Tales of Xillia 2 : un voyage inattendu…

Près de deux ans après sa sortie japonaise, Tales of Xillia 2 débarque enfin en Europe, néanmoins précédé d’une attente toute relative liée à la déception qu’avait pu susciter le premier épisode. Après plus d’une quarantaine d’heures passées à arpenter les contrées d’Elympios et de Rieze Maxia, cette suite a-t-elle su nous donner envie de recommencer l’aventure ou d’achever chacune de ses multiples quêtes annexes ? L’heure est au verdict.

Tales Of Xillia 2

 À l’image de ce que laisse entendre une large majorité de joueurs, il est clair que Tales of Xillia premier du nom était moins un mauvais J-RPG qu’un mauvais Tales of. Certes bourré de qualités en matière de gameplay, le jeu limitait presque son expérience à sa seule quête principale et aux deux scénarios permis par le choix de notre personnage principal. Hideo Baba ne cachait pas que des problèmes de temps étaient à l’origine de cet abandon de la traditionnelle quantité de contenus annexes qui faisait la réputation de la saga. La déception était d’autant plus inévitable et légitime que cet épisode PS3 faisait suite à Tales of Vesperia et Tales of Graces F, deux titres grandioses dont les multiples rajouts offraient largement de quoi dépasser la centaine d’heures de jeu pour chacun d’eux.
Mais ne nous y trompons pas : Tales of Xillia était au moins aussi moyen d’un strict point de vue narratif, ne sachant plus que faire d’archétypes bien connus et régulièrement employés dans les multiples épisodes de la saga. En résultait une aventure prévisible qui dissimulait mal son absence d’enjeux forts et dont la mise en scène mollassonne annihilait simplement toute forme d’émotion. C’est aussi sur cet aspect que l’on attendait bien mieux de la part de Tales of Xillia 2.

 

L’HISTOIRE AVEC UN GRAND H

L’histoire prend place un an après les évènements de Tales of Xillia. L’unification d’Elympios et de Rieze Maxia est désormais proche mais la rencontre entre deux personnages va bouleverser le cours des évènements. Il s’agit de Ludger, nouveau venu dans l’aventure et personnage principal du jeu, et Elle, fillette désireuse de rejoindre le pays de Canaan pour y retrouver son père.

Complexe, l’imposant univers des Xillia l’est assurément dans un premier temps. L’un des problèmes notables du titre, ou en tout cas l’un de ses aspects les plus frustrants, était ainsi de vouloir présenter et développer sa mythologie sans jamais l’inscrire au cœur du gameplay. Autrement dit, il apparaissait très vite au joueur que les très nombreuses informations fournies n’avaient guère d’impact sur l’expérience de jeu en elle-même. Si elles avaient l’avantage certain de caractériser au mieux le monde parcouru, elles agaçaient plus qu’elles ne permettaient l’immersion, en partie du fait de tunnels de dialogues inutilement explicatifs car rarement essentiels à l’aventure en cours. Si Tales of Xillia 2 pouvait être attendu, c’est bien en cela : dans cette possibilité potentielle d’offrir enfin à la quête individuelle (celle du joueur et de son avatar) une ampleur qui prendrait en compte chacun des composants mythologiques qu’on lui a présenté. D’inscrire la petite histoire dans la grande, de faire ressentir au joueur/personnage qu’il n’est que peu de choses face à des considérations bien plus grandes que lui. Ce qu’a par exemple su faire de façon brillante un Final Fantasy XIII-2.

En nous demandant d’empêcher la destruction du monde, Tales of Xillia ne donnait qu’une importance illustrative à sa mythologie. Logiquement, la priorité des personnages, donc du joueur, était moins de sauvegarder cette dernière que de sauver leur propre peau. À l’inverse, Tales of Xillia 2 ne nous propose pas de sauver le monde, mais les fondements idéologiques et philosophiques de celui-ci. Une nuance essentielle dans notre rapport au jeu, et sans doute l’une des meilleures idées possibles pour enfin forcer l’intérêt du joueur envers des notions plus abstraites et fondamentales que l’intégrité physique de son avatar.

En jouant avec le temps et les dimensions parallèles (dites « paradoxales » dans le jeu) et en les reliant en permanence avec le monde d’origine, Tales of Xillia 2 réussit clairement le pari d’un récit bien plus ample et ambitieux que son aîné, d’autant qu’il pousse régulièrement le joueur à des questionnements autrement plus importants que de savoir quel équipement il va acheter avant le prochain boss. Mais d’une simple évolution technologique à la rencontre de personnages morts dans la dimension première, en passant par l’inévitable rencontre avec un autre soi, l’exploration de ces mondes alternatifs sert intelligemment l’évolution du récit à des échelles aussi bien intime qu’universelle. Toutes deux se nourrissant l’une l’autre pour finalement se confronter lors d’une ultime séquence extrêmement émouvante. Une dualité que l’on retrouve dans un système de choix aussi cohérent qu’inégal, qui fait la particularité de cet épisode.

