Avant que nous disparaissions de Kiyoshi KUROSAWA

Après une présentation du cinéaste et une analyse de son style cinématographique, voici le dernier volet de notre dossier sur le réalisateur Kiyoshi KUROSAWA avec Avant que nous disparaissions, son nouveau film, sur les écrans français depuis le 14 mars 2018 grâce au distributeur Eurozoom.


Faire d'un geste affectueux, un danger ©Eurozoom

Faire d’un geste affectueux, un danger ©Eurozoom

La genèse

Avant que nous disparaissions est tiré d’une pièce de théâtre : sanpo suru shinryakusah de Tomohiro MAEKAWA. Elle a été jouée pour la première fois en 2005, puis à nouveau en 2007 et 2011. Kiyoshi KUROSAWA s’est intéressé au projet d’adaptation principalement parce que la pièce est une parodie des films de science-fiction des années 50 sur l’invasion d’extraterrestre. KUROSAWA a poussé l’hommage, ou le plaisir, jusqu’à ajouter des scènes qui n’existaient pas dans la pièce comme, par exemple, l’attaque aérienne car sans avoir le budget d’un film Hollywoodien, il avait très envie de réaliser ce genre de scènes qui, pour lui, est une sorte d’hommage à La Guerre des Mondes de H.G Wells.

L’histoire narre l’arrivée sur terre de trois extraterrestres dont l’objectif est de voler des concepts aux humains avant de les éradiquer. Cependant, rien ne se passe comme prévu. Si une mélancolie poisseuse vous enveloppait l’esprit en sortant de Kaïro, c’est totalement différent pour Avant que nous disparaissions. Même si nous assistons inexorablement à la fin du monde, elle est racontée sur un ton assez léger, il y a même des moments drôles mais sans jamais être lourds comme la scène d’introduction du couple, Narumi et Shinji ou la scène où Shinji découvre le concept de propriété ou celui du travail.

Narumi et son mari Shinji, le couple en crise ©Eurozoom

Narumi et son mari Shinji, le couple en crise ©Eurozoom

De fantôme à extraterrestre, l’homme toujours en porte-à-faux

Si l’idée de voler des concepts aux humains existaient dans la pièce originale; Kiyoshi KUROSAWA l’a transposée à l’image avec un geste très enfantin qui est celui de toucher le front d’une autre personne d’un doigt : un contraste saisissant par rapport à la violence de perdre un concept très important pour chaque humain.

Lorsque les humains perdent ce dernier, les réactions sont différentes selon ce qui leur a été volé, la seule chose qui est immuable c’est qu’ils versent une larme. C’est assez symbolique, mais aussi très fort visuellement : on ne peut pas visualiser un concept, mais une larme oui. Lorsque la sœur de Narumi, l’héroïne, perd le concept de la famille, elle décide de s’en aller, le cœur léger, l’insouciance en bandoulière. Si cette perte fait que la sœur rejette désormais violemment son aînée, elle permet au héros extra terrestre de rester afin de protéger sa femme. Mais si, parfois, le vol de certains concepts s’envisage comme une forme de libération, il peut aussi mener à une forme d’anéantissement. Ainsi lorsque l’extra-terrestre occupant le corps d’un adolescent retire à ses parents trop de concepts ce ne sont plus que des légumes au regard vide. Sans ces concepts universels, l’être humain n’en serait donc plus un. Pas si sûr, à vous de voir.

Les extra-terrestres de leur côté sont comme des enfants, aussi naïfs que cruels, nouveaux face au monde qui s’offre à eux, même s’ils restent bien fixés sur leur objectif d’annihilation. La jeune fille va disséquer des humains pour comprendre leur fonctionnement, comme un enfant enlèverait les ailes d’un insecte pour voir s’il peut encore voler. Ils semblent froids, incapables de sentiment et d’émotions. Mais en absorbant des concepts ils ne font pas que les étudier, ils les intègrent et leur vision des humains et d’eux-mêmes changent. L’impact est plus fort sur Shinji, mais cela n’est peut-être dû qu’à un aléas de son parcours, qu’au hasard des rencontres, ou qu’à la perméabilité aux caractéristiques de l’âge de l’hôte. Les deux adolescents conservant un côté provocateur, nonchalant et rebelle face aux adultes. Encore une fois avec ce film, KUROSAWA n’explique et ne justifie pas tout, car ce qui est important n’est pas là.

