À la découverte de Yoshiaki Manabe, la guitare de The Pillows

En marge des stars annoncées de Japan Expo 2014, d’autres ont fait le déplacement plus discrètement, afin de rencontrer leur public au Parc des Expositions de Paris Nord Villepinte. Dans le monde de la j-music, c’est la venue de Yoshiaki Manabe qui a tout de suite retenu notre attention. Et oui, vous l’avez peut-être manqué, mais le guitariste principal du groupe de rock The Pillows était bien là.

Yoshiaki Manabe - photo P. Ozouf ©journaldujapon.com

Invité par la société « Sago Guitars »:https://www.facebook.com/Sagonewmaterialguitars.eng?fref=ts dont il est l’un des ambassadeurs, le quinquagénaire nous a fait profiter de son rock planant pour deux showcases sur la trop petite Saiko Stage, mais il a aussi accepté de nous accorder un entretien, pour porter un regard dans le rétroviseur sur sa carrière et nous faire profiter de son expérience.
Portrait et vision d’un vieux routard du j-rock, éternel fan de Bob Marley
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Get Up, Stand Up…

Né le 2 octobre 1962 en Hokkaido, le jeune homme que ses amis d’enfance appelait Pee-chan, pour sa ressemblance avec le personnage Snoopy, débute officiellement sa carrière dans les années 80, en 87 pour être exact. Son premier groupe se nomme PERSIA, un hair metal band, ce style de groupe qui a marqué les années 80 par leur longue chevelure, leur t-shirt noir ou leur bandana et qui a pullulé au Japon durant cette décennie.
La formation se sépare au bout de deux ans mais Manabe ne va pas rester longtemps inactif car le bassiste Kenji Ueda embarque le chanteur Sawao Yamanaka pour créer un nouveau groupe et invite notre guitariste à les rejoindre. Le 16 septembre 1989 naissait The Pillows.

The Pillows - photo Flumpdumps

The Pillows est le groupe principal et toujours actuel de Yoshiaki Manabe et il y joue depuis 25 ans le rôle de guitariste, tout en participant aussi au mixage des albums. Celui que ses comparses de The Pillows appellent Pisuke a suivi les nombreux styles expérimentés par le groupe à travers l’écriture et la composition de l’excentrique Sawao. Les années 80 et 90 sont l’occasion pour le groupe de s’essayer au rock alternatif tinté de punk, de jazz ou d’électro.
A la fin des années 90 c’est avec un son – tantôt influencé par le rock US, (Weezer ou The Pixies), tantôt par la musique anglaise, (The Beatles, The Smiths) – que The Pillows connait le succès. Il arrive jusqu’à nos oreilles avec la bande-son du célèbre anime du studio Gainax , FLCL aka Furi Kuri, dont il signent l’iconique Ride on Shooting Star. La notoriété du groupe dépasse alors les frontières nippones.

Exodus

S’en suit une carrière internationale, aux Etats-Unis essentiellement, mais aussi un tournant pour Manabe. Il démarre en parallèle une seconde carrière avec Nine Miles. Ce projet solo est nommé en l’honneur de sa plus grande idole, la légende Bob Marley, en clin d’œil à la ville de Jamaïque où ce dernier est né. On va cependant bien plus loin que l’hommage car Manabe garde sa guitare mais s’éloigne du rock pour le reggae en multipliant les effets de reverb et transformations électroniques typique de ce genre musical. Jugez par vous même avec In a Silent Way, l’un des rares clips de Nine Miles :

L’aventure Nine Miles dure 11 ans et accouche de 3 albums, avant que Manabe ne change de route en 2012, en officiant depuis sous son propre nom et en revenant à un son plus rock, celui qu’il nous a proposé pour ces showcases d’ailleurs. Sa guitare est toujours accompagné de teintes d’électro mais elle se rapproche désormais des grandes balades rock des années 80 et 90 avec riffs mélodique et aérien, sans s’interdire des digressions parfois plus pop et folk. Un son personnel qui sonne comme un premier aboutissement après 27 ans de carrière, qui a encore tout un avenir devant elle. Un son et un voyage assez bien résumés dans le morceau TIME MACHINE, ci-dessous :

