Petits oiseaux de Yôko Ogawa : chanter la différence

Petits oiseaux

Après la rentrée littéraire en manga, Journal du Japon n’oublie pas non plus les nombreux romans nippons qui viennent envahir vos librairies de fin août à fin septembre. Après le tendre Ruban d’Ito Ogawa, nous continuons avec un autre Ogawa, Yôko Ogawa cette fois-ci, et son roman Petits oiseaux aux éditions Actes Sud, sorti le 3 septembre 2014.

Yôko Ogawa aime plonger son lecteur dans des univers à la fois familiers et étranges, où des personnages avec un petit quelque chose de différent évoluent comme dans une ouate qui absorberait leurs vies pour la livrer ensuite au lecteur. C’est encore le cas ici avec la vie du « Monsieur aux petits oiseaux », régisseur d’une résidence d’entreprise, qui nettoie avec amour la grande volière d’un jardin d’enfants et communique avec les oiseaux, comme le lui a appris son grand frère : « Tous les chants d’oiseaux sont des chants d’amour »

Ce livre nous offre une très belle histoire d’amour fraternel entre l’aîné qui parle une langue inventée depuis l’âge de onze ans et le cadet qui est le seul à la comprendre et prend soin de ce frère différent à la mort de leurs parents. Il lui offre un nid sûr et confortable, un cadre rassurant dans lequel ils vivront ensemble de nombreuses années. C’est également une belle réflexion sur le langage, la communication entre les hommes, mais aussi entre l’homme et l’animal. Comment arrive-t-on à se comprendre ? Avons-nous perdu l’habitude de tendre l’oreille, d’écouter ?

Éloge de l’amour fraternel et de la différence

Yôko Ogawa

Comme souvent dans les livres de Yôko Ogawa, les personnages sont un peu à côté de notre réalité, ils sont légèrement différents, étranges, soit par leur apparence extérieure (on se rappelle du petit joueur d’échecs), soit par leur façon de s’exprimer ou non, de percevoir des choses invisibles pour le commun des mortels, d’avoir un de leurs sens exacerbé.

Voici donc deux frères que nous découvrons enfants : le cadet a six ans et l’aîné en a treize. Cet aîné ne parle qu’une langue incompréhensible que le cadet nomme affectueusement « pawpaw », d’après le nom des sucettes qu’ils vont acheter ensemble (sur le papier desquelles est dessiné un oiseau, les papiers collectés permettant à l’aîné de confectionner de magnifiques broches oiseaux).

Après la mort de leurs parents (une mère aimante qui n’a malheureusement pas réussi à percer le mystère du langage de son fils aîné, un père universitaire qui s’isolait dans une annexe pour travailler et fuir ce qu’il ne comprenait pas), le cadet travaille comme régisseur d’une résidence d’entreprise, laissant l’aîné à la maison. Leur vie, organisée au millimètre pour éviter les imprévus qui perturbent beaucoup l’aîné, est simple et belle : manger des sandwichs le midi, aller observer les oiseaux à la volière, acheter une sucette le mercredi, écouter la radio, regarder les oiseaux du jardin, faire des voyages imaginaires. Il règne dans les pages une grande sérénité à l’écart du bruit du monde, une douceur jusque dans le chant des oiseaux.

Le « nid » que les deux frères partagent est comme la cage idéale : « La cage n’enferme pas l’oiseau. Elle lui offre la part de liberté qui lui convient. »

Après la mort de son aîné, le cadet continuera sa vie avec d’autres rituels : manger en admirant la roseraie de la résidence, aller lire des livres sur les oiseaux à la bibliothèque (avec une bibliothécaire qui le comprendra même sans parler), nettoyer la volière du jardin d’enfants que son frère aimait tant, et chanter avec les oiseaux en se souvenant de cet aîné qui lui a appris à écouter.

Prendre le temps d’écouter …

Petits oiseaux version japonaiseYôko Ogawa a un don pour faire sentir au lecteur ce qu’il ne percevrait pas de lui-même. Et dans ce livre, nos « oreilles de lecteur » sont sollicitées à chaque page. Il y a partout les chants des oiseaux, petits ou grands, migrateurs, en volière, dans le jardin et même en cage. Le livre regorge de leurs sons mis sous forme de lettres que l’on se prend à lire à haute voix. Il y a aussi les voix des enfants, le bruit du papier de sucette froissé, la voix de la bibliothécaire « à rapporter dans quinze jours », le chant du grillon grelot dans la boîte du vieil homme rencontré au parc, et même le son de la douleur qui envahit la tête du cadet.

Il y a surtout les sons que l’on imagine, ceux de la langue inventée par l’aîné, que l’on ne lit pas dans les pages du livre mais que l’on aimerait apprendre, ces sons si doux, si purs que les oiseaux les comprennent. Et après la lecture de ce livre, on se surprend à tendre l’oreille en sortant dans la rue, à guetter l’oiseau sur sa branche et à espérer qu’il chante à notre passage.

Ce livre laisse une empreinte douce dans le cœur, comme le creux laissé par le corps de l’aîné dans la clôture près de la volière, comme la trace du bocal de sucettes sur le comptoir du magasin.

Retrouvez toutes les informations sur Petits Oiseaux et Yôko Ogawa sur le site des éditions Actes Sud.

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