[Interview] Crunchyroll : la transformation du marché japanime

Crunchyroll

Si le marché français du manga fêtait sa 26e année sous le signe de la reprise, celui de la japanimation continue une révolution entamée depuis plusieurs années : un marché physique de plus en plus délaissé, des partenariats avec le Japon qui se multiplient et l’arrivée d’acteurs internationaux comme Netflix ou prochainement Amazon… 2016 s’annonce déjà comme une année clé. Au milieu de cet océan tourmenté, un navire fête aujourd’hui ses deux ans d’existence  : Crunchyroll. Reprenant des couleurs à l’occasion de la saison printanière 2016, la société rappelle qu’elle n’est pas là pour faire figure de frêle esquif.

Après ADN en 2015, Journal du Japon est donc allé à la rencontre d’Olivier Fallaix, responsable France de Crunchyroll, pour une interview fleuve qui fait le point sur cet acteur, sa place dans le monde hexagonal de la japanime, mais aussi sur les enjeux internationaux qui se profilent pour les années à venir. Une rencontre passionnante, à découvrir dès maintenant !

Crunchyroll : installation sur le marché et modèle économique…

Journal du Japon : Bonjour Olivier Fallaix… Commençons par parler un peu de ton arrivée dans l’entreprise… Comment on passe de rédacteur en chef d’AnimeLand à responsable Crunchyroll France ?
Olivier Fallaix : Concrètement ou philosophiquement ?

Un peu des deux en fait. Pour commencer comment es-tu arrivé à ce nouveau poste ?
Alors très concrètement, j’ai quitté AnimeLand fin décembre 2013, donc j’étais disponible sur le marché du travail au début d’année 2014… période où Crunchyroll venait d’arriver en France, depuis octobre 2013.

Ils ont démarré tout doucement sans vraiment de communication en basculant une partie de leurs services en version française. Mais Crunchyroll était conscient que pour s’installer dans un pays, il fallait des gens sur place, d’une part qui les représentent, et puis surtout qui connaissent bien les spécificités du marché du pays dans lequel ils s’installaient. Ils étaient en recherche depuis un petit moment de personnes qui pourraient justement les aider à ce poste.

En fait ils cherchaient deux personnes : une personne pour le community management et une pour le marketing et les aider à faire des actions ciblées sur le marché français. Ils ont consulté des gens qu’ils connaissaient, que ce soit au Japon ou ailleurs, et voilà, mon nom est arrivé. C’est comme ça qu’ils sont rentrés en contact avec moi et qu’ils m’ont proposé d’intégrer leur équipe.

Olivier-Fallaix-Crunchyroll

Ça tombait bien !
Ça tombait bien, et c’était une expérience intéressante. Alors ensuite, effectivement, on peut se dire : « comment passe-t-on du coté journaliste au coté éditeur ? »

Il faut savoir que, dans mon parcours, j’avais déjà un petit peu fait l’un ou l’autre à certaines périodes de ma vie. Certes ma dernière grosse occupation c’était plutôt journaliste, puisque j’avais été rédacteur en chef d’AnimeLand pendant 8 ans, et que même avant ça j’avais écrit beaucoup d’articles dans un certain nombre de magazines. Mais, encore avant, j’ai été directeur de collection chez AK Vidéo, un des premiers éditeurs du genre, à l’époque du début de Kazé. Nous avions sorti Please Save my Earth, Black Jack, et puis des séries comme Cobra. C’est pourquoi, à présent, je m’interdis d’écrire des articles, en tout cas s’ils concernent de près ou de loin le marché de l’animation japonaise en France.

D’accord. Donc là on se situe fin 2013, début 2014… Quels étaient à ce moment là les objectifs de Crunchyroll et leurs ambitions pour la France, au départ ?
Leurs ambitions pour la France étaient importantes. Ils avaient déjà entendu dire que nous étions le 2e ou le 3e consommateur au monde de manga mais que c’était un marché un peu particulier et assez concurrentiel. Voilà pourquoi ils ont attendu avant de venir se développer dans ce pays.

Pour raconter brièvement l’histoire de Crunchyroll : tout a démarré de façon amateur en 2006, ils se sont professionnalisés en 2009 et, à partir de 2013, ils ont commencé à s’étendre dans le monde en commençant par l’Amérique latine. Ensuite ils ont commencé à diffuser des contenus en Angleterre et au Portugal mais sans vraiment y être – sans action marketing ciblée – tout simplement parce qu’il s’agissait de langues qui étaient disponibles dans leur catalogue, donc ce n’était pas compliqué de prendre en plus les droits pour ces territoires.

Ils ont d’abord fait un premier test pendant un an en s’associant avec Kana sur la plate-forme Genzai. Puis cette collaboration s’est arrêtée et ils ont décidé de se lancer tout seuls. La France faisait effectivement partie des marchés les plus prometteurs mais ils avaient aussi conscience que beaucoup de concurrents étaient déjà implantés sur le territoire, à commencer par Wakanim et puis Kazé qui s’est ensuite transformé en ADN.

Genzai

Genzai, la première tentative de Crunchyroll sur le marché français

Justement…Qu’est ce qui leur a fait croire, et qui leur fait toujours croire d’ailleurs, que dans ce marché assez concurrentiel, ils peuvent se faire leur place ? Qu’est ce qui t’as séduit, toi, dans leur proposition ?
Personnellement, ce qui m’a séduit au départ, c’est cette expérience nouvelle. Le numérique est un domaine qui m’intéressait. D’ailleurs j’avais justement signé plusieurs articles sur le sujet dans AnimeLand peu avant mon départ, donc c’est un sujet qui m’attirait vraiment. J’ai suivi l’histoire du simulcast depuis son lancement en France, en 2009.

