Guerre du Pacifique : Épisode 2 – Pearl Harbor (partie 1/2)

Avant d’aborder directement la Seconde Guerre mondiale, nous avions choisi de consacrer un premier épisode (partie 1 et partie 2) en guise de prélude au second conflit mondial. En remontant dans le temps, à l’époque de modernisation et d’occidentalisation du pays initiées par l’empereur Meiji, nous avons vu comment le Japon a pris le chemin de l’impérialisme et des conquêtes en Asie. Le Japon a réussi à s’imposer en tant que première puissance asiatique et entend bien se tailler un vaste empire sur l’Asie jaune. Si les conflits avec les puissances occidentales et ses voisins ont trouvé des solutions diplomatiques (traité de Shimonoseki en 1895 avec la Chine, traité de Portsmouth en 1905 avec la Russie, traité de Versailles en 1915 et les traités de la conférence de Washington en 1922), l’escalade des conflits et le tournant militariste entrepris dans les années 1930 vont amener les Japonais sur un chemin de non retour et vers la guerre totale avec les États-Unis.

Au programme de ce deuxième épisode et de cette première partie, la République de Chine en résistance contre l’envahisseur japonais et le pacte de non-agression nippo-soviétique. Retour sur les différents épisodes de la création de la jeune République de Chine après la chute du dernier empereur, l’invasion de la Mandchourie en 1932 puis la guerre sino-japonaise qui démarre en 1937. La barbarie de l’armée impériale s’est illustrée lors du massacre de Nankin avec plus de 200 000 victimes chinoises, pour l’essentiel des civils exterminés un à un à la baïonnette ou au sabre japonais. Un avant-goût de la brutalité et de l’horreur de la Guerre du Pacifique.

Carte centrée sur la Chine avec l'URSS et l'Empire du Japon

Carte centrée sur la Chine avec l’URSS et l’Empire du Japon : en rouge, l’Empire du Japon avant l’invasion de la Chine et en vert, l’état fantoche du Mandchoukouo.

La résistance des nationalistes et des communistes en Chine

Afin de mieux comprendre les forces en présence en Chine et les divergences entre les nationalistes et les communistes, revenons sur les différents événements de la période de la République de Chine (1912-1949) avant la création de la République populaire de Chine. Cette période de l’histoire moderne de la Chine est riche en rebondissements et en personnages au nom pas forcément toujours facile à retenir pour des personnes non sinophones.

Du régime impérial à la république

Sun Yat-Sen

Sun Yat-Sen

La révolution chinoise de 1911 dite Révolution Xinhai est le mouvement révolutionnaire qui fera tomber la dynastie des Qing après 268 années de règne (1644-1912). Issue de l’ethnie minoritaire des mandchous, les Hans majoritaires en Chine sont de plus en plus mécontents. Dès 1890, des mouvements insurrectionnels voient le jour avec pour objectif de renverser le régime impérial afin de fonder une république et réformer le pays. Citons le Xingzhonghui (« Société pour le redressement de la Chine ») créé par Sun Yat-Sen le « père de la Chine moderne » et le Huaxinghui (« Société pour faire revivre la Chine ») fondé par Huang Xing. La répression violente de la « Révolte des Boxers » en 1900 rend très impopulaire la cour impériale auprès du peuple. L’empire va vivre ses derniers instants, lâché par son peuple, mécontent de la répartition inégale des richesses (quelques seigneurs et riches paysans détiennent plus de 65% des terres cultivables), et son élite bourgeoise qui prône des valeurs modernes de démocratie principalement dans le sud du pays. Cette dernière classe sociale a eu la possibilité de faire des études à l’étranger et à leur retour, cette nouvelle génération aspire à des changements politiques profonds ; Sun Yat-Sen sera le leader des groupes révolutionnaires.

Bataille de Hankou lors de la révolution de Xinhai en 1911 (par T. Miyano)

Bataille de Hankou lors de la révolution de Xinhai en 1911 : à gauche, les troupes impériales et à droite, l’armée révolutionnaire ©T. Miyano

Drapeau adopté par les insurgés lors du soulèvement de Wuchang

Drapeau adopté par les insurgés lors du soulèvement de Wuchang

La nationalisation des voies de chemin de fer décrétée en mai 1911 mettra le feu aux poudres en proposant des indemnités jugées insuffisantes. Une ligue pour la protection des chemins de fer est alors créée : les dirigeants des manifestations sont arrêtés. La libération de ceux-ci est réclamée. La répression des manifestations aggrave la crise. 5 000 hommes sur les 15 000 soldats que compte l’armée de la province de Hubei soutiennent les républicains. Un nouveau gouvernement dirigé par le prince Yikuang à forte majorité mandchoue est perçu comme une provocation. A cette tension politique s’ajoute une catastrophe naturelle, la crue du Yangtsé qui fera 100 000 victimes en juillet. Le gouvernement impérial ne se montrera pas à la hauteur et pire, cette calamité est pour les Chinois interprétés comme le signe que l’Empereur a perdu son mandat céleste, sa légitimité à gouverner le pays. Le 10 octobre, dans une caserne de Wuchang, situé sur la rive droite du fleuve Bleu (Yangtsé), des militaires de l’armée de Hubei lancent un soulèvement armé. Dès le lendemain, la ville est sous le contrôle des insurgés qui proclament la sécession de la province sous l’égide d’un gouvernement républicain, dirigé par le général Li Yuanhong qui appelle à l’insurrection générale. Plusieurs provinces chinoises proclament ainsi leur indépendance. Militaires et membres du Zhongguo Tongmenghui abrégé Tongmenghui (« Société de l’alliance de Chine »), fusion des groupes révolutionnaires Xingzhonghui et Huaxinghui notamment, prennent le contrôle de plusieurs villes courant octobre 1911 : Changsha (province du Hunan), Xi’an (Shaanxi), Jiujiang et Nanchang (Jiangxi), Taiyuan (Shanxi) et Kunming (Yunan).

