Le plus court chemin vers le cinéma de Takeshi KITANO

Takeshi KITANO est l’un des réalisateurs incontournables du cinéma japonais. Dans les années 90, le festival de Cannes l’amène sur le devant de la scène culturelle occidentale et le festival de Venise le consacre faisant de lui un des réalisateurs qui comptent dans l’univers cinématographique mondial. Ce mois-ci, trois de ses plus grands films, restaurés pour l’occasion, sont réunis sous la forme d’une trilogie nommée :« Chemins de traverse » visible sur grand écran.

Une occasion en or pour découvrir en trois films le style KITANO.

 

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Kitano ou l’accord des contraires

La trilogie Chemins de traverse réunit Kids return (1996), Hana-bi (1997 – Lion d’or à Venise) et L’été de Kikujiro (1999). Trois films majeurs du réalisateur qui lui apporte la renommée internationale; trois films personnels mêlant à la fiction le vécu de KITANO, l’homme à une période difficile de sa vie mais qui ont permis l’avènement de la pâte singulière de KITANO, le réalisateur. Trois films en quatre ans qui représente un concentré d’humanité entre violence et amour, désespoir et drôlerie, vie et mort. C’est l’émotion à l’état brut, l’Homme dans son appareil le plus simple. De l’aveu du réalisateur lui-même, ces films-ci représentent un tournant dans son art et dans sa vie, l’ayant aidé à se réconcilier avec la société et à accepter la mort, l’idée de mourir. Chacun d’eux est une étape franchie dans la maturité de l’homme comme du réalisateur et avoir la possibilité de les voir à nouveau sur grand écran, dans n’importe quel ordre que ce soit, est, pour un cinéphile avéré ou curieux, un plaisir à ne pas bouder.

KITANO-Chemins de traverse

Ce qui est aussi frappant dans le cinéma de KITANO est qu’il est attachant. Et ces trois films en sont une preuve évidente. Malgré des sujets peu réjouissants, voire carrément rebutants, il suffit de lire les résumés des films pour se faire une idée. Ces films sont colorés et/ou drôles, emplis de force féroce ou de tranquillité. Entre drame et comédie, parmi la violence et la poésie, KITANO possède cette aptitude à émouvoir, à ne pas laisser indifférent au sort de ses personnages. Ce sont des hommes, silencieux et souvent taciturnes, épuisés ou abattus mais derrière cette façade pointent leurs sentiments et leurs émotions : forts, vifs, et surtout sincères et bruts que l’écran ne nous empêchent pas de ressentir. A l’exception de L’été de Kikujiro, qui conclut ce triptyque chronologique dans un style plus léger, le contexte hostile ou triste et les actions souvent violentes n’empêchent pas le rire ou la petite larme de couler parce que KITANO arrive à susciter chez le spectateur  l’empathie sans le jugement pour ses personnages, fictifs mais aussi humains que l’Homme réel.

 

Une sacrée belle trilogie

Kids return : la vie comme des cycles des possibles.

Masaru et Shinji sont deux lycéens qui sèchent les cours, traînent au bar, dépouillent d’autres jeunes et errent dans la vie sans but. Un jour, deux ados qu’ils avaient agressés reviennent avec un ami boxeur qui met KO Masaru. Celui-ci décide alors de se mettre au Noble Art. Shinji, comme à son habitude, marche dans ses pas et le suit à la salle de boxe. Mais bientôt, c’est Shinji qui va se révéler le meilleur boxeur, amenant Masaru a tout abandonner pour tenter sa voie du côté de la pègre.

« Kids Return a (…) été le film du salut, de la rédemption. Je voulais faire un film simple, marquant un nouveau départ. Le but était qu’il divertisse, tout en atteignant un certain niveau artistique, afin, si possible, d’être apprécié par la critique internationale. » KITANO

 

Le film porte en lui cette idée de chemin de traverse qui donne son nom à cette trilogie inventée. Au travers du parcours de ces deux mômes perdus et désabusés par une vie qui ne les gâte pas et une société qui les rejette, KITANO s’adresse à la jeunesse lui assénant de devenir ce qu’elle souhaite, parce qu’elle est le temps des choix primordiaux pour la construction individuelle. C’est un peu le message du vieux singe sage aux plus jeunes de la bande : devenez qui vous voulez être, sans déc’ ! 