Après, qu’est ce qui m’a intéressé avec Crunchyroll…il réfléchit

La force de Crunchyroll aujourd’hui pour s’imposer sur ce marché, c’est que c’est une société qui a des activités dans le monde entier. Et aujourd’hui, la vidéo à la demande, et plus particulièrement le simulcast, c’est quelque chose qu’il est difficile de lancer uniquement localement, sur un seul territoire je veux dire. Pour la vidéo à la demande, il y a des coûts énormes afin d’avoir la structure de développement, bien plus que pour du DVD ou du manga : il faut les serveurs, la logistique, il faut sécuriser tout ça et avoir la confiance des éditeurs japonais…. Si on développe ça uniquement pour un seul pays, c’est un modèle économique qui va avoir beaucoup de mal à tenir…

Le seuil de rentabilité n’est pas le même, donc ça oblige effectivement à étaler sur plusieurs pays pour l’atteindre.
Exactement. Et on le constate sur la VOD en général, sur le cinéma ou les séries américaines. Aujourd’hui on voit bien que Canal Play a beaucoup plus de mal à s’imposer par exemple, alors que quand Netflix est arrivé en France, on n’a parlé que d’eux et en un an il semble avoir déjà pris les parts de marché que Canal Play avait timidement réussi à construire au fil des années. Il y a aussi d’autres acteurs, comme Amazon, qui lorgnent aussi sur ce secteur là.

On voit bien que toutes les sociétés qui s’intéressent au secteur ont des ambitions mondiales. Aujourd’hui je pense que c’est la force de Crunchyroll, même si évidemment ce n’est pas aussi facile que ça, spécifiquement sur le marché des contenus japonais, où certains producteurs aiment encore morceler les droits, et particulièrement en France.

Crunchyroll : un modèle international et multi-support

Crunchyroll : un modèle international et multi-support

 

Lorsqu’une série est “en vente”, ça se traduit par combien de droits différents (par pays, par type de diffusion…) ?
Concernant les droits, il faut savoir que tout est matière à négociation… Il n’y a pas de schéma type. On me demande souvent « Mais comment ça se passe ? » En fait ça dépend de l’ayant droit, donc de l’éditeur ou du producteur, ça dépend de nous aussi, de ce que nous voulons négocier.

Pour expliquer ça simplement : il y a une différence de droit entre le streaming et le téléchargement. Crunchyroll ne fait que du streaming, donc nous nous intéressons uniquement au droit qui concerne la diffusion d’une série en streaming numérique. Quel que soit le support : Playstation, internet, smartphone… c’est le même droit dans que ça reste du streaming.

Par contre, proposer en option le fait de pouvoir le télécharger avec ou sans DRM, c’est un droit supplémentaire. C’est pour ça que, souvent, il y a un surcoût quand on peut télécharger un épisode, quand certains services proposent cette option. Nous ne la proposons pas pour cette raison et parce que nous voulons une offre qui reste relativement simple. De plus, il y a encore des éditeurs au Japon qui refusent de vendre les droits de téléchargement, parce que ça leur fait peur. En conséquence, cela ne permet pas d’avoir une offre uniforme, nous serions toujours obligé d’expliquer aux gens qu’ils peuvent télécharger telle série, mais pas celle-là.

Ensuite au niveau géographique, tout est possible. Il y a des ayant droits qui veulent pas s’embêter, qui préfèrent négocier les droits mondiaux ou par continent. Ce sont des choses qui nous arrangent plutôt, parce qu’étant nous même implanté dans le monde entier en dehors de l’Asie, c’est généralement à notre avantage. Par contre il y en a d’autres qui préfèrent morceler, et vendre par exemple l’Italie, la France et le Royaume Uni séparément. Chaque pays va faire l’objet d’une négociation. Ça nous demande alors beaucoup de travail. Dans ce cas, les ayant droits auront tendance à privilégier sur chaque pays les gens avec lesquels ils travaillent depuis longtemps.

Là dessus, on peut rajouter encore des clauses d’exclusivité. On peut négocier d’être les seuls à avoir un titre en simulcast, tout le temps, ou pendant les 6 premiers mois… Ou pas, il y a des ayant droits qui préfèrent ne pas donner d’exclusivité pour pouvoir vendre leur titre à d’autres personnes. Il arrive alors qu’on partage des licences.

Pour finir sur votre fonctionnement… Vous avez fait quelques collaborations pour certaines sorties physiques, comment cela fonctionne-t-il ?
Nous n’avons pas de partenariat privilégié, comme peuvent l’avoir d’autres éditeurs tels Wakanim avec All the Anime ou ADN avec Kazé ou Kana. Cependant, il nous est arrivé de travailler avec All the Anime pour Gangsta puisqu’ils nous avaient vendu la série.

Généralement, nous ne prenons pas les droits vidéos, car nous ne feront jamais de sorties physiques. Cependant, il se trouve que certains ayants droits, par commodité, vendent tous droits confondus. Nous nous retrouvons alors avec des droits vidéos ou TV que l’on peut ensuite céder à d’autres sociétés.

Il y a aussi eu une collaboration avec Black Box, quand ils ont acheté de leur côté des titres comme Parasite ou Love Stage pour des sorties physiques. On travaille ensemble pour qu’ils puissent récupérer nos sous-titres. Ceux-ci ne nous appartiennent pas, c’est la propriété du producteur, tous comme les doublages étrangers, qui est libre de vendre la série avec sa version française.

Gangsta

 

2014-2016 : évolutions des marchés japanime

Ça fera donc 2 ans en juillet que tu travailles chez Crunchyroll. Qu’est ce que tu as appris de fondamental, que tu ne savais pas, sur ce système du streaming ?
J’ai pu constater que les ayant droits et les producteurs japonais ont fait d’énormes efforts pour arriver à ce défi qui est de proposer une série en même temps que sa diffusion au Japon. Il y a toujours ce délai d’une heure, parce qu’ils veulent encore garder cette petite fenêtre d’exclusivité et de sécurité au Japon mais on peut parler tout de même de simultané.