 UNE QUESTION DE CHOIX

Tales Of Xillia 2

L’une des premières possibilités consiste à sauver, ou non, une jeune femme en proie aux griffes d’une sale bestiole. Un choix fort et instinctif qui poussera l’identification du joueur à son avatar. Hélas, ce genre de choix demeure peu présent dans Tales of Xillia 2. On caricature à peine en précisant que les deux possibilités (à choisir entre L1 et R1) se résument une large majorité du temps à adopter un comportement altruiste ou personnel, à se montrer attentionné ou distant/ironique. Or, si ces choix ont une incidence relative à l’échelle d’une scène, d’une séquence ou de l’Histoire, ils sont très rapidement problématiques et ce à deux niveaux.
Le premier souci réside dans le nombre particulièrement excessif de choix à effectuer. Tous ne sont pas de première importance et deviennent clairement insupportables dès lors qu’il s’agit de nous demander si oui ou non, on veut mettre des tomates dans le plat de la fillette. Par ailleurs, il est courant que les choix que nous n’avons pas faits finissent tout de même par être effectués au gré d’une pirouette narrative diminuant considérablement l’attention portée à ce système. Enfin, il est à noter que chaque choix est généralement affaire de bon sens, dans la mesure où l’un des deux est parfois totalement inapproprié. Mais une vraie immersion et les interrogations/doutes qu’elle aurait soulevés ne demandaient pas des possibilités dictées par le bon sens, mais par la nécessité. Ce que Tales of Xillia 2 ne permet qu’à de très rares instants.

Tales Of Xillia 2
 
Le second est en revanche bien plus problématique puisqu’il dépend du game design lui-même. Comme souvent dans la série, ce nouvel épisode propose de faire évoluer les affinités que l’on a avec les différents personnages du jeu. Celles-ci évoluent selon la progression de quelques quêtes secondaires, du temps passé en combat à leurs côtés, ou… des choix que l’on nous demande de faire. Et tout le problème est là. Parce qu’augmenter notre niveau d’affinités nous permet de gagner des objets et compétences, le joueur saisit très vite où réside son intérêt dans le cadre de son évolution puisqu’il suffit de brosser les amis du héros dans le sens du poil (toujours dans l’un des deux choix à valider) pour que cette affinité évolue positivement. Là aussi, le choix n’est donc plus qu’une question de bon sens, de logique liée à la compréhension d’une bête mécanique de gameplay. Une simple illusion de liberté offerte au joueur qui devine d’avance le meilleur choix et qui n’aurait rien à gagner en l’évitant.


LA LIBERTÉ A UN PRIX

20 millions de Gald très exactement. Ou tout du moins, c’est la somme que devra rembourser Ludger suite à l’intervention d’un bad guy (comme souvent dans les Tales of, c’est écrit sur sa tronche) qui lui aura sauvé la vie. Un ressort narratif très pratique pour justifier une limite temporaire dans l’exploration des territoires du jeu. Celle-ci se structure ainsi par paliers, certains endroits ne se débloquant qu’après le remboursement d’une certaine somme. Une restriction de l’espace de jeu certes justifiée, mais pénible dans les faits : outre l’impossibilité d’aller où l’on veut du fait de murs invisibles, le scénario impose durant les premières heures une errance permanente dans les mêmes environnements.

Or, si le jeu reprend fort logiquement à son compte les endroits déjà visités dans Tales of Xillia, il le fait sans la moindre et quelconque modification. Et c’est peu dire que déjà à l’époque, le titre souffrait de décors tous plus vides et laids les uns que les autres, de même qu’ils paraissaient tous interchangeables tant ils donnaient l’impression que seules les textures et la météo avaient été changées. L’exact inverse d’un Final Fantasy X-2 notamment, qui nous faisait de nouveau visiter des endroits familiers mais sous une nouvelle perspective (parfois littéralement, ce qui suffisait amplement à éviter toute redite). Sachant qu’il s’est passé un an entre les évènements deXillia et de Xillia 2 et que ce dernier nous fait visiter une vingtaine de dimensions paradoxales, il y avait mille prétextes possibles et imaginables pour justifier un ravalement de façade qui n’arrivera jamais. Ah si, ils ont bougé un caillou et rajouté un arbre aussi. Mais si, là. Ici.

