[Interview] Fire Force, le titre enflammé d’Atsushi Ohkubo

Pour les fans de l’auteur, sachez qu’Atsushi OHKUBO était de passage au 19e impact de Japan Expo pour rencontrer son public ! Alors que l’an dernier déjà, le stand de Kana était aux couleurs de Fire Force, cette année l’éditeur monte encore d’un cran puisqu’il a fait venir le mangaka, 9 ans après sa première visite en France. L’équipe de Journal du Japon, en compagnie de quelques confrères, a saisi l’opportunité de le questionner sur sa nouvelle série qui va crescendo.

Fire Force, le renouveau façon Atsushi OHKUBO !

Fire Force c’est un peu un ovni dans l’univers des shônens à pouvoirs. Surtout en ce moment où de nombreux titres ont vu le jour concernant l’appréhension et l’utilisation de dons divers et variés, innés ou pas. Atsushi OHKUBO va un peu à contre-sens de ces derniers en proposant un titre exclusivement tourné sur… le feu !

Oui, vous avez bien lu. Fire Force nous narre l’histoire de Shinra Kusakabe, un adolescent tout juste sorti de l’école des pompiers, qui rêve de devenir un héros suite à la disparition de sa mère et de son petit frère. Mais pas n’importe quel héros : un homme qui pourrait sauver tout le monde sans blesser qui que ce soit. En somme, il souhaite devenir le meilleur pompier de tous les temps ! Afin de parfaire son apprentissage et devenir un professionnel aguerri, il est envoyé à la 8e brigade spéciale.

Jusque-là rien de bien exceptionnel direz-vous, et pourtant le monde dans lequel évoluent Shinra et ses compagnons est à la fois proche et éloigné du nôtre. En effet, suite à un phénomène quasi inexpliqué, une bonne partie de la Terre a disparu, ravagée par les flammes. Depuis ce jour également, de nombreuses personnes sont victimes du phénomène de combustion spontanée : se transformant en véritable torches humaines, prises de démence et de violence, elles ravagent tout sur leur passage. Les brigades spéciales – au nombre de 8 – sont là pour les tuer tout en sauvant leur âme, grâce à une prière spécifique et en utilisant leurs dons obtenus à la naissance.

© Atsushi Ohkubo / Kodansha Ltd.

Car dans ce monde où le Soleil est le dieu vénéré, certaines personnes possèdent une capacité particulière à même de pouvoir lutter contre les torches humaines. Au moment où l’histoire commence, Shinra possède ainsi un pouvoir de 3e génération : il peut faire apparaître des flammes au niveau de ses pieds et s’en servir pour combattre. Mais parmi ses collègues existent aussi des membres avec des pouvoirs de 2e génération, pouvant manipuler les flammes mais pas les créer. Quant aux brigades spéciales, elles ont toutes un rôle à peu près bien défini. La première brigade par exemple semble proche du culte religieux tournant autour du Soleil, alors que la 5e brigade a vocation à n’être qu’une unité scientifique. Chacune possède ainsi sa propre identité, ce qui est particulièrement plaisant à découvrir. 

Avec 7 volumes sortis actuellement en France, l’auteur nous offre donc un univers très pêchu et ardent dans lequel Shinra et ses camarades cherchent à comprendre l’origine de ces combustions spontanées. De fil en aiguille, cela révèlera des choses insoupçonnées sur le passé de notre héros et celui de ses compagnons… Mais aussi concernant l’essence même des différents pouvoirs qu’ils possèdent !

Retour sur la rencontre avec l’auteur à Japan Expo 

Fans de Soul Eater, vous ne serez pas en reste en lisant Fire Force car l’auteur fait quelques parallèles entre les deux séries, qu’il semble prendre plaisir à opposer. Détendu et heureux d’être revenu 9 ans après en France, l’auteur s’est laissé tenter par des questions-réponses permettant de mettre un peu plus en lumière son travail sur cette nouvelle série.

© Journal du Japon, C. Hugonin

Bonjour Mr Ohkubo. Bon retour en France et merci de répondre à nos questions. Voici la première : pourquoi avoir choisi le pouvoir du feu et avoir décidé de le décliner sous toutes les formes possibles ?

