« Si Le Monde Est Une Scène … », le drama qui revisite le théâtre Shakespearien

Un titre énigmatique, tout droit inspiré d’une célèbre citation de William Shakespeare : « Le monde entier est une scène, et tous, hommes et femmes, n’en sont que les acteurs. » Si la référence n’a sauté qu’aux yeux des puristes du dramaturge anglais, nombreux sont ceux qui auront deviné la thématique de ce drama : le théâtre. Journal du Japon revient sur cette série qui dénote.

Tout le casting en costume de théâtre
© Compte X (Twitter) @moshi_gaku

Direction le Shibuya des années 80

Si Le Monde Est Une Scène, dont le titre original est « Moshimo kono yo ga butai nara, gakuya wa doko ni aru no darou ?« , signifiant « Si ce monde est une scène, où se trouve la loge ?« , a été diffusé simultanément sur Fuji TV et Netflix. À l’instar de la chaîne locale japonaise qui proposait un épisode par semaine, la plateforme de streaming a diffusé la série à la même fréquence à partir du 19 octobre. Ainsi, si vous ne découvrez le drama que maintenant, vous aurez déjà accès à l’intégralité des 11 épisodes.

Dès les premières scènes, le spectateur plonge dans un Shibuya d’une autre époque en suivant les pérégrinations de Mitsunari Kube, metteur en scène renvoyé de sa compagnie de théâtre. Il débarque dans le quartier fictif de Happunzaka. Il est aussitôt happé par l’ambiance de la nuit, les néons, les couleurs criardes et une énergie d’une autre époque. La vibe rétro est partout, jusqu’à l’introduction des personnages principaux avec des titres à l’écran à leur première apparition.

Kube arrive par hasard dans ce quartier nocturne, caractérisé par ses bars enfumés ouverts jusqu’au petit matin, ses fêtards bruyants et enivrés par l’alcool, ses danseurs de rock, mais surtout par le théâtre WS, qui se révèle être une boîte de strip-tease. Le metteur en scène, muni seulement d’un sac contenant toute sa collection de livres de Shakespeare, la prunelle de ses yeux, comprend rapidement que c’est à Happunzaka que son destin va basculer.

Le personnage de Kube à gauche qui consulte une voyante concernant son avenir.
© Compte X (Twitter) @moshi_gaku

Casting et musique hauts en couleurs

Si Le Monde Est Une Scène tire sa force et son authenticité de son créateur, Koki Mitani. Ce dernier est lui-même dramaturge, scénariste, réalisateur et acteur. Il dirige également la compagnie de théâtre Tokyo Sunshine Boys depuis 1983, alors qu’il n’était qu’étudiant. Il est notamment connu pour Welcome Back, Mr. McDonald (1997), The Magic Hour (2008) et Kiyosu Kaigi (2013). Mitani est accompagné de Masaki Nishiura pour la réalisation des épisodes.
L’intrigue est directement inspirée de la propre vie du dramaturge, on ressent donc naturellement les codes du théâtre tout au long de l’histoire.

Si le spectateur est moins familier des grands noms de la réalisation au Japon, il ne manquera pas de reconnaître à la fin de chaque épisode la voix unique de Lila Ikuta, du groupe YOASOBI. Le groupe a signé la chanson Gekijô (劇場)signifiant littéralement « pièce de théâtre », pour le drama. La musique est entraînante et colle bien à l’ambiance générale de la série, arrivant toujours à point nommé dans les dernières minutes de chaque épisode, d’environ 45 à 60 minutes chacun.

