort et la bataille sera finalement à sens unique… Les Américains la baptiseront « le grand tir aux pigeons » ! Grâce aux radars, les Hellcats chassent en meute et éliminent les Zéros. Ils prennent aussi en embuscade les avions japonais qui tentent de rallier leur base de Guam. Les autres pilotes de l’armée impériale qui cherchent à couler les navires se heurtent au mur de feu de la défense anti-aérienne. Les sous-marins américains ont aussi des proies à accrocher à leur tableau de chasse : le porte-avions Taihō, navire amiral le plus imposant de la flotte japonaise est torpillée et prend le fond à midi (seuls 500 marins seront sauvés sur les 2 150 membres de son équipage) ainsi que le Shōkaku, vétéran de Pearl Harbor, sombre lui aussi. A la tombée de la nuit, l’amiral Ozawa n’a plus que 100 avions et les Américains n’en ont perdu que 23 !

Bataille aérienne au-dessus de la Task Force 58 le 19 juin 1944 (Photo de l’US Navy / Domaine public)

La Task Force navigue vers l’ouest pendant la nuit du 19 au . Dès le levée du jour, le , des patrouilles sont lancées pour repérer la Force mobile japonaise. Ce n’est que vers 16h que l’amiral Mitscher reçoit un rapport indiquant clairement la position ennemie, à deux heures de vol de la Task Force. Plus de temps à perdre : le raid constitué de 77 bombardiers en piqué, 54 avions torpilleurs et 85 chasseurs est lancé à 16h20. Le soleil se couchant vers 18h30, le retour se fera de nuit. L’amiral Ozawa ne parvient à faire s’envoler que 35 chasseurs avec des pilotes expérimentés pour protéger sa flotte. Malgré le lourd avantage numérique américain, l’attaque n’a pas été un succès complet, la faute à des avions pour la plupart armés de bombes au lieu de torpilles. En 20 minutes, les Avengers réussissent à couler le porte-avions Hiyō. Les porte-avions Jun’yō et Chiyoda sont quant à eux endommagés par des bombes, ainsi que le cuirassé Haruna. Avec les réservoirs aux trois quarts vides, les avions retournent se poser sur leurs porte-avions et les jeunes pilotes s’inquiètent de devoir manœuvrer dans la nuit noire. L’amiral Mitscher, en dépit du risque, ordonne d’allumer les feux et pointe les projecteurs dans le ciel. Malgré la lumière pour les guider, il y a de la casse : 82 avions s’écrasent en mer ou lors de l’appontage. Bilan final après les secours : 16 pilotes et 33 aviateurs sont portés manquants.

Le porte-avions japonais Zuikaku (au centre) et deux destroyers manœuvrent alors qu’ils sont attaqués par les avions de la TF 58 le 20 juin 1944 (Naval History and Heritage Command / Domaine public)

Le 21 juin, la flotte de l’amiral Ozawa est repérée à 500 km. Faut-il lancer la TF 58 ou continuer la mission ? L’amiral Spruance opte pour les Mariannes et sécuriser les têtes de ponts. Si la victoire n’est pas totale puisque la majorité des porte-avions japonais ont pu se replier sur Okinawa, la bataille de la mer des Philippines est tout de même une belle victoire. En effet, presque la totalité des pilotes a disparu et l’armée impériale ne possède plus que des corps sans vie, ne pouvant plus renouveler les équipages disparus.

La conquête de Saipan et de Tinian

Avec cette victoire, l’offensive sur Saipan peut reprendre de plus belle, avec l’appui de l’aviation et de la flotte. Tinian et Guam viendront ensuite. A Saipan, ce sont deux divisions de Marines et la 27e division d’infanterie. Cette dernière ralentit les deux premières, « Sam le hurleur » est furieux et relève le commandant de la 27e DI. La bataille est âpre et les Marines donnent à différents points de l’île des surnoms qui donnent une idée de la dureté des combats : « Hell’s Pocket », « Purple Heart Ridge » et « Death Valley ».

