Blame! et Knights of Sidonia : que valent les adaptations sur Netflix ?

Le mois dernier, dans notre article sur la rétrospective de l’œuvre de Tsutomu NIHEI, nous nous étions focalisés sur les mangas et l’univers cyberpunk de l’auteur. Aujourd’hui, le mangaka est au coeur de nombreuses actualités et de nombreux projets qui permettent de faire découvrir à une nouvelle et jeune génération ses travaux. Les adaptations animées de Blame!, son premier bijou d’il y a 20 ans, et le plus récent Knights of Sidonia (2009 à 2015) sont de bons moyens de s’immerger dans la science-fiction et l’œuvre niheienne. Pas une mince affaire que d’adapter ces mangas singuliers… Que valent les adaptations par Polygon Pictures et sont-elles à la hauteur des oeuvres originales ?

Blame!, un bon aperçu de l’œuvre de Nihei ?

Blame! Rencontre de Killy et d'électropêcheurs

Blame! : Rencontre de Killy et d’électro-pêcheurs – « Qui êtes-vous ? – Je suis Killy. Un humain. » ©Netflix

Une adaptation SF grand public

Sauvegardes, pantins automates en chasse...

Sauvegardes, pantins automates en chasse… ©Netflix

Résumer le manga Blame! qui compte 10 volumes n’est pas une mince affaire. Même si l’adaptation animée disponible sur Netflix depuis 2017 est loin d’être parfaite, elle constitue néanmoins un bon moyen de pénétrer dans le monde niheien pour la nouvelle génération ou un plaisir de retrouver Killy pour les fans de la première heure. Le film d’1h 46min se focalise grandement sur l’arc des électro-pêcheurs. Les fans pourront reprocher un manque de fidélité à l’œuvre originale. En effet, le héros arpente, seul, le monde labyrinthique durant une bonne partie de l’histoire dans le manga. Or, dans le film, cette quête solitaire d’un terminal génétique et d’un porteur de gènes sains dans la Mégastructure n’est plus au premier plan et c’est la survie du groupe d’humains qui devient pratiquement l’élément central de ce film. L’intrigue originale de Sadayuki MURAI, co-scénariste du film, emprunte des éléments des différents premiers tomes du manga, comme ce groupe d’humains ou la scientifique Cibo, mais il faut avant tout garder à l’esprit qu’il s’agit d’une adaptation et non d’une transfiguration du manga vers un film.

Sanakan, Sauvegarde particulièrement tenace !

Sanakan, Sauvegarde particulièrement tenace ! Véritable « Terminator féminin » à la terrible mission d’éliminer les « résidents illégaux » ! ©Netflix

Si pour une adaptation papier vers une série animée il est plus simple de garder la narration du manga. Pour un film de moins de 2h, y faire rentrer 10 tomes était tout bonnement impossible : il fallait que le scénario se base sur une partie de l’œuvre originale. L’épisode avec les électro-pêcheurs a le grand avantage d’être riche en action tout en permettant d’expliquer des éléments de l’univers de Nihei : c’est donc en cela que le film est un bon moyen de découvrir l’univers cyberpunk de l’auteur. Destiné au grand public ne connaissant pas l’œuvre originale, les 15 premières minutes ont le mérite d’aborder de nombreux éléments de ce monde apocalyptique où le spectateur apprend dès le début que les humains ont perdu le contrôle de la Ville après ce qui est appelé l’épisode de la Contagion. Longtemps après cette rébellion des machines, les Bâtisseurs continuent d’étendre la Mégastructure. Les Miradors détectent la présence des humains et alertent les Sauvegardes qui éliminent les humains considérés comme étant des résidents illégaux. Une histoire qui interroge sur l’IA; ou Intelligence Artificielle, et notre rapport (dangereux ?) aux nouvelles technologies… En apprendre plus sur le passé et les événements qui ont amené à la perte de contrôle des machines et d’accès à la résosphère aurait été appréciable.

Cibo tentent de redonner le contrôle de la Ville aux humains

Cibo, connectée à la résosphère, tente de redonner le contrôle de la Ville aux humains. ©Netflix

Une réalisation qui fait débat…

Après avoir jugé du fond, abordons le sujet de la forme. L’image requiert un temps d’adaptation pour les yeux du spectateur. Avec regret, il sort de plus en plus de films d’animation en 3D avec cell-shading (Ajin, Appleseed, Berserk) : ce choix esthétique ne correspond pas vraiment au coup de crayon original de Nihei. Le mangaka nous a habitué à son style réaliste des bâtiments -ses études dans l’architecture se voient à l’image- et des coups de crayon imprécis et rapides pour dessiner les personnages. Rien de tout cela à l’écran malheureusement ! La réalisation par le studio d’animation japonais Polygon Pictures est perfectible. Fort de nombreuses années d’expérience, si le choix des couleurs, sombres avec une dominante de rouge, est judicieux, notons tout de même que le mouvement des personnages peut sembler saccadé. Si les plans suivent les personnages et l’action, la réalisation respecte les vues larges architecturales, point important de la conception des mangas de Nihei. On pourra tout de même reprocher la présence de ces paysages apocalyptiques en nombre insuffisant et des décors pas forcément mémorables. Niveau bande-son,Yoko Kanno a réussi sa mission : la musique bien que minimaliste et peu présente retranscrit bien les différentes émotions et la succession d’ambiances en alternant les silences, les phases d’action et les temps calmes. La version française est de bonne facture : les personnes qui ne regardent pas les versions originales sous-titrées apprécieront !

