Hommage à Monokubo, l’artiste qui vivait au milieu des animaux géants

Aussi connu sous le pseudonyme Ariduka55, Monokubo est un artiste japonais plutôt mystérieux qui a réussi à conquérir le cœur de nombreux internautes grâce à sa série Mégalophilia mettant en scène un monde alternatif où les animaux sont gigantesques et vivent en harmonie avec les humains. La triste nouvelle de son décès le 24 janvier 2022 a frappé les fans et les amoureux de peintures. (Re)découvrons ensemble son art.

Monokubo, un artiste discret

Monokubo est un artiste dont on sait peu de choses sur sa vie et son identité. Si ses œuvres ont réussi à se faire une place et que nombre d’entre nous en ont déjà croisé sur les réseaux sociaux, l’artiste qui se cache derrière est si discret qu’on ne connait ni son sexe, ni son âge, ni sa situation. Bien que son compte Instagram indique Tokyo en localisation, on peut douter de cette information. Pour en savoir plus, il faut se rendre sur son Tumblr. Les archives nous montrent des publications débutant en juin 2015. On se rend compte qu’à ses débuts l’artiste s’orientait sur un style mélangeant architecture, dystopie et fantastique, le tout dans une ambiance assez sombre. On remarque d’ores et déjà un attrait pour les créatures gigantesques puisque certaines d’entre elles sont déjà présentes dans ses premières œuvres, mais elles ne sont pas au cœur de ses peintures qui proposent plutôt une histoire où l’on suit différents personnages lors de leurs périples.

© Monokubo

Petit à petit, les paysages de lave et les protagonistes désenchantés laissent place à d’incroyables panoramas et à des sourires. On voit alors les peintures évoluer tout doucement vers un univers plus doux tel qu’on le connaît dans Mégalophilia qui semble alors être le point de départ de son succès.

Là où les animaux règnent

© Monokubo

Paru en 2018 au Japon par le groupe Kudokawa, l’ouvrage Mégalophilia présente les œuvres de cette série sous la forme d’un artbook commenté par l’artiste. On y découvre un univers tantôt enchanteur tantôt ténébreux, où les animaux règnent par leur gigantisme. Monokubo pose ici les bases de son monde imaginaire : les humains vivent aux côtés des animaux, et c’est cette fois-ci à eux de s’adapter au monde que ces créatures protègent. Mais, comme évoqué rapidement, Mégalophilia n’est pas uniquement composé d’œuvres où règne l’harmonie, contrairement à ce que l’on peut lire dans différents articles sur le sujet. Les œuvres qui composent cette série oscillent entre douceur et effroi, avec des scènes d’une grande tendresse qui s’opposent à d’autres beaucoup plus sombres. L’ouvrage est en effet décomposé en 5 parties : « Daydream », « Blessing », « Idleness », « Fear » et « Underworld ».

Daydream (« rêve éveillé ») nous emmène dans une aventure aux côtés de 3 personnages, dont deux blonds qui semblent être frère et sœur et un dernier protagoniste, au rôle de protecteur, qui se cache sous un masque cornu, arme à la main. L’environnement semble apocalyptique, et nos héros vivent des rencontres plus ou moins joyeuses avec les créatures dominatrices.

Blessing (« bénédiction ») nous plonge en revanche dans un monde merveilleux où l’on observe différentes scènes d’un quotidien où l’harmonie semble avoir trouvé sa place. On peut alors y voir un immense panda et ses bébés, couverts d’habits de fêtes, réconfortants une femme en pleurs, valise à la main. Il y a aussi de nombreuses scènes de cododo entre de géantes bêtes poilues ou plumées et des humains en comparaison minuscules. Ou encore de simples moments de détente partagée entre ses êtres. Dans cette partie, les animaux réconfortent, protègent et accompagnent les humains dans leur quotidien.

Idleness (« oisiveté ») est dans la continuité de Blessing puisque la bonne entente est omniprésente, mais les humains et les animaux s’y rencontrent à l’occasion de chemins croisés, à l’inverse de Blessing où ils semblent déjà se connaître.

Fear (« peur ») dépeint un monde plus lugubre, où la cohabitation est fragile, puisque les humains semblent ici la subir, la domination étant particulièrement représentée. Il n’y a d’ailleurs pas que des animaux tels que nous les connaissons qui prennent la taille de titan, mais aussi des êtres hybrides terrifiants qui semblent aimer l’obscurité.

Enfin, Underworld (« monde souterrain ») propose un univers mélangeant l’harmonie et la peur, sur un ton plus féérique et magique que les précédents, où les paysages prennent une place très importante dans les peintures, plaçant les êtres vivants en second plan.

C’est finalement dans la première partie de son deuxième ouvrage, Mégasia, Story of Another Universe, publié en 2019 une nouvelle fois par Kudokawa, que Monokubo nous offre un monde plus utopique.

