2015 au cinéma : l’heure du bilan

Cette année 2015 aura été pour le moins faste en matière de cinéma nippon. Souvent mis à l’honneur dans les festivals, les films japonais peinent parfois à trouver le chemin des salles ou des exploitations en DVD. Mais cette année pourrait être celle qui changera la donne. De plus en plus de films japonais sont présentés en salles en France et de plus en plus de titres sont présentés ou repris par les distributeurs. Si malheureusement encore tous les titres de 2015 n’ont pas eu la chance d’être présentés au grand public, on ne peut qu’applaudir des deux mains l’ouverture qui se profile dans le monde du cinéma en France.
Après avoir passé une année à écumer les festivals, à s’enfermer dans des salles obscures et à regarder des DVD à la pelle, l’équipe de Journal Du Japon a dressé son petit bilan de 2015. Chacun ayant vécu cette année de cinéma avec son propre ressenti, difficile de trouver un consensus et d’ériger un titre comme étant le meilleur film de 2015. Chacun y va ainsi de son coup de cœur, que ce soit en salles ou en DVD, pour le travail du réalisateur ou d’un acteur ou par la musique… Car l’émotion au cinéma sait prendre toutes les formes pour nous toucher directement, et c’est ce qu’on a aimé en 2015 !

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Pour Paul, c’était la triste nouvelle de cette année : le dernier film d’animation des studios Ghibli sortait dans les salles : c’est donc dans un mélange de tristesse et de nostalgie qu’on allait voir Souvenirs De Marnie de Hiromasa YONEBASHI, le réalisateur d’Arietty. Cette histoire d’Anna, adolescente solitaire, adoptée et asthmatique a alors fait écho aux adolescents que nous avons été. Dans une émouvante et inattendue ironie, cette adaptation d’un roman jeunesse anglais a raconté des fêlures et un mal être intemporel qui nous a renvoyé à l’époque où les premiers long-métrages d’animation de MIYAZAKI et TAKAHATA sortaient en salle et nous permettait de rêver à travers des contes magiques ou oniriques plein de sens, tout comme la belle et parfaite Marnie va emmener la petite Anna dans un rêve hors du temps…

Cette jeune fille envoyée à la campagne est seule et totalement handicapée dans son rapport avec autrui : elle se déteste profondément et ne cesse de se répéter qu’elle est « hors du cercle » mais elle s’en exclut elle-même. Mais à travers cette mystérieuse maison de bord de mer qui s’anime à la nuit tombée, elle fait l’expérience d’une amitié et du partage de ces souffrances. Marnie, jeune fille blonde à l’apparente perfection comble un douloureux trou dans l’âme d’Anna, tout comme les films de Ghibli sont venues répondre à notre soif de nature et d’écologie, de magie et d’ailleurs, de sens et de quête pour toute une génération.

Cet écho, les plus jeunes passeront sans doute et logiquement à coté, mais pour tous les adultes de 30 ans et plus, Souvenirs De Marnie nous a ramené 20 ans en arrière, dans les années 90, quand on a découvert avec un émerveillement incroyable puis une passion régulièrement renouvelé Mononoke, Laputa, Chihiro, Kiki et bien d’autres. Quelle chance on a eu…

La boucle est désormais bouclée, avec une grande poésie. Merci monsieur YONEBASHI !

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Dans un tout autre registre, Maxime ne peut s’empêcher de citer Tag de Sion SONO. Sorti au beau milieu de la pléthore de titres proposés par le réalisateur cette année (pas moins de cinq films si on exclut son travail pour la télévision), ce film de commande ne promettait pas d’être inoubliable, surtout s’il devait souffrir la comparaison avec Love & Peace, œuvre très personnelle de SONO sortie quasi-simultanément. Mais c’était sans compter sur le cinéma viscéral du réalisateur. Avec Tag, Sion SONO a transcendé le film de commande en y injectant ses propres tourments et a créé une œuvre intime et profonde. À la fois violent et délicat, effréné et contemplatif, Tag entraîne le spectateur dans un rêve à l’ambiance cotonneuse qui se mue en un cauchemar tragique. Emporté dans ce maelstrom onirique et cauchemardesque, on se retrouve en proie à une émotion immense et incontrôlable, et on souffre avec les personnage sans vraiment savoir pourquoi.

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Pour Yoan, le moment cinéma de 2015 est à chercher du côté des fantômes de Kiyoshi KUROSAWA avec le très beau Vers L’Autre Rive. Depuis Shokuzai, KUROSAWA semble délaisser l’intellectualisme ampoulé de ces derniers longs métrages, pour revenir vers l’émotion du fantastique suggestif qui faisait la force de ses débuts. Tout en prolongeant les thématiques romantiques et existentialistes de Real, Vers L’Autre Rive est un yūrei eiga atypique qui parvient à transcender son faible budget par une mise en scène astucieuse et old school toujours au service de l’histoire contée.

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Pour ce qui est des sorties DVD, le gros coup de cœur de l’année pour Pascal, concerne un réalisateur fort prolixe cette année : Sion SONO ; mais pas pour ses livraisons de 2015 (dont certaines très appréciables au demeurant – Love & Peace, Tag), mais pour Tokyo Tribe, déjà projeté lors de l’édition 2014 de L’Étrange Festival, qui est sorti enfin en DVD début décembre chez Wild Side (re-projeté au Kinotayo pour l’occasion). Non seulement le film cristallise le meilleur du cinéma de Sion SONO (folie douce, mélange de violence et d’absurde, jubilation communicative, réalisation survoltée mais lisible), mais il constitue aussi quelque chose d’inédit : une comédie musicale hip-hop, véritable croisement entre West Side Story, Les Guerriers De La Nuit et New-York 1997. Ajoutez à cela une B.O. renversante qui soutient totalement le film, ainsi qu’un bad guy inoubliable, charismatique en diable même dans les situations les plus ridicules (incarné par un Ryohei SUZUKI royal) et vous obtenez un des meilleurs films de l’année, à faire trôner à la droite de Mad Max: Fury Road dans tout les top cinéma de 2015 ! Dommage qu’il n’ait pas eu la sortie grand écran qu’il méritait.