Tales Of Xillia 2
 
En conséquence de quoi, on vous laisse deviner les sentiments procurés par des heures successives à marcher aux mêmes endroits et à tuer les trois mêmes monstres pour gagner de l’argent nécessaire à la poursuite de la quête principale. Des allers et retours incessants, à pied bien évidemment, et ce jusqu’à l’obtention de la carte du monde à la fin du chapitre 6, autorisant enfin la téléportation sur les lieux déjà visités. Comment on dit déjà ? Oui voilà : un calvaire.

Paradoxalement, Tales of Xillia 2 procure un sentiment de liberté grisant sur la durée, et pas seulement en matière d’exploration. Passées les dix premières heures de jeu (en ligne droite, comptez un peu plus de trente heures pour terminer l’aventure principale), le joueur aura certes la possibilité d’explorer chaque recoin et d’accomplir chaque quête annexe selon son bon vouloir. Néanmoins, le titre se révèle suffisamment complet pour étendre cette sensation pendant les combats, qui constituent tout de même le cœur du jeu et du gameplay. Reprenant les excellentes bases de son aîné, Tales of Xillia 2 a l’avantage de nous faire très vite reprendre nos marques à travers un système de combat extrêmement intuitif. À cela s’ajoutent plusieurs subtilités progressivement jouissives du fait de géniales mécaniques d’upgrade faisant assez vite oublier les quelques défauts initiaux.

BIENTÔT JOUABLE AU STICK ARCADE

Les différents types d’armes à utiliser (lames, maillets et pistolets) et à adapter selon les ennemis et la stratégie qu’ils imposent (armes lourdes pour briser leur garde, flingues pour rester à distance, etc…) permettent en théorie de varier les styles. En théorie seulement puisque même dans les plus hauts niveaux de difficulté, les ennemis (hors boss) n’opposent guère de résistance empêchant l’emploi de l’arme censée être la plus faible contre eux. Instinctivement, on privilégiera donc l’esthétique et la prise en mains à l’efficacité. Les lames sont notamment bien plus plaisantes à utiliser que des pistolets autrement plus lents. Les choses sont bien faites à partir du moment où le gain d’expérience permettra d’améliorer des caractéristiques essentielles, rendant plus agréable le recours à telle ou telle arme (les guns gagnent en portée, peuvent transpercer les ennemis…).

Tales Of Xillia 2

 Ajoutez à cela le système de liens entre personnages ; et la liberté permise offre une complexité inédite dans un Tales of, et c’est tant mieux. Seront notamment à prendre en compte les capacités spécifiques à certaines liaisons (téléportation dans le cas de Muzét…), une localisation partielle des dégâts offrant différents bonus (hausse du CA dans le cas d’une attaque de dos…), la transmutation de Ludger (qui possède plusieurs stades d’évolution) et les combos uniques qui lui sont rattachés, une sphère d’artes permettant d’utiliser deux fois plus d’attaques différentes à l’aide de L1, les artes mystiques, les artes mystiques liés… Et voilà de quoi modifier et optimiser votre stratégie parmi un très grand nombre d’alternatives. On pourrait bien sûr se plaindre que la zone de combat soit trop restreinte. Cela ne dépasse pas le stade de l’anecdote face à des combats ultra dynamiques et particulièrement bien pensés. Même les nouvelles orbes, qui se substituent à celles de Xillia, ne diminuent pas le plaisir. Elles sont pourtant très loin d’assurer le même niveau de rigueur tactique qui conditionnait le premier épisode.

CERCLE VERTUEUX

Le gain d’expérience entraîne l’acquisition de capacités, qui améliorent les combats et permettent de tuer des ennemis mythiques, qui lâchent des Gald et des points, qui débloquent de nouvelles quêtes secondaires offrant de l’argent et des matériaux pour l’acquisition de nouveaux équipements exclusifs au craft… Clairement, Tales of Xillia 2 est un titre pensé pour ne jamais lâcher le joueur en dehors de cette boucle d’addiction qui fait les grands jeux.
Mais Tales of Xillia 2 n’est pour autant pas un grand J-RPG. S’il mérite le respect pour avoir su élever le niveau de son prédécesseur, il lui manque ce jusqu’au-boutisme qui fait la grandeur de titres tels que Xenoblade Chronicles ou Tales of Graces F, pour ne citer qu’eux. Ce jusqu’au-boutisme, c’est aussi une galerie de personnages charismatiques dont les relations ne seraient pas rendues superficielles par la volonté trop évidente d’allonger la durée de vie (les histoires personnelles des personnages, sous forme de chapitres, rarement enthousiasmantes). Et à de rares exceptions près (Elle, superbement écrite), il n’y en a que trop peu ici. Pour autant, pas de quoi refuser cette invitation à un voyage aussi enthousiasmant qu’inattendu.

En bonus, pour tous les fans de la saga Tales of, retrouvez l’interview d’Hideo Baba chez notre partenaire Paoru.fr.

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