C’est quelque chose qui a vraiment changé ces dernières années : au début du simulcast, il fallait encore attendre parfois une semaine avant de pouvoir obtenir les épisodes. Là dessus les japonais ont pris sur eux parce que c’est pas du tout dans leur façon de travailler traditionnellement. Ils ont toujours considéré, et on en a souvent débattu, que leurs animes sont d’abord et avant tout fait pour eux, pour leur marché interne, et c’est dans un second temps qu’ils regardent si les gens sont intéressés à l’international pour vendre les séries.

C’est comme ça que toutes les séries sont arrivées à la télévision en France depuis 30 ans. Ils ont longtemps été très sceptiques face au succès que pouvaient avoir leurs séries chez nous, mais maintenant ils en ont vraiment pris conscience. C’est quelque chose qui n’était pas évident pour eux.

Ça a été le cas pour le marché des mangas. Au départ, il y a 30 ans c’était du travail en plus pour un éditeur, pas du tout pour quelqu’un de spécialisé dans ce domaine. Petit à petit, il y a eu des gens et des agences qui sont chargées des droits internationaux. Je suppose que c’est pareil dans l’animation.
C’est pareil dans l’animation et effectivement, ça aussi, c’est quelque chose qui a changé. Nous travaillons désormais avec des gens qui connaissent mieux ce qu’ils vendent. Il faut bien voir que faire du simulcast c’est travailler sur le fil à longueur d’année, c’est toujours un défi d’arriver à obtenir la traduction et de sortir l’épisode dans les temps.

Crunchyroll-2J’ai pu aussi constater autre chose : la vente de leur série à l’étranger a pris de l’importance dans leur mode de production. Aujourd’hui il est beaucoup plus difficile de monter financièrement des projets de production d’anime. Il y a beaucoup plus d’anime qu’il y a 20 ans, mais paradoxalement il y a moins d’argent. Ça explique aussi pourquoi ils ont fait autant d’efforts : ce nouveau marché est un apport d’argent qui, aujourd’hui, n’est plus négligeable.

Avant on parlait vraiment de quelque chose d’accessoire, qui était pris en considération dans un second temps, même si ça générait, parfois, de gros bénéfices supplémentaires. Mais aujourd’hui, c’est différent. D’ailleurs, je pense qu’on en parlera, mais Crunchyroll investit désormais directement dans la production de séries japonaises…

On en reparlera effectivement…

Depuis vos débuts, la physionomie du marché français a beaucoup changé et continuent d’évoluer : certains ont disparu, d’autres se sont regroupés, Wakanim a maintenant Aniplex derrière lui et nous avons eu l’arrivée de Netflix, bientôt d’Amazon… Est ce que c’est la concurrence qui est la chose la plus difficile à gérer dans le marché actuel, ou bien est ce qu’il y a d’autres choses qui sont finalement plus complexes, comme convaincre le public de se tourner vers des offres payantes ?
Comme je le dis souvent, notre premier concurrent c’est avant tout le piratage, parce qu’il est très présent, surtout sur le domaine du numérique. C’est un manque à gagner évident, même s’il est difficile de le chiffrer.

Sur la première partie de ta question : oui, c’est vrai qu’il y a une concurrence qui s’est renforcée. En seulement 2 ans, il y a eu beaucoup de bouleversements, comme l’arrivée de sociétés japonaises comme tu l’as souligné aujourd’hui avec Aniplex qui fait partie intégrante de Wakanim. C’est un très gros producteur d’anime au Japon, c’est une des sociétés qui investit le plus dans la production. Chez ADN, on a aussi le groupe Viz avec des mastodontes comme Shûeisha ou Shôgakukan.

Pour ce qui est de Crunchyroll, nous avons dans nos investisseurs historiques TV Tokyo, chaîne qui produit énormément d’anime et qui nous soutient, mais son poids est parfois moindre dans une production.

Oui c’est ce que j’allais dire. Derrière Crunchyroll il y a TV Tokyo, mais est-ce tout ?
Il y a aussi des investisseurs de la Silicon Valley et des investisseurs américains.

Des gens dans le domaine de l’entertainment ?
Oui, comme le groupe Chernin, fondé par Peter Chernin qui est un ancien dirigeant de la Fox qui a monté son propre groupe à destination des nouveaux médias. Il fait partie des investisseurs phares, tout comme AT&T, grand opérateur de télécom aux Etats-Unis.

C’est ce qui vous permet d’avoir les reins solides et de survivre à des passages à vide. Est ce que t’en as connu d’ailleurs, des passages à vide, sur ces deux années ?
Oui, nous en avons connu un sur les deux dernières saisons. C’était la conséquence de plusieurs choses : le renforcement de la collaboration entre Aniplex et Wakanim d’abord. Avec un tel partenaire, nous savions d’avance qu’Aniplex, allait peser de tout son poids pour garder ses bonnes séries pour Wakanim, ce qui est normal. Si nous en avons eu certaines (Saenai Heroine no Sodatekata en hiver, Punchline, Plastic Memories), c’est uniquement parce que Wakanim ne les prenait pas. Idem chez Kazé, qui va jouer ses relations pour qu’une série qui vienne d’un manga Shueisha ou Shôgakugan aille chez ADN.

Plastic Memories
Ensuite, il y a eu l’arrivée de Netflix qui s’est mis à bloquer d’un coup de très grosses séries que tout le monde voulait comme Seven Deadly Sins, Knight of Sidonia ou Ajin… ça fait des titres porteurs en moins pour nous. Enfin, on sait aujourd’hui qu’Amazon se met à son tour à prendre des séries, notamment celles du créneau noitaminA pour l’année à venir.

Ajoutons à cela deux saisons un peu moribondes, si bien qu’on a eu un passage à vide en octobre 2015 et janvier 2016. Hormis One-Punch Man parti chez ADN, les séries les plus intéressantes sont parties chez la concurrence ou ont été bloquées par Netflix.

C’est vrai qu’en préparant cette interview, on s’était rendu compte de ce retour en terme de quantité et de qualité sur les séries acquissent par Crunchyroll sur cette saison.
La quantité n’a jamais changé, on est toujours resté à une vingtaine de séries en simulcast par saison. Mais en avril, tous nos titres longs se sont arrêtés, comme Gintama, World Trigger ou Ace of Diamond qu’on avait depuis le début. Il a fallu tout renouveler.

Au sein de cette concurrence quelle est la clé selon toi : avoir le plus de séries possible, quitte à en partager certaines, ou plutôt avoir le plus d’exclusivité.. quitte à en financer certaines.
Je dirais un peu des deux, mais ta première proposition est quand même la clé. Nous fonctionnons par abonnement, et les gens paient pour avoir accès à un catalogue et des séries “fraîches”. Il est donc important d’avoir une bonne diversité. Nous avons 20 simulcasts, mais personne, à part le fan absolu, ne va tout regarder. Néanmoins, sur les 20 titres, nous sommes certains qu’il y en a 4 ou 6 qui vont plaire à chacun. C’est ça qui fait la force du catalogue. Même dans les périodes où nous n’avions pas forcément de très gros titres, avec 20 simulcast nous pouvions quand même contenter nos abonnés.

Dans l’idéal, on aimerait avoir, parmi les 20, les 3 anime les plus attendus. Nous ne sommes pas contre partager des licences avec d’autres. Il faut savoir que c’est quelque chose qui se fait beaucoup plus au États-Unis, où Crunchyroll partage des séries comme One Piece ou Sailor Moon. L’exclusivité, surtout sur un gros titre, peut parfois être l’élément déclencheur pour démarrer un abonnement.

Pour cette exclusivité, qu’en est-il de l’investissement de Crunchyroll dans les productions que tu évoquais plus haut ?
C’est quelque chose qui a été initié l’année dernière. Comme on le disait, il y a aujourd’hui une guerre sur l’obtention des droits par rapport à des plates-formes qui ont dans leurs actionnaires des sociétés japonaises qui investissent. La réponse de Crunchyroll ça à été d’investir également, et de rentrer dans les comités de production, ceci afin de sécuriser les droits au moment où la série va être disponible.

Au début, il a fallu faire ses preuves en commençant par de petites productions (c’est comme cela que ça fonctionne au Japon). Ce n’est pas quelque chose sur lequel on communique beaucoup, mais l’année dernière on a co-produit plusieurs séries courtes comme Danna ga Nani o Itteiru ka Wakaranai Ken ou Wooser.

Wooser

Wooser

Cette année nous sommes montés en grade si je puis dire : nous avons produit une série qui s’appelle Active Raid par le réalisateur de Code Geass. Nous sommes sur un format 26 minutes avec une production qui ressemble un peu plus à ce qu’attendent la plupart des fans d’animes, et il va y en avoir encore d’autres investissement cette année. En fait Crunchyroll a investi l’année dernière plusieurs millions de dollars, et sans rentrer dans les détails, ce sont des montants qui ne sont pas négligeables. Sur certaines séries, nous sommes le deuxième plus gros investisseur au sein du comité de production au Japon. 

Ce n’est donc pas seulement un “pré-achat”, où l’on place quelques sous pour avoir une priorité. Je pense vraiment qu’il y a des projets qui voient le jour parce que les producteurs japonais réussissent à avoir le complément qui leur manque, grâce à Crunchyroll. Quand on regarde une série sur Crunchyroll, une partie de l’argent que nous collectons via la publicité ou les abonnement finance donc directement la production d’anime au Japon.

Pour terminer sur la partie “marché” : ces investissements étrangers, avant c’était plutôt un bonus, maintenant ça s’intègre dans un financement et ça devient nécessaire pour avoir autant de séries de qualité. Est-ce que ça sous-entend que le marché japonais va de plus en plus mal et que c’est la seule alternative ?
Non, c’est un petit peu noir comme tableau quand même (Rires).

Il y a 30 ans, pour produire une série, seules quelques grosses sociétés le finançaient (en gros le studio, la chaîne, l’éditeur du manga et peut-être un fabriquant de jouet). Ça suffisait car la série était diffusée sur des grandes chaînes nationales à de bons horaires, avec une bonne visibilité (donc avec de nombreux revenus publicitaire).

Aujourd’hui il n’y a presque plus d’animes diffusés aux grandes heures, à part les classiques comme One Piece, mais il y a toujours plus de séries qui sont dans des créneaux niches, très tard le soir ou sur des petites chaines. Du coup le budget s’en ressent : on ne met pas autant d’argent sans compter que les ventes de DVD et BR ne sont plus ce qu’elles étaient au Japon.

De nos jours il donc faut faire les mêmes animes avec une qualité croissante, mais il y a moins d’argent. Cet argent, il faut donc aller le chercher et voilà pourquoi il y a de plus en plus de micro-investisseurs. Ce n’est pas forcément un problème, mais chaque partie aura son mot à dire dans les négociations, que ce soit sur la vente des droits ou sur la production de la série.

Mais l’effet un peu plus pervers est que la production d’un anime est devenue plus risquée. On essaye alors d’aller vers des recettes qui garantissent un succès. C’est pour ça que vous avez beaucoup d’animes qui sont de type harem, moe, etc… parce qu’on sait qu’il y a un marché pour ça au Japon et que ça va fonctionner et faire un certain nombre de ventes. Les animes prises de risque, les concepts originaux ou les choses hors norme sont plus compliqués à lancer. Cette recherche d’investisseur a amené les producteurs japonais à s’ouvrir à des investisseurs étrangers, même s’ils restent encore très timides et qu’ils ne communiquent pas trop dessus. Vous ne voyez pas au générique de fin que Crunchyroll a mis de l’argent dedans par exemple.

