Interview : Jun MOCHIZUKI, le retour à Paris !

C’était il y a 7 ans : Jun MOCHIZUKI débarquait à Japan Expo 2010 pour le lancement de Pandora Hearts, qui allait devenir le plus grand succès de l’histoire des éditions Ki-oon. Vingt-quatre tomes plus tard, la mangaka était de retour en France afin de retrouver son public et pour nous présenter son nouveau shônen : Les mémoires de Vanitas !

Que devient la mangaka, comment son dernier titre est né, de quoi parle-t-il, quels en sont les héros et les messages ? Tout ça et plus encore, dans l’interview qui suit !

Mémoires de Vanitas illustration 1

Les Mémoires de Vanitas 

Résumé : Fin du XIXe siècle. Paris est en plein émoi à la suite d’attaques répétées de vampires. Pourtant, la règle d’or de leur communauté est de ne pas s’en prendre aux humains ! Un mal mystérieux semble ronger ces créatures immortelles…

C’est en cette période troublée que Noé arrive dans la capitale. Il suit la trace du grimoire de Vanitas, artefact légendaire craint de tous les vampires. On dit qu’il permet à son détenteur d’interférer avec ce qu’il y a de plus sacré pour eux : le nom véritable, symbole même de leur vie. Le modifier peut les rendre fous, voire les anéantir…

À bord de l’énorme vaisseau flottant sur lequel il a embarqué, Noé fait la connaissance d’Amélia. Alors qu’il l’aide à se remettre d’un malaise, tout s’emballe : elle perd la tête et révèle sa nature de vampire devant les passagers ! C’est alors qu’entre en scène un mystérieux assaillant, se présentant comme… Vanitas ! Devant un Noé bouche bée, il dégaine le fameux grimoire et apaise l’accès de folie de la jeune femme. L’artefact ne serait donc pas qu’une arme mortelle ? Vanitas, héritier du nom et du pouvoir du créateur du livre, a une mission : sauver les vampires de la malédiction qui pèse sur eux !

Après Pandora Hearts, Jun Mochizuki crée un nouvel univers palpitant, entre steampunk et fantasy ! Le talent du jeune auteur pour camper des personnages mystérieux, ambivalents et à la psychologie complexe ne se dément pas. D’un trait toujours aussi soigné et élégant, elle nous entraîne à travers un Paris peuplé de créatures de légende, dans une enquête aux frontières du monde des humains et des vampires ! 

Mémoires de Vanitas

Jun MOCHIZUKI : de Pandora à Vanitas

Bonjour Jun MOCHIZUKI… Nous sommes ravis de vous revoir !
Vous voilà de retour à Paris, à Japan Expo, mais aussi à Paris dans votre nouveau titre, Les Mémoires de Vanitas. Racontez nous : Paris, les vampires, le steampunk… Comment tout cela s’est assemblé ?

Jun MOCHIZUKI : En ce qui concerne les vampires en fait cela fait très longtemps que j’ai envie de dessiner une histoire avec eux. Pour Paris c’est parce que Ki-oon m’avait invité en France pour la sortie de Pandora Hearts justement, (en 2010, NDLR) et que j’ai trouvé cela très inspirant, Je me suis dit à l’époque que je voulais l’ajouter à mon prochain manga.

Pour l’élément steampunk, c’est venu de ma réflexion lors de la création de l’univers… En mettant en place un Paris au XIXe siècle, il était important que je démarque cette nouvelle histoire de l’univers totalement fantasy de Pandora Hearts. Le steampunk m’a permis d’aller sur un terrain plus réaliste et différent, même si des éléments de fantasy sont toujours présents. En plus, à titre personnel, j’apprécie beaucoup le steampunk, mais il est finalement peu présent dans les mangas en général et j’avais envie de présenter cette culture steampunk à mes lecteurs.

Mémoires de Vanitas : influences steampunk ©Jun Mochizuki/SQUARE ENIX CO., LTD.

Mémoires de Vanitas : influences steampunk ©Jun Mochizuki/SQUARE ENIX CO., LTD.

 

Pour créer ce Paris de fin XIXe, quels ont été vos références ?
C’est essentiellement à travers des lectures que je me suis renseignée sur cette époque, avec différents livres qui contenaient souvent beaucoup de photos (dont Paris From Above, photo ci-dessous à gauche, NDLR). Il y a quelques auteurs spécialisés et j’aurai aimé trouver des films qui prennent le XIXe siècle comme toile de fond mais, malheureusement, ça n’existe pas ou peu au Japon. Il y a beaucoup de romances qui se déroulent au XVIIIe ou au XXe siècle mais, entre les deux le XIXe est une époque qui n’a pas été adaptée cinématographiquement malheureusement.

 Vanitas capture 2 Décors des Mémoires de Vanitas ©Jun Mochizuki/SQUARE ENIX CO., LTD.  

 

Ensuite, sur la création des personnages. Dans Vanitas il y a deux « héros », Noé et Vanitas. Est-ce que vous les avez créés en même temps pour obtenir un tout ou plutôt l’un puis l’autre pour équilibrer l’ensemble… Bref, comment cela s’est-il déroulé ?

