Télé-réalité : The boyfriend brandit l’étendard de l’amour gay
Par son genre, mais aussi, et surtout, par ses candidats, The boyfriend, disponible sur Netflix, esquisse un regard humain et chaleureux sur la communauté gay. Dans une maison, la Green room, la télé-réalité réunit des hommes attirés par d’autres hommes. Mettant l’amour et les couples gays au centre, là où ses pendants français et américain sont souvent généralistes, Journal du Japon vous propose de découvrir cette émission et ce concept… plutôt uniques.
Quand il est apprécié d’un point de vue occidental, le sujet de cette télé-réalité est clairement timide et réservé : un peu comme l’expression des sentiments émanant de la population nippone, comme des rapports humains que cette dernière entretient avec les étrangers. C’est là le but, mais aussi l’identité de cette production audiovisuelle.
Au démarrage de la saison, The boyfriend fait se rencontrer des hommes célibataires, qui sont attirés, sentimentalement et sexuellement, par des hommes. L’émission donne toute la place aux occupants et une voix à la communauté gay, plutôt que de simplement les inclure individuellement avec d’autres, hétéros le plus souvent.

Un concept de télé-réalité réussi
À l’image de son pendant généraliste, Terrace House, première télé-réalité du nom au Japon, The boyfriend arbore une appropriation atypique de la télé-réalité par l’audiovisuel japonais. Bien loin de la vague occidentale, de Loft Story ou Love Island par exemple, il est question d’un rapport fin aux relations humaines, sans aucune scénarisation. Au sein de la maison, les occupants ont un objectif : nouer des liens forts. Tout se déroule autour de lettres et de tête-à-tête pour faire connaissance ou, plus, pour que la flamme naisse, et lors de leur travail dans un coffee truck. Le but est, in fine, de trouver l’âme sœur, ou au moins de devenir amis.
Dans une première saison, The boyfriend réunit Dai (étudiant), Taeheon (designer), Ryota (mannequin et barman), Ginseng (coiffeur et maquilleur), Shun (artiste et DJ), Kazuto (chef culinaire), Usak (go-go dancer), Alan (informaticien) et Ikuo (vendeur de burgers). La plupart se retrouvent dès l’épisode un. D’autres arrivent au milieu de l’aventure et un, particulièrement, est présenté au détour de son métier de nuit (vous avez compris lequel). Tous ont entre 22 et 36 ans.
La seconde saison, hasard d’un dénouement, réintègre un ancien participant, Taeheon. Mais, la plupart des occupants de la Green Room en sont à leur première fois. Bomi (étudiant), Jobu (marketeur), Isaya (vendeur en informatique), Hiroya (directeur artistique), William (chef de projet informatique), Kazuyuki (vendeur en téléphonie), Huwei (jeune diplômé, en recherche d’emploi), Ryuki (étudiant) et Tomoaki (chef de projet informatique également). Le plus âgé a 40 ans, alors que le plus jeune a, lui, 20 ans.
Amour, confession… et disputes
Socle même de The Boyfriend, chaque participant prend le temps de se confier sur son parcours de vie. Pour le meilleur, comme pour le pire, il est question de coming-out, de vie en communauté, d’intégration au travail, d’acceptation familiale et amicale. En cela, il retranscrit une perception et un rapport plus apaisés à l’homosexualité. On est bien loin d’une approche dramatique souvent prônée dans les productions audiovisuelles, françaises notamment. À l’extérieur aussi, parfois, on les retrouve à parler de leur expérience (quand ce n’est pas d’amour) à la Green room, avec leurs proches ou de parfaits inconnus, à l’écoute…
À la réception de cette télé-réalité, dont certains participants ont des noms d’emprunt, la tristesse est souvent au rendez-vous. Elle s’accompagne aussi, façon grand-frère, de conseils et d’attention. Point d’orgue de cette quête amoureuse et dans le respect de la recette d’une telle émission, le temps est aux querelles, à la jalousie et aux agacements. Sentiments et humeurs qui se manifestent par des gestes repoussés, de la mise à distance, ou encore de la recherche d’attention.
L’exemple le plus criant étant celui où Shun, dans la première saison, a un comportement grognon car il n’a pas obtenu ce qu’il souhaitait de Dai. Un autre, encore, quand Isaya manifeste son malaise, dès qu’il ne comprend pas les intentions et propos de William. Et le public, japonais ou étranger, prend plaisir à regarder ces situations ordinaires, éloignées des clichés et des standards (de beauté, surtout), dans lesquelles il peut facilement s’identifier. Les stéréotypes et le surjeu étant absents dans l’attitude et la personnalité des participants, l’accueil n’y est donc que positif.

Du public et des commentateurs
Aux commentaires, marque de fabrique pour toute télé-réalité, cinq personnes découvrent le quotidien des occupants du lieu, en même temps que le public. Megumi, Yoshimi Tokui, Chiaki Horan, Durian Lollobrigida et Thelma Aoyama, pour toutes les citer. Comme le public peut le faire à son échelle, face à son écran Netflix, elles donnent leurs impressions. Elles commentent les coups de foudre, la confession des sentiments (et la confusion), les moments tristes ou encore l’échange de baisers. De même, elles expliquent des éléments qui pourraient ne pas être compris des néophytes occidentaux par exemple, sinon de spectateurs peu ou pas sensibilisés aux sujets de la communauté gay.
Comme les occupants de la Green room, elles ne cachent pas leurs interrogations et leurs émotions. C’est là la magie du filmage, les paillettes en plus. Car, oui, il y a une drag-queen chez les commentateurs de l’émission ! Au terme de ces vingt-cinq épisodes, répartis en deux saisons, des couples naissent et repartent main dans la main au terme d’une aventure de plusieurs semaines. On adore le show; touchant de romantisme et d’humanité !
Non scénarisée, sans personnages stéréotypés… Dès le premier épisode, The boyfriend joue la carte de la démarcation. En s’intéressant au quotidien de jeunes adultes, assez loin des standards, elle infuse de l’humanité dans les images, autant que dans les commentaires, au lieu d’être simplement une production en temps réel.
Dans son choix des occupants, tous gays, la télé-réalité est exclusivement axée sur cette communauté, ce qui est inédit et novateur. Le japonisme, lui, est transcrit au travers de la focale de la caméra, en insistant sur les traits et les situations proprement japonaises, de façon naturelle et sans surjeu. Rien à voir donc avec les émissions américaines et françaises, et c’est tant mieux !