Buffalo Soldier

Même s’il est difficile de résumer Yoshiaki Manabe en quelques minutes d’interview, entre sa carrière personnelle et celle de The Pillows, ses influences rock, punk ou reggae, nous avons voulu au moins profiter de son expérience et sa façon d’aborder, hier comme aujourd’hui, sa vie de musicien.
Journal du Japon : Bonjour Manabe-san… Vous êtes à la tête d’une longue carrière, est-ce que vous diriez que votre travail d’artiste est plus facile maintenant, avec l’expérience, ou que c’est plutôt l’inverse ?
Yoshiaki Manabe : Je dirais que c’est plus difficile maintenant. Avec plus de vingt ans de carrière derrière moi, j’ai pu essayer pleins de choses diverses et variées et nous avons créé beaucoup de morceaux différents, donc je n’ai pas envie de décevoir les gens qui ont aimé notre musique en proposant quelque chose de moins bonne tenue. Du coup je me concentre sur la qualité, mais c’est toujours plus difficile de s’améliorer ou de proposer plus original à chaque nouveau morceau, donc je dirais que chaque future projet est toujours plus dur que le précédent !
D’ailleurs, quand on me demande mon album ou mon single préféré dans ma carrière, je cite toujours de celui que je vais sortir, car je mets énormément d’énergie dedans donc c’est toujours celui-là mon préféré. (Rires !)

 

Yoshiaki Manabe au stand Sago Guitars - photo Lōlu ©journaldujapon.comEt d’où provient l’inspiration après toutes ces années ?

L’inspiration vient en jouant en fait, à la guitare la plupart du temps. Cela peut venir aussi en jouant du piano ou en fredonnant quelque chose quand je me ballade dans la rue mais c’est surtout comme ça que ça vient, une mélodie en entraînant une autre…
A vos débuts, The pillows proposait un style proche du rock alternatif, mais vous avez touché à énormément de genres musicaux depuis. Donc, après toutes ces années comment définiriez-vous le style musical de The Pillows ?
Quand nous avons commencé notre carrière, les rocks alternatif et indépendant étaient en plein essor au Japon mais aussi dans le monde. Forcément, à nos débuts, nous cherchions de nouvelles inspirations, et ça nous a forcément influencé, mais ce n’était qu’une inspiration à un moment donné. Nous avons continué de chercher quel genre de musique nous correspondait en prenant telle ou telle chose dans différents style de musique, en essayant le rock, la pop anglaise, le punk, le jazz via différentes influences. Ce qui a toujours primé c’était de voir plus loin, de réfléchir au morceau d’après pour en faire quelque chose de nouveau, d’original.
En plus, avec les années, je ne définirais plus vraiment ma musique ou celle de The pillows avec un style en particulier. Comme je le disais plus haut nous avons joué beaucoup de morceaux différents à travers les années, dans différents genres musicaux, donc ce serait de toute façon impossible de résumer ça sous une seule étiquette. En nous affirmant, je pense que nous nous sommes détachés d’une style ou d’un autre, pour avoir notre propre identité, celle de The Pillows.

