Chiaki OKADA : rencontre avec celle qui dessine la tendresse aux crayons de couleur …

Cela fait plusieurs années que Journal du Japon vous fait découvrir les auteurs et illustrateurs jeunesse japonais, et à l’occasion du Salon du livre jeunesse de Montreuil, l’équipe a pu rencontrer Chiaki OKADA, une fée des crayons de couleur !

Des livres sur le quotidien des plus petits avec douceur et poésie

Quatre ouvrages de Chiaki OKADA sont disponibles en France aux éditions nobi nobi ! Journal du Japon vous les passent en revue.

J’attends maman : pour dédramatiser l’attente

J'attends maman de Chiaki Okada : couvertureVoici un livre indispensable sur un problème que tous les parents connaissent un jour ou l’autre à savoir: arriver en retard à l’école et imaginer l’angoisse de l’enfant. C’est le cas dans lequel se retrouve la petite Kana. Elle est en maternelle et lorsque la maîtresse lui dit que maman sera en retard, elle se met à en parler au nounours de la classe. Pourquoi maman est-elle en retard ? Ours et petite fille imaginent différentes possibilités :

Peut-être que son train a encore eu un problème car c’est déjà arrivé il y a longtemps. Mais pas de problème, un éléphant, un hippopotame et d’autres animaux très costauds l’auront sûrement poussé jusqu’à la gare ! Et ensuite maman est peut-être passée prendre un gros gâteau qu’elle a eu du mal à choisir et à transporter car il est énorme. Et puis, elle a peut-être pris des ballons chez le marchand de ballons qui est un gros ours en peluche ! Peut-être même qu’elle s’est envolée et que les oiseaux l’ont guidée pour qu’elle arrive à l’école.

J'attends maman de Chiaki Okada : pages intérieuresEt maman arrive ! Quelle joie sur le visage de la petite fille qui court vers sa mère ! Cette scène superbement dessinée tirera probablement quelques larmes aux petits … et aux grands lecteurs. Un gros câlin, un au revoir à Nounours, les voilà dehors.

Kana parle du beau pliage qu’elle a fait, maman propose de passer chercher un gâteau avant de rentrer à la maison, et la petite fille demande « un ballon aussi ».  Un bonheur tout simple sous la lumière des lampadaires et des fenêtres qui s’allument dans le soleil couchant.

Le portrait de Nounours : dessiner son doudou

Le portrait de nounours de Chiaki Okada : couvertureVoici une autre histoire où l’ours en peluche joue un rôle primordial. Cette fois-ci, il est le grand copain de Yuta, un petit garçon qui sait déjà bien dessiner. Il installe donc Nounours devant lui sur la table et s’applique à dessiner son portrait. Yuta est très content du résultat et l’accroche fièrement au mur.

Mais Nounours ne le trouve pas très ressemblant. Pourtant lorsque le vent s’engouffre par la fenêtre et fait s’envoler le portrait, Nounours fait tout pour le retrouver. Mais où est-il passé ? Il n’est ni dans le coffre à jouets, ni sous l’oreiller, pas non plus près des pantoufles … Il était tombé dans la corbeille !

Mais quand Nounours veut le prendre et le ranger soigneusement, le chat se jette dessus et le déchire … Quelle catastrophe !

Le portrait de nounours de Chiaki Okada : pages intérieuresEt voilà Yuta qui revient et qui comprend très vite que c’est Grisouille le chat qui a abîmé le dessin. Il le répare soigneusement avec du scotch.

« Tu sais Nounours, moi je l’adore, ce dessin, parce que c’est toi qu’il représente. »

Une histoire d’amour et un ours en peluche qui prend vit lorsque le petit garçon sort de la pièce, de quoi émerveiller petits et grands. Et si le petit lecteur prenait une feuille pour dessiner ceux qu’il aime : doudou, maman, papa ou bien d’autres choses encore ! Car dessiner, c’est aimer …

Jour de pluie : Il pleut, il mouille, c’est la fête à la grenouille !

Jour de pluie de Chiaki Okada : couvertureCe livre va faire aimer la pluie aux plus petits.

La pluie tombe à grosses gouttes et la petite Akiko s’ennuie. Elle ne peut même pas faire de bruit car son petit frère dort. Elle part alors bouder dans sa chambre, serrant Groin-Groin, son cochon en peluche, dans ses bras. Quand tout à coup elle entend une drôle de voix. C’est une petite grenouille qui l’invite chez elle. En effet, sa maman cuisine plein de bons petits plats quand il pleut, et elle connaît mille façons de s’amuser. 

