Samidare, la princesse qui voulait détruire la Terre…

Samidare tome 10

À l’occasion du 10e et dernier volume de Samidare, publié aux éditions « Ototo »:http://www.ototo.fr/index.php/serie/SAMIDARE-Lucifer-and-the-biscuit-hammer, Journal du Japon a voulu revenir sur cette série fantastique surprenante, menée d’une main de maître par son auteur, Satoshi Mizukami.

Catalogué shônen en France et seinen au Japon, ce titre aime brouiller les pistes en détournant les codes de l’aventure héroïque, en possédant une mise en scène classique pour mieux la contourner et, enfin, en voguant sur une narration riche et solide à la fois.

Samidare vient de s’achever en ayant réussi à tout dire ou presque… Il est donc plus que temps de vous présenter ce titre encore méconnu, avant qu’il ne quitte les rayons des libraires et ne sombre progressivement dans l’oubli.

Je vais détruire la terre… des mes propres mains !

« Un beau matin, je me réveillai avec un lézard sur ma couverture. Après quelques instants d’un pesant silence, il déclara : je me nomme Lord Noy Crezent, je suis un chevalier. Je suis venu sur cette planète afin de protéger notre princesse des forces du mal et implorer ton aide pour sauver le monde de la destruction.

Une journée ordinaire, en quelque sorte.« 

C’est ainsi que la vie de Yûhi Amamiya, alias Yû, change du tout au tout. Ce jeune étudiant a beau refuser la proposition du lézard, il finira par accepter celle de Samidare, la princesse en question, qui n’est autre que sa voisine !

Mais à quoi bon sauver le monde ? Après avoir perdu ses parents durant son enfance, Yû a vécu isolé de tous et de force, par la faute d’un grand-père tyrannique. Donc, aujourd’hui, il se moque bien de l’avenir de la planète et n’a guère envie de jouer le preux chevalier. Cependant, Samidare tient plus de la diablesse que de la princesse : si elle veut empêcher la destruction du monde par un ennemi mystérieux, c’est parce qu’elle veut la Terre pour elle toute seule, pour la faire disparaître de ses propres mains !

Samidare tome 10

Fascinée par cette jeune fille à la force extraordinaire et aux ambitions surprenantes, Yû accepte de prêter serment et devient l’un des douze chevaliers protecteurs de la Terre. Il a fort à faire puisque l’ennemi envoie des monstres, sous la forme de créatures de boue, de plus en plus puissantes.

Pour les combattre, il dispose d’un orbe qui lui confère des pouvoirs de télékinésie. Mais notre tout jeune chevalier est encore impuissant face à ces monstres et il serait déjà mort plusieurs fois sans l’aide de Samidare, puis de celle de ses nouveaux compagnons : Hangetsu, le chevalier Chien, Mikazuki le chevalier Corbeau, Nagumo le chevalier cheval et bien d’autres.
Douze chevaliers, une princesse, une reine et un ennemi mortel, dont les destins s’entrecroisent dans un flux de victoires et de défaites, de joies et de tragédies… Voici l’histoire du dernier combat pour la destruction de la Terre !

Qui es-tu réellement, Samidare ?

Samidare tome 1

Comme nous l’expliquions plus haut, un doute plane sur la catégorie de ce titre. Au Japon il est publié dans les pages du Young King Ours (Drifters, Sun-Ken Rock, Gangking), magazine de prépublication mensuel de la maison Shônen Gahôsha qui publie des titres seinen pour adultes et jeunes adultes.

Et pourtant, en surface, Samidare ressemble à un shônen : un jeune garçon devient l’un douze chevaliers au service d’une princesse qui veut empêcher la destruction de la Terre par un ennemi mortel, qui envoient des créatures de plus en plus fortes pour mener son projet à bien. Ce premier pitch pourrait même être un modèle du genre.

Les couvertures originelles de la série plaident, elles aussi, coupables : sur un fond blanc des plus basiques, quelques gros plans nous présentent les héros de l’aventure et fleurent bon l’amitié et la solidarité. L’éditeur français, Ototo, a donc opté pour une classification shônen.

Pour y voir un peu plus clair et jauger l’œuvre, il faut donc faire fi du résumé et de la couverture et s’aventurer dans la lecture des deux premiers tomes qui dressent un premier portrait de cet ouvrage, beaucoup plus sombre que prévu…

Samidare tome 1

On découvre un héros qui s’est accommodé de sa solitude depuis la mort de son père, la disparition de sa mère et une vie de reclus sous les ordres de son grand-père. L’héroïsme et l’aventure ne sont pas du tout sa tasse de thé, et son souhait le plus cher et de pouvoir indiquer R.A.S. dans son journal, jour après jour.