Bienvenue à bord du Sidonia !

Nagate Tanikaze, pilote du Tsugumori

Nagate Tanikaze, pilote hors pair du Tsugumori contre les Gaunas ©Netflix

Quittons la Megastructure de Blame ! pour monter à bord du vaisseau-mère Sidonia. Cette adaptation devrait plaire au plus grand nombre : le monde est en apparence moins compliqué à comprendre et le format (série de 2 saisons de 12 épisodes chacune) facilite l’immersion dans cette science-fiction plus familière dont l’histoire de survie de l’humanité dans l’espace peut rappeler Battlestar Galactica. L’histoire s’ouvre avec Nagate Tanikaze, un jeune Sidonien affamé qui sort des souterrains où il vivait depuis toujours à la recherche de nourriture. Il n’a rien d’un héros classique et pourtant, il passera de voleur de riz à pilote du honorifique Tsugumori, machine qu’il connaît bien grâce aux entraînements avec son grand-père sur simulateur. Les derniers représentants de l’humanité en exode après l’attaque du système solaire par des Gaunas, luttent pour leur survie dans une société verrouillée et militariste. Si Blame !  est riche en influences occidentales, Knights of Sidonia est un seinen plus traditionnel aux inspirations japonaises. Moins manga de niche que la première œuvre de Nihei, on retrouve une histoire plus simple avec de nombreuses phases d’action; combats dans l’espace qui pourront rappeler de grandes sagas comme Gundam ou Macross Frontier, mais aussi des révélations et surprises tout au long de 2 saisons avec un triangle amoureux pour apporter plus d’émotions qu’un Killy, par exemple.

Knights of Sidonia : de nombreux mystères autour de Sidonia et des Gaunas

De nombreux mystères autour de Sidonia et des Gaunas ©Netflix

Des clones sur Sidonia avec les sœurs Honoka

Des clones sur Sidonia avec les sœurs Honoka ©Netflix

Cette adaptation, toujours confiée à Polygon Pictures, décevra moins les fans du mangaka de la première heure puisqu’étant très fidèle à l’original. Il faut dire que Knights of Sidonia est plus facilement adaptable que son aîné Blame ! et qu’une série en 15 volumes est propice à une adaptation en série. Signée Netflix, elle devrait mieux plaire, aussi bien aux hommes qu’aux femmes en jouant sur des éléments classiques de science-fiction mêlant machines de combat et extra-terrestres belliqueux pour un côté viril et des histoires d’amour sur fond mystérieux entourant le vaisseau monolithique et son astéroïde, le Sidonia, ses occupants et les Gaunas. Outre la guerre et l’histoire des protagonistes, NIHEI aborde ici de nombreux sujets moraux.

Gauna en plein repas dans Knights of Sidonia

Gauna en plein repas ©Netflix

Pour survivre dans le vaisseau avec des ressources alimentaires limitées, en attendant de coloniser une autre planète, les habitants de Sidonia ont du s’adapter. Grâce à des modifications génétiques, ils sont dorénavant capables de réaliser la photosynthèse. Le clonage est aussi utilisé à l’instar des sœurs Honoka. On découvre aussi que les têtes pensantes du Sidonia sont devenus immortels. L’une des forces de l’histoire, c’est que ces révélations sont distillées tout au long de la série évitant ainsi de tout dire dès le début et de toujours titiller la curiosité du spectateur. Pour ceux qui n’ont pas lu le manga, la saison 2 réservera pas mal de surprise et ajoutera un bon coup de fouet à la série. A noter qu’il n’y a pas de version française contrairement à Blame ! : il faudra se contenter d’une version sous-titrée. La saison 1 a droit un bon opening, Sidonia du groupe angela.


Si Netflix est une plateforme qui propose un large catalogue de séries, ces derniers temps, l’entreprise américaine achète de plus en plus d’animés pour notre plus grand plaisir comme pour les deux adaptations, le film Blame ! et la série Knights of Sidonia. Ce qu’il faut en penser ? Pour résumer, Blame ! est plutôt destiné aux spectateurs qui ne connaissent pas le manga d’origine. S’il fallait ne regarder qu’un animé, cela serait Knights of Sidonia qui ravira autant les fans de NIHEI que la nouvelle génération qui pourra avoir envie de découvrir d’autres œuvres du mangaka. Une jolie production que Journal du Japon vous invite à regarder. Et si vous n’êtes pas abonné-es à la plateforme, sachez que netflix propose une période d’essai de 30 jours !

David Maingot

Je m'appelle David et j'ai 28 ans. J'habite à Angers (49) et je suis comptable de formation et e-commerçant dans le bento et les accessoires de cuisine. Passionné de culture et d'histoire du Japon, je rédige des articles en lien avec ces thèmes :)

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