Rencontre avec Olga Rogalski : autrice du yaoi Les Larmes d’Anges

Rencontre furtive avec Olga Rogalski
© Photo Julien Tartarin

Autrice du yaoi Les Larmes d’Anges, sorti le 19 mars, Olga Rogalski est venue rencontrer ses lecteur.ices français.es au Salon du Livre de Paris 2009.

Nous avons rencontré Olga Rogalski, dans des conditions particulières, sur le stand du Salon du Livre puis par échange d’emails. C’est sa générosité que l’on retiendra et qui nous aura permis de revenir avec elle sur son parcours entre la Russie, l’Allemagne et maintenant la France, et son manga Les Larmes d’Anges. C’est a priori un yaoi comme les autres, mais l’artiste casse certains codes du genre pour nous livrer une histoire originale et surprenante à découvrir depuis le 19 mars 2009. Bien que rien ne soit encore décidé, elle nous confie espérer qu’une suite à ce premier tome voit le jour, lui permettant d’apporter la lumière sur le passé de Chagan.

Biographie : Olga Rogalski, d’origine russe et allemande travaille dans le monde professionnel du manga depuis maintenant quatre ans. Les Larmes d’Anges, un yaoi qui conte l’histoire d’amour entre un ange de la mort et l’homme dont il doit prendre la vie, est sorti le 19 mars dernier en France. C’est avec une histoire courte parue dans le collectif Manga Fieber qu’elle débute. Il y a eu ensuite Triple Witching Hour, une comédie fantastique chaotique, sa participation au projet Chibi avec Strike Back, une belle petite histoire d’amour, puis Les Larmes d’Anges. Elle publie également ses illustrations sur son site web sous le pseudo Ayane.

Tome 1 Les Larmes d’Anges © TOKYOPOP

Journal du Japon : Peux-tu nous présenter Les Larmes d’Anges ?
Olga Rogalski :
C’est l’histoire de Nicolas, un jeune homme qui assume plutôt bien son homosexualité, même si ça reste difficile à vivre dans une province comme celle de Bavaria. Après plusieurs expériences particulièrement douloureuses, et alors que son copain vient de mettre fin à leur relation, il baisse les bras. Il va tenter de se donner la mort mais sera sauvé par un inconnu. Chagan est en fait un ange de la mort envoyé pour récupérer l’âme de Nicolas mais ne peut s’y résoudre car il en tombe amoureux. Ont-ils un futur ensemble, je me demande…

JDJ : Comment est né ce projet ?
Olga Rogalski :
J’ai parlé de mon envie de faire un Boy’s Love à mon éditeur. Il a été surpris par cet intérêt soudain alors que jusque là je n’avais travaillé que sur des projets qui touchaient au fantastique, à la comédie, ou aux histoires d’amour. Pour je ne sais quelle raison, la plupart des gens pensait que je détestais les Boy’s Love alors que c’est tout le contraire, j’adore. Nous avons donc entrepris ensuite de définir un scénario. Je lui ai présenté plusieurs idées et nous sommes tombés d’accord sur Les Larmes d’Anges. La dernière chose qu’il restait à faire était le dessin.

JDJ : Parle-nous des personnages principaux de ta série…
Olga Rogalski :
Nicolas n’a rien d’un « uke » traditionnel _(désigne la personnalité d’un des héros dans le yaoi, dans le couple, c’est celui qui est soumis, ndlr)_. Il a réalisé très tôt qu’il était attiré par les hommes et assume son homosexualité. Il a été élevé par ses parents jusqu’à la mort de sa mère. Ayant une forte ressemblance avec sa mère, son père ne pouvait plus supporter de vivre avec lui, il a donc voulu le confier à un centre d’accueil. Le grand-père de Nicolas s’est interposé et a décidé de s’occuper de lui. Il s’installe donc chez le père de sa mère dans une petite ville. C’est là qu’il rencontre Julian, son premier petit copain. Lorsque son grand-père meurt, il voit en Julian son dernier recours. Leur séparation l’achève plus ou moins et c’est ainsi que l’histoire commence…
Chagan est plus mystérieux. Dans le 1er tome, on ne sait pas trop comment l’appréhender. La seule chose dont on est sûr est qu’il aime Nicolas et qu’il souffre d’avoir à choisir entre lui et son devoir. Il fait tout pour garder Nicolas en vie, même s’opposer à son ami Su-Su qui tente tant bien que mal de le raisonner en lui rappelant la sanction qu’il encours pour trahison : l’annihilation.

JDJ : Y a-t-il un personnage de ta série qui te ressemble ?
Olga Rogalski :
J’ai un trait de caractère commun avec tous mes personnages, je ne ressemble pas plus à un personnage qu’à un autre. Je peux être aussi passionnée que Chagan, possessive comme Nicolas, ou agressive comme Su-Su.

JDJ : Les Larmes d’Anges est un yaoi, quel est ton rapport avec la bande dessinée japonaise ?
Olga Rogalski :
J’ai grandi avec les films d’animation japonais. Quand j’étais petite, la télévision russe diffusait beaucoup de dessins animés japonais. Quand je les ai redécouvert en Allemagne, j’étais vraiment heureuse. Puis j’ai découvert le manga, ça a changé ma vie et ça continue. En ce moment, j’étudie le japonais à l’université. Bien que je sois suffisamment vieille pour être considérée comme une adulte, j’adore lire des mangas et regarder des animes. Je pense que je ne m’en lasserais jamais.

JDJ : Pourquoi avoir choisi de faire un yaoi ?
Olga Rogalski :
Je voulais faire un yaoi depuis très longtemps, mais jusque là aucun éditeur allemand ne s’y intéressait. C’est vraiment bien qu’on ait pu enfin trouver un accord.

JDJ : Penses-tu qu’une histoire d’amour entre un homme et son ange de la mort soit un fantasme populaire ?
Olga Rogalski :
Oui en effet. Une histoire d’amour saine, qui ne rencontre aucune difficulté particulière, aucun conflit, est un rêve pour beaucoup d’entre nous, mais les histoires vivent des conflits. Dans ce cas précis, les héros sont confrontés à un dilemme. Je pense que ce genre d’histoire attire beaucoup de monde et peut toucher n’importe quel lecteur de différentes façons.

Création exclusive d’Olga Rogalski pour les lecteur.ices de Journal du Japon.

JDJ : Quelles sont tes principales sources d’inspiration ?
Olga Rogalski :
La plupart de mes idées me viennent naturellement. Je ne cherche pas l’inspiration, elle me vient spontanément. La seule chose que j’ai à faire est de les travailler ensuite.

JDJ : Comment définirais-tu ton style graphique ?
Olga Rogalski :
D’après moi c’est un mélange entre le manga et un style plus réaliste. J’ai fait une école d’art pendant deux ans, ce qui a beaucoup influencé ma façon de faire du manga.

JDJ : Quel est ta méthode de travail ?
Olga Rogalski :
Je suis une artiste qui utilise aussi bien les méthodes de dessin traditionnelles que les nouveaux médias. Selon le projet, mon humeur ou l’effet que je cherche à donner, je me sers de différents supports et je travaille sans assistant.

JDJ : Tu participes à des groupes de travail en tant que tutrice…
Olga Rogalski :
Je travaille avec « Comicacademy », une école allemande qui propose des cours de bande dessinée. Il m’arrive aussi de donner des cours pour différentes organisations. J’adore enseigner et ça me remplit de joie de voir mes étudiants rencontrer le succès. Même après les ateliers, j’essaie de suivre leur progrès, de les aider et je suis sûre qu’un jour ils deviendront des professionnels.

JDJ : Qui sont les principaux artistes qui t’ont influencé ?
Olga Rogalski :
J’aime le travail de Kôyu Shurei, Azumi Tôru, Takeshi Obata et Satoshi Shiki. Je suis fan de Storm Constantine et Lian Hearn, mais aussi de littérature classique russe, allemande ou anglaise.

JDJ : Comment définirais-tu ton rapport avec tes lecteurs ?
Olga Rogalski :
C’est une question difficile… J’ai très vite laissé tomber l’idée de vouloir faire plaisir à tout le monde, c’est impossible. Je dessine selon mes envies et j’espère simplement que mes lecteurs apprécieront. La plupart d’entre eux sont gentils et me soutiennent, d’autres peuvent être très cruels, mais ça m’est égal. Si une personne souhaite faire une critique constructive de mon travail, qu’elle soit positive ou négative, elle est la bienvenue. J’ai beaucoup appris grâce aux retours de mes lecteurs sur mes premiers projets.
Lors du Salon du Livre, j’ai été très surprise par l’accueil des lecteurs français. Ils étaient tellement gentils et m’ont tellement encouragée ! Ils étaient attentionnés, parlaient anglais étant donné que mon français est quasi inexistant. Mes lecteurs français sont supers !

JDJ : Quel a été le retour des lecteurs par rapport à ton manga ?
Olga Rogalski :
D’après ce que j’ai entendu, il a été très bien reçu par la critique et se vend très bien. C’est un énorme soulagement !

JDJ : Pourquoi avoir choisi d’éditer ton manga en France ?
Olga Rogalski :
En fait, je n’ai pas choisi. Un jour, Tokyopop, mon éditeur allemand est venu me voir en me disant qu’un éditeur français voulait publier mon histoire. J’étais vraiment très surprise.

JDJ : Quel est ton rêve, qu’est-ce que tu aimerais réaliser ?
Olga Rogalski :
Il y a beaucoup de rêves que j’aimerais poursuivre, je veux pouvoir réaliser le plus de projets possible. Je veux finir l’université avec succès, partir un jour au Japon, y travailler et plein d’autres choses encore…

JDJ : Aurais-tu un message pour tes fans français ?
Olga Rogalski :
Vous êtes supers et grâce à vous je me suis inscrite au cours de français à l’université !

Pour aller plus loin :
http://www.ayane.de.vu (site)
http://jd-ayane.deviantart.com (devianart)

Remerciements : Olga Rogalski pour avoir pris de le temps de répondre à nos questions et pour le magnifique fanart.

Céline Maxant

En créant le magazine Journal du Japon en 2008, je cherchais à valoriser la culture populaire japonaise auprès du grand public. Je souhaitais aussi mettre en avant les pratiques artistiques amateurs autour du manga et de l'animation comme le cosplay, et à faire vivre les événements aux passionné.es via des articles de presse et des reportages photos.

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