Tant bien que mal, les soldats américains avancent vers le nord de Saipan. Le 5 juillet, le mont Tapotchau est pris. Le 7 juillet, à l’aube, le général Saito donne l’ordre à ses hommes de lancer une contre-attaque massive avant de se suicider par seppuku. A 4h45, 3 000 soldats japonais lancent alors une charge suicide sur la 27e DI. Armés uniquement de grenades et de baïonnettes mais déterminés à tuer « les démons américains », ils réussissent à percer les lignes américaines. Deux bataillons sont tués. Les Marines réussissent à arrêter la charge grâce à leurs obusiers de 105. Le 8 juillet, la résistance japonaise est acculée au nord de l’île et de nombreux Japonais (soldats et civils) se suicident en se jetant sur les rochers de Marpi Point. Le 9 juillet, à 16h 15, l’amiral Turner déclare Saipan « sûre ». Quelques Japonais continueront la lutte en se terrant dans des grottes et la jungle. Le bilan humain est lourd : du côté japonais, 24 000 soldats (ainsi que 22 000 civils) sont morts et 1 780 ont été capturés ; les Américains ont perdu 3 426 hommes et 13 099 sont blessés soit un taux de perte de 25 % des hommes engagés.

Après Saipan, le second objectif est de prendre l’île au sud, Tinian. Face aux 9 000 défenseurs, 16 000 hommes du V Amphibious Corps sont mobilisés. Le terrain facilitera les opérations pour les assaillants : en effet, l’île est relativement plate, couverte de champs de canne à sucre, avec seulement quelques hauteurs. Le débarquement a lieu le 24 juillet. Une attaque de diversion près de Tinian Town, au sud de l’île, permet de diviser en deux groupes les forces japonaises durant les premières heures de l’attaque. Grâce aux faibles reliefs de l’île, Tinian est prise en seulement 9 jours de combat grâce à l’utilisation des tanks et de l’artillerie. Le , les Japonais tentent une charge suicide qui n’arrive pas à percer les lignes américaines. L’île est déclarée sécurisée le . 13 000 civils japonais sont internés en camp de détention sur l’île. La petite île sera en la plus grande base aérienne du monde capable d’abriter 50 000 hommes et un millier de bombardiers B-29.

La reconquête de Guam

Plus qu’un intérêt stratégique, reprendre Guam aux Japonais est une question de fierté nationale pour les États-Unis. Guam leur appartenait depuis 40 ans  avant que le Japon ne s’approprie l’île en décembre 1941. Le débarquement a lieu le 21 juillet, à 8h30. Les Marines posent leurs pieds sur les plages d’Asan pour la 3e division et Agat pour la 1ère division (avec la 77e division d’infanterie), avec comme premier objectif de prendre le port d’Apra et l’aérodrome d’Orote. Dans la soirée, les Américains ont établi des têtes de pont d’environ deux kilomètres de profondeur.

Comme à Saipan, les défenseurs japonais utilisent le terrain à leur avantage pour lancer des assauts de nuit dans l’espoir de briser les lignes américaines. Les Japonais subissent de lourdes pertes. Du côté de la tête de pont de la 3e division, ce sont 3 500 cadavres japonais. Le bilan du côté américain fait état de 166 tués, 34 disparus et 645 blessés. Plus au sud, la 1ère division compte elle aussi des centaines de morts.

Au soir du 10 août, sur les 19 500 soldats japonais à Guam, seuls 1 250 seront faits prisonniers (les autres sont morts, c’est-à-dire plus de 95% des soldats sous les ordres des généraux Hideyoshi Obata et Takeshi Takashima sont morts). Les pertes du côté américain sont importantes : 1 744 tués et 5 970 blessés.

 

Que cela soit le général MacArthur ou l’amiral Nimitz, les deux concurrents américains à la course vers le Japon ont bien progressé dans leur objectif. Avec ses prises en Papouasie-Nouvelle Guinée, MacArthur se rapproche enfin des Philippines qu’il avait promis de libérer ! Après cette conquête, Okinawa s’ouvrirait alors à lui. Avec la reconquête de Guam et des Mariannes, l’amiral Nimitz se rapproche lui aussi du Japon. Le sol japonais est dorénavant à portée des bombardiers américains.

Dans le prochain épisode, nous aborderons la reconquête des Philippines ainsi que la bataille d’Iwo Jima qui fera couler beaucoup de sang…

 

Une de l’article réalisée avec une image de promotion pour le jeu Battlefield V ©Electronic Arts Inc.

David Maingot

Responsable Culture à JDJ et passionné de la culture et d l'histoire du Japon, je rédige des articles en lien avec ces thèmes principalement.

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