C’est aussi un écho à son propre parcours de véritable homme orchestre. Ici, la réussite ne passe pas par l’excellence scolaire et le monde du travail, pas même non plus par la mafia car ses trois piliers de la société japonaise représentent tout ce qu’elle a de plus traditionaliste. Or dans ce film, KITANO veut pousser aux rêves, à l’ambition de réussir autrement, avec ou sans calcul. Même si le titre induit un retour à l’état « minable » des deux protagonistes au début du film, il affirme aussi que, désormais, ils ont repoussé un peu plus les frontières du cercle de leurs possibilités, devenues en conséquence plus grandes que celles qu’ils entrevoyaient au début de leurs aventures. Ce film est autant déprimant que vivifiant, pessimiste qu’optimiste. Comment ? Grâce aux liens qui rattachent les deux amis malgré une réussite et un parcours différent. Grâce aussi à une galerie des rôles secondaires non pas faire-valoir mais éléments à part entière de l’histoire des deux héros.

La violence amenée ici par la boxe et par la présence des yakuzas, est plus en retrait que dans ces précédents films, laissant s’immiscer à l’écran une forme de poésie mélancolique, la fameuse marque stylistique de KITANO. Car ce film reste avant tout l’initiation de deux ados à la vie, au fait de grandir une dernière fois avant de commencer à vieillir. Il est capable d’émouvoir parmi le sang, la jalousie et tout autre sentiment ou action sombres ou négatifs.

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Hana-bi: le jeu explosif de la vie et de la mort

Nishi est un policier dont la femme est atteinte d’un cancer en phase terminale. Lorsque son partenaire, Horibe, se retrouve paraplégique suite à une fusillade et qu’un autre de ses collègues se fait tuer dans la foulée, Nishi démissionne. Il décide alors de commettre un casse pour pouvoir rembourser d’importantes dettes qu’il a contracté auprès de yakuzas et aider ses proches.

« Dans Hana-bi, la violence est le symbole de la mort. D’une mort d’autant plus surprenante qu’on ne l’attend pas. D’ordinaire, dans les histoires où le héros est un yakuza, on sait, ou on imagine à peu près ce qui va se passer. La mort semble presque rationnelle. Dans Hana-bi, je crois au contraire que la mort survient sans prévenir. » KITANO

 

Retour avec ce film à une extrême violence pour KITANO. Mais si la mort rôde partout, comme dans ses précédents films tels que Sonatine ou Violent cop, il la traite ici différemment. Il accepte, enfin, de lui faire face, de lui accorder même une place prépondérante dans son scénario à travers les membres de la famille : la femme atteinte d’un cancer et la fille décédée quelques années auparavant. Et malgré une histoire triste à vous pendre et une violence qui dérange, il arrive quand même à placer des scènes de grâce, de beauté fragile mais aussi des scènes d’humour au plus fort du drame, de véritables gags qui lui permettent – et nous permettent ! – de rire si ce n’est de la mort, du moins de ce qui s’en approche le plus, à savoir le handicap ou la maladie.

Ici, le mutisme caractéristique des personnages chez KITANO enrichit la relation entre deux êtres qui s’aiment mais qui connaissent l’issue fatale de leur amour. Ils n’arrivent pas à en parler et donc, à se parler. On voit bien à l’écran que cela pousse la sensibilité du personnage principal physiquement à fleur de peau. On voit que ses lèvres voudraient dire mais n’arrivent pas, on sent que tout bout en lui mais qu’il est physiquement incapable de faire sortir les émotions et sentiments. En contradiction avec le destin brisé de la famille, répond le retour à la vie d’Horibe, le flic paraplégique qui, lui, se renouvelle et se révèle par la peinture, trouvant là une véritable échappatoire à l’expression de ses émotions, acceptant de regarder son environnement pour en tirer la force nécessaire pour renaître intérieurement. Hana-bi est un film à la fois très poétique et très violent, équilibre incroyable que KITANO réussit à merveille. Et si la fin de l’histoire semble connue du départ, KITANO réussit une pirouette, véritable pied de nez dans le scénario au destin et, dans la salle, au confort du spectateur, endormi sur ses lauriers de déduction et de certitude. La mort n’a définitivement plus d’emprise sur lui.

