[Interview] : coldrain, la douche hardcore japonaise

© GIL SOUNDWORKS

coldrain, c’est un peu le futur du métal japonais. Oscillant entre post-hardcore, metalcore et rock mélodique, le groupe écume les scènes depuis 2007, disséminant ses notes heavy à travers le Japon. Ayant saisi l’opportunité d’ouvrir pour le groupe Bullet For My Valentine, coldrain débarque enfin en Europe pour la première fois de leur carrière (et on l’espère, pas la dernière).
Lors de leur escale à Paris, Journal du Japon a eu la chance de s’entretenir avec Masato (chant), Y.K.C./Yokochi (guitare), Sugi (guitare et chœurs), RxYxO/Ryo (basse et chœurs) et Katsuma (batteur) pour une interview décontractée malgré l’imminence du concert. Toutes en anglais, c’est Masato qui a majoritairement répondu à nos questions, mais il faut saluer l’effort du reste du groupe (actuellement entrain d’apprendre la langue de Shakespeare) pour essayer de nous dire quelques mots, ou simplement écouter notre échange.

coldrain, une histoire de couleur

Journal du Japon : Salut les gars ! Alors, comment vous sentez-vous à quelques heures de votre concert parisien ?
Masato (chanteur) : on a vraiment hâte !
Super ! Entrons directement dans le vif du sujet : d’où vient votre nom « coldrain » ?
Masato : On voulait quelque chose qui ait l’image d’une couleur, et on a toujours aimé le bleu, alors on a d’abord pensé à mettre éventuellement le mot « bleu » dans notre nom, on trouvait que ça sonnait bien. On voulait quelque chose comme … comme majin buu !

« coldrain » peut renvoyer à une image un peu noire : pensez-vous que votre musique est justement « dark », ou pas du tout ?
Masato : Je pense qu’on va dans les deux sens. Je veux dire, la pluie peut être quelque chose qui vous rend triste, mais il y a toujours des pluies qui rendent heureux, comme lorsqu’on est enfant et qu’on joue sous la pluie. Donc notre nom représente vraiment nos deux côtés.

Qu’est-ce qui vous inspire pour composer et écrire ?
Masato : Pour l’écriture, la vie en général, mais notre inspiration nous vient pas mal des films, de ce qu’on peut voir à la télévision.

Et la musique ?
[ Masato se tourne vers ses camarades en répétant « music, inspiration ! » . Kastuma, le batteur, s’exclame alors en japonais « la musique ? je sais pas trop … ». Y. K. C, l’un des guitaristes, se met alors à tousser, puis un silence gêné s’installe. Masato, dans un éclat de rire, remercie alors ses camarades pour leur généreuse contribution en s’exclamant « Okay ! » , ce à quoi je rajoute « merci beaucoup ! » dans l’hilarité générale. J’enchaîne sur la prochaine question, qui les inspirera peut-être plus … ]

Dans votre musique, j’entends des groupes comme Thrice ou Thursday, donc quels sont vos mentors musicaux ?
Masato : wow ! … hum, j’ai toujours été un grand fan de nü métal, donc j’ai commencé avec plusieurs styles différents, du rap, des trucs du genre, mais je dirais que mes mentors sont des groupes comme Incubus … toujours avec beaucoup de « screamers » … Bert [MCCracken] de The Used pourrait être mon influence première, ou Chester [Bennington] de Linkin Park.

Je veux dire, ces gars peuvent chanter de deux façons différentes, et toujours avec émotion. Thrice est également un groupe très cool. Ce que je veux dire, c’est qu’on aime bien garder cette ambivalence, on veut vraiment que le public accroche à notre musique, donc on s’inspire de pleins de groupes différents.

Et vous les gars, quels sont vos mentors ?
RxYxO (bassiste) : Quand j’ai commencé à apprendre la basse, j’écoutais beaucoup de groupes comme Deep Purple, ce n’est qu’après que j’ai écouté des groupes de métal ou de nü métal.
Et aucun groupe japonais ?
Katsuma : aaahh ! B’Z !! (rires)
Masato : En ce qui concerne les groupes japonais, on écoutait plus des groupes de pop, et c’était quand on était jeune. J’aimais énormément Utada Hikaru par exemple.

© LōluPetite question difficile : pourquoi avez-vous choisi de devenir chanteur ou musicien ? [ le groupe s’exclame alors « oouhhhh … » ]

Masato : Quand j’ai monté mon premier groupe, on voulait juste copier les groupes étrangers, et comme j’étais le seul à parler anglais, c’est comme ça que je suis devenu chanteur. Je suis quelqu’un de timide, mais j’aime être sur scène, là-haut, et recevoir de l’attention … je veux dire, j’aime bien cette position centrale (rires).