Akiko, ses nombreux doudous, son chat, et même son camion, un jouet qui prend vie lui aussi, suivent la petite grenouille, après avoir pris soin d’enfiler des bottes de pluie et de prendre un parapluie.

Après avoir traversé le jardin, ils arrivent dans une forêt. Tout au fond se trouve la maison de maman grenouille. Elle a préparé plein de bonnes choses, et des guirlandes de champignons lumineux donnent un air de fête au lieu enchanteur débordant de fleurs. Les délicieuses pâtisseries mettent du baume au cœur! Tout le monde chante, et cette joyeuse chorale attire bientôt tous les habitants du coin : autres grenouilles, oiseaux, fées fleurs.

Akiko est presque triste lorsque le soleil arrive. Mais elle sait qu’elle pourra retourner chez Madame Grenouille à la prochaine pluie. Elle rentre chez elle en tirant le camion dans lequel se sont installés tous ses doudous.

Douce lumière : le temps passe …

Douce lumière de Chiaki Okada : couvertureCe dernier album est plus nostalgique que les autres et il conviendra peut-être à un public un peu plus âgé.

Il raconte l’histoire d’une bougie, du début de sa vie, lorsqu’un bébé vient de naître et qu’elle en éclaire le visage quand il dort, et celui de ses parents, heureux, jusqu’à sa dernière flamme. 

Elle est allumée à chaque anniversaire, et la petite fille grandit tandis que la bougie rétrécit. Parfois, la bougie se trouve minuscule face à la beauté de la lune ou à la puissante lumière d’un phare, mais sa flamme est toujours vaillante lorsque la fillette a peur de la tempête ou à l’arrivée des premiers frimas. Elle est toujours là, à l’écoute, lorsque la jeune fille lui livre ses chagrins.

Et quand la jeune fille devenue femme quitte la maison, la bougie est du voyage. Elle illumine ensuite les moments précieux de la nouvelle famille. Mais lorsque l’électricité est omniprésente, la bougie reste au fond du placard dans sa boîte en bois.

Puis un jour, la vieille femme la sort de son placard et la remercie pour tous ces moments de chaleur et de lumière.

Une histoire douce et nostalgique, à lire à la bougie après une journée pleine de bonheur !

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

Rencontre avec une illustratrice adorable

Chiaki OKADA en dédicace @Journal du Japon

Chiaki OKADA en dédicace @Journal du Japon

Questions « technique » :

Journal du Japon : Utilsier les crayons de couleur sur de grandes surfaces est une technique originale. Quand avez-vous senti que c’était votre technique de prédilection ?
 
Chiaki Okada : Je dessine avec des crayons de papier depuis toute petite. Avec le temps, je me suis demandée comment rendre mes dessins plus beaux. Alors, j’ai ajouté de la couleur avec des crayons de couleur et je fais désormais toujours ainsi.
 
Les contours, en particulier ceux des personnages, semblent plus marqués dans vos premiers livres et ils semblent s’estomper avec le temps. Est-ce parce que vous avez acquis une certaine forme d’assurance, d’expérience que votre crayon appuie moins sur ces contours ?
 
En fait ce n’est pas avec le temps que les traits et les contours évoluent, mais plutôt en fonction de l’histoire. Douce lumière en particulier est un ouvrage qui m’a amenée à chercher un style différent, plus doux, plus estompé, pour bien mettre en valeur la lumière de la bougie, la chaleur, l’atmosphère.
 
Le grain du coloriage est bien visible lorsque des grandes surfaces sont colorées, utilisez-vous un papier spécial pour avoir cet effet ?
 
Ce grain ne vient pas du papier mais d’un calque informatique qui donne cet effet. Je travaille sur l’ordinateur, j’imprime et ensuite, je retravaille dessus. Cela donne un effet de grain que j’aime beaucoup.
 

Questions « personnages » :

 
Chiaki OKADA en dédicace @Journal du Japon

Chiaki OKADA en dédicace @Journal du Japon


Dans vos ouvrages, les animaux en peluche, mais également les chats et les grenouilles, prennent vie. Est-il facile de leur donner des expressions « humaines » ? (ndlr: le chat blanc qui enfile ses bottes et marche debout m’a beaucoup fait penser à Blanche, la chatte blanche et gracieuse du Royaume des chats des studios Ghibli)
 
Cela m’est venu naturellement depuis l’enfance. J’ai toujours imaginé les animaux et les peluches comme des êtres humains. C’est un plaisir de les dessiner ainsi et ce n’est pas difficile. Ils prennent vie sous mon crayon, c’est naturel pour moi.
 