Précisons en passant et pour l’anecdote, que les peintures vues dans la film ont toutes été réalisées par le KITANO lui-même. Si elles révèlent une autre facette de l’artiste, elles participent aussi à tout le travail de lumière et de décor autour des couleurs tout au long du film. 

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L’été de Kikujiro : le double « je »

Masao est un petit garçon qui vit avec sa grand-mère à Tokyo. Son père est décédé et sa mère travaille loin de la capitale. Quand les grandes vacances démarrent et que l’enfant voit tous ses amis partir, Masao décide de prendre la route pour retrouver sa mère. Alors qu’il s’enfuit du domicile familial, il tombe sur une ancienne voisine de sa grand-mère qui ordonne à son petit ami Kikujiro de l’accompagner. Truand sans envergure, celui-ci prend d’abord cette mission comme un fardeau.

 
«Le film se démarque des autres histoires que j’avais faites jusque-là. Pour une fois, il me semble que ce film penche plutôt du côté de la vie que de la mort. L’enfant symbolise l’espoir, l’avenir, un monde meilleur. Avec ce film, je crois avoir voulu rendre hommage à l’idée que je me fais de l’humanité.» KITANO
 
Volontairement dénué de toute violence, ce film tient du « road movie » à pieds avec des accents de quête existentialiste. On y retrouve des personnages dans la lignée des personnages typiques de KITANO, silencieux et maladroits avec eux-mêmes et avec les autres, mais qui répondent aux situations qu’ils vivent et aux sentiments qu’ils éprouvent sans aucune violence, mais avec jeu. L’enfant comme l’adulte jouent le temps d’un été même si tout n’est pas rose et même quand ça se gâte pour eux. Ils jouent comme un aparté dans leurs vies respectives. Et pour renforcer cette idée de bulle ou de respiration loin de leurs quotidiens, le film prend parfois les allures assumées de carton pâte, dans des séquences de rêves filmées en studio avec les ficelles visibles ce qui fut voulu par KITANO lui-même.
 
Ce n’est pas une relation père/fils et cela va au-delà de celle de deux amis, l’un étant plus vieux que l’autre. On a l’impression de voir la même personne à deux âges différents, KITANO jouant une version adulte mais immature du môme. Pour KITANO, l’homme, c’est plus que cela : c’est l’enfant qu’il a été qui rencontre le père qu’il aurait voulu avoir, lui, enfant. Et c’est juste beau et drôle. Mais si le film est plus léger dans sa forme, plus joyeux dans son déroulement, dans le fond, il reste triste quand arrive la fin qui clôture ce moment de bonheur et de liberté pour les deux héros et qui assène en même temps un aspect récurrent du cinéma de KITANO qui est qu’il est dur de changer. Et c’est beau et émouvant. La maîtrise de la mise-en-scène est ici aussi bonne que dans Hana-bi démontrant que le changement de style et de genre ne l’affaiblit en aucun cas et qu’en conséquence, le talent d’un réalisateur est de savoir tout filmer, quelque soit le genre ou le style.
 
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Ici, au JDJ, on applaudit cette belle initiative que cette trilogie cinématographique visible au cinéma et qui permet de découvrir le travail d’un réalisateur au travers de ses œuvres les plus marquantes. un concept marketing 3-en-1 qui nous paraît aussi osé que judicieux. Mieux, on en redemanderait déjà presque! Et comme en plus, il s’agit de Takeshi KITANO, on n’a plus qu’une chose à ajouter : COUREZ-Y !
 
Chemins de traverse est visible dans tous les bons cinémas jusqu’au 29 août. Toutes les informations sur ces films sur le site web de La Rabbia et leurs réseaux sociaux Facebook ou Twiiter.
 

Em B

Eto...

5 réponses

  1. sadakiyo dit :

    Les cinémas près de chez moi doivent pas être des bons cinémas puisqu’aucun ne le propose

  2. kaizenfortuna dit :

    Bonjour
    raide dingue de Takeshi kit à ni comment ne pas rater ses sorties de films aller voir ses peintures et autres dessins qu’il pourrait avoir faits.
    merci de le donner un site et si un (e) japonais(e) en France va au Japon pour me ramener des affiches ou films originaux. Je pourrais l’héberger pendant son séjour à Paris en échange une semaine.
    Merci.

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