Samidare, la princesse, n’est pas mal non plus dans son genre : avant de recevoir ses pouvoirs et une nouvelle destinée, elle était atteinte d’une maladie incurable qui l’obligeait à vivre seule, entre différentes chambres d’hôpital et une maison souvent vide, avec une mère médecin qui s’est jetée à corps perdu dans la recherche d’un traitement et un père écrivain loufoque et souvent absent.

Malheureusement, l’arrivée de ces nouveaux pouvoirs n’ont fait que mettre sa maladie entre parenthèses : le jour où la lutte pour la sauvegarde de la Terre s’achèvera, elle redeviendra une jeune fille malade à qui il ne restera plus longtemps à vivre…

Samidare tome 10

Samidare et Yû forment donc un couple héros/héroïne peu commun, qui décident de prendre le destin du monde en main afin de pouvoir y mettre un terme. Les événements qui suivent dans les deux premiers tomes achèvent de brouiller les cartes : le chemin de Samidare et de Yû est complexe, pavé de doutes et de drames.

Yû est le seul au courant du désir secret de Samidare, et chacun de ses compagnons chevaliers pourrait bien, si leur quête est victorieuse, se retourner contre eux deux. Dès lors, ce manga ne va cesser de faire des aller-retour entre un manichéisme de façade et des conflits intérieurs plus subtils, qui viendront enrichir les différents protagonistes. D’autant que Yû n’est pas le seul à avoir des ambitions… contradictoires.

In fine, Samidare n’appartient pas à une seule des deux catégories et évolue entre shônen et seinen. C’est ce qui fait son originalité et l’une de ses forces. Pour en rendre mieux compte et après avoir longtemps négocié avec les ayants-droits japonais, les éditions Ototo ont fini par obtenir de nouvelles couvertures, plus sombres et plus représentatives de la série. Elle souffrait jusqu’ici d’un statut de shônen cliché qui refroidissait les lecteurs mais, depuis ce changement d’emballage et une relance de la communication sur ce titre, elle connait un succès d’estime grandissant.

Dommage alors, me direz-vous, qu’elle s’arrête à ce 10e tome, alors qu’elle se rapprochait des portes du succès ? Non, mille fois non, car toutes les bonnes choses doivent avoir une fin et la série a su proposer la sienne dans un excellent tempo.

Satoshi Mizukami, un mangaka avisé

Le temps tient une place à part dans Samidare et son auteur l’utilise à son gré dans la fabrication de son manga : l’histoire principale se déroule sur une année complète, ponctuée par les affrontements entre les chevaliers animaux et les marionnettes de boues. Si ces affrontements sont immuables et constituent la colonne vertébrale du récit, le reste est assez imprévisible.

La quasi totalité des personnages est connue dès la fin du 3e tome, évitant ainsi une succession de phases trop linéaire : nouveau personnage – description – interaction avec le héros – combat – morale. Même s’ils sont tous amenés rapidement, chacun possède sa personnalité, sa propre histoire et ses espérances. L’intérêt est que, avec toutes les cartes en mains, le mangaka change régulièrement son jeu au fur et à mesure de la série, dévoile chaque carte au moment opportun et n’hésite à recourir à quelques sacrifices pour l’emporter là où il veut.

Samidare tome 10

Et peu importe où les interactions avec ses personnages le mènent, car l’arrivée de chaque nouveau monstre sonne la fin de toute digression et l’heure de remettre le scénario sur sa ligne directrice.

Par une malheureuse habitude de mangaphile, on a tendance à s’inquiéter de la fin de l’histoire en arrivant au dernier tome. Mais la conclusion termine l’histoire de façon cohérente, à l’image des cycles des réincarnations que vivent les animaux des chevaliers. La boucle est alors bouclée. Satoshi Mizukami a dit tout ce qu’il avait à dire et il s’offre uniquement le plaisir d’un épilogue pour rendre hommage à ses personnages et ne pas les laisser dans l’inconnu.
Samidare propose donc une histoire originale et aboutie, avec des personnages à contre-courant des codes qu’ils sont censés incarner, et une mise en scène bien ficelée. Si, en ce début 2014, vous cherchez une nouvelle série d’aventure qui change un peu de l’ordinaire, voici un candidat tout trouvé !

Paul OZOUF

Rédacteur en chef de Journal du Japon depuis fin 2012 et fondateur de Paoru.fr, je m'intéresse au Japon depuis toujours et en plus de deux décennies je suis très loin d'en avoir fait le tour, bien au contraire. Avec la passion pour ce pays, sa culture mais aussi pour l'exercice journalistique en bandoulière, je continue mon chemin... Qui est aussi une aventure humaine avec la plus chouette des équipes !

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