Tales of Arise, le renouveau de la saga

La saga de JRPG Tales of fait partie des grands classiques aux côtés des Secret of, Final Fantasy, et autres Dragon Quest. Si Tales of Symphonia est le premier titre que le public francophone ait découvert, les différents portages opérés au fil des années ont permis de rattraper notre retard sur les Japonais. La saga est connue pour son design très axé manga/anime, et c’est tout naturellement que beaucoup d’adaptations ont vu le jour sous ces formats. La série fête ses 25 ans cette année, et pour l’occasion Bandai Namco a sorti un nouveau titre : Tales of Arise, comme cela a été le cas pour les 20 ans de la franchise avec Tales of Zestiria. Le jeu a fait un gros démarrage, en cumulant plus d’un million d’unités vendues seulement quelques jours après sa sortie, le plaçant d’ores et déjà comme le jeu le plus vendu de la franchise aux 25 millions d’exemplaires. Que vaut réellement Tales of Arise ? C’est ce que nous allons essayer de voir ici.

© Tales of Arise Bandai Namco

Un jeu qui tire la licence vers le haut

Nous venons de le dire : Tales of Arise est parti pour être le Tales of le plus vendu de la saga pendant un moment. Mais ce succès n’est pas arrivé tout seul, et l’ambition du studio de développement était grande. Car Tales of Arise avait la tâche de donner plus d’ampleur à la licence, et de lui prêter des allures de triple A. La saga a beau être connue, elle n’en reste pas moins beaucoup plus confidentielle qu’un Final Fantasy.
Les graphismes ont donc fait un bond en avant, tout en gardant la formule qui fait un Tales of classique, à savoir des combats avec un système d’Artes (nous y reviendrons), et des saynètes de dialogues entre les personnages entièrement doublés. Le changement qui intervient dans Tales of Arise, c’est que ces saynètes profitent désormais du moteur du jeu, et ne se limitent plus à des images presque fixes des personnages en vue de face. Ces séquences ont la très bonne idée d’être dynamiques grâce à un découpage en case façon manga. Les « cases » apparaissent au fur et à mesure à l’écran et se grisent pour laisser la place aux suivantes. Le résultat est très fluide et marche très bien ! Plutôt que d’avoir de simples dialogues avec des silhouettes des personnages, c’est à présent l’occasion de mettre de la mise en scène dans ces séquences, laissant la possibilité aux personnages de « s’exprimer » un peu plus.

Visuellement, le jeu est très beau ! Les paysages parcourus sont colorés et vivants grâce au « shader atmosphérique », et le rendu cell-shading des personnages est plus que réussi. Les visages des héros sont également très expressifs durant les cinématiques et cela contribue beaucoup à leur donner vie. Chapeau au studio pour le résultat obtenu. Les doublages, très présents dans la licence, sont donc aussi de la partie, et parmi le staff japonais vous pourrez retrouver Yasuyuki Kase (Kankuro de Naruto) pour le personnage de Dohalim, ou Yoshitsugu Matsuoka (Soma de Food Wars, Kirito de SAO, Inosuke de Demon Slayer) pour celui de Law par exemple.

Tales of Arise

L’effet de peinture aquarelle apporte beaucoup de cachet aux décors !

Des points forts, et quelques couacs

« Pendant 300 ans, la planète Rena a imposé son joug sur sa jumelle Dahna, pillant les ressources de cette dernière, et dépouillant son peuple de sa dignité, de sa culture, et de sa liberté. Notre histoire commence avec Alphen et Shionne, deux personnes nées dans des mondes différents, qui cherchent à changer leur destin et tendent vers un nouveau futur.« 

Le thème en fil rouge qui découle de ce résumé parle d’esclavagisme, de racisme et du colonialisme d’un peuple sur un autre, avec toutes les envies de vengeances ou de réconciliations que cela peut amener. Sans être transcendant, le sujet a pour mérite d’être bien traité avec des personnages aux passés très variés. Le duo de Shionne et Alphen marche très bien, et l’attitude légèrement Tsundere de Shionne fonctionne. Mais c’est chacun de vos six compagnons qui seront travaillés et auront suffisamment de place pour se développer lors des nombreux dialogues. Car les personnages parlent beaucoup. Mais vraiment beaucoup ! À se croire dans un Visual Novel. Alors, c’est très bien car cela offre un contenu très vaste au joueur. Cependant, si vous déclenchez toutes les saynètes lorsqu’elles sont disponibles, l’overdose ne va pas être très loin. Ou tout du moins un cassage de rythme dans des phases où l’on préférerait passer à l’action (une cinématique, 3 saynètes, et une cutscene en l’espace de 2 pas, c’était trop oui).

