Milan Music : à la découverte de la B.O. du Japon et d’ailleurs

La bande originale de film, plus souvent appelé B.O. est un genre de musique à part entière et le Japon compte quelque spécialiste du genre, comme le très connu Joe HISAISHI. Derrière cet étendard de nombreux films nippons marquent les esprits par leur ambiance musicale et font de cette B.O. un album qui a ses propres qualités.

À l’occasion de la re-sortie de la légendaire B.O. d’Akira, Journal du Japon vous propose de s’intéresser au catalogue de son éditeur Milan Music à travers deux chroniques, celle d’Akira et Async, le dernier Ryuchi SAKAMOTO, ainsi qu’une rencontre avec l’éditeur en question, pour parler musique de films nippons !

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Akira : Culte, vous avez dit culte ?

par Tatiana Chedebois

Akira BOAkira c’est un film qui a marqué les esprits, mais aussi une B.O. inoubliable. C’est en 1991 qu’une génération ébahie découvre ce chef d’oeuvre au cinéma en France. Il ne ressemble à rien de ce qu’on avait pu voir jusqu’alors. Que ce soit la qualité de sa réalisation, de son animation ou de la profondeur de son propos.

Et donc, il y a aussi sa musique.

Composé par Shoji YAMSHIRO, de son vrai nom Tsutomu ŌHASH, il s’agit de son seul voyage dans le pays de la bande originale. Ce monsieur est totalement atypique. Diplômé de l’université du Tohoku, il possède en doctorat en agriculture. Tour à tour professeur et scientifique, il a aussi une passion pour la musique. Il  fonde le collectif musical japonais, fondé en 1974 : Geinoh Yamashirogumi. Il regroupe des centaines de personnes de toutes les conditions sociales : journalistes, docteurs, ingénieurs, étudiants, hommes d’affaires, etc. Ce melting-pot improbable fusionne musique traditionnelle et moderne. Sans doute trop en avance sur son temps, ce collectif reste peu connu et son oeuvre la plus écoutée est la bande originale du film Akira.

Exit les nappes de synthé, exit l’orchestre symphonique, nous entrons dans un monde à part, aussi ébouriffant qu’une course en moto dans Néo-Tokyo. La musique d’Akira bouleverse, ce mélange de chants bouddhistes, de polyphonies pygmées, de synthé et de percussions hypnotiques donne un ton particulier, qu’on ne retrouvera pas ailleurs et qui va irrémédiablement marqué le spectateur. Comme l’immense morceau d’ouverture… Kaneda.

Akira

Même s’il est difficile de vraiment analyser ou comparer les différents morceaux, comment ne pas ressentir, ensuite, l’angoisse de Tetsuo avec le morceau Doll’s Polyphony. Les autres enfants se jouent de lui. C’est un morceau aux sonorités étranges et difficile à décrire, mais ce que vivent les personnages à ce moment l’est tout autant et colle parfaitement au final. Tout aussi incroyable : un Requiem a lieu juste avant un enterrement ou lors de cérémonies du souvenir, et c’est avec ce morceau qu’est clôturé le film. Un long morceau de 14min plein d’émotions et d’une note d’espoir après le cataclysme.  

Akira est donc un film culte mais impossible de le dissocier de sa bande originale, a qui il doit, sans l’ombre d’un doute, énormément.

Akira Vinyl

Tracklist (69 minutes) : 

  1. Kaneda (03:10)
  2. Battle against Clown (03:36)
  3. Winds Over The Neo-Toky (02:45)
  4. Tetsuo (10:16)
  5. Doll’s Polyphony (02:53)
  6. Shohmyoh (10:10)
  7. Mutation (04:49)
  8. Exodus From The Underground (03:17)
  9. Illusion (13:56)
  10. Requiem (14:25)

 

async : l’ordre dans le chaos

par Thomas Hajdukowicz

Près de 5 ans après Three, son dernier album studio, et 8 ans après Out of Noise, son dernier album solo, Ryuichi SAKAMOTO a sorti en 2017 async. Comme pour chaque nouveau disque qu’il sort, le compositeur semble faire un nouveau point sur sa vie.

