Onibi d’Atelier Sentô : voyage au pays des Yôkai …

Au mois d’août, les Japonais rendent hommage à leurs morts lors des fêtes de O-Bon. L’occasion pour Journal du Japon de vous présenter un « journal de voyage » au pays des esprits fantômes, les yôkai.

Onibi : à la rencontre des Yôkai dans la campagne japonaise

Les deux aventuriers de ce livre sont Cécile et Olivier, les deux artistes qui forment  l’Atelier Sentô. Ils ont passé plusieurs mois dans un petit village de la préfecture de Niigata, entre mer et montagne. Ils ont parcouru la région à pied, en bus, en train. Ils ont fait de nombreuses rencontres, recueilli d’étranges histoires et croisé … des Yôkai, ces esprits japonais qui se promènent dans tout le pays, que certains ont vus ou cru voir, que d’autres ont croisés, sentis.

La bande-dessinée commence donc avec l’achat, dans une très vieille boutique, d’un appareil photo dont le vendeur assure qu’il peut prendre en photographie les Yôkai. Cécile se laisse séduire et achète l’appareil avec sa pellicule spéciale, malgré les doutes d’Olivier. Et les voilà partis à la recherche de ces créatures mystérieuses.

7 chapitres donc 7 aventures

Chaque chapitre est ensuite une petite aventure consacrée à un Yôkai, et l’occasion de découvrir des villages, des forêts, des montagnes, bien loin des grandes villes.

Ainsi, une vieille dame leur raconte qu’il est possible d’attirer les esprits renards avec des onigiri, ces gros triangles de riz qui s’achètent partout au Japon. Mais attention, pas de l’onigiri de supérette, non, celui d’une petite échoppe, fabriqué à la main avec du bon riz de Niigata ! Se trouvent-ils vraiment sous la succession de Torii rouges au milieu de la campagne ? Les photos prises apporteront la réponse (avec pour chaque photo, le lieu, la date, la météo et les réglages de l’appareil).

C’est ensuite en train que Cécile et Olivier partent à la recherche du Buruburu. L’automne est là, les kakis sont mûrs, mais la forêt magique dans laquelle ces créatures sont censées vivre a disparu, remplacée par une rizière. Cécile prend malgré tout une photo.

Lorsque Monsieur Shiga, un ami galeriste et architecte les conduit en voiture dans la montagne où vivait le célèbre moine Ryokan, ils trouvent près de sa cabane un démon de pierre. Le lieu semble propice à la présence des Onibi (feux-follets japonais).

Les érables rougissent à Yahiko. L’occasion d’aller découvrir le village grâce à la gentillesse d’un vieil homme qui leur montre tous les arbres du coin et leur raconte des légendes effrayantes (pied couvert de boue qui écrase les gens s’il n’est pas lavé, grignoteur de tête). Il connaît même un Onsen (bain japonais) tenu par des morts ! Lorsque Cécile et Olivier se retrouvent seuls dans la montagne et que des bruits inquiétants se font entendre, il est temps de redescendre, la peur au ventre. Mais qui est vraiment cet étrange vieillard ?

Lors d’une autre promenade dans les jardins d’une résidence du XIXème siècle, ils apprennent que les Yôkai aiment les endroits vides et les typhons, car ils peuvent alors se promener librement, sans la présence des humains.

Le typhon qui passe dans la région apporte avec lui des rêves étranges de ville fantôme en bord de mer, de pêcheur mystérieux. Le rêve et la réalité sont tellement proches …

La dernière expédition amène le duo à la montagne de l’effroi, un paysage de désolation qui sent le soufre. Les personnes qui viennent là ont perdu un enfant. Elles viennent déposer offrandes et jouets. Les jizô protègent les enfants qui viennent se réfugier dans leurs vêtements pour échapper à un monstre chien qui les traque. Car les enfants morts trop jeunes restent coincés dans notre monde, comme l’explique une vieille dame qui fabrique les vêtements pour les jizô. Cécile perdra son appareil dans ces montagnes … Mais dans l’avion qui les ramène en France, la pellicule photo réapparaît comme par magie dans un gobelet de thé !

En fin d’ouvrage, le lecteur trouvera une carte de la préfecture de Niigata, les villes et lieux visités et cités, avec des plans détaillés pour repérer les sanctuaires, les échoppes et même les arbres ! Car tout est vrai … ou presque dans ce merveilleux carnet de voyage au pays des esprits. Et pour les plus curieux, les auteurs vous apprennent à développer des photos de Yôkai (ce n’est pas chose facile car les Yôkai détestent les produits chimiques utilisés habituellement pour développer les photos des appareils argentiques). Une dernière page fait office de lexique illustré pour comprendre les mots japonais rencontrés dans le livre.

N’ayez pas peur … Mettez vos pas dans les pas de Cécile et Olivier et partez à la découverte du Japon invisible !

onibi

 

L’Atelier Sentô a répondu à nos questions pour un « portrait japonais »

Cécile et Olivier, les deux artistes qui forment l'Atelier Sentô.Journal du Japon a posé des questions à la façon d’un portrait chinois à Cécile et Olivier, les deux artistes qui forment l’Atelier Sentô.

JDJ : Bonjour à vous deux… Comment est né l’Atelier Sentô?

Atelier Sentô : L’Atelier Sentô est né de notre envie de travailler ensemble sur des projets en lien avec nos séjours au Japon.

A l’origine, nous étions tous les deux dessinateurs et nous proposions des projets aux éditeurs chacun de notre côté. Mais après avoir vécu et voyagé au Japon, nous avons eu envie de travailler sur nos souvenirs communs et partager notre approche de la culture de ce pays.