Tales of Arise saynete

Les saynètes de la saga Tales of ont fait peau neuve pour le meilleur.

Le soin apporté aux personnages principaux est par contre fortement contrebalancé par le reste des habitants qui peuplent le monde de Tales of Arise. Les villes sont parfois désertes, et des PNJ (Personnage Non Joueur) sans saveur tiennent tout juste le rôle de figurant. Ce n’est vraiment pas un aspect qui est développé dans le jeu, et cela s’en ressent.

Pour rester dans les quelques points négatifs, notons que le jeu a parfois des problèmes d’écriture. Soit dans ce qu’il a à raconter (tout le chapitre de la rencontre avec Dohalim), soit dans sa manière de le faire (notamment à partir de la moitié du jeu). Cela peut être le point noir du jeu si vous êtes un joueur qui aime trouver de la cohérence dans les enchainements des événements. Certains choix sont bizarres et si le jeu est presque exemplaire graphiquement et dans la construction de ses personnages, il y a encore du travail à faire sur ces points.

Parlons enfin des séquences d’animation traditionnelles. Ces cinématiques animées commencent dès le lancement du jeu, avec un « opening » digne des meilleurs shônen du moment. D’autres séquences en animation 2D ponctueront le jeu, mais de façon très mineure car l’immense majorité des cinématiques utilisent le moteur du jeu comme dans la plupart des Tales of. Et ce n’est pas nécessairement un mal, car en dehors de la séquence d’intro, les autres animations ne sont vraiment pas au niveau. L’utilisation de séquences animées sert habituellement à l’inverse, et des jeux comme Tales of Symphonia mettaient justement en avant leurs magnifiques séquences animées pour palier aux limitations techniques du moteur du jeu. C’est d’autant plus dommage, que le studio s’est déjà occupé d’adaptations animées de la saga et faisait alors un travail remarquable. Exit donc les sakuga de Symphonia, et bonjour au travail sous-traité de Ufotable : si vous voulez voir une belle animation traditionnelle, passez votre chemin. Le jeu aurait plus profité de rester à 100% sur son moteur graphique qui fait très bien le travail, plutôt que de vouloir à tout prix arborer une mention « avec des vrais morceaux d’anime dedans« .

Cependant, soyons clair : s’il nous semble honnête de devoir relever ces défauts, Tales of Arise plaira aux fans de J-RPG, montre de jolies capacités graphiques, et son scénario conviendra au plus grand nombre. Les combats sont particulièrement efficaces, et c’est justement le prochain trait que nous allons aborder.

Tales od Arise

Le moteur du jeu offre un très beau résultat en cinématique, et les personnages y sont expressifs.

Let’s Fight !

Le second point fort du jeu, ses combats. Très dynamique, avec des effets visuels pour appuyer l’utilisation de vos techniques, les combats sont agréables à vivre, et les Attaques Bonus ainsi que les Frappes Bonus, bien que courtes, s’insèrent parfaitement dans le tempo des affrontements, pour les rendre d’autant plus énergiques en plus d’être du plus bel effet. Vous vous lasserez rarement de les déclencher.

Si vous êtes un habitué à la saga Tales of, vous retrouverez déjà les marques typiques du système de combat. Si par contre c’est votre première fois, comme ce fut le cas pour votre testeur ici présent, il va falloir vous remonter les manches et faire preuve de patience car le rythme d’apprentissage au début du jeu va être soutenu.
Combo, artes, maîtrise d’artes, usages d’artes, attaques bonus, hors limite, éveil, artes mystiques, stratégies, titres, points forts, puissance/résistance, campement, panneau de compétences, cuisine, pêche, le jeu ne vous laissera pas de répit durant son introduction sur toutes les fonctions à assimiler. Le cumul des informations à gérer peut vite nous perdre si l’on a pas encore parfaitement maîtrisé une fonction, et que le jeu nous en rajoute déjà une autre.