Atsushi Ohkubo : Le feu finalement c’est de la chaleur, et c’est quelque chose qui peut être généré par beaucoup d’actions et de phénomènes en réalité. Même le fait de taper sur quelque chose génère de la chaleur, alors je me suis dit que c’était un élément qui permettrait le plus de déclinaisons et de possibilités. Ce qui a donc porté mon choix sur ce dernier pour mon manga. J’y ai pas mal de liberté.

Justement, concernant cet élément du feu, comment celui-ci et les brigades sont-ils arrivés, et comment votre univers s’est-il créé ?

Il n’y a pas vraiment d’origine au concept et à l’univers de la série. Ce serait plutôt plusieurs éléments qui m’intéressaient et qui se sont combinés, donnant Fire Force. Par exemple, cet élément du pompier me fascine depuis l’enfance, tant visuellement que parce que c’est un rôle du quotidien proche de nous. Pourtant, ils n’ont jamais été mis en avant dans un manga. Quant à l’aspect du feu, c’est un pouvoir très exploitable avec plusieurs formes, et en me questionnant sur comment associer les deux, j’en suis venu à l’idée de combustion spontanée. Une idée qui, finalement, est connue par beaucoup de monde, car chacun en entend parler au moins une fois dans sa vie. Alors si jamais il existait des pompiers permettant de régler ce problème, je me suis demandé s’ils auraient eu un pouvoir, et lequel, pour combattre ce phénomène. Et c’est ce genre d’associations d’idées qui a donné Fire Force.

Vous avez déclaré avoir été influencé dans votre carrière par le cinéma américain. Y a-t-il un film qui vous a le plus inspiré ?

(Rires) Massacre à la tronçonneuse, oui, car j’ai une préférence pour les films d’horreur. Mais je ne regarde pas que ça, je consomme de tout. Par exemple dans l’avion pour venir ici, j’ai regardé Coco. J’étais en train de pleurer devant le film (rires), c’est donc très large.

© Journal du Japon, C. Hugonin

Qu’avez-vous voulu faire de différent avec Fire Force par rapport à Soul Eater ? Et à l’inverse qu’avez-vous voulu conserver de Soul Eater dans Fire Force ?

Alors dans les concepts des deux séries il y a pas mal de choses qui sont à l’opposé. Un exemple représentatif : dans Soul Eater il y avait la Lune qui apparaissait souvent dans le décor et qui était symbolique dans l’histoire, alors qu’ici dans Fire Force c’est le Soleil qui est au centre de l’histoire et qui est donc l’élément symbolique de la série. D’un côté, j’ai choisi volontairement et consciemment de faire apparaître ces éléments en opposés entre les deux séries.

Mais d’un autre côté il y a aussi des liens entre elles. Par exemple, dans Soul Eater il y avait le personnage d’Excalibur. Eh bien dans Fire Force il y a le personnage de Arthur : ils sont liés par le nom, mais aussi de par leur personnalité, car Excalibur était un personnage plutôt très chiant et personne ne voulait utiliser cette arme. Je me suis donc demandé ceci : s’il existe un Arthur qui voudrait bien utiliser cette arme, qui cela pourrait-il être ? C’est de cette façon que j’en suis venu à créer Arthur, qui est complètement débile et qui se prend pour un chevalier. Comme il est totalement débile, même si l’arme, ici Excalibur, est un emmerdeur fini, ce ne serait pas très grave car il l’utiliserait quand même, étant dans son délire. C’est pourquoi il y a à la fois des éléments opposés et liés.

Un autre point commun, c’est la partie un peu liée à la folie et à l’aspect plutôt noir du récit, qui reste également semblable entre les deux séries.

Au bout de 6 volumes justement (le 7e étant sorti le 6 juillet), on ne sait toujours pas qui est le grand méchant de l’histoire. Pourtant vous nous donnez des informations sur les ennemis de manière très progressive… Vous voulez faire une série longue ou est-ce parce que vous affectionnez les scénarii qui montent crescendo en tension ?

En fait, c’est essentiellement parce que l’aspect suspense est très important pour moi et pour l’histoire de Fire Force, notamment concernant la recherche de la cause de la combustion spontanée qui est au cœur de l’histoire. De ce fait la construction de la série va être cette recherche et le dénouement du mystère. Donc ça avance petit à petit, mais les personnages s’approchent de la vérité au compte-goutte.

© Atsushi Ohkubo / Kodansha Ltd.

Quel est le personnage que vous aimez le plus dessiner et pour quelle raison ?