Le disque s’ouvre sur le très solennel andata, précis comme une œuvre de Bach jouée dans un paysage lunaire ou brumeux. SAKAMOTO donne le ton : il veut nous transcender par la musique. Car l’artiste a passé les trois dernières années à se battre contre un cancer de la gorge qui a failli l’emporter. Cette expérience a bien évidemment changé le musicien. C’est pourquoi il convoque sur async les choses qu’il aime, soit tour à tour musique concrète, bande son cinématographique, avant-garde bruitiste et orgues baroques.

L’enchaînement des différents morceaux créent cet asynchronisme qui donne le titre à l’album. Cependant, loin d’être un enchevêtrement sonore sans queue ni tête, chaque titre répond à un autre : les nappes de solari et de Life, Life répondent à l’orgue d’andata et de son pendant conclusif garden ; les sons forestiers de walker sont dans la continuité de la minéralité de ZURE ; les voix internationales de fullmoon entrent en écho avec le bip spoutnikien ou floydien d’ubi… C’est un puzzle musical qui nous plonge dans l’univers mental de Ryuichi Sakamoto.

async

Car c’est bien à l’univers du compositeur auquel on a affaire ici. stakra rappelle les envolées synthpop de sa carrière au sein du Yellow Magic Orchestra. La spiritualité qui transpire de tri et honj souligne l’intérêt profond qu’a SAKAMOTO pour le bouddhisme tibétain. async permet à son créateur de se livrer à ses auditeurs dans un mélange des styles mélancolique et contemplatif. Et SAKAMOTO de reconnaître que son album s’arpente comme une montagne sans chemin dont on aurait aucune carte : après avoir atteint un sommet, un nouveau pic se dessine, plus haut. Ici, chaque morceau dépasse l’autre et constitue un disque d’une rare beauté.

Tracklist (61 minutes) :

  1. andata
  2. disintegration
  3. solari
  4. ZURE
  5. walker
  6. stakra
  7. ubi
  8. fullmoon
  9. async
  10. tri
  11. Life, Life
  12. honj
  13. ff
  14. garden

Interview : Milan Music & la musique de film

Jean-Cristophe Chamboredon, directeur de la branche US, a accepté de nous en dire plus sur Milan Music : création et histoire, travail et sélection, production des morceaux et plus encore…

Journal du Japon : Bonjour aux éditions Milan Music !
Pour commencer, pour vous présenter, revenons un peu sur vos débuts. C’était il y au moins 35 ans maintenant… Comment tout a commencé ?
DivaCela fait plus que 35 ans, Milan fêtera ses 40 ans l’année prochaine. Le label a été créé par Emmanuel Chamboredon qui le dirige toujours aujourd’hui. Il est toujours complètement indépendant, avec une distribution major par UNIVERSAL en France et en Belgique, et WARNER dans le reste du monde. Le premier grand succès des éditions Milan Music a été la bande originale de Diva par Vladimir Cosma, le film de Jean-Jacques Beineix en 1981. Je crois que l’album avait vendu 2 millions de copies à l’époque !

 

Pourquoi ce choix éditorial de la musique de film ?
Je tiens à préciser que ce choix éditorial n’était pas programmé. C’est arrivé par hasard, au fil des essais, lors des débuts du label. J’imagine que le succès de Diva a poussé Emmanuel Chamboredon à se concentrer sur les musiques de film. Il y avait aussi des connaissances personnelles – Maurice Jarre, Hans Zimmer – qui ont facilité cet intérêt pour la musique de film.

Vendre une bande sonore est très différent de la promotion d’un album d’artiste. Le véhicule promotionnel principal est le film. Le mariage des images et de la musique crée une émotion unique chez le spectateur qui va le pousser à vouloir revivre le film par la musique. C’est très excitant de participer à de telles aventures.

En revanche, vous pouvez sortir la plus belle musique de film qui soit, si personne ne voit le film, vous ne vendrez aucun disque. Je me rappelle d’une année ou Milan avait sorti deux albums magnifiques : la B.O. de Central Station (le film de Walter Salles) et celle de The General (le film de John Boorman). Deux excellents films qui n’ont pas marché au box office. Personne n’a acheté le disque !
Les grands succès sont toujours des surprises, quelques part, mais il faut croire au projet : Ghost, Diva, Chef, Deadpool ont tout cela en commun.