Avec une histoire aussi grave, on pourrait penser que le ton du film l’est aussi, mais pas du tout. Sans aller clairement vers la comédie, on peut dire que l’on s’amuse quand même avec les déboires des extra-terrestres face à l’armée, par exemple, ou face aux autres humains. Le ton est léger, sans se perdre dans le loufoque ou la vanne facile. 

La musique est un élément important, non pas qu’elle soit invasive, car on ne là retient pas, mais elle apporte une réelle ambiance au film. C’est Yusuke HAYASHI, avec qui Kiyoshi KUROSAWA avait déjà travailler sur Shokuzai, qui l’a écrite. Sur les indications du réalisateur, elle donne un ton assez enjoué, voir même comique à certaines scènes. La musique se fait rarement oppressante, elle habille habilement l’ensemble sans jamais prendre le pas et nous détourner du propos du film. 

A noter que le rôle principal est interprété par Masami NAGASAWA plusieurs fois récompensée pour ses rôles et que les plus observateurs auront reconnu la voix de Miki OKUDERA la collègue du héros de Your name. Dans la peau de Shinji KASE, alias Shin-chan, l’acteur Ryuhei MATSUDA qui a bien grandit depuis Tabou (1999) et dont les traits atypiques et le physique dégingandé se prêtent parfaitement à ce personnage singulier d’extraterrestre. Les deux adolescents sont interprétés par Mahiro TAKASUGI et Yuri TSUNEMATSU qui dévoilent ici dans leur jeu un côté inquiétant, elle par l’usage de la violence et de la technique, lui par la parole et la stratégie, et le journaliste qui leur sert de guide prend les traits de l’excellent Hiroki HASEGAWA que l’on verra prochainement dans Godzilla, resurgence. Ce casting insuffle une crédibilité aux personnages et porte l’histoire à merveille.

Humain et extraterrestres, copies conformes ©Eurozoom

Humain et extraterrestres, copies conformes ©Eurozoom

L’invasion extraterrestre, nouveau terreau du réalisateur?

Depuis la production de Avant que nous ne disparaissions, Kiyoshi KUROSAWA n’en est pas resté là et a réalisé en trois semaines seulement Invasion, Yocho en VO, une variation sur le même thème. Autour d’elle, Etsuko sent que les personnes n’ont pas un comportement normal. Quand elle accompagne son amie Miyuki à l’hôpital psychiatrique, elle réalise que cette dernière a perdu le concept de la « famille ». Elle comprend alors que des forces mystérieuses sont en train de prendre possession des êtres humains, de leurs corps mais aussi de leurs âmes. Bientôt, ces forces s’empareront complètement de la société. Seule la lucidité de Etsuko pourrait sauver l’avenir de l’humanité.

Il sortira en France le 20 juin prochain grâce au distributeur Art House, nouvelle société de distribution, créée par Eric le Bot et qui semble se spécialiser dans le cinéma japonais.

Avant que nous disparaissions nous amène à nous interroger sans sentimentalisme ni sensationnalisme sur ce qu’est, fondamentalement, être humain, en mélangeant humour léger et noirceur post apocalypse. Le film est surprenant car finement dosé. En résumé un Kiyoshi KUROSAWA a réussi son pari d’adaptation de la pièce de théâtre parodique à succès. 

Retrouvez les salles de cinéma qui projettent le film ci-dessous.

 

Tatiana Chedebois

Je suis tombée dans les animes et les mangas depuis toute petite. Mais depuis 1997 je me suis spécialisée dans la Jmusic sur divers média. Avant toute chose j'aime le rock sous toutes ses formes et je m'éclate en concert. Depuis peu j'ai acquis un doctorat en manga avec des chats.

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1 réponse

  1. 1 octobre 2018

    […] Notre critique du film disponible: ici […]

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