Il y a peut-être aussi le côté “fait maison 100% japonais” qu’ils veulent garder.
Certainement, mais de toute façon, nous ne cherchons pas à interférer dans la création. Ça serait une erreur de co-produire et de vouloir commencer à intervenir dans le scénario, dans l’histoire, dans le graphisme. Toutes les tentatives de coproductions internationales avec le Japon ont donné lieu à des projets bancals : au final ils ne plaisent ni au public japonais ni au public occidental. Il faut leur laisser une entière liberté !

Enfin on ne peut pas parler de ces collaborations sans évoquer votre actualité récente avec Kadokawa. Comment ça s’est mis en place, pourquoi Kadokawa, qu’est-ce que ça va vous apporter à court, moyen et long terme … On veut tout savoir ! 

Comme dit précédemment, Crunchyroll cherche des partenaires sur la durée pour aborder l’avenir sereinement et garantir que le catalogue sera toujours correctement renouvelé. Kadokawa est un acteur important dans la production de contenus, que ce soit en manga, en light novel ou en production d’anime. De la même manière qu’Amazon a passé un accord sur les titres noitaminA, nous nous rapprochons de Kadokawa.

Kadokawa-Crunchyroll Manga mag

Kadokawa & Crunchyroll (visuel Manga mag)

A court et moyen termes, cela veut dire que nous sommes certains de distribuer les séries animées dont Kadokawa a les droits (attention, parfois Kadokawa co-produit sans forcément avoir la main sur les droits). Aux Etats-Unis, il y a aussi des accords sur la distribution des manga Kadokawa en anglais. Pour l’instant ça ne concerne pas la France puisque nous n’avons pas encore développé le manga sur la plate-forme.
Kadokawa est une première étape, nous discutons avec d’autres sociétés japonaises sur ce même type d’accords.

Le catalogue Crunchyroll : composition, spécificités et bonnes surprises

Pour passer du modèle économique au catalogue : comment vous mesurez la réussite ou non d’un animé ? C’est sur le nombre de vues ou d’abonnés que vous vous basez ?
Grâce au numérique on peut tout savoir, combien de personnes ont regardé chaque épisode, chaque série. Là-dessus c’est très facile d’avoir des statistiques, encore faut-il pouvoir recouper ces informations.

Ça se mesure donc au nombre de vues sur les simulcasts de la saison rapportés au nombre plus global de vues sur l’ensemble du catalogue pour voir quels sont les titres anciens qui fonctionnent toujours. Les gens qui viennent chez nous, ce qui les intéresse, c’est surtout le simulcast, et une fois qu’une série a fini sa diffusion elle ne fait plus beaucoup de vues, à par des gros succès comme les Jojo’s Bizarre Adventures ou Parasite.

Jojo Bizarre Adventure

Des succès qui se sont faits sur la longueur du coup ?
Pas forcément, Parasite ne fait que 24 épisodes. En réalité, lorsque nous avons récupéré ce titre, j’étais un peu sceptique parce que pour moi c’était une adaptation d’un manga plutôt ancien que tout le monde avait oublié en France. Le graphisme, même si la série était produit par Madhouse, était sympathique mais pas particulièrement très détaillé. Finalement, semaine après semaine, quelque chose s’est passé autour de ce titre. Et voilà, c’est devenu notre plus gros succès.

Pour JoJo, nous savions qu’il y avait une communauté suivant le travail fait par Tonkam depuis de nombreuses années. Et puis l’anime a contribué à redonner un coup de jeune, notamment au début de la série. Nous avons pu vraiment constater qu’il y avait un engouement sur ce titre, même s’il est marginal. JoJo ne sera jamais un titre grand public… Mais je pense que l’anime a permis aussi d’élargir un peu ce public, car beaucoup de gens qui connaissaient pas forcément le manga sont arrivés sur l’anime.

Mais soyons honnêtes, si nos plus gros succès sont ces deux titres là, c’est parce qu’il manque à Crunchyroll des titres très populaires comme Naruto, One Piece, Fairy Tail

Parasite

Parasite

Puisque l’on parle de séries qui marchent sur le long terme. Comment choisissez-vous de garder une série qui est finie ou de vous en débarrasser ? Est ce que ça coûte cher de garder une série achevée d’ailleurs ?
Oui, ça coûte ! Cher ou pas, ça dépend de la série, des conditions qui sont négociées. Mais il faut savoir que pour garder la série il faut renouveler les droits régulièrement. Il n’y a pas de règle, vous pouvez acheter une série pour trois mois, six mois, pour un an ou plus… Notre politique, globalement, est de garder ce qui est en catalogue. À part quelques droits qu’on a perdus (mais c’est plus des questions de contrats qui n’ont malheureusement pas pu être renouvelés), tout ce qui a été mis sur Crunchyroll en France depuis octobre 2013, est encore là.

D’accord, donc ça c’est votre politique. Et à priori ça le restera ? On peut se poser la question parce que ces dernières semaines ou ces derniers mois, il y a eu plusieurs choses chez les concurrents qui ont été enlevées du catalogue…
Je peux pas dire que ça restera ad vitam eternam, mais globalement, nous prenons des périodes longues et nous renouvelons nos droits pour ces séries. C’est vérifié depuis 2013.

Néanmoins, en dehors des deux exemples que tu as cité, quand une série est finie elle est rapidement oubliée non ?
Oui, c’est vraiment quelque chose que nous avons constaté. C’est lié aussi au mode de consommation de la nouvelle génération qui veut beaucoup, tout de suite, et qui passe très vite à autre chose. On est dans un monde qui fonctionne comme ça pour beaucoup de choses.

Donc nous essayons de trouver des moyens pour remettre un petit peu en avant des titres plus anciens, mais ce n’est pas toujours facile. Et le volume de nouveaux simulcasts fait que nous même, nous perdons parfois un peu le fil. Le fait de rajouter chaque saison 20 nouvelles séries contribue un peu plus à faire oublier toutes celles qui sont pourtant encore disponibles.