Ryohei SUZUKI interprète Mera, leader des Bukuro Wu-ronz et nemesis de Kai

Du Sion SONO également pour Yoan, avec le DVD de Why Don’t You Play In Hell?. Sorti avec deux ans de retard dans notre pays directement en DVD, après avoir été présenté avec succès dans de nombreux festivals, Why Don’t You Play In Hell? est non seulement un nouveau chef d’œuvre pour Sion SONO, mais également son film somme au côté de Love Exposure. Un long métrage qui inaugure un tournant beaucoup plus « grand public » pour son cinéaste mais sans renier son passif comme en témoigne l’incroyable richesse tant narrative que visuelle de cette histoire d’apprentis cinéastes dont le destin va croiser celui de yakuzas. Un must see qui s’impose comme l’un des meilleurs films de ces dernières années.

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Bien évidemment tenté de citer Sion SONO également, Maxime choisit plutôt d’orienter son choix vers le chef-d’œuvre de Naomi KAWASE : Still The Water, édité en DVD en début d’année après un triomphe au Festival de Cannes 2014 et une exploitation timide en salles. Tout la délicatesse du cinéma de Naomi KAWASE se retrouve dans ce long-métrage qui lui a ouvert les portes du succès auprès du grand public. KAWASE ne renie pas pour autant ce qui fait la force de ses films et propose avec Still The Water une œuvre sensible et intime où aborder les grandes questions de la vie, de l’amour et de la mort se fait en toute délicatesse et sans jamais être pompeux.

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Le choix de la rédaction se porte unanimement sur Sion SONO comme étant le réalisateur qui a fait l’année 2015. Avec plus de cinq long-métrages sortis entre le Japon et les différents festivals internationaux, 2015 aura indubitablement été l’année SONO. Si la qualité des films est parfois inégale, on ne peut que souligner la volonté du réalisateur qui parvient à conserver un cinéma intègre même en enchaînant les projets comme un forcené. Des films de commandes que sont Shinjuku Swan, Tag ou The Virgin Psychics aux projets personnels tels que Love & Peace ou The Whispering Star, chacun de ces films démontre, à des degrés divers, la faculté du cinéaste à se renouveler via sa fascination pour le mélange des genres et les différents courants artistiques dont ils sont issus et permet à Sion SONO de confirmer qu’il est bien l’un des cinéastes les plus importants à l’heutre actuelle, tant au Japon qu’à l’international.

 

Au niveau de l’interprétation, Yoan revient sans hésiter au film Vers L’Autre Rive pour encenser la prestation mélodramatique et subtile d’Eri FUKATSU, qui sert à merveille le dernier film de Kiyoshi KUROSAWA, tout en évitant de nombreux clichés d’interprétations propre au genre.

Selon Maxime, s’il y a bien un acteur à encenser cette année, c’est l’autre moitié de Vers L’Autre Rive : Tadanobu ASANO. Non seulement pour son rôle dans le film de Kiyoshi KUROSAWA, mais également pour son incroyable performance dans le film Ruined Heart: Another Love Story Between A Criminal And A Whore du cinéaste philippin Khavn. Peu loquace et arborant fièrement sa chemise bariolée, Tadanobu ASANO véhicule dans le film tout un panel d’émotions de la manière la plus simple qui soit, sans surrenchère aucune, prouvant ainsi qu’il est bel et bien l’acteur le plus talentueux de sa génération et qu’il n’a surtout pas fini de nous étonner.

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Puisque l’année 2015 est bel et bien une année à la gloire de Sion SONO, Love & Peace et l’univers rock’n’roll de son héros ainsi que Tag, porté par les mélodies envoûtantes du groupe de post-rock Mono, s’affichaient comme de très sérieux concurrents à la meilleure bande-originale de l’année. Mais pour ne pas tomber dans l’idolâtrie, la rédaction a choisi de récompenser des outsiders qui ont cette année brillé par la qualité de leur partition.

Un choix sans surprise pour Yoan, mais qui s’explique pour une raison simple. À l’heure où la musique de film se standardise de plus en plus, Joe HISAISHI montre avec la partition du film La Maison Au Toit Rouge de Yoji YAMADA qu’il reste l’un des derniers compositeurs à œuvrer dans un style personnel et subtil quelque soit la commande où le cinéaste.

Grand fan du groupe Kindan No Tasūketsu, Maxime ne pouvait pas occulter la bande-originale du premier long-métrage de Kazunari HŌNOKI de ce bilan cinématographique de l’année. Si dans les clips de Kindan No Tasūketsu également réalisés par Kazunari HŌNOKI, les images sont au service de la musique, Kiss Me, Kiss Me, Kiss Me propose le schéma inverse en enveloppant cette fresque érotique et psychédélique d’une ambiance sonore mélancolique et lumineuse.

 

Difficile de réellement faire un choix tant cette année nous a gâté cinématographiquement. On espère que 2016 sera toute aussi clémente et que les distributeurs français auront la bonne résolution d’ouvrir encore un peu plus les portes du marché français au cinéma japonais.

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