Kirie : voyage artistique et poétique, au cœur d’un rêve japonais

Après avoir découvert l’Enka avec Yuki Tokunaga, s’être imprégné de la calligraphie nippone de Hiroko Watanabe et avoir dialogué avec des maikos, Journal du Japon clôt son voyage culturel à Japan Expo 2014 en partant à la découverte d’une formation unique en son genre : Kirie.

Un concept visuel vers de nouveaux horizons

Kirie, c’est l’association d’une vingtaine d’artistes très différents, qui mélangent leurs univers à travers des shows originaux, oniriques et envoûtants… « à la recherche de nouvelles méthodes d’expressions des sensations » comme le dit Miko, créatrice de la troupe et du concept.

Né en 1982, Miho est au départ une artiste spécialiste du Obi, la fameuse ceinture du kimono japonais, dont elle dessine les motifs. Mais le tissu ne semble pas lui suffire et elle décide de transposer cet art et ses dessins à un autre support : le corps humain. C’est de cette expression corporelle que va naître un nouveau genre, le Kirie-shi qui combine à l’origine la danse et les arts graphiques, et qui a comme philosophie de mélanger aussi bien les arts nippons d’hier et d’aujourd’hui.

Karin de Kirie, avec des motifs signés par MihoKarin de Kirie, avec des motifs signés par Miho

Ce souhait est aussi celui de Karin, l’une des danseuses de la troupe et sans doute la plus internationale de toute la bande : née à Toronto de parents Japonais et Canadien, la jeune fille passe son enfance à Yokohama mais va rencontrer la danse contemporaine durant un stage d’été à Toronto avant de d’être diplômée en ballet classique au sein d’un conservatoire nippon. Elle décide de s’ouvrir à tous les styles de danse et retourne au Canada pour y débuter sa carrière, à Vancouver, au sein de la troupe Modus Operandi. C’est avec toute cette expérience qu’elle revient au Japon et rejoint Kirie en 2013, à la recherche de nouveaux horizons.

Une troupe aux milles facettes

Kirie est aujourd’hui une troupe japonaise assez complexe où peintures variées, musique et danse fusionnent, à la recherche d’une osmose qui se veut un nouveau genre, transcendant les arts respectifs qui la compose. Comme nous l’explique Miho, la calligraphe du groupe, chacun des arts est au service d’un tout mais ce tout vient lui aussi influencer chacun des artistes : « la musique permet de réinventer mon écriture des kanjis, de les voir différemment. Le fait d’être au sein d’une troupe, alors que le calligraphe est souvent un artiste solitaire, est libérateur et me permet de donner à mes caractères une vraie personnalité, leur permet de mieux s’exprimer. »

KirieMiho (au centre) et la troupe Kirie à Japan Expo

Cette fusion s’exerce aussi bien entre les disciplines artistiques que dans le mélange typiquement japonais des passé, présent et futur… Le célèbre « entre modernité et tradition », une expression un peu galvaudée mais qui reprend du sens à la découverte de cette troupe et de ses prestations.

Le meilleur exemple de cette mixité temporelle s’appelle Waccha, le percussionniste mais surtout human beat-box du groupe qui prouve, s’il le fallait encore, l’émancipation de Kirie vis-à-vis du carcan des traditions. A l’image de la calligraphie de Hiroko Watanabe que nous vous présentions la semaine dernière qui s’allie aussi bien avec un Taiko ou un Shamisen qu’une guitare rock ou dans l’esprit d’un Wagakki Band qui cherche à mélanger des influences musicales de tous horizons, Kirie multiplie les univers tout en les faisant coexister. L’utilisation des loops de Waccha, qui consiste à superposer différents sons et chants issus du beat-box, permet la création d’une ambiance évolutive qui sert de socle à la prestation des danseurs, calligraphes et tous les artistes visuels de la troupe.

Waccha KirieWaccha en plein show, à Japan Expo 2014

Cette base musicale varie au cours des prestations, puisque pianiste, joueuse de violon, de shamisen ou d’autres instruments japonais offrent à la troupe une très large palette de possibilité : en plus de ces 4 fondateurs, Kirie se compose en effet de 7 danseurs, 9 musiciens et deux calligraphes.

Néanmoins, là où ce mix entre arts traditionnels et expression artistique moderne peut paraître un artifice facile et surtout commercial pour toucher tous les publics, Kirie évite cet écueil et se positionne clairement dans la recherche artistique – donc qui ne plaira pas forcément à tout le monde – avec pour priorité d’exprimer l’âme japonaise, dans le visuel comme dans le contenu.

Sans un mot, les shows revisitent en effet différents récits classique du folklore nippon, du mythe à la vieille légende en passant par l’histoire de fantôme. Un point de départ que chaque artiste représente alors à sa façon pour donner une fresque finale toujours très riche, au point qu’il est toujours impossible pour le spectateur de tout voir : tantôt capté par la danse, tantôt par le dessin des motifs de fleurs, tantôt par la prestation habitée du beat box… Chacun y trouvera son compte et finira par se laisser bercer par une ambiance globale, son esprit vagabondant d’une prestation à une autre.

Les shows de Kirie sont donc autant un voyage pour les artistes qui la pratique que pour le spectateur. Déroutant parfois, étrange souvent, ces prestations loin des normes et des règles peuvent par moment nous échapper, d’autant plus que la culture des symboles ou des histoires contées peuvent nous manquer. Mais, plus qu’une histoire, c’est la recherche de cette essence japonaise enfouie dans leur art qui intrigue. Ajoutez-y la beauté des corps, des tissus et des peintures omniprésentes et on obtient une poésie envoûtante. Un voyage inédit, au cœur d’un rêve japonais…

Pour retrouver Kirie et les artistes de cette troupe sur le net vous pouvez vous rendre sur leur site internet leur page Facebook ou encore leur compte You Tube, ou encore vous rendre sur les sites internet ou page Facebook de Miko, Karin, Miho ou Waccha, pour aller à leur rencontre !

Tous nos remerciements à Kirie et à leur manager Hirokazu Kumagai pour leur temps et leur bonne humeur ainsi qu’à notre interprète !

Paul OZOUF

Rédacteur en chef de Journal du Japon depuis fin 2012 et fondateur de Paoru.fr, je m'intéresse au Japon depuis toujours et en plus de deux décennies je suis très loin d'en avoir fait le tour, bien au contraire. Avec la passion pour ce pays, sa culture mais aussi pour l'exercice journalistique en bandoulière, je continue mon chemin... Qui est aussi une aventure humaine avec la plus chouette des équipes !

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2 réponses

  1. 27 juin 2015

    […] d’un chanteur de beat-box et d’autres artistes dont le mélange est des plus original. Après les avoir interviewé en groupe l’an passé puis avoir re-rencontré Waccha il y a quelques semaines au Japon (interview à venir […]

  2. 29 juin 2015

    […] les avions rencontré l’an dernier. et ils sont de retour pour l’édition 2015 : KIRIE, la formation hétéroclite qui […]

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