Yoshiaki Manabe en showcase - photo P. Ozouf ©journaldujapon.com

Beaucoup de personnes vous connaissent pour votre travail sur Furi Curi, quels souvenirs gardez-vous de cette collaboration ?
Je me souviens surtout de l’impact qu’a eu cet anime sur notre groupe. C’est monsieur Tsurumaki, le réalisateur, qui est venu nous chercher pour travailler sur l’anime, ce qui nous a beaucoup surpris au début car notre musique ou notre statut de petit groupe local ne nous destinait pas forcément à ça. Mais en nous investissant dans le projet et en créant des morceaux spécialement pour l’anime, nous avons pu créer des titres plus wild que ce que nous faisions d’habitude, sans doute pour coller à l’ambiance un peu folle de cet anime. FLCL a fait évoluer notre notoriété mais aussi notre musique, et c’est surtout pour ça que je suis reconnaissant envers monsieur Tsurumaki.
En plus des évolutions artistiques que vous et The pillows ont pu connaître, comment vivez-vous les évolutions du marché de la musique de ces dernières années ?
Disons que nous avons fini par changer de modèle, et même si le nouveau modèle n’est pas vraiment défini, on commence à voir ce qu’on doit y apporter, ce qui change pour nous. Avant, on commençait par faire des CD puis on allait à la rencontre de notre public pour échanger avec eux et nous faire connaître. Les CD et les concerts étaient les deux uniques façons d’exister.
Maintenant tout le monde peut écouter notre musique, c’est devenu un média beaucoup plus accessible. Mais pour nous c’est devenu plus compliqué, car disparaît du même coup la visibilité que nous apportait la sortie d’un album ou d’un single, mais aussi parce que tous les morceaux sont noyés dans la masse de musique disponible. C’est donc désormais aux artistes de compenser cela en essayant de se faire connaître, que ce soit via internet ou en accentuant notre travail sur les concerts qui sont devenus très importants … Ou encore en allant dans des festivals à la rencontre du public, comme je le fais ici par exemple !

Emilie Simon à Rock en SeineParlons un peu des autres pour finir… Qu’est-ce qu’il y a dans votre playlist en ce moment, quels sont les artistes que vous appréciez ? Simon, j’adore ce qu’elle fait même. D’ailleurs je suis venu en France dans l’espoir de pouvoir un jour collaborer avec elle. Do

J’aime beaucoup Emilienc il faut le lui dire, je compte sur vous : JE VEUX TRAVAILLER AVEC EMILIE SIMON S’IL VOUS PLAIT, ANYWHERE ANYTIME ! (Rires)

Et pour la dernière question est-ce que vous auriez un conseil pour un jeune groupe ou artiste qui rêverait d’avoir une carrière similaire à la vôtre ?
La musique est quelque chose qui évolue sans arrêt, tous les jours. Il est impossible pour un musicien de constamment suivre tous ces changements, ce mouvement incessant. Mon conseil serait donc de ne pas suivre ces tendances, d’être original et de tracer sa propre voie. Si vous copiez un style de musique parce qu’il est populaire, la mode finira toujours par passer et on vous oubliera car vous ne vous êtes pas distingué des autres … Ne cherchez pas ce que font les autres groupes ou artistes, cherchez plutôt votre façon de faire la musique et, surtout, ne vous arrêtez jamais de chercher … Keep on looking !
Le message est passé, merci !
Vous pouvez suivre Yoshiaki Manabe sur « son site officiel »:http://yoshiakimanabe.com/ et jeter un œil au compte « You Tube »:https://www.youtube.com/channel/UCIWYkm_j9XaPRCbH-Lo9QGQ. Concernant The Pillows, retrouvez les sur leur « site officiel »:http://pillows.jp/p/, leur page « Facebook »:https://www.facebook.com/thepillowsjpn ou leur compte « Twitter »:https://twitter.com/thepillowsJPN. Vous pouvez également en apprendre davantage sur « Sago Guitars »:https://www.facebook.com/Sagonewmaterialguitars.eng?fref=ts via leur site internet ou leur page « Facebook »:https://www.facebook.com/Sagonewmaterialguitars.eng/info. Jetez notamment « un coup d’œil à la fabrication »:https://www.facebook.com/media/set/?set=a.237284273104446.1073741846.173450946154446&type=3 de **Rutile**, la guitare de Manabe !

Retrouvez toutes nos photos du showcase de l’artiste dans notre galerie.

Remerciements au souriant Yoshiaki Manabe pour son temps et sa bonne humeur, ainsi qu’à Satoshi Takayama, le président de Sago Guitars, et à notre interprète pour la mise en place de cette interview

Paul OZOUF

Rédacteur en chef de Journal du Japon depuis fin 2012 et fondateur de Paoru.fr, je m'intéresse au Japon depuis toujours et en plus de deux décennies je suis très loin d'en avoir fait le tour, bien au contraire. Avec la passion pour ce pays, sa culture mais aussi pour l'exercice journalistique en bandoulière, je continue mon chemin... Qui est aussi une aventure humaine avec la plus chouette des équipes !

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