Ninja et Shinobi, entre fantasme et réalité

Les ninjas sont aujourd’hui présents partout dans la culture populaire japonaise mais cette version très connue et médiatisée est une vision fantasmée et très éloignée de la réalité des faits. Ainsi nous vous invitons à redécouvrir ces « guerriers de l’ombre » tels qu’ils étaient réellement. 

Les origines

Si l’apparition des ninjas n’est pas datée, il est clair qu’ils ont joué un grand rôle durant les conflits de la période Sengoku (1467-1603). On peut également retrouver des traces de différentes personnes ayant joué des rôles similaires à des époques antérieures. Toutefois, ils n’étaient pas des espions ou des assassins de métier mais souvent des serviteurs ou des paysans payés pour transmettre des informations. C’est grâce au morcellement du pays en divers clans et entités indépendantes et les guerres sans fin que s’est développé la profession de ninja. Ainsi sont apparus les clans Iga et Kôga, situés dans les actuelles provinces de Mie et Shiga, des régions montagneuses juste au sud-est de Kyoto. Leur position dans une région difficile d’accès ainsi que le besoin de nombreux daimyô (« grand noms », seigneurs de guerre) de faire appel à des services que l’honneur des samouraïs répugne, permettent la professionnalisation d’un certain nombre d’individus dans les techniques de l’espionnage, du sabotage et de l’assassinat.

Hattori Hanzo, Shinobi célèbre sous les ordres de Tokugawa Ieyasu

Hanzō HATTORI, shinobi célèbre sous les ordres de Ieyasu TOKUGAWA

Un peu d’étymologie

Mais revenons tout d’abord sur l’origine du mot. Le terme ninja est en réalité extrêmement récent et a été popularisé au 20e siècle suite à la publication de romans historiques. Il est constitué des kanji de la furtivité et de l’endurance nin (忍) et du suffixe sha/ja (者) qui indique une profession. Dans les textes historiques toutefois, c’est le terme de shinobi qui est utilisé. Il s’écrit avec le même kanji lu dans sa lecture japonaise shinobu (忍ぶ). Les shinobi sont avant tout des personnes qui sont capables de furtivité mais également d’endurance pour des missions de longue durée. Ils semblaient être au final plus proches d’espions que d’assassins. Ils préféraient éviter le combat pour ramener des informations.

La version féminine est un terme plutôt étrange : kunoïchi (くノ一). En japonais, le mot est unique en mélangeant plusieurs écritures : hiragana avec く (ku), le katakana avec ノ (no) et le kanji 一 (ichi). À l’origine, ce terme n’avait d’ailleurs aucun rapport avec les shinobi mais était simplement un moyen détourné de parler d’une femme :くノ一 sont les trois traits utilisés pour former le kanji 女 signifiant femme. L’existence de ninjas féminins est d’ailleurs encore aujourd’hui sujet à débat. Quelques écrits de ninjas font référence aux kunoïchi no jutsu, l’utilisation des femmes pour l’espionnage. Ainsi, elles ne semblaient pas être directement des ninjas mais étaient plutôt une source d’information pour ces derniers.

Hokusai, dès l'époque Edo, représentait ainsi les ninjas

Hokusai, dès l’époque Edo, représentait ainsi les ninjas

Cagoule ou panier en paille ?

L’accoutrement des ninjas est aujourd’hui connu de tous. Il s’agit d’une tenue entièrement noire pour se camoufler dans les ombres, légère et éviter tout bruit suspect, et une cagoule ne laissant apparaître que les yeux. Rien ne fait pourtant mention de ce costume parmi les sources historiques même s’il est bien entendu possible que des tenues sombres étaient effectivement utilisées pour l’infiltration et le sabotage de structures ennemies. Mais la plupart de leurs missions avaient pour but l’espionnage ou la déstabilisation psychologique des ennemies. Ainsi, était-il plus courant pour les shinobi de se déguiser en paysan, rônin, prêtre ou moine, leur permettant ainsi de passer inaperçu. Une tenue était particulièrement pratique pour ne pas se faire repérer, celle des Komusô (moines de la vacuité). Ces moines du bouddhisme zen jouaient de la flûte pour aider à la méditation, ils gardaient leurs visages cachés sous un panier de paille et était l’un des rares groupes à avoir l’autorisation de se déplacer librement sous le Bakufu des Ashikaga. Ils étaient donc le déguisement parfait pour n’importe quel espion. Enfin, il était commun lors de batailles que des ninjas se déguisent en soldats ennemis pour semer la panique au sein des troupes.