Et ce retard peut se faire ressentir encore assez loin dans l’aventure, pour d’autres raisons. Chaque personnage à son propre usage, et si l’on reste machinalement avec le même personnage en contrôle manuel, on risque d’en oublier d’apprendre à jouer les autres. Pourtant le soft ne nous restreint pas du tout dans la manière de vivre l’expédition : vous pouvez en permanence choisir le leader que vous contrôlez en exploration, ainsi que, et indépendamment, celui en contrôle manuel en combat. Ce qui ne vous empêche pas de pouvoir switcher en quelques clics pour un autre équipier en plein affrontement. De ce point de vue, et pour bien d’autres, le jeu est très personnalisable, et les combats on ne peut plus paramétrables.

En pratique, les combos seront une composante importante dans vos joutes. Pour enchainer les coups sur vos ennemis il va falloir réfléchir en avance à comment placer vos attaques. Jusqu’à 4 attaques normales sont possibles au sol ou en l’air, la Jauge d’Artes (JA) peut aller jusqu’à 9 unités, et certaines Artes propulsent l’ennemie dans les airs, tandis que d’autres les font redescendre. Vos JA se restaurent automatiquement, mais vous imposent d’arrêter un assaut, idem avec vos 4 attaques normales.
Voici donc le schéma classique que vous essayerez de placer : 4 attaques standards au sol, suivi de plusieurs Artes au sol dont la dernière est ascendante, 4 attaques standards dans les airs, plusieurs Artes en l’air dont une finale qui soit descendante, et de nouveau 4 attaques standards au sol. Tout cela en veillant à ne pas épuiser vos JA, et ne pas vous faire interrompre par une attaque ennemie. Vous en voulez plus ? Vous pouvez ponctuer ce combo d’attaques bonus de vos alliés, ce qui aura pour effet d’empêcher un combo de se rompre, mais aussi de restaurer une partie de vos JA.

Plus que jamais, il convient de garder ses cartouches pour le moment opportun. Faire de longs combos, et briser les défenses d’un ennemi sont des concepts essentiels pour libérer toute la teneur des combats. De ce point de vue, Tales of Arise tient presque d’un fighting game à la Tekken. Sans même parler des combinaisons à touches multiples ou des systèmes de combat spécifique (comme celui de Rinwell), des parades et esquives parfaites, voilà en quoi les combats de Tales of Arise sont exigeants.

Ne prenez pas peur pour autant : même en difficulté standard vous pouvez arriver au bout de vos opposants sans saisir toutes les ficelles, cependant vous aurez très certainement l’impression de passer à côté d’une partie du plaisir du jeu. En plus de tout cela, le jeu comporte quelques subtilités, comme les Artes spéciales de Rinwell qui se débloquent seulement en stockant certaines magies entre elles pour la première fois. Vous l’avez compris, les combats de Tales of Arise sont très riches !

 

Chacun son style, chacun son arte

Chaque personnage a son style de combat. Plusieurs Artes d’Alphen ont une version « épée ardente » : un appui sur une touche déclenche une technique et un appui long sur cette même touche déclenche sa version épée ardente qui consommera les PV du héros en échange de lourds dégâts. Son attaque bonus permet de mettre n’importe quel ennemi en état de choc.

Rinwell, la mage noir, a un système de charge et stock de sorts. Vous pouvez lui faire mettre des sorts de côté, que vous aurez préalablement chargé, pour les lancer ensemble. Lancer ensemble des sorts d’un même élément les fera fusionner et donnera naissance à un sort de niveau supérieur (même s’il ne fait pas partie de vos connaissances). L’attaque bonus de Rinwell est à enclencher lorsqu’un ennemi s’apprête à lancer un sort, et aura pour effet de l’interrompre, le mettre en état de choc, et en plus de lui voler son sort et lui renvoyer à la figure !