Au départ, il n’y avait que Vanitas. C’est lorsque je suis allée visiter le Mont Saint Michel que j’ai eu cet image du personnage, qui était un vampire à l’époque dans ma tête, et qui vivait des aventures avec un partenaire humain. C’était donc un duo vampire-humain mais Vanitas était le vampire. Mais, en y réfléchissant bien, notamment avec mon responsable éditorial de l’époque, je me suis dit que c’était un peu trop bateau comme duo et comme récit, et nous avons décidé d’inverser les rôles en faisant de Vanitas un humain.

Pour autant, même si c’est Vanitas qui est arrivé en premier, je dessine plutôt l’histoire des yeux de Noé, qui découvre Vanitas et sa personnalité, donc c’est sans doute plus facile de s’identifier à lui pour le lecteur. Mais, comme vous le disiez, c’est vrai que garder un équilibre entre les personnages est toujours important, et je les fait donc évoluer de façon parallèle. Je fais aussi attention à ne pas créer un dominant et un dominé dans cette relation, qu’il reste tous les deux à égalité et continuent à avoir du mal à se comprendre, que chacun reste mystérieux du point de vue de l’autre.

Mémoires de Vanitas illustration 2

Vanitas (à gauche) & Noé (à droite) ©Jun Mochizuki/SQUARE ENIX CO., LTD.

 

Qu’est-ce que vous a appris Pandora Hearts sur votre métier, sur votre façon de travailler, qui vous est utile aujourd’hui pour les mémoires de Vanitas ?
Ce que je sais surtout c’est que si je continuais à travailler sur le même rythme que pour Pandora Hearts, j’aillais mourir d’épuisement ! (Rires) La première leçon est donc de faire plus attention à écouter mon corps, parce que je n’ai plus le même âge qu’aux débuts de Pandora Hearts.

Sinon je pense que je fais plus attention à ne plus perdre mes lecteurs, par rapport à Pandora Hearts. Je veille à créer un récit plus simple à suivre.

Cela dit, même si je souhaite que Les Mémoires de Vanitas soient encore meilleurs que Pandora Hearts au yeux des lecteurs qui me suivent depuis ce manga, ce que j’aimerai avant tout c’est toucher de nouveau lecteurs, y compris ceux qui avaient essayer Pandora Hearts et qui n’avaient pas forcément accroché. C’est l’un de mes objectifs.

 

 Les Memoires De Vanitas1    Pandora Hearts tome 1 

 

Il paraît que vous travaillez beaucoup vos illustrations, notamment la colorisation. Mais, malgré votre expérience vous expliquez qu’il vous faut désormais encore plus de temps pour les faire, comment cela se fait ?
En fait c’est parce que j’utilise maintenant beaucoup de techniques de dessin différentes. À mes débuts j’étais plus limitée. Je faisais mon maximum mais dans un cadre plus réduit techniquement parlant alors que, maintenant, j’ai envie d’essayer plein de choses.

 

Justement, dans la réalisation de vos planches : est-ce que vous gérez plus facilement votre temps qu’avant où est-ce que vous essayez de nouvelles choses là aussi ?
Pour le noir et blanc c’est un peu comme les illustrations, je cherche toujours à faire mieux et mes éditeurs m’encouragent dans ce sens, pour que j’en mette plein la vue à mes lecteurs. Mais pour réussir à construire l’univers que je veux mettre en place et le représenter le mieux possible il faut surtout soigner les décors et, là, c’est surtout du travail en plus pour mes assistants qui s’en occupent ! (Rires) Cela prend aussi plus de temps de recherche de documents, si l’on veut soigner les détails.

 Les Mémoires de vanitas ©Jun Mochizuki/SQUARE ENIX CO., LTD.

Les Mémoires de vanitas ©Jun Mochizuki/SQUARE ENIX CO., LTD.

 

Enfin, il paraît que vous avez déjà la scène finale en tête… Jusqu’à quel point et dans combien de tomes on peut imaginer qu’elle va survenir ?
En ce qui concerne le nombre de volumes, je vais essayer de ne pas dépasser celui de Pandora Hearts (24 tomes, NDLR). Bon, après, il se peut que l’on arrive à 25-26 mais ce n’est pas vraiment ce que mes éditeurs souhaitent. Si ça se trouve je n’arriverai pas jusque là, la série ne sera pas assez bien et mes éditeurs m’arrêteront en plein milieu !!! (Rires)

En tout cas, concernant la fin, je l’ai vraiment bien en tête, je sais déjà quels personnages seront présents et ce qu’ils se diront, et c’est avec cet objectif que je dessine ma série, en essayant de faire au mieux pour que le chemin qui va emmener les lecteurs jusqu’à cette fin soit le meilleur possible.

On suivra ça avec plaisir alors, merci !

Mémoires de Vanitas illustration 4

Retrouvez toutes les informations sur la série et un long extrait sur le site des éditions Ki-oon.  Vous pouvez aussi suivre Jun MOCHIZUKI via son blog.

Remerciements à Jun MOCHIZUKI pour sa bonne humeur et son temps, ainsi qu’aux éditions Ki-oon dans leur globalité (éditeur, attachée de presse et interprètes !) pour la mise en place de cette interview.

Paul OZOUF

Rédacteur en chef de Journal du Japon depuis fin 2012 et fondateur de Paoru.fr, je m'intéresse au Japon depuis toujours et en plus de deux décennies je suis très loin d'en avoir fait le tour, bien au contraire. Avec la passion pour ce pays, sa culture mais aussi pour l'exercice journalistique en bandoulière, je continue mon chemin... Qui est aussi une aventure humaine avec la plus chouette des équipes !

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