© Mégasia, Monokubo

On y suit une jeune fille errant au milieu de gigantesques animaux qui semblent l’avoir accepter parmi eux. Accompagnée d’un grand et majestueux loup-renard blanc et d’un oiseau bleu bien dodu, la jeune héroïne parcourt ce monde fabuleux à la rencontre des différentes créatures qui le peuplent. Bien que le texte (en japonais) contextualise la série Mégasia et ce que l’artiste a voulu nous transmettre à travers elle, on nous rappelle que cette aventure reste soumise à nos propres ressentis. Monobuko termine d’ailleurs son court écrit par une incitation à développer notre imagination à travers les aventures de ses 3 personnages. Que cherchent-ils ? Où vont-ils ? Pourquoi sont-ils ensemble ? Comment a commencé leur périple ? Et comment va t-il se terminer ?

La seconde partie de l’ouvrage s’intitule Mégalophilia 2 et reprend plus ou moins le découpage du premier volume. On passe alors de moments de tendresses à des scènes plus effroyables. Contrairement à Mégasia, il n’y a pas de fil conducteur entre les différents pages. On découvre ici différentes visions et facettes d’un même (ou de plusieurs, à chacun son interprétation) univers. Les scènes de cododo sont encore une fois très présentes, mais les rencontres non souhaitées ne manquent pas non plus.

© Monokubo

Inspiré par Ghibli ?

Lorsque l’on s’intéresse à Monokubo, on découvre tout d’abord l’univers animalier qu’il propose dans la grande majorité de ses œuvres. La comparaison avec les œuvres Ghibli est alors omniprésente : partout où l’artiste est présenté, on y voit citer le nom du studio. Pour autant, il est bien trop facile de limiter ses inspirations à Totoro et ses compagnons, comme s’ils avaient le monopole de tout ce qui touche aux animaux mignons, grands et enchanteurs. Tout d’abord, rappelons que l’artiste est japonais et que la mythologie japonaise est empreinte de créatures et de divinités à l’image des animaux. Les kami et les yōkai, par exemple, représentent à eux seuls tout un panel d’êtres fantastiques et fabuleux aux personnalités et aux desseins bien marqués. Le folklore nippon est si riche et diversifié qu’il semble évident de dire que le seul fait d’avoir grandi dans cette culture est une source d’inspiration primordiale voire primaire.

© Monokubo

On remarque également dans ses œuvres des inspirations plus larges comme les contes de manière générale, comme avec ce chaperon rouge qui se blottit contre le loup, rappelant sans mal le conte du Petit chaperon rouge.

S’il ne faut pas réduire ses inspirations au studio Ghibli, les œuvres de Monokubo ne résument pas à des animaux gigantesques. Comme nous l’avons évoqué plus tôt, l’artiste a exploré au début de sa carrière un univers fantastique et apocalyptique sur fond tantôt médiéval tantôt de science-fiction dans lequel il met en scène des personnages en voyage. Et c’est vers ce monde dystopique qu’il s’est à nouveau dirigé à la fin de sa carrière dans Replicare (2020). Il a ensuite renoué avec les animaux géants dans Mofumofu (2021) puis a conclu sa carrière sur un univers plus ténébreux dans Neshigami (2021), où l’angoisse prend place au sein de la campagne japonaise. Très discret, nous avons tout de même la chance d’avoir pour l’occasion de sa dernière parution une interview dans laquelle l’artiste indique avoir été notamment inspiré par le peintre polonais Zdzisław Beksiński et les monstres qu’il a laissé derrière lui.

© Monokubo

© Monokubo

Nous souhaitons grâce à cet article rendre hommage à cet artiste que nous affectionnions pour la diversité des univers qu’il peignait. Si vous ne le connaissiez pas ou que vous ne le connaissiez qu’à travers ses œuvres d’animaux géants, nous espérons vous avoir donné envie d’en savoir plus sur lui et de découvrir ses autres œuvres. Les artbooks de Monokubo ne sont pas édités en France, il faudra donc se tourner vers le marché japonais pour se les procurer.

Monokubo est un artiste mystérieux qui a caché son identité pour ne laisser sur le devant de la scène que ses œuvres. Oscillant entre plusieurs mondes, l’artiste a peint des toiles lugubres et angoissantes, des scènes d’aventures, des moments de tendresses entre des êtes vivants que tout oppose, de grandioses paysages… L’aventure, l’exploration et le fantastique semblent avoir été au cœur de ses inspirations et nous le remercions pour avoir partagé tout cela avec nous. 

Rokusan

Roxane, 26 ans, passionnée depuis l'enfance par le Japon, j'aime voyager sur l'archipel et en apprendre toujours plus sur sa culture. @_rokusan

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