Shionne est la sniper et la healer du groupe, elle utilise des bombes aux divers effets et applique des altérations d’état à vos opposants. Ses bombes et munitions spéciales viennent renforcer ses Artes .En tant que tireuse, elle brisera les défenses des ennemis volant grâce à son attaque bonus.

Law en tant que pur personnage de mêlée exploitera son plein potentiel en enchainant les coups sans se faire toucher. Ses attaques deviendront alors de plus en plus puissantes. Après Alphen, c’est certainement le personnage le plus simple à prendre en main. Grâce à ses poings, Law met à terre les ennemis dotés de carapaces ou bouclier avec son attaque bonus.

Le système de Kisara tourne autour de son bouclier et de sa fonction de tank. De ce fait Kisara ne peut pas esquiver, et bloquera les attaques à la place. Lorsque vous faites une garde parfaite (bloquer juste au moment de l’impact) Kisara met l’ennemi à terre, voit ses Artes boostées, et bloquera encore mieux. Certaines de ses Artes auront des effets supplémentaires si elles sont lancées juste après une garde parfaite. L’attaque bonus de Kisara fonctionne comme une garde parfaite, et booste également les défenses de tout le groupe.

Second healer, Dohalim est aussi le plus multitâche. Capable de sorts offensifs, de buffs, et de soin, son attaque physique n’est pas en reste. Lorsqu’il exécute une esquive parfaite son bâton grandit, rallongeant encore sa distance d’attaque. Son attaque bonus est efficace contre les ennemis rapides.

Le jeu ne dispose peut-être que de 6 personnages, mais ceux-ci sont tellement différents et riches dans leurs utilisations que vous voudrez certainement tous les jouer.

Tales of Arise

L’équipe au grand complet.

Le système de soin peut dérouter lors de sa prise en main. Dans un RPG classique, le soigneur puise simplement dans ses points de magie pour lancer un soin. Dans Tales os Arise, chaque action spéciale, dite Artes, nécessite une ou plusieurs JA (jauge d’artes). Vos personnages commencent avec un max de 3 JA, qui se rechargent progressivement en combat après utilisation, et augmenteront ce maximum en évoluant. 3 JA ce n’est pas beaucoup quand on sait que même parmi les attaques des personnages, certaines actions en nécessitent déjà 3.

En parallèle de ce système, il y a les points de soin (PS). C’est un pot commun dans lequel tous les personnages peuvent puiser, et une magie de buff ou de restauration de Shionne ou Dohalim (puisque ce sont nos principaux mages blancs) utilise des JA et des PS. Impossible de se soigner sans eux donc (hormis à travers les objets), et avec un stock vide votre healer va vite se retrouver sur la touche. Les PS se restaurent dans les auberges ou les campements, et vous pouvez utiliser vos PS hors combat pour vous soigner. Avec un healer qui tape dans la réserve en combat, votre stock peut fondre comme neige au soleil et il faut donc faire très attention à son niveau. Heureusement certaines compétences peuvent pallier à cette avarie, comme par exemple « Restauration de PS après avoir mangé », apprise par Shionne dans un Titre dédié. Votre avancement dans le jeu vous donnera de plus en plus de cartes en main pour enrichir votre gameplay. Encore une façon pour le jeu de se démarquer de la concurrence, en approfondissement son gameplay.

Captures d’écran réalisées par Oliver BENOIT pour Journal du Japon © 2021 Bandai Namco
Jeu testé sur une version dématérialisée fournie par LU6.1

Tales of Arise est un bon jeu qui mérite son succès. Graphiquement il a su relever le niveau de la licence pour la faire passer véritablement dans la next gen, et magnifier ses combats qui étaient déjà connus pour être énergiques. Restent quelques détails qui l’empêchent de rendre une copie parfaite, mais il saura ravir la plupart des joueurs, ainsi que les fans de la franchise assurément !

Olivier Benoit

Présent sur Journal du Japon depuis 2013, je suis un trentenaire depuis longtemps passionné par l'animation traditionnelle, les mangas et les J-RPG. J'écris dans ces différentes catégories, entretiens également la rubrique hentai, et gère le pôle gastronomie. J'essaie de faire découvrir au plus grand nombre les choses qui me passionnent. @oly_taka

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