Les Komusô, le déguisement idéal pour le shinobi

Les komusô, le déguisement idéal pour le shinobi

Tout un attirail de compétences et d’outils

Les shinobi de l’époque Sengoku avaient vraisemblablement des armes et des outils assez proches de ce que l’on peut voir de nos jours dans la culture populaire. On retrouve donc entre autres : les bombes fumigènes, les griffes pour s’accrocher aux parois, les grappins, kunai et kusarigama. Il y a toutefois des différences notables dans certains cas. Aujourd’hui, le ninja est très souvent représenté avec des ninjatô, sortes de dagues-katanas, qui sont en réalité une invention moderne. Le shinobi utilisait couramment le katana comme arme défensive dont la garde pouvait servir de point d’appui afin d’escalader un mur. Plus surprenant encore, le kunai n’est pas à l’origine une arme de lancer mais un outil de travail pour les agriculteurs, un simple couteau qui avait de nombreuses utilisations. C’est ce qui en faisait une arme de choix pour un ninja déguisé en paysan. Le ninja pouvait alors prétendre que cette lame lui servait pour le travail dans les champs. Il en est de même avec le kusarigama, la faux étant elle-aussi un outil agricole. Le kunai pouvait également servir à creuser des trous dans les parois à escalader.

Les romans et adaptations en film Shinobi no Mono ont fortement influencés l'image contemporaine du ninja

Les romans et adaptations en film Shinobi no Mono de Murayama Tomoyoshi ont fortement influencés l’image contemporaine du ninja

Guerriers et magiciens ?

La culture populaire donne aussi aux ninjas des compétences magiques, proches de celles des mages bouddhistes, leur permettant, par exemple, d’immobiliser leurs ennemis ou d’invoquer des créatures. Bien que rien ne prouve la réalité de ces pratiques, les clans ninjas se situaient dans des régions montagneuses, lieu de prédilection des moines du bouddhisme Shugendô, dont on considérait qu’ils possédaient eux-aussi des pouvoirs magiques. C’est donc tout naturellement que les deux furent associés : certains écrits ninjas attestant même de leurs capacités à effectuer des mudrā (signes des mains aux vertus magiques) probablement pour tromper les non-initiés. La célèbre histoire de Jiraya date de l’époque Edo, où cette légende a été popularisée à travers des pièces de théâtre kabuki et des estampes.

Estampe représentant Jiraya combattant un serpent avec un crapaud

Estampe représentant Jiraya combattant un serpent avec un crapaud

On peut constater que l’image des ninjas issue de l’histoire est assez éloignée des clichés habituels de la culture populaire actuelle. Les guerriers des ombres n’étaient souvent que de simples espions… Toutefois, leur art empli de mystère et qui a complètement disparu, mis à part quelques écoles qui se prétendent héritières de clans ninjas, s’est transformé grâce aux œuvres de fiction de l’époque moderne, faisant de ces hommes des personnages aux capacités et aux pouvoirs surhumains.  

4 réponses

  1. Merci pour cet article.
    La magie du Ninjutsu, c’est qu’on peut la retrouver partout…
    http://www.instinctdesurvieprotection.com/2012/07/bansenshukai-et-survivalisme.html

  2. Merci pour cet article.
    La magie du Ninjutsu c’est qu’on peut la retrouver partout…
    http://www.instinctdesurvieprotection.com/2012/07/bansenshukai-et-survivalisme.html
    .

  3. Marc dit :

    Bonjour
    Merci pour cet article intéressant à lire et bien documenté.
    Malheureusement certains mot japonais sont peu difficile à lire pour les non initié; peut être que quelques renvois de page avec une courte définition par exemple des mots japonais pourrai aider à la lecture.
    Merci

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