Partez à la découverte de 10 grands samouraïs avec Julien Peltier !

Tout le monde a entendu parler des samouraïs, figures emblématiques de l’Histoire du Japon. Mais que savez-vous d’eux ? Julien Peltier vous fait découvrir dix destins dans un livre passionnant.

 

samourais

Julien Peltier a 23 ans lorsqu’il lit un roman sur Miyamoto MUSASHI. Il tombe alors amoureux des samouraïs, de leur grâce mortelle et de leur beauté farouche. Mais il ne va pas s’arrêter aux superbes récits légendaires, c’est la vérité plus crue des livres universitaires qu’il va découvrir. Loin de la mythologie et des épopées, il découvre des samouraïs parfois plus soucieux de leur propre intérêt que de l’intérêt commun. Les samouraïs représentent aussi une grande diversité sociale et historique. Leur étude permet également d’approfondir des thèmes méconnus : la place de la femme, l’orientation sexuelle, mais aussi le nationalisme et le militarisme (qu’il est intéressant de connaître dans le contexte du Japon contemporain). C’est donc au grand récit, mais aussi aux choses non dites que l’auteur veut s’attaquer dans un livre qui regorge d’anecdotes, de rebondissements, de petits et de grands moments qui ont forgé l’histoire du Japon. À travers le destin de dix samouraïs, c’est l’histoire du Japon que cet historien fait découvrir au lecteur.

Le livre consacre un chapitre par samouraï. Ceux-ci apparaissent par ordre chronologique, ce qui permet une meilleure compréhension de leurs liens et de l’évolution de leur place dans la société japonaise au fil des siècles.

Chaque chapitre commence par la description d’un événement marquant de la vie du samouraï : combat victorieux, mort … une description cinématographique qui plonge tout de suite le lecteur au cœur de l’action et dans la vie de ce combattant.

« Entre chien et loup, dans la pénombre mauve du jour naissant, le jeune guerrier en armure étincelante guide prudemment sa monture sur un sentier de chèvres. Derrière lui, une longue colonne de cavaliers à la mine sombre, vétérans couturés de cicatrices, trotte silencieusement à flanc de falaise. En contrebas, le tocsin résonne, mais tous les regards se détournent vers la charge aurorale des guerriers Minamoto. Aucun combattant Taira, leurs ennemis jurés, n’a jamais songé que quiconque serait assez téméraire pour donner l’assaut depuis les contreforts abrupts qui ferment Ichi-no-tani, « la première vallée ».« 

Puis l’auteur déroule le fil de la vie, de la naissance à la mort, en passant par les combats mais aussi les activités politiques et les pierres que chaque samouraï a pu poser pour la création de l’édifice étatique japonais.

Le style chevaleresque de l’auteur permet de tout de suite pénétrer dans cet univers où les batailles, les trahisons, les conquêtes, les drames se succèdent. L’écriture est fluide, dynamique, donnant à la narration un rythme qui tient le lecteur en haleine.

 

Le livre commence avec Minamoto no YOSHITSUNE (1159-1189), héros tragique assassin par son demi-frère, personnage principal du Dit de Heike (à lire pour approfondir les événements juste « brossés » dans le présent ouvrage). Élevé par des moines, il se montrera fin stratège et deviendra un personnage légendaire.

tomoegozenTomoe GOZEN (1161?- 1184?) est la seule femme samouraï du livre. Cette princesse belle et forte mena des batailles et décapita même un assaillant. Même si différentes versions de sa vie existent (morte lors de la bataille ou capturée par le clan ennemi, mariée, mère d’un enfant puis entrée dans les ordres, ou suicidée avec dans ses bras la tête de son amant dans la mer du Japon), elle est passée à la postérité : héroïne de manga, d’anime, de jeu vidéo. Son histoire permet aussi de mettre en lumière le rôle des femmes dans ces guerres : des tests génétiques ont en effet montré qu’un tiers des combattants étaient des femmes.

Kusunoki MASASHIGE (1294?-1336) fut chef de brigands avant de devenir un samouraï symbole de loyauté absolue et qui deviendra pour cela très apprécié des milieux nationalistes. Rusé, il gagnera des batailles malgré une infériorité numérique. Sa dernière bataille le verra encerclé, ce qui le poussera au suicide rituel.

Takeda SHINGEN (1521-1573) est une figure passée à la postérité grâce aux récits glorieux des historiens, mais aussi à de superbes estampes, à un roman de Yasushi INOUE et surtout au film Kagemusha de Kurosawa (qui lui valut une palme d’or). Dans un contexte de guerre permanente au début du XVIe siècle, ce samouraï au sang froid remarquable (qu’il puise dans une foi bouddhique très forte) gagnera de nombreuses batailles avant de pratiquer la diplomatie défensive. Il meurt à 52 ans, mais deux ans plus tard son fils perd une bataille et sonne la perte de son clan. Dans sa vie personnelle, c’était un homme à femmes (il eu un fils de sa nièce), probablement également bisexuel.

Oda NOBUNAGA (1534-1582) fut l’un des trois unificateurs du pays (avec les deux samouraïs qui le suivent dans le livre). Enfant turbulent et insolent, il est souvent décrit comme un despote à la poigne de fer, mais il faut lui reconnaître la paternité d’avancées importantes pour la modernité du Japon : cadastre, fiscalité, poids et mesures, infrastructures.

