Re : Zero kara Hajimaru Isekai Seikatsu : quand le déjà-vu flirte avec l’originalité

Depuis maintenant quelques temps, c’est presque devenu une tradition : à chaque saison, son histoire de monde parallèle. Re : Zero kara hajimaru isekai Seikatsu en est un exemple typique, et pourtant… Que peut bien cacher ce long et obscur titre ? En quoi se démarque-t-il de ses pairs ? La série s’étant terminée avec la saison d’été, c’est l’occasion de revenir sur un récit qui, sans forcément faire l’unanimité, a su faire preuve d’une certaine originalité !

Même joueur joue encore !


affiche-crunchy Re : ZeroRe : Zero kara Hajimaru Isekai Seikatsu
est, comme c’est souvent le cas pour ce genre d’histoire, une adaptation de light novel, écrit par Tappei NAGATSUKI. Il s’agit d’un isekaimonogatari – récit où le protagoniste est transposé dans un monde parallèle – tout ce qu’il y a de plus typique. La mise en place de ce changement est même assez brutale : le personnage principal, Subaru, entre dans une supérette, en sort, et paf ! Le voilà plongé dans un univers médiéval-fantastique des plus classiques. Se croyant au départ doté d’une destinée exceptionnelle, il va très vite apprendre à ses dépends qu’il n’est qu’un individu parmi tant d’autres. Ou presque, car cette histoire n’aurait pas lieu d’être s’il n’avait pas une destinée un tant soit peu exceptionnelle.

Au détour d’une allée, il est sauvé d’un groupe de brigands par une jeune demoiselle, Emilia, dont il va évidemment s’enticher. Subaru va absolument vouloir l’aider à retrouver un objet qui lui a été volé… Mais là où, dans d’autres œuvres, le héros est soit sauvé de justesse ou laissé défait par une Némésis dédaigneuse et imbue de sa personne, Re : Zero kara Hajimaru Isekai Seikatsu tacle intelligemment la série qui s’annonçait dangereusement fade. En effet, au terme d’un premier épisode cliché au possible intervient l’inattendu : la mort. Brusquement. Sans aucune explication. Mourant, il se jure de sauver à tout prix celle qu’il n’a pas su protéger, puis c’est le black-out.

La série va alors réaliser sa première pirouette : Subaru ouvre les yeux face au marchand qu’il a questionné plus tôt, surpris lui-même de se trouver là ! Vous l’aurez compris, la mort n’est pas définitive pour notre jeune ami en jogging, et répond à son propre lot de règles. Pas besoin d’être un aficionado des jeux vidéo pour comprendre que ce récit fonctionne avec un système de points de sauvegarde : le moment où Subaru reprendra son parcours dépendra de son avancement dans l’histoire. Un certain nombre d’autres règles s’appliquent également, et il faudra tâtonner prudemment pour en connaître les limites.

Avec un système aussi simple, on pourrait être tenté de se comporter comme un joueur tout ce qu’il y a de plus normal. À force de refaire encore et toujours les mêmes choses, Subaru accumule des connaissances de plus en plus précises sur ce qu’il se passe. Alors pourquoi ne pas aller droit au but et résoudre la situation en amont ? Ça marche très bien avec n’importe quel RPG ! C’est là que la série se montre maline : si les événements majeurs de l’histoire ne changent pas d’une tentative à l’autre, l’attitude de Subaru et ses actions influent bien plus sur la réalité que n’importe quelle autre variable. Après tout, qui irait croire un inconnu qui semble vous connaître bien plus qu’il ne le devrait ? C’est probablement une chose qui mettrait n’importe qui sur la défensive, non ? On se retrouve donc plongé dans un univers de constantes et de variables, où toute tentative de raccourci facile peut avoir des conséquences désastreuses.

joi-3-eps-rule-re-zero-2-700x394

La psyché au service de l’histoire

À partir d’une histoire pourtant simple et revue mille fois, Re : Zero kara Hajimaru Isekai Seikatsu réussi l’exploit de créer un univers unique, centré sur un anti-héros particulièrement attachant. Si son intérêt pour Emilia est purement artificiel et mécanique, les sentiments qui régissent ses actions sont, quant à eux, très justes. Bien qu’on nous laisse entendre qu’il était dans son univers d’origine un individu à tendance asociale, considéré comme médiocre, ce changement d’univers lui donne l’occasion de changer, et d’essayer de devenir quelqu’un de meilleur. Au fur et à mesure de ses interactions, Subaru dévoilera tout un éventail d’émotions et d’intentions, oscillant sans cesse entre l’égoïsme et l’altruisme.