Afin que nos lecteurs se fassent une idée, quelle est la taille de ce marché par rapport à celui de la musique en général ?
J’ignore la part que représente ce marché par rapport à celui de la musique. Il y a environ 10 a 15 bandes originales dans le top 200 Billboard. On peut estimer que la musique de film représente peut-être 5% du marché de la musique ? Ce n’est qu’une estimation.

Il y a aussi, aujourd’hui, un grand décalage entre les musiques de film originales (les « scores ») et les « soundtrack albums » qui sont souvent des collections de chansons nouvelles ou préexistantes. L’essor du streaming (Spotify / Apple Music) donne aussi beaucoup de souffle au genre de la musique de films.

La musique de film offre des choses assez différentes, le choix est vaste même au sein d’un même album. Comment choisissez-vous les bandes originales de votre catalogue ? D’après le réalisateur, le compositeur ?
Chaque année nous avons une liste de projets que nous suivons. Nous suivons aussi le travail de compositeurs et réalisateurs intéressants.

Pour les B.O. regroupant de nombreux titres de nombreux artistes différents, quelles sont les spécificités en termes de droits d’édition ?
Nous devons licencier les morceaux auprès des différents labels qui en contrôlent les droits. La musique instrumentale du film, le « score », est souvent la propriété des producteurs du film.

Où sont fabriqués vos CD et vos vinyles, quel type et quelle qualité de master utilisez-vous ?
Nous fabriquons nos vinyles aux États-Unis avec Rainbo Records en Californie. En Europe c’est avec MPO en France. Nous travaillons sur certains projets avec d’autres sociétés. Le choix dépend des délais, des spécificités du vinyle (la couleur, etc). Pour les CDs nous travaillons avec les fabricants que nos distributeurs utilisent.

Les B.O. japonaises de Milan Music

Les B.O. japonaises de Milan Music

Au sein de votre catalogue on découvre de la musique de films japonais. Est-ce que les B.O. japonaises ont des spécificités par rapport aux autres pays ?
Milan Music a toujours eu une relation particulière avec le cinéma japonais. D’une manière générale nous gardons toujours un œil sur les sorties étrangères qui ont un potentiel international (La Cité de Dieu, Le Labyrinthe de Pan, Le Mariage des Moussons). Le Japon a une belle industrie cinématographique et de très bons compositeurs avec un style bien a eux. Nous sommes le premier label à avoir sorti des bandes originales de Joe HISAISHI avec Sonatine, Hana-Bi et Kikujiro.
Nous nous y rendons deux fois par ans pour suivre les projets japonais intéressants. Nous sortons d’ailleurs en octobre la B.O. de la version film de Tokyo Ghoul, et la musique d’Ikari, un projet tout récent par le compositeur mythique Ryuichi SAKAMOTO.

Ce mois-ci vous ressortez la B.O. d’Akira, pourquoi avez-vous voulu ressortir cet album presque 30 ans après la sortie du film ?
Akira a une place particulière dans ma carrière. C’est un film qui m’a énormément marqué quand j’étais adolescent. Lors de mes débuts chez Milan, j’ai tenté de licencier l’album. Ce premier essai a échoué. Il y a deux ans je suis allé pour la première fois à Tokyo et j’ai repris contact avec Victor/JVC. J’y ai fait la connaissance d’un interlocuteur de qualité qui a travaillé avec moi pendant plus de deux ans pour faire de ce projet une réalité.
Le délai n’était pas un choix. Travailler avec le Japon demande beaucoup de patience.

Enfin, au sein de votre catalogue nippon, quel est votre album préféré et pourquoi ?
Il y en a deux :
Sonatine. J’ai découvert ce disque par hasard dans le bureau de mon père. Il m’a fait découvrir le son unique de Joe HISAISHI et le cinéma de Takeshi KITANO, un de mes réalisateurs préférés.
Et Akira !

Sonatine

Retrouvez Akira, async et tous les albums de Milan Music via le site internet de l’éditeur. Vous pouvez aussi les suivre via leurs réseaux sociaux :  Facebook, You Tube, Instagram ou Soundcloud.

 

Remerciements à JC Chamboredon pour son temps et à l’ensemble des éditions Milan pour la mise en place de cette interview.

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1 réponse

  1. 15 janvier 2018

    […] musicien et compositeur Ryuichi SAKAMOTO, lequel proposera, sur des titres majoritairement issus de son dernier album en date async, une création augmentée d’une installation acoustique et visuelle originale spécialement […]

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