Selon les projets (BD, jeu vidéo, court métrage…), nous nous répartissons différemment les tâches en fonction de nos envies. Nous sommes petit à petit devenus complémentaires et nos deux styles mélangés donnent un résultat nouveau, comme venant d’une troisième personne, c’est l’Atelier Sentô. Nous travaillons essentiellement avec des techniques manuelles et nous aimons toucher un peu à tout.

Comment est né Onibi ?

Onibi est d’abord né de l’envie mutuelle que nous avions de travailler avec Alexandre et Delfine des éditions Issekinicho. Nous avons eu carte blanche pour réaliser un livre alors nous avons décidé de travailler sur nos souvenirs de Niigata, la ville où nous avons vécu au Japon. Nous avions rapporté des carnets de voyage et de nombreuses aquarelles et photo argentiques : toute la documentation nécessaire pour faire une BD. Nous avons décidé d’agencer nos souvenirs pour créer un récit cohérent à la limite du fantastique.

Nous sommes fascinés par la manière dont le mystérieux et le fantastique côtoient la vie de tous les jours au Japon, c’est ce que nous avons essayé de transmettre dans Onibi.

Voici le portrait chinois (japonais) de l’Atelier Sentô :

– lieu préféré au Japon

Yahiko, un petit village à côté de Niigata, au pied d’une montagne, qui côtoie directement la mer. C’est un refuge pour nous, un endroit où l’on se ressource. Les gens y mènent une vie à la fois tranquille et rude car l’hiver, la région est enneigé pendant près de 6 mois. La nature y est incroyablement mystérieuse, belle et inspirante.

Nous y avons tourné notre court métrage Les 3 Dieux et un chapitre entier d’Onibi se déroule à Yahiko.

– Yokai préféré

On aime bien les Tsukumogami, ce sont tous les yôkai nés d’objets du quotidien. On dit qu’au bout d’une centaine d’années, une vielle spatule à riz par exemple, peut gagner une âme. Gare à ceux qui l’ont malmenée !

– plat japonais préféré

Le Sukiyaki. On met une grande marmite au centre de la table dans laquelle on place de la viande, des légumes, du tofu et des champignons qui trempent et cuisent dans un mélange d’eau, sauce soja, sucre, sake et mirin. Chacun se sert ce qu’il veut, le déguste avec un bol de riz, et on remplit la marmite au fur et à mesure.

C’est un plat convivial et lorsque les ingrédients sont bien frais, c’est un régal !

– objet japonais préféré

Les Furoshiki. Ces jolis carrés de tissus décorés permettent d’emballer tout ce qu’on veut : un cadeau, un bentô pour ne pas qu’il coule dans le sac, un livre pour ne pas qu’il se corne en voyage etc… C’est joli et pratique.

– plante japonaise préférée

Les Susuki, qu’on appelle en France « graminée géante ». Ce sont des sorte de grands plumeaux qui sont ballottés par le vent et qui ajoutent une pointe de rêverie aux paysages d’automne dans les campagnes japonaises.

– couleur préférée

Le bleu-vert. Qu’elle soit sombre ou claire, cette association de couleurs produit un effet à la fois apaisant et surnaturel.

Nous l’utilisons dans de nombreux dessins pour leur donner une touche de magie.

– artiste (peintre ou autre) qui vous inspire

Le dessinateur Igarashi Daisuke. Son trait évoque le croquis d’après nature mais avec des distorsions. Ses histoires parlent d’écologie, de nature et flirtent avec le mystique. Il est souvent question d’origine du monde, d’anciennes légendes, des premiers hommes et de leurs croyances.

– film

August in the Water de Sogo Ishii. Izumi, une lycéenne, championne de plongeon, rate un saut et se réveille avec des pouvoirs extra-sensoriels tandis que la ville entière est affectée par une étrange maladie et une sécheresse sans précédent suite à la chute de deux météorites.

Le film est une exaltation des sens où les éléments se déchaînent au rythme des émotions des personnages.

– livre

Appel du pied de Wataya Risa. Hatsu, une lycéenne japonaise, est fascinée par un garçon qui n’a d’yeux que pour un mannequin vedette. On adore le style rafraîchissant de l’auteur : les personnages et l’histoire passent avant la démonstration littéraire. On est plongés dans un Japon contemporain avec une grande tendresse pour les personnages en même temps qu’une critique assez crue de la société.

Journal du Japon remercie Cécile et Olivier pour leur gentillesse et leur disponibilité.

Plus d’informations (extraits à feuilleter et interview des auteurs) sur le site de l’éditeur. Retrouvez également Atelier Sento sur leur page Facebook, ici !

 

Japan in Motion : Et vous, quel Japon préférez-vous ?

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3 réponses

  1. Eugénie dit :

    J’ai adoré leur BD ! Un vrai bonheur pour moi qui suis également fascinée par les yôkai. Grâce à cette petite interview j’ai réalisé que nous avions bcp de choses en commun (ils aiment les tsukumogami !), et leur goût pour le bleu-vert.
    C’est une BD que je vais certainement partager à Noel.

    • Alice Monard dit :

      Merci pour votre message, Eugénie !
      Onibi est en effet un livre passionnant pour ceux qui aiment les yôkai et le Japon des campagnes. L’interview permet de découvrir un peu plus les deux auteurs-illustrateurs d’Atelier Sentô.
      Je partage tout à fait l’idée d’offrir Onibi à Noël !

      Alice

  1. 9 janvier 2018

    […] souvent mal intentionnés directement issus du folklore japonais (évoqués également dans la BD Onibi de Atelier Sentô). Et bien entendu, le cœur des protagonistes ne sera que trop rarement (au goût des plus peureux) […]

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