Toujours sur le catalogue, concernant les formats courts, vous êtes ceux qui en font le plus. Vous n’êtes pas les seuls à en faire mais vous faites pas mal de 3 minutes et 8 minutes. Pourquoi ce choix et est-ce que ça fonctionne ?
Nous sommes parfois critiqués sur ces séries courtes mais pourtant, ça fonctionne. Beaucoup de gens aiment bien ce format.

En fait, aujourd’hui les fans d’anime sont un peu comme les fans de manga, ils réfléchissent à deux fois avant de se lancer dans une série. Ils font leur liste de ce qu’ils veulent suivre quand une nouvelle saison arrive, mais suivre quinze anime par semaine, ça prend du temps quand il s’agit d’épisodes de 20-25 minutes… Donc les formats courts trouvent un public parce que c’est des petites choses qu’on peut regarder comme ça, quand on a le temps, c’est un petit peu comme un apéritif.
Donc oui, il y a un public pour ça.

On parlait des vos plus grands succès tout à l’heure mais si on se recentre sur le 2e semestre 2015 et début 2016, quelles sont les bonnes surprises et les déceptions ?
Il y a eu la série Gundam Iron Blooded Orphans qui a bien marché chez nous, bien qu’ayant deux semaines de retard sur la diffusion japonaise. Citons aussi The Testament of Sister New Devil, dont la saison 1 avait déjà eu un bon succès. Encore une fois, tout ça est un peu relatif si on considère que la saison était plutôt morose…

Gundam Orphans

Après à titre personnel, moi j’ai été très content qu’on récupère Osomatsu-san, qui a été un succès énorme au Japon. C’est l’adaptation d’un manga des années 60 qui a été remis au goût du jour. C’est une critique sociale, ça parodie un petit peu tout le business du manga et de l’entertainment au Japon, puisque c’est une histoire de sextuplés un peu fainéants qui cherchent du boulot. C’est vraiment une série de grande qualité. Alors évidemment, quand on voit le graphisme, c’est pas du tout le genre de titre qui intéresse la plupart des fans d’anime aujourd’hui… Et je le savais très bien au moment où j’ai vu arriver ce titre là. Mais au Japon ça a cartonné, il y a eu des audiences phénoménales. Le succès a même dépassé celui de Yokai Watch !

Disons qu’il y a peut être eu un coté nostalgie au Japon que nous ne pouvons pas avoir…
Oui, nous n’avons pas cette culture et c’est un titre qu’on ne connaît pas. Mais cette série est allée tellement loin que le premier épisode a été censuré. Nous avons été obligé de le retirer, parce qu’il parodiait Naruto, L’Attaque des Titans… Et du coup c’est très mal passé au Japon. Ensuite ils ont du refaire une séquence de l’épisode 3 par qu’il parodiait Anpanman mais de façon un peu salace, et ça aussi ce fut mal perçu. C’est vraiment une série qui a osé plein de choses, très intéressante à voir culturellement. Mais effectivement ça n’a pas été un grand succès chez nous. On peut encore la voir, elle est toujours disponible, sauf l’épisode 1 que malheureusement, ils n’ont pas refait.

Osomatsu-san

En janvier, nous avons eu Myriad Colors Phantom World qui a bien marché. C’est une série produite par Kyoto Animation, un studio qui plaît beaucoup aux fans. Leurs séries peuvent aller dans le fanservice, mais elles restent toujours sur le fil pour proposer quelque chose de qualitatif autant en matière de scénario que d’animation.

Le petit point piratage…

Un point qu’on a évoqué tout à l’heure : votre premier concurrent, c’est le piratage. On en parle régulièrement sur la toile. Nous l’avions évoqué début 2015 avec ADN pour une initiative qui allait au devant de ce problème. Depuis, est ce que ça continue d’évoluer doucement dans le bon sens ou est ce que ça coince un peu et que vous êtes un petit peu démunis face à ça ?
Lorsque l’on regarde tout ce qu’il y a, oui, on se trouve toujours un peu démunis. On a l’impression que chaque avancée est un pas en avant pour trois pas en arrière. Ça peu être un peu démotivant par moment.

Sur cette question du piratage, nous avons mis un peu de temps avant de nous y mettre, ça fait seulement un an qu’on a commencé des actions. D’abord juste en faisant retirer des vidéos sur des plates-formes officielles comme Dailymotion. Ensuite, depuis quelques mois, nous avons commencé à discuter directement avec les sites qui diffusent illégalement nos épisodes. Nous avons aussi du menacer de faire fermer des sites. Pour l’instant nous sommes encore dans une phase de dialogue. Malheureusement je constate que, parfois, il faut se montrer intimidant pour arriver à enclencher ce dialogue. Nous a déjà eu des avancées et plusieurs sites ont accepté de retirer nos vidéos. Mais nous n’aurons pas toujours cette patience…

Je constate surtout qu’il y a encore beaucoup – beaucoup ! – de méconnaissance. Pas mal de gens n’ont pas conscience qu’ils regardent des choses illégalement, soit parce qu’ils le font sur des plates-formes qui sont officielles, soit parce que certains sites sont aujourd’hui tellement bien fait que rien ne dit que les contenus qu’ils diffusent ne sont pas officiels. Au delà des discussions et des actions répressives, il faut aller à la rencontre du public pour expliquer notre travail. J’ai aussi eu l’occasion de faire des conférences / débats sur le sujet.

Je suis très content qu’il y ait eu des articles dans la presse, malheureusement je pense que si on s’intéresse à ce sujet et que l’on fait déjà la démarche de lire de la presse, on est déjà un peu éduqué sur la question. Or ce n’est pas le cas de nombreuses personnes qui aujourd’hui représentent le plus gros des consommateurs de contenus illégaux. C’est difficile de discuter parce que beaucoup ne veulent pas entendre ce qu’on a à leur dire.

Oui parce que même en trouvant les mots, ce qu’en retiennent les gens un peu réfractaires, c’est surtout « comment ça, il faut que je paye ?! »
Voilà. Mais ce que j’essaie d’expliquer, c’est que pour la saison d’hiver 2016, il y avait 45 simulcasts officiels en France sur 60 à 70 séries au Japon. Et la chance qu’on a ici, c’est que les trois plates-formes offrent la possibilité de presque tout voir gratuitement ! Bien sûr, il y a des restrictions ou quelques contraintes. Mais il y en a aussi sur les sites illégaux où vous avez énormément de publicité très intrusive (pour ne pas dire obscène), sans compter les risques liés à visiter des sites un peu louche sur l’utilisation de vos données.

Donc le message que j’essaie de faire passer, c’est : tournez vous, au moins, vers l’offre légale gratuite pour les titres licenciés. C’est une chance qui n’est pas présente dans le domaine des séries américaines ou sur le cinéma. Si vous voulez regarder les dernières séries US, vous êtes obligés de prendre un abonnement à Canal+, à Orange, ou à Netflix par exemple. Vous n’aurez pas du tout une offre comme ça. Bref, si on peut arriver à ça, ce sera un premier pas encourageant.

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Catalogue runchyroll

Et dans tout ce qui est illégal, il y en a qui ferment, mais est ce que pour un qui ferme, derrière il y en a d’autres qui reprennent la place immédiatement, ou est ce que l’offre illégale à tendance à s’amenuiser ?
J’ai quand même l’impression que les mœurs changent un petit peu.

Quand je vois un site qui accepte d’arrêter de diffuser les contenus qui sont disponibles en officiel, les premières réactions sont que les gens râlent, se plaignent avec des choses du type « Ces salauds d’éditeurs… » On a droit à tout ça, évidemment.

Mais, j’ai pu constater depuis quelques mois qu’il y a des voix différentes, des gens qui disent « Oui mais les gars vous pensiez quoi ? C’est normal quand même que ces sociétés fassent valoir leurs droits » ou « C’est normal, vous pouvez regarder la même chose en gratuit, donc de quoi vous vous plaignez ? » Enfin sur ces sites, dans leurs propres forums, il y a même des gens qui disent « En fait on s’y attendait, et puis c’est quand même la suite logique des choses, pendant des années il n’y avait rien, mais maintenant qu’il y a une offre légale, c’est quand même normal d’arrêter de faire ça. » Je ne lisais jamais ce genre de choses il y a encore un an ou deux.

Est-ce que l’offre gratuite officielle gagne du terrain ?
C’est difficile à dire. Chez nous on voit qu’il y a de plus en plus de gens qui viennent regarder, que ce soit en gratuit ou même en abonnement. Mais c’est impossible de savoir si les gens viennent à la place d’une offre illégale, ou s’ils seraient venus naturellement.

En effet, dans les articles sur le thème du piratage, on voit que les propos s’équilibrent dans les commentaires, petit à petit. Maintenant nous n’avons plus forcément besoin, en tant que journaliste, d’expliquer ou de ré-expliquer certaines vérités ou contre-vérités et on peut laisser la discussion se faire, il y aura du pour et du contre au sein du public…
C’est ce que j’ai constaté aussi.
Ensuite, concertant les sites pirates, tu me demandais s’il y en a un qui revient quand un autre ferme : oui, ça revient toujours un peu, il y aura toujours des gens pour faire ce jeu du chat et de la souris. Mais le vrai souci c’est l’ampleur que ça a pris, la banalisation du téléchargement illégal et la facilité à s’en procurer. C’est surtout cela que l’on combat. Quand il y a un site qui semble avoir pignon sur rue et qui ressemble visuellement à une vraie plateforme, on se dit qu’il y a un problème. Autrefois lorsqu’on cherchait à télécharger, il fallait aller sur des sites un peu bizarres et ça demandait une démarche qui n’était pas accessible à monsieur Tout-le-monde, alors qu’aujourd’hui c’est à portée de main.

Je voudrais aussi dire que je fais la différence entre les gens qui font leur fansub dans leur coin et qui respectent les droits des séries licenciées, et ceux qui se contentent juste de ripper nos vidéos. Pour ces derniers, il n’y a aucun travail, c’est juste fait pour générer un trafic parfois très important qui rapporte bien plus d’argent que l’appel aux dons généralement lancé sur un site. Dans ce cas là, ça devient du business basé sur du détournement et un vol de notre travail. On sait aussi faire la part des choses !

 

Coup de projecteur final sur le printemps 2016

Pour les séries qui arrivent en ce printemps, est-ce qu’il y a un ou deux animés “coup de cœur” que tu aimerais défendre ?
Bungô Stray Dogs, la dernière production du studio Bones, adapté d’un manga qui n’est pas encore sorti en France, mais qui attire déjà certains éditeurs. C’est une série d’aventure avec des pouvoirs et des enquêtes où chaque personnage est incarné par un écrivain célèbre.

J’ai aussi un petit coup de cœur pour Mayoiga où 30 adolescents prennent un bus pour un village perdu et où il se passera des choses… pas très pacifiques (Rires). Au fil des épisodes on en apprend un peu plus sur la vie de chacun.

Bungo Stray Dogs

Bungo Stray Dogs

Dans la façon dont tu parles de ces séries vous semblez avoir assez peu d’informations sur ces dernières avant qu’elles ne commencent…
Effectivement, lorsqu’on achète ces séries nous ne savons pas forcément ce que ça va être, nous ne voyons jamais un épisode en entier. Nous avons juste le pitch, le staff, éventuellement une bande annonce et c’est tout. C’est à chaque fois un pari de se lancer sur un titre et de bonnes ou mauvaises surprises peuvent survenir. Autant pour acheter les droits DVD/BR on peut déjà avoir une bonne idée du succès de la série, autant pour le simulcast c’est plus hasardeux.

Dans le processus d’acquisition d’une série de Crunchyroll, toutes les équipes internationales ont une liste des titres à venir, et nous mettons tous une note et un commentaire pour évaluer leurs potentiels. Ensuite l’entreprise a un bureau au Japon dédié aux acquisitions qui achètent les droits en négociants directement auprès des producteurs. Je précise au passage que ce n’est pas du tout moi qui décide des titres à sortir pour la France. C’est aussi le relationnel que nous aurons avec un producteur qui peut jouer dans la balance, ainsi que le prix que l’on est prêt à investir pour un titre. Tous ces critères font l’acquisition, ou non, d’un anime.

Dans le cas d’une adaptation d’un manga nous avons de quoi juger, mais pour une création originale c’est bien plus compliqué. Par exemple, Mayoiga possède un concept qui donne envie et le graphisme est sympa, mais peut-être que ça sera décevant. On n’en sait pas plus que le spectateur un final.

Espérons qu’il tiendra ses promesses. Merci Olivier et bonne chance à Crunchyroll pour la suite !

 

Retrouvez toutes les séries du catalogue Crunchyroll sur leur site internet, mais aussi suivre leur actualité sur Facebook ou Twitter !

Remerciements à Olivier Fallaix pour son temps et sa disponibilité.

Paul OZOUF

Rédacteur en chef de Journal du Japon depuis fin 2012 et fondateur de Paoru.fr, je m'intéresse au Japon depuis toujours et en plus de deux décennies je suis très loin d'en avoir fait le tour, bien au contraire. Avec la passion pour ce pays, sa culture mais aussi pour l'exercice journalistique en bandoulière, je continue mon chemin... Qui est aussi une aventure humaine avec la plus chouette des équipes !

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6 réponses

  1. LAPEINE NATHALIE dit :

    Netflix ne faisant pas de Streaming, comment voulez vous que le fansub illégal s’arrête un jour, vu qu’il n’est pas possible chez eux de voir l’épisode de

    l’animé quelque jours après mais plusieurs mois après que l’intégralité de l’anime soit disponible sur Netflix

  2. Perrier Yoann dit :

    Article rédiger par un vendu de ce système corrompu qui n’aide en rien les staff. Des pavé de pseudo argumentations des chiffres, des exemples je doit l’avouer votre mensonge est rodé jusqu’au plus haut point. Sauf que sa reste du mensonge, le seul moyen d’aider les staff c’est ne pas passer par ces sites de voleurs mais acheter en physique que sa sois les DVD/BR que les goodies ni plus ni moins il est inutile d’en faire un pavé d’argumentation ou de chercher des preuves là ou il n’y en à pas. Mais je doit vous remercier grâce à vous j’ai la tète du bosse de Crunchmerde. Me tarde de le croisé IRL pour le remettre à sa place idem pour les leader des autres sites. 😉

    • Paul Ozouf dit :

      Bonjour Yoann,

      Paul OZOUF, rédacteur en chef.
      Merci de nous avoir lu et de participer à la discussion.

      Vous êtes libre de votre opinion, bien entendu, (même si c’est dommage de nier les millions d’euros que la société investit dans certains animes et l’argent que génère les achats de licences aux sociétés nippones) mais attention à éviter les insultes comme “Crunchmerde”, pour éviter que vos messages ne soient supprimés.

      • Perrier Yoann dit :

        anime*
        Les millions d’euros sont des chiffres non réelle que touche les staff, la majorité des revenues ne leur parviennent pas à l’inverse d’une importation gérer par les staff au Japon et traduit ici par des bénévoles tous le monde y gagne. Sachant aussi que les sites en questions font de la francisation et ne respecte pas tout le temps des principes de trad’.

        Bref heureusement que le nombre de sites libres persiste et que l’on est pas encore obligé d’enrichir des voleurs. =)

        • Paul Ozouf dit :

          Yoann > Ah des arguments que je n’avais pas encore lus. Mais du coup qui soulèvent quelques questions :

          1. Comment savez-vous que ces chiffres sont faux ? L’investissement de sociétés dans la production de séries, comme ce que fait Netflix pour les séries US est un fait avéré, donc je me demande pourquoi ce système n’existerait pas pour les animes, ça parait plausible en tout cas. Bref, dites nous en plus sur ces chiffres erronés ! Peut-être avez-vous les bons chiffres, preuves à l’appui ?

          2. L’importation géré par les staff : vous parlez de l’achat de DVD en direct du Japon ? Quand vous parlez de bénévoles vous pensez à des team de sub ? Le soucis c’est que la production d’un anime ne peut pas vivre sur quelques teams de sub achetant des DVD / BR non ? L’achat d’une licence animé pour l’Europe correspond à plusieurs centaines de DVD, voir plus puisque le site qui vous les vend prend une marge de 20-30% je suppose, donc quelqu’un comme Crunchyroll qui achète 20 licences par saison donne donc beaucoup plus d’argent aux producteurs et studios japonais que toute les teams de fan sub réunies non ?

          Mais je me trompe peut-être donc encore une fois si vous avez des chiffres et des sources n’hésitez surtout pas ! 🙂

  3. André Hatton dit :

    C’est exactement le genre de personne cité dans l’article. Peu importe ce que l’on dira il critiquera toujours les systèmes légaux. C’est comme les manifestations, ceux qui foutent le bordel juste pour foutre le bordel sans savoir quoi que ce soit ou en croyant tout savoir mais avec des arguments assez bancales.

    L’article était intéressant mais un peu long j’ai juste lu les parties qui m’intéressait.
    C’est vrai qu’il n’y a pas des gros anime naruto ou One piece mais pour ma part c’est pas ça qui va me faire venir je préfère largement les petites séries (c’est pour ça que je me suis abonné il y a plein de petites séries intéressantes).

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