Alors pour l’aspect graphique ce serait Shinra, car ce personnage me permet de faire des dessins spectaculaires avec ses techniques de combat avec ses pieds, et le fait qu’il utilise l’espace de manière dynamique, donc j’aime assez. Mais du point de vue comportemental, enfin dans la façon de faire évoluer le personnage au fil de l’histoire, ce serait Benimaru, le chef de la 7e brigade, car il n’a pas beaucoup de restrictions dans son comportement et sa manière d’agir : c’est amusant de le faire évoluer. Et comme vous l’avez vu, j’aime bien quand j’ai de la liberté dans ce que je peux faire. Il y a aussi Arthur car quand il apparait je sais que ça va devenir absurde et ça m’amuse d’avance.

Quelles sont les qualités qui selon vous font un bon shônen d’action ?

Peut-être pas spécialement un shônen d’action, mais un bon shônen, c’est un titre qui n’est pas quelque chose que les adultes voudraient faire lire à des enfants, mais quelque chose que les enfants aimeraient spontanément lire.

Question à OHKUBO et son tantô (responsable éditorial) : Parmi les émotions que vous faites passer sur les visages de vos personnages, la folie semble nettement plus présente que chez les autres mangaka. D’ailleurs Fire Force est l’histoire de gens qui risquent de perdre la raison en devenant des torches humaines… C’est une marque de fabrique chez vous ?

Ce n’est pas encore une marque de fabrique, mais ça le devient c’est vrai, car dans ma série précédente c’était présent, et ça commence à apparaître ici aussi. En fait, c’est une émotion que j’aime bien dessiner et exprimer, ça m’inspire. Et côté éditeur aussi : à un moment chez ces derniers, c’était un peu tabou de faire apparaitre le terme folie dans une histoire, mais mon tantô a réussi à négocier pour que cela puisse se faire. Donc tant côté éditeur qu’auteur ça commence à le devenir (Rires).

Entre Soul Eater et Fire Force, vous avez changé d’éditeur mais aussi de magazine. Vous êtes actuellement sur un rythme hebdomadaire, est-ce que cela a eu un impact sur votre manière de travailler, et si oui lequel ?

Alors ça a rendu mon quotidien très cadré et régulier car dans un magazine mensuel, comme il y a une deadline par mois, c’est dur de bien planifier son mois de manière bien stricte, ce qui m’a causé parfois quelques problèmes, à devoir travailler comme un fou à l’approche de la deadline, le reste du temps étant approximatif… Alors que là, toutes les semaines le même jour il y la deadline qui arrive. Je m’organise pour réussir à rendre les planches à temps, ce qui a rendu mon quotidien très carré.

Justement, pourriez-vous nous raconter un peu une semaine type de production d’un chapitre : avec combien d’assistants vous travaillez, tous les jours ou un seul jour peut-être, et comment vous vous organisez entre les étapes d’écriture et de dessin ?

En fait cela commence par une journée où je parle du contenu du chapitre : je détermine avec mes éditeurs de où à où l’histoire va aller dans ce chapitre avec quelles anecdotes. Je planche donc sur le scénario ce jour-là. Ensuite je prends quatre jours pour réaliser les planches, de l’étape du storyboard (le nemu) au crayonné avec l’encrage et la finition du décor. Et contrairement à d’autres auteurs, je ne fais pas tout le nemu en une fois, ni le crayonné etc. Je travaille par scène finie. Donc si dans le nemu une scène est bien actée et définitive, je passe tout de suite au crayonné, et je reviens ensuite au brouillon sur les autres planches. Mes assistants sont là et m’accompagnent à chaque étape, donc la journée commence à 10h jusqu’à 1h du matin, soit environ 15h de travail et mes assistants sont donc là pendant ces quatre jours à mes côtés.

Merci beaucoup !

Remerciements à Atsushi OHKUBO pour son temps et sa bonne humeur. Remerciements également aux éditions Kana, à Japan Expo et à leur interprète qui ont rendu cette rencontre possible. Côté presse, nous saluons enfin nos collaborateurs lors de cette table ronde : Actua B et Mangamag.

Charlène Hugonin

Rédactrice à Journal du Japon depuis deux longues années, je suis un peu une touche-à-tout niveau mangas, anime et culture. Mais j'ai une jolie préférence pour tout ce qui a trait à la gastronomie japonaise, et ce qui tourne autour ! Peut-être pourrons-nous même en parler ensemble ?

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