Comme dans beaucoup de light novels, c’est le développement personnel du protagoniste qui transparaît au fil de l’histoire qui la rend intéressante. On sent très vite cette dualité en Subaru, entre ce qu’il est et ce qu’il voudrait être. Il aspire à devenir un héros, digne de confiance, inflexible et fort, mais à mesure que le récit avance, ses actions transpirent la peur de décevoir, et plus que tout, la peur de la mort. Chaque décès est un déluge de souffrance, de peur, de désespoir ; une expérience si traumatisante que la subir en boucle marquerait l’esprit de n’importe qui au fer rouge. Subaru ne fait pas exception, et même s’il le cache bien, il n’en reste pas moins un être humain.

re-zero-kara-hajimeru-isekai-seikatsu

C’est une des grandes qualités de Re : Zero kara Hajimaru Isekai Seikatsu : Subaru est tellement humain dans ses réactions qu’on s’y retrouve très facilement. S’il nous énerve parfois dans ses élans de mauvaise foi, c’est parce que ce sont des sentiments qui nous parlent. Et le spectateur n’est pas le seul à détester ces réactions : Subaru lui-même, conscient de ses tares, souffre énormément de ces instants d’égarement, comme on peut se détester quand on s’enfonce dans un marécage de jalousie mal placée ou d’un excès de zèle. On se plaît à le voir persévérer, et chacune de ses morts, la plupart du temps mises en scène de façon à être lentes et atroces, se vivent au départ comme une déception. Du moins au début. Car sur la durée, l’enthousiasme pour ce mécanisme s’affadit passablement et, heureusement, l’histoire se repose de moins en moins dessus au fur et à mesure que l’intrigue progresse.

stein-gate-anime-dybexCôté visuel, la série ne brille pas particulièrement par sa qualité technique. La qualité de l’animation du studio White Fox (Katanagatari, Jormungand, Stein’s;Gate) n’est pas à prouver, mais n’a pas particulièrement d’impact visuel fort. Le character design est également assez classique et n’apporte rien de bien probant au récit. Cependant la réalisation efficace de Masaharu WATANABE donne un bon tempo à la série dans son ensemble, les temps morts n’étant que très rares et souvent appréciables dans le torrent funeste de cette histoire. Quand on y réfléchit, comme dans le cas de Stein’s;Gate par exemple, l’histoire ne couvre objectivement qu’une période très limitée, mais la dimension offerte à la subjectivité donne à ce court laps de temps la longueur d’une épopée.

Les light novels et l’animation : une affaire de commande

volume_1_coverComme dit précédemment, Re : Zero kara Hajimaru Isekai Seikatsu est l’adaptation d’un light novel, ces romans ciblant les jeunes lecteurs, dont nous avons déjà parlé précédemment. Ce type d’œuvres originales est assez souvent porté à l’écran, mais si quelques rares élus sont développés assez longuement, comme Sword Art Online ou Log Horizon, il est relativement rare de voir ces séries couvrir toutes les problématiques de l’œuvre originale. La raison en est très simple : pour la plupart des maisons d’édition japonaises, l’adaptation animée d’une série est vue comme un support promotionnel pour le roman. Pour nous spectateurs étrangers, peu nombreux à lire la langue japonaise, cela tourne assez vite à la frustration, puisqu’il est fréquent de rester injustement sur sa faim lors de l’adaptation télé. En ce qui concerne Re : Zero kara Hajimaru Isekai Seikatsu, la série s’achève sur un final grandiose et agréable, mais le plaisir de la victoire est teinté d’une certaine confusion : Qui est cette sorcière dont on nous parle sans cesse et qui a fait venir Subaru dans ce monde ? Pourquoi ? Qui sont ces apôtres, fous mais puissants ? Quels sont leurs objectifs ?…

Au final, tant de questions restent en suspens qu’on ne peut que prier pour une suite, sans pour autant avoir la certitude de la voir un jour accessible. D’autant que Re : Zero kara Hajimaru Isekai Seikatsu s’avère être une série très agréable, pleine de rebondissements et de personnages attachants. Sans que vous vous en rendiez compte, vous vous laisserez prendre par cette histoire finalement pas comme les autres ! L’ensemble des épisodes est disponible chez Crunchyroll, alors laissez-vous tenter, et foncez !

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *