Les Japonais de Karyn Poupée : Une société passée au peigne fin

Sorti en septembre 2008, Les Japonais de Karyn Poupée, décortique et analyse la société japonaise. Cet ouvrage de plus de 500 pages retrace l’évolution de ce peuple de la fin de la guerre jusqu’à nos jours.

Karyn Poupée observe le comportement des Japonais dans une supérette. Ce n’est pas la première fois, il lui arrive même d’y rester plus d’une heure. Cette fois-ci, elle est intriguée par une mère de famille qui vient de reposer un article sur lequel était écrit « chugokusan » (fabriqué en Chine). « C’est un travail permanent, je me nourris quotidiennement de tout ce que j’observe pour comprendre cette société, j’apprends chaque jour », nous confie Karyn Poupée, l’auteure du livre. Leur histoire, leurs comportements, leurs habitudes et leurs faiblesses, pendant deux ans, elle a travaillé sur l’écriture d’un livre qui déchiffre la complexité des Japonais. Avec Les Japonais, l’auteure raconte le Japon en s’appuyant sur des données officielles, des faits historiques et des observations quotidiennes. Le lecteur est plongé dans la société japonaise comme s’il y était. « Ce n’est pas un best-seller, juste un livre qui s’installe dans la durée et qui se vendra petit à petit », nous explique l’auteure. Se considérant comme journaliste avant tout, Karyn Poupée a souhaité rester très discrète sur l’écriture de cet ouvrage. L’idée originale de ce livre est née sous l’impulsion de son éditeur qui s’intéressait à ses recherches et à son travail depuis plusieurs années. Ce n’est que lorsqu’elle s’est sentie prête qu’elle a accepté de collaborer avec lui. Karyn Poupée nous donne à voir, à entendre et à comprendre. Une écriture fluide, agréable et un vocabulaire recherché rendent ce livre captivant.

Fascinée par la période des années post-guerre, cette journaliste de l’Agence France Presse (AFP) a trouvé judicieux de nous en parler dès la première partie du livre. « Je pense que la connaissance de cette période est essentielle pour comprendre la société d’aujourd’hui », raconte l’auteure. Elle explique la façon dont les Japonais ont surmonté l’échec de la Seconde Guerre Mondiale, comment ils ont redressé leur économie, et présente les personnes qui ont motivé la population et rendu ce miracle possible. Une fois les bases posées, l’auteure peut ensuite s’attaquer aux comportements des Japonais, leurs valeurs, leurs habitudes et leurs traditions. « Un pays ne peut pas aller bien si on ne pense qu’aux vacances ou à la retraite, comme ont tendance à le faire les Français », tranche Karyn Poupée, qui met en évidence l’existence d’un fossé entre la mentalité japonaise et française. Elle félicite ce souci propre aux Japonais de mieux faire pour le bien de l’entreprise et de l’économie et démontre qu’ils sont serviables, solidaires et respectueux. Tout juste perçoit-elle chez eux une angoisse agaçante et qui parfois peut s’avérer bloquante. Mais « on ne peut pas leur en vouloir d’être trop anxieux, quand on sait que cette anxiété leur sert de moteur pour minimiser les risques, tels les effets des tremblements de terre par exemple », souligne l’auteure qui peine finalement à trouver un défaut majeur aux Japonais.

Karyn Poupée

Les Japonais n’est pas un livre scientifique

Depuis 1996, date à laquelle elle est arrivée à Tôkyô, Karyn Poupée ne cesse d’observer ce qui l’entoure. Bien que son livre accorde une place de choix aux industries et technologies et qu’elle se soit basée sur beaucoup de données chiffrées, de rapports ministériels et archives diverses, elle a fait en sorte qu’il ne devienne pas un livre de chercheur. C’est pour ne pas noyer son lecteur dans les statistiques, qu’elle a parsemé son ouvrage de petites anecdotes appuyées sur ses propres observations. « Même si j’ai écrit un livre de 500 pages sur les Japonais, je considère que je n’ai toujours pas compris cette société », avoue Karyn. Aujourd’hui encore, elle se voit comme une étudiante qui ne cesse d’apprendre sur cette culture mystérieuse. « Le lectorat français de mangas rate sans doute énormément de choses s’il n’a pas assez de connaissances sur l’histoire du Japon », pense Karyn. La journaliste cherche en effet à toucher les lecteurs qui s’intéressent à la surnommée « culture populaire » japonaise (manga, animation, jeux vidéo, etc.), véritable phénomène en France, pour les aider à comprendre comment fonctionne la société japonaise. Lorsqu’on lui demande si son livre va être traduit, Karyn Poupée répond que ce serait un beau signe de reconnaissance de son travail. Pour le moment, il est disponible seulement en français dans la plupart des librairies et des sites de vente en ligne.

Pour aller plus loin :
cf. notre interview de Karyn Poupée
tokyo.viabloga.com (blog)

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