Et pour vous autres ?
Masato, en parlant de Katsuma : il jouait tout le temps à des jeux vidéo de rythme, alors un jour je lui ai dit « pourquoi tu ne commencerais pas la batterie ? »
Katsuma, sur un ton ferme et définitif : Et c’est tout ! (rire général)

Puisqu’on parle de vos aptitudes, Masato, tu passes très facilement de ta voix hardcore à ta voix mélodique : est-ce que tu as un entraînement spécial ?
Masato : huumm … il faut juste y aller doucement après les concerts … en fait avant les concerts aussi. Prendre soin de ma voix avant d’aller me coucher, boire BEAUCOUP d’eau. Après bon, chanter, je le fais tous les jours, donc c’est une sorte d’entraînement en soi. Évidemment, j’ai perdu ma voix un bon paquet de fois, et là je commence d’ailleurs à la perdre … . Je veux dire, c’est assez difficile comme ligne de conduite, mais on s’y habitue.

La New Generation à la conquête du monde

One Ok Rock est venu à Paris l’année dernière pour deux concerts, et ils ont fait sold-out en 5 minutes, ce qui est assez dingue, cela n’était jamais arrivé auparavant ! Vu que vous êtes là aujourd’hui, est-ce que vous pensez que le temps est venu pour les jeunes groupes japonais de percer le marché occidental ?
Masato : Je pense que beaucoup de groupes de notre génération sont définitivement prêts à sortir du Japon et à faire carrière ailleurs. C’est notamment dû à un marché musical où l’offre est beaucoup trop importante, c’est difficile pour un groupe de percer et trouver des dates dans des salles. Donc je pense que c’est à cause de ça que des groupes comme One Ok Rock, CROSSFAITH ou nous, commençons à sauter le pas, et je pense que vous allez vraiment voir de plus en plus de groupes japonais !

© Lōlu

Justement à propos de CROSSFAITH, nous avons eu la chance de les interviewer récemment, et ils sont persuadés que le futur du métal est une combinaison d’électro et de métal classique. Comme on retrouve du synthé dans votre dernier album, prenez-vous le même chemin qu’eux ?
Masato : Mouais il y a de ça. Je veux dire, CROSSFAITH utilisent probablement l’électro pour mettre l’ambiance pendant leurs concerts, soulever les foules, mais notre utilisation est plus atmosphérique. Ça n’a pas vraiment d’importance que l’on s’en serve ou pas en fait, on n’essaie pas de devenir des pionniers. On a juste grandi avec pleins d’influences variables, et dans les bandes originales de films par exemple, il y a de plus en plus d’électro, donc indirectement on a envie d’ajouter pleins de sons différents à notre musique. Ce qu’on fera sera de toute façon très distinct de la voie qu’emprunte CROSSFAITH, mais je pense que c’est cool d’ajouter des sons de ce genre.

Big Brother is watching Japan

Pourquoi avez-vous choisi d’enregistrer vos derniers album et EP aux États-Unis au lieu du Japon ?
Masato : En gros, c’était difficile d’envisager le Japon parce que la plupart des albums que l’on adore n’ont jamais été enregistrés là-bas. Donc tout simplement, pour avoir le son que nous voulions, après avoir enregistré deux albums au Japon, il fallait aller aux États-Unis. C’était naturel, on avait vraiment une idée précise de ce que l’on souhaitait. Avoir un producteur pour le nouvel album était vraiment cool, et on en est définitivement ressortis grandi.
Est-ce que tu penses qu’il y a un manque du côté japonais ?
Masato : Plus qu’un manque, je pense que c’est surtout une différence d’expérience au niveau de la musique heavy. Il y a plein de disques de ce genre-là qui sont faits chaque année aux États-Unis, donc je pense que ça changera le marché japonais si l’on procède ainsi, on pourra rapporter pleins d’informations qui feront évoluer les choses … mais je pense que ça prendra du temps car il n’y a pas assez de groupes japonais qui ont cette démarche.
Aux États-Unis vous avez travaillé avec David Bendeth, racontez-nous un peu comment vous avez fait ça !
Masato : On a pris tous les CD qu’on aimait, et on a vu son nom un paquet de fois, donc on l’a juste contacté. Il travaille dans le New Jersey où il fait vraiment froid l’hiver, alors beaucoup de groupes ne veulent pas travailler dans son studio en cette saison. Du coup il était libre, on a fait une offre, et au final il était très content de travailler avec nous.