Côté casting, on retrouve Masaki Suda qui n’est plus vraiment à présenter. Chanteur et acteur émérite, on souligne notamment sa performance bluffante dans le drama Glass Heart, également disponible sur Netflix. C’est lui qui endosse avec brio le rôle de Kube, ce metteur en scène égoïste, opportuniste et très caractériel, mais aussi passionné et ambitieux. Cette ambivalence du personnage est très bien mise en valeur par l’acteur. On aime détester cet homme agaçant qu’est Kube.
Suda est accompagné d’autres visages connus comme Ryunosuke Kamiki, qui a prêté sa voix à plusieurs personnages de Ghibli ou au héros de Your Name. Il n’est pas impossible que vous ayez déjà vu la plupart des acteurs dans d’autres productions disponibles sur Netflix : Kaoru Kobayashi, tête d’affiche de Midnight Diner : Tokyo Stories, Tasuku Sato, qui joue Lion dans Dans ma Tanière, et bien d’autres encore… Des personnes talentueuses pour incarner des personnages aussi atypiques que profondément humains, dans leurs rêves et leurs désillusions.

Affiche présentant une partie du casting du drama en 6 cases.
© Compte X (Twitter) @moshi_gaku

Quand Shakespeare rencontre le Japon des années 80

Le théâtre est un excellent médium pour faire passer des messages forts. Contrairement au cinéma, il n’y a pas de coupure, de montage : tout est sur le vif du moment, et chaque représentation d’une même pièce sera différente. Ainsi va la vie : chaque moment, chaque interaction est unique.
Dans Si Le Monde Est Une Scène, le théâtre est certes omniprésent, tel un fil rouge qui se déroule jusqu’à la fin, mais c’est surtout une toile de fond pour exposer les rêves, les peurs et les volontés de chaque personnage.

À travers le projet aussi ambitieux qu’utopiste de Kube, qui est de transformer l’ancien club de strip-tease du WS en véritable théâtre dédié à Shakespeare, on assiste à la transition des protagonistes aux univers aussi variés les uns que les autres. Tony, homme de main de la patronne véreuse et apparaissant comme un homme froid et sans émotion, se découvre une véritable vocation pour le théâtre. Juri, miko (prêtresse) du sanctuaire du quartier, voulant à tout prix fuir cet endroit, se retrouve bien plus impliquée qu’elle ne l’aurait pensé dans le projet. La palme de la reconversion la plus radicale revient tout de même à Ôse, l’agent du poste de police de quartier. En bref, chaque personnage est tiraillé entre ce qu’il veut, peut et doit faire. Entre non-dits, rivalité, frustrations, chaque dialogue est haut en couleurs et porteur de sens.

Tony, l'un des personnages du drama, jouant la comédie
© Compte X (Twitter) @moshi_gaku

La série dépeint le quotidien de personnes qui créent tout à partir de rien. Évoluant dans un monde hostile où tout peut basculer chaque jour, il n’y a jamais de temps à perdre. Ce qui est particulièrement intéressant, c’est ce paradoxe où Kube, metteur en scène talentueux quoiqu’un peu trop imbu de lui-même, s’entoure d’une troupe où quasiment aucun membre n’a d’expérience dans le théâtre. Et c’est ce qui va rendre ses réinterprétations de Shakespeare uniques, savoureuses, burlesques, mais surtout humaines. Et puis on admet avec un sourire que c’est assez dépaysant d’entendre tous les personnages-phares de Shakespeare en anglais japonisé.

Les quatre protagonistes principaux de gauche à droite.
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Si Le Monde Est une Scène est un drama qui sort de l’ordinaire, tant au niveau de son rythme saccadé et de cette ambiance de comédie un peu exagérée. Les événements complètement décalés s’enchaînent, avec un savant mélange de thématiques (tantôt film d’action, tantôt enquête, tantôt un brin fantastique…). On regarde finalement chaque épisode comme un acte de théâtre, avec des réactions volontairement surjouées pour attirer la sympathie du spectateur, et vraiment lui donner l’impression qu’après tout, ce monde pourrait bien être une vaste pièce de théâtre où nous serions tous acteurs. Mais alors, où se trouvent les loges ?

Marine Mellet

Je suis Marine, ou Rin sur le web. Je vis à Fukuoka, dans l'île de Kyûshû. Je suis professeure de français et de japonais et également Travel Planner spécialiste du Japon. Sur JDJ, je suis multi-thématiques, mais mes domaines de prédilection restent la pop-culture (dramas, musique, films ...), la gastronomie, les jeux de société et le tourisme. Bonne lecture :)

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