YoshiClimberToyotomi HIDEYOSHI (1536?-1598) fut « l’un des plus grands organisateurs du monde moderne ». Né dans une famille de paysans, turbulent et très laid, il est envoyé dans des temples (desquels il est renvoyé) et enchaîne les petits boulots. Il atterrit comme porteur de sandales de Nobunaga (qui le surnomme le singe). Il gravit les échelons et mène de brillantes batailles. Il tue le traître qui a tué Nobunaga et lui succède. Diplomate, il travaille à une gouvernance fédérale, construit le château d’Osaka, réforme et pacifie (comme un « Bonaparte japonais »). Lorsqu’il veut étendre son empire, les portugais lui refusent leur aide, il fait alors massacrer des catholiques. Parti de rien, cet homme n’a jamais oublié d’où il venait, ce qui contribue à faire de lui un mythe.

Tokugawa IEYASU (1543-1616) se caractérise par une grande patience, un jugement sûr, un naturel prudent, curieux, critique et impartial. Il prendra part à la plus grande bataille de samouraïs de tous les temps (Sekigahara). Il jettera les bases d’un système de gouvernement durable dans un Japon pacifié. On lui doit le Buke Shohatto, charte du pouvoir s’appuyant sur la piété filiale, l’obéissance, la concorde et l’harmonie. Il inspirera la célèbre série Shôgun.

Miyamoto MUSASHI (1584?-1645) est un combattant dévoré d’ambition, au talent martial incontestable et au pragmatisme confinant au cynisme. Il enchaîne les duels car il excelle dans les arts martiaux, jetant les bases de l’art du sabre dans le Traité des 5 roues, utilisant un sabre court et un sabre long (nouveau à l’époque). Il est parfois difficile de démêler le vrai du faux tant la vie de ce samouraï a fait l’objet d’ouvrages flatteurs d’admirateurs ou de charlatans. Il a inspiré à Yoshikawa Eiji le célèbre roman La Pierre et le Sabre. Même Utagawa Kuniyoshi le met en scène sous les traits d’un Hercule combattant même une baleine !

Ôishi YOSHIO (1659-1703) est le très connu chef des 47 Rônin. La paix, qui va de pair avec une société hiérarchisée, des paysans écrasés de taxes, a également jeté des centaines de milliers de guerriers désœuvrés sur les routes. Certains deviennent médecins, professeurs, d’autres retournent à la terre. Yoshio (qui par ailleurs aime boire et passer du temps en compagnie de filles de joie) est dévoué à son maître, et lorsque celui-ci est poussé au suicide pour un incident mineur, il décide de le venger. Avec d’autres combattants, ils attaquent la propriété du chambellan responsable et dépose ensuite sa tête sur la tombe de son maître. Les juges demandent alors la mort des 46 survivants qui, après un simulacre d’éventration, sont décapités. Les 47 Rônin sont désormais légendaires sur toute la planète.

Saigô TAKAMORI (1828-1877) est le dernier samouraï. Partisan du jeune souverain (« 10 000 années pour sa majesté »), il remporte une bataille contre les forces shogunales trois fois plus nombreuses. Né à Kagoshima, d’un gabarit imposant, il sera souvent révolté par le sort des paysans, ou par les bombardements menés par l’américain Perry contre les forces rebelles qui refusent l’ouverture forcée du pays. Après avoir fait chuter le dernier shogun, ce petit guerrier de province (comme Musahi) est nommé maréchal. Mais fidèle à ses idées, en désaccord avec une occidentalisation à tout va, il donne sa démission. Il se joint aux samouraïs que l’on veut priver d’armes et se suicide lorsque la défaite arrive. 

 

Ces 10 portraits permettent d’avoir une première approche de l’univers des samouraïs et de l’histoire du Japon. Mais pour qui souhaite vraiment se plonger dans les batailles, les conflits de personnes, la politique, la vie quotidienne, il faudra poursuivre par d’autres lectures car un livre d’un peu plus de deux cents pages ne peut que donner une trame et quelques belles scènes de bataille sans aller dans le détail. Mais il donnera à coup sûr au lecteur l’envie de voir ou revoir des films, lire ou relire des romans ou des essais historiques (une liste d’ouvrages figure d’ailleurs à la fin du livre).

Un très bon ouvrage à la portée de tous pour découvrir les fabuleux destins de ces valeureux guerriers !

 

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

 

 

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3 réponses

  1. GATTACA dit :

    2,3 choses.
    Shogun n’a jamais été un film. C’était un feuilleton TV, inspiré d’un roman.
    Kurosawa n’a pas fait qu’un seul film. Il serait donc plus pertinent de dire « grâce à un film de Kurosawa, qui reçut la palme d’or »… Et de préciser le titre du film. Tout le monde n’est pas cinéphile. Y compris parmi les nippophiles…

    • Paul Ozouf dit :

      Bonjour GATTACA,

      Paul OZOUF, rédacteur en chef de Journal du Japon. Merci de nous avoir lu déjà !

      Bien vu pour la correction Série – film sur shôgun, nous avons édité l’article et ajouté un lien pour les plus curieux. Concernant Kurosawa nous avions déjà précisé pour la Palme d’or, mais j’en ai profité pour mettre en lien notre récent article sur le sujet (les palmes d’or nippone) et pour insérer le titre également. Comme ça tout le monde saura de quoi il s’agit et pourra en apprendre davantage ! 🙂

  1. 23 mars 2018

    […] En 1877, les guerriers du clan Satsuma tentent en vain une révolte contre l’armée impériale, révolte dont s’inspire librement Edward ZWICK dans son film Le Dernier Samouraï. Il s’agit de la dernière utilisation de l’armure japonaise. Petit à petit, les guerriers se reconvertissent et tentent de survivre dans une société où ils n’ont plus aucune raison d’exister. Ceux qui faisaient la fierté du Japon durant les siècles précédents entrent alors dans la légende et alimentent depuis sans cesse le fantasme du samurai japonais. […]

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