Est-ce que travailler à ses côtés a eu une influence particulière sur votre musique, une sorte d’évolution ?
Masato : Oui définitivement. Il nous a appris à faire sortir les choses qui étaient en nous et il a rendu notre son plus simple et plus massif. Il a une bonne vision du marché mondial, donc c’était vraiment bien d’avoir notre façon de penser bien japonaise et sa vision américaine combinées ensemble. C’était quelque chose de nouveau pour nous car c’était la première fois qu’on avait quelqu’un dans le groupe qui discutait nos choix. Être sous l’aile d’une personne avec tant d’expérience, c’était vraiment énorme… Je veux dire, il a 55 ou 58 ans, l’âge de ma mère, mais sa façon de penser la musique est vraiment moderne, il a tellement d’expérience !

coldrain, le live avant tout

Malgré votre très courte carrière, vous avez déjà sorti un DVD live. Il semblerait que les lives soient plus importants que tout pour vous, pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?
Masato : Dans un certain sens, on n’est jamais satisfaits. Je veux dire, on adore évoluer, donc plus on fera de concerts, meilleur on deviendra. On adore également rencontrer de nouvelles têtes, c’est d’ailleurs pour ça qu’on est là maintenant … En fait, une fois que tu commences à faire des concerts, tu ne peux plus t’arrêter, c’est impossible.
C’est votre première fois en Europe, comment trouvez-vous le public européen ?
Masato : Tout le monde semblait vouloir passer un bon moment. A notre premier concert à Londres, tout le monde voulait faire la fête, bouger à fond … alors je pense que c’est définitivement cool, même pour nous, d’être ici pour la première fois, on veut vraiment s’amuser avec le public !
Est-ce que vous sentez une différence avec le public japonais ?
Masato : Beaucoup de gens ne connaissent pas encore nos chansons, donc ça fait quand même une grosse différence !
Dernière question : est-ce que vous pensez revenir bientôt en France et/ou en Europe ?
Masato : wwwoowww … En fait on a aucun projet … pas ENCORE, mais on est déjà sûrs de vouloir revenir oui, c’est certain !
Merci beaucoup !
Masato : Merci à toi !

© Lōlu

C’est donc avec impatience que coldrain était attendu : par JDJ, mais également par un petit groupe de fans massé sur le premier rang, prêt à tout pour encourager nos cinq compères.
Dès leur apparition sur scène, des cris fusent de part et d’autre de la fosse, preuve en est de la petite popularité du groupe parmi les connaisseurs. Commençant leur set par l’explosive No Escape, coldrain déversent leur post-hardcore avec puissance. Les bras ne tardent pas à se lever aux rythmes des paroles, et un sourire imperceptible se dessine sur les lèvres de Masato : ce soir, clairement, ils sont bien décidés à retourner l’Olympia.
Sans temps mort, le groupe enchaîne avec The Revolution, titre aux accents metalcore, et réveille du même coup la salle : les coreux terrés vers le fond forment rapidement un circle pit, et le premier rang n’est plus qu’une masse remuante de cheveux plus ou moins gras.
coldrain de leur côté donnent absolument tout : Sugi et RxYxO sont surexcités et passent leur temps à courir sur scène en grattant furieusement leurs instruments pendant que Y.K.C. balance tranquillement ses riffs avec dextérité et précision. Katsuma, notre joueur de tambours électroniques, a bien fait d’écouter le conseil de Masato, et se transforme littéralement en bucheron une fois ses baguettes en main. Rapidement, trop même, arrive la dernière chanson, Inside of Me. Pour l’occasion, Masato ne demande rien de moins qu’un petit wall of death. Autant faire les choses correctement et proprement, n’est-ce pas ?
En une demi-heure de temps, coldrain a réussi l’exploit de chauffer à blanc un public parisien pourtant peu réceptif aux premières parties. Aux vues des cris et cornes tendues à la fin du set, nul doute que le groupe a conquit les fans de Bullet For My Valentine, prouvant qu’il va falloir compter sur eux pour les prochaines années !
Retrouvez toutes nos photos du concert dans notre galerie.

Setlist du 5 février à l’Olympia :
1. No Escape
2. The Revelation
3. Die Tomorrow
4. Voiceless
5. The War is On
6. Inside of Me

Vous pouvez suivre le groupe sur leur page Facebook et Twitter, ainsi que vous procurer gratuitement (et légalement) le titre Inside of Me par ici.
Nous remercions vivement coldrain pour nous avoir accordé un peu de son temps, ainsi que leur tour manager Greg Duncan pour sa gentillesse et sa sollicitude, et plus largement Raw Power Management.

Crédit photo : ©Lōlu Photography

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