Goldfish : un héros et une auteure en or chez nobi nobi!

C’est à Paris Manga que Journal du Japon a fait la rencontre de Nana Yaa, petite étoile montante parmi les mangaka allemands. Son premier manga « Goldfish » a fait l’un des meilleurs démarrages lors de sa première sortie en 2016, et il est ensuite arrivé en France le 10 octobre dernier chez l’éditeur nobi nobi!.

Journal du Japon vous propose donc de découvrir le titre puis notre rencontre avec l’auteure. Pleine de fierté, elle nous raconte l’histoire de son premier titre et ses débuts dans l’univers du manga.

Un retour aux anciennes légendes

Goldfish chez nobi nobi! depuis le 10 octobre 2018

Goldfish chez nobi nobi! depuis le 10 octobre 2018

La bien connue histoire du roi Midas en a fasciné plus d’un, et elle peut servir à plus d’un titre pour des questions d’ordre moral : La richesse se mesure-t-elle vraiment en argent ? Au fond, qu’est-ce qui est vraiment important ? Le jeune Morrey Gibbs va apprendre d’importantes leçons à ses dépens suite à la tragédie familiale dont il est lui-même à l’origine. Il est accompagné de Shelly, une aventurière friande d’artefacts, de Zaka le guérisseur et de Loutra, la loutre domestiquée qui sert aussi de mains à Morrey pour éviter que ses propres vêtements ne se transforme en or. Ils suivent un parcours semé d’embûches qui leur permettra peut-être de venir à bout de ce maléfice.

Si certains shônen peuvent parfois être un peu trop violents et pas toujours adaptés à un public de tout âge, Goldfish convient parfaitement aux plus jeunes souhaitant surfer sur la vague et s’initier au genre. On y retrouve des personnages à la personnalité typique : un héro téméraire et déluré ou encore une jeune fille au caractère bien trempé, le tout dans un univers riche en monstres et artefacts magiques. Ces derniers éléments laissent à penser que ce monde créé et imaginé de toutes pièces renferme de nombreux secrets, et que davantage de pistes pourraient être exploitées. Pourtant, la série ne sera qu’en 3 tomes, et l’histoire se focalisera donc sur les héros principaux et la réalisation de leur quête.

Le gros point fort de ce manga se trouve dans le développement des personnages. Que ce soit les héros où les ennemis, il est clair que l’auteure à passé un temps considérable sur leur réalisation afin de donner une identité et un caractère propre à chacun d’eux. Le character design est aussi travaillé , les expressions et situations utilisées font d’eux des personnages vivants auxquels il est facile de s’attacher.

De manière générale, ce premier tome est intriguant et très prometteur. Cependant, force est de constater qu’une quantité considérable d’informations est donnée dans ce seul premier opus, mais certains parmi les lecteurs pourront trouver que cela fait de lui un manga riche et concentré en action.

Pour vous faire votre propre idée, voici un extrait de ce premier tome :

GOLDFISCH © Nana Yaa / Tokyopop GmbH / All Rights Reserved.

Le manga allemand : Encore trop peu connu et pourtant en essor constant.

Bien que la communauté de mangaka professionnels allemands soit encore restreinte à un peu plus d’une dizaine de personnes, le nombre de titres publiés est en constante augmentation. Ces dix dernières années, plus de 100 titres ont été publiés par le biais de maison d’édition traditionnelles. Certains artistes préfèrent cependant travailler un peu plus en retrait et publier directement sur internet : On dénombre alors plus de 500 mangakas qui s’auto-publient sur le net de nos jours en contrée germanique. C’est aussi un bon moyen pour d’autres de se faire reconnaître et par la suite d’être publié… on pense d’ailleurs à Stupid Story, écrit par Anna Hollmann qui avait d’abord commencé à écrire sa propre histoire sur internet et s’était vu publiée en Allemagne et ensuite en France.

Nana Yaa : rencontre avec un nouveau talent

C’est avec une très grande gentillesse que Nana Yaa s’est rendue disponible au milieu de son planning chargé de la dernière édition de Paris Manga, pour répondre à nos questions sur son parcours personnel, ainsi que sur les coulisses du projet Goldfish.

Autoportrait - ©2018 NANA Yaa / NobiNobi!

Autoportrait – ©2018 NANA Yaa / NobiNobi!

Comment vous est venu votre goût pour le manga et qu’est-ce qui vous a poussé à écrire votre propre histoire ?

J’ai toujours dessiné, même à la maternelle je faisais des dessins avec des textes. Adolescente, je me suis abonnée au magazine Witch, et le character design m’a tellement plu que je m’en suis inspirée pour mes dessins. Au même moment, vers mes 14-15 ans, l’animation japonaise commençait à apparaître à la télévision allemande, les premiers mangaka allemands aussi commençaient à se faire connaître, comme Robert Labs ou Christina Plaka. J’ai donc commencé à regarder des anime et à vouloir écrire mes propres histoires à mon tour. A partir de ce moment-là, j’ai beaucoup travaillé pour pouvoir présenter mes travaux à un éditeur.

Comment s’est passé cette phase de remise de projet ?

Mon projet a finalement été accepté au bout du 3e essai. (Rires). La première fois, j’avais participé à un concours mais le projet a été refusé. Ensuite, j’ai travaillé sur une bande dessinée qui s’appelait Patina, et quelques essais de Goldfish que j’ai envoyé au distributeur allemand TokyoPop qui ont aussi été un échec. J’ai finalement fait un Work Shop proposé par TokyoPop pour jeunes auteurs allemands qui m’a aidé à bien retravailler le concept de Goldfish et ça a fini par fonctionner.

Couverture allemande de Goldfisch tome 2 chez TokyoPop ©2018 TokyoPop

Couverture allemande de Goldfisch tome 2 chez TokyoPop ©2018 TokyoPop

Vous dites que vous vous étiez beaucoup inspirée de Witch quand vous étiez plus jeune mais, est-ce que d’autres séries vous ont inspirées pour en arriver à votre style actuel ?

Oui, j’ai été fascinée par la dynamique de groupe et le character design des personnages de Digimon. Pour le côté comédie et fantaisie, je me suis principalement inspirée de Ranma et Inuyasha et pour le côté un peu plus « dramaturgie », j’ai trouvé Hunter X Hunter très intéressant. Les personnages sont à la fois mignons et adorables mais aussi très brutaux. J’ai beaucoup appris grâce à eux.

Vous êtes donc publiée en Allemagne et en France. Quel effet cela vous a fait d’apprendre que vous alliez être publiée en France ?

C’est très excitant pour moi de sortir du cercle « familial » de mangaka allemands qui est très petit. Etre publiée en France est une vraie ouverture vers l’extérieur. Je suis impatiente et curieuse de savoir ce qui va se passer ensuite.

Comment se sont passés les premiers contacts avec les éditeurs français ?

Au début, j’avoue avoir été un peu nerveuse, mais tout s’est très bien passé. Tout est bien planifié et tout le monde est aux petits soins pour moi (Rires). C’est une expérience totalement différente de ce que je vis en Allemagne où je suis bien plus livrée à moi-même.

Goldfish est construit sur un vrai modèle shônen nekketsu, mais comptez-vous par la suite vous consacrer à un autre genre comme le shôjô ou le seinen ?

Je suis très ouverte aux nouveaux genres. Malheureusement, j’ai tendance à m’ennuyer assez vite alors j’aime bien explorer d’autres pistes et essayer des genres différents comme l’horreur, la comédie, la romance ou même boys love que je publie en ce moment même sur internet.

Trois tomes sont prévus pour ce titre alors qu’on pense à un univers très riche et que des dizaines de questions nous traversent déjà la tête dans ce premier volume. Était-ce votre choix de faire une histoire courte pour commencer ?

Malheureusement, j’avais prévu une histoire bien plus longue mais après discussion avec l’éditeur, il a fallu faire quelques choix et raccourcir l’histoire. Tout est écrit et terminé, mais l’univers de Goldfish est tellement riche et vaste qu’elle peut ouvrir des portes et donner suite à d’autres d’histoires qui se produiraient dans le même monde.

Depuis combien de temps mûrit le projet Goldfish ? Était-ce une histoire qui vous tenait à cœur ?

C’est la première histoire que je dessine et écris du début à la fin. Avant, j’avais des idées que je commençais, mais j’avais toujours du mal à les terminer. Mais avec Goldfish, je savais ce que je voulais faire du début à la fin. Quand j’étais jeune, ma grand-mère me racontait souvent l’histoire du roi Midas, j’ai trouvé que l’idée était intéressante. Je voulais la reprendre et l’utiliser comme base pour un de mes mangas et faire de ce don, non pas une malédiction, mais une super-force pour mon héros. En 2009, j’ai commencé à faire des ébauches du character design de Morrey, il ressemblait un peu à un pirate au début. (Rires). On peut encore voir les archives de ces dessins sur la plateforme de partage Animexx.de.

Du cœur même dans ses dédicaces - ©Aurore Lpz

Du cœur même dans ses dédicaces – ©Aurore Lpz

Même si cela doit être dur de choisir parmi ses propres personnages, si vous deviez en choisir un, quel serait votre favori ?

Naturellement, Morrey reste mon favori. C’est lui qui porte l’histoire sur ses épaules jusqu’au bout et dont on suit les aventures. Mais j’avoue tout de même que mon chouchou est Spencer pour des raisons que je ne peux pas donner parce que la réponse serait un spoiler pour les lecteurs. (Rires)

Devenir mangaka est désormais le rêve de beaucoup de jeunes des nouvelles générations et l’arrivée du manga européen est en plein essor. Auriez-vous quelques conseils pour les futurs nouveaux talents à venir ?

J’en ai même trois !

Sur le stand Nobi Nobi! - ©Aurore Lpz

Sur le stand Nobi Nobi! – ©Aurore Lpz

D’abord, je leur conseillerais de commencer par une petite histoire avant d’en entreprendre des plus longues, mais par dessus tout dessiner quelque chose qu’on aime. Tout ce qui concerne les exercices de perspective et les décors sont importants, oui, mais ça peut être fait parallèlement. On apprend petit à petit en dessinant sa propre histoire, ça aide à construire son propre style et nous force à réfléchir à ce qui nous est réellement nécessaire pour y parvenir.

Mon deuxième conseil, c’est de choisir un genre qui nous plaît vraiment, et ne pas dessiner en fonction des attentes du public. Faire quelque chose qui nous tient à cœur c’est la clé pour réussir et ne pas sortir frustré d’un travail déjà long et laborieux.

Et enfin, dernier point important : Ne pas se tuer au travail. Faire attention aux signaux qu’envoie le corps c’est fondamental. Il faut savoir faire des pauses et ne pas vouloir surpasser ses capacités physiques.

Merci Nana Yaa pour cet échange aussi agréable qu’enrichissant ! 

Pour suivre l’actualité de l’auteure, on ne peut que vous conseiller de la suivre sur Twitter, ici.

Enfin, en attendant le tome 2 prévu pour le 9 janvier 2019, les dessinateurs en herbe peuvent se lancer à leur tour dans leur propre projet et suivre ces sages conseils qui pourraient peut-être leur permettre de devenir le prochain Goldfish !

Remerciements à Nana Yaa pour son temps et sa bonne humeur, ainsi qu’à son interprête et à l’équipe de nobi nobi et Paris Manga pour la mise en place de cette interview !

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