Vous dessinez principalement de très jeunes enfants dans vos livres. Les attitudes, les gestes enfantins sont très bien représentés. Vous devez passer des heures à observer les enfants, non ?
 
J’ai trois enfants. Quand ils étaient petits, je n’avais pas envie de les dessiner, mais plutôt de les câliner. Plus tard, l’envie est venue et mes mains se souvenaient de leurs visages, de leurs expressions, de leurs postures. C’est ce souvenir de mes mains que j’ai mis dans mes dessins. 
 
Les joues roses semblent être la caractéristique commune à tous ces enfants. Est-ce que cela signifie quelque chose de particulier pour vous ? Chez nous, on dit souvent que les enfants qui ont de bonnes joues roses sont des enfants qui vivent au grand air, tout le temps dehors !
 
Au Japon, ces joues roses sont surtout signe d’enfants en pleine forme et très actifs ! Les enfants de ces livres sont débordants d’énergie, de vie.
 
Dans votre dernier ouvrage, nous suivons un personnage à tous les âges de sa vie. Est-ce que cela a été difficile pour vous de faire le vieillir sous votre crayon ?
 
Je suis habituée à dessiner des personnes qui évoluent. Mais dans ce livre, la difficulté était surtout de retranscrire l’évolution de l’environnement au fil des années. A l’échelle d’une vie humaine, beaucoup de choses changent, l’éclairage qui passe de la bougie à l’électricité, l’aménagement des maisons, mais également l’évolution intérieure du personnage de bébé à petite fille, adolescente, jeune femme, femme mûre, vielle dame qui se retourne sur sa vie. Cette évolution intérieure doit être visible dans mes dessins. C’est cela que j’ai cherché à faire transparaître.
 

Questions « jeux d’ombres et de lumières » :

 
Georges de La Tour - Saint Joseph le Charpentier

Georges de La Tour – Saint Joseph le Charpentier


J’admire l’énorme travail que vous faites sur les ombres et la lumière pour donner de la profondeur, une ambiance intime, de la chaleur. Cela me fait penser à l’Eloge de l’ombre de Tanizaki. Trouvez-vous que les artistes japonais ont un rapport particulier à l’ombre ?
 
Je ne pense pas avoir un rapport particulier à l’ombre. Je suis plutôt intéressée par l’espace et l’atmosphère qui s’en dégagent. Je veux « montrer l’espace ». C’est ainsi que j’ai trouvé mon expression de l’espace à travers l’ombre et la lumière. Cette mise en scène des espaces et des volumes se fait à travers des jeux d’ombre et de lumière.
 
L’exercice très difficile avec la bougie du dernier livre est très réussi. Il m’a fait penser aux toiles de Georges de La Tour. Vous a-t-il inspiré lors de la création de ce livre ?
 
Je connais et j’aime beaucoup Georges de La Tour, mais je vous avoue que je n’y ai pas pensé en dessinant Douce lumière. Mais c’est vrai que, maintenant que vous en parlez, ce portrait à la bougie est fascinant et inspirant. 
 
Avez-vous d’autres projets en cours ? Des paysages japonais (montagnes, forêts, torii, temples) ou maisons japonaises (l’ombre des shoji, la pénombre du tokonoma) ?
Chiaki Okada pour une oeuvre de Kenji Miyazawa

Chiaki Okada pour une oeuvre de Kenji Miyazawa

Justement mon dernier livre met en scène un univers japonais traditionnel ! Il illustre une œuvre de Kenji MIYAZAWA sur un yokai de type « esprit de la maison »: le zashiki warashi ou zashiki bokko. J’ai été très heureuse et très honorée de travailler sur cet ouvrage.

Je travaille également sur un projet avec une maison d’édition anglaise. J’ai au total huit projets en cours, des enfants et des animaux bien sûr, mais également un livre dont le personnage principal est un gant !

Journal du Japon remercie Chiaki OKADA, sa traductrice et Clarisse Langlet de nobi nobi ! pour leur disponibilité et leur gentillesse.

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1 réponse

  1. 19 mai 2018

    […] Les éditions nobi nobi ! proposent toujours des merveilles de délicatesse et de douceur. Ce nouveau livre de Shigenori Kusunoki illustré par la merveilleuse Chiaki Okada vient s’ajouter à la très belle collection sur la petite enfance et la relation maman-enfant. J’avais eu la chance de rencontrer Chiaki Okada au Salon du livre de Montreuil, vous pouvez lire la chronique de ses précédents ouvrages et mon interview sur Journal du Japon. […]

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