Yuan Shikai en uniforme en 1912

Yuan Shikai en uniforme en 1912

En réaction, le régime impérial nomme le général Yuan Shikai à la tête du gouvernement et l’armée de Beiyang (moderne et de type occidental) est envoyée pour affronter les insurgés. Celle-ci reprend Hankou dans le Wuhan. Dès le 2 novembre, Yuan Shikai, conscient que la dynastie Qing va être renversée, entame secrètement des négociations avec les révolutionnaires. Les provinces se soulèvent et tombent une à une dans le camp des républicains en novembre (Guizhou, Jiangsu, Guangxi, Fujian, Guangdong et Sichuan). Un gouvernement militaire est proclamé le 8 novembre dans la grande ville de Shanghai. Le général Li Yuanhong, nouveau gouverneur de la province de Hubei, propose à tous les gouverneurs insurgés de se réunir lors d’une conférence à Wuchang pour fonder un nouveau gouvernement central. Cette dernière commence le 30 novembre.La Mongolie-Extérieure déclare son indépendance le 1er décembre. Nankin est prise par les révolutionnaires le 2 décembre. Le 3 décembre, un cessez-le-feu entre les insurgés et les troupes impériales de Yuan Shikai est décidé. Le 29 décembre, à Nankin, les 17 provinces sont réunies pour élire leur président provisoire : Sun Yat-Sen est élu avec 16 voies. Le 1er janvier 1912, ainsi est proclamé la naissance de la République de Chine. Nankin devient ainsi la capitale provisoire de la nouvelle république. Sun Yat-Sen déclare dans son discours inaugural « l’unification des peuples han, mandchou, mongol, hui et tibétain » symbolisée par le drapeau à cinq couleurs nouvellement adopté.

Drapeau de la République de Chine

Drapeau de la République de Chine

La dictature de Yuan Shikai et la restauration impériale

Le 20 janvier, les révolutionnaires font parvenir à Yuan Shikai un télégramme réclamant l’abdication de l’Empereur. Sun Yat-Sen annonce de son côté qu’il abandonnera la présidence à Yuan Shikai si ce dernier obtient l’abdication. Le général rencontre l’impératrice douairière Longyu (l’empereur Puyi étant alors âge de 6 ans) et arrive à la convaincre de publier l’édit d’abdication à la condition que son fils puisse demeurer dans la Cité interdite, en gardant une pension et ses serviteurs. Le 12 février, l’édit impérial annonce l’abdication de Puyi : une ligne précise que Yuan Shikai est mandaté pour diriger le gouvernement provisoire. La capitale du pays redevient Pékin.

Puyi dans le film Le dernier empereur réalisé par Bernardo Bertolucci en 1987

L’empereur Puyi dans le film « Le dernier empereur » réalisé par Bernardo Bertolucci en 1987

Drapeau de parti du Kuomintang

Drapeau de parti du Kuomintang

En vue des élections à venir, le 25 août 1912, le Tongmenghui et différents groupes nationalistes se dissolvent pour fonder ensemble le Parti nationaliste chinois (Kuomintang). En février 1913, le nouveau parti remporte les premières élections législatives libres : Song Jiaoren, bras droit de Sun Yat-Sen, apparaît favori pour devenir premier ministre, mais il est assassiné et les soupçons se portent sur Yuan Shikai. Ce dernier organise une répression contre les membres du Kuomintang : 3 gouverneurs de province appartenant au parti sont évincés. Le 4 novembre, le Kuomintang est déclaré illégal et les journaux d’opposition interdits. Sun Yat-sen et d’autres opposants se réfugient au Japon et en appellent à une deuxième révolution dirigée contre la dictature de Yuan Shikai. En janvier 1914, Yuan Shikai dissout le parlement et installe sa dictature militaire en remplaçant les gouverneurs des provinces civils par des militaires. En mai 1914, la nouvelle constitution étend largement les pouvoirs du président et un amendement allonge à 10 ans la durée du mandat présidentiel renouvelable sans réélection !

Le Président Yuan Shikai en 1915

Le Président Yuan Shikai en 1915

Le Japon établit une liste de 21 demandes en janvier 1915 visant à faire de la Chine un protectorat japonais. Impuissant, Yuan Shikai répond favorablement à l’ultimatum posé par les Japonais et signe le traité réduit à 13 demandes le 25 mai 1915. Yuan Shikai y voit une opportunité de renforcer encore plus son pouvoir en restaurant la monarchie et en reprenant à son compte le titre d’empereur en plaidant vouloir apporter la stabilité à la Chine et résister aux pressions japonaises. Le 12 décembre, il proclame la restauration impériale qui suscite immédiatement une opposition des gouverneurs et chefs militaires dans les provinces. Les insurgés décrètent la constitution d’une « armée de protection nationale ». Isolé politiquement et non soutenu par l’armée de Beiyang, il renonce finalement officiellement à son titre d’empereur le 22 mars 1916 : son règne n’aura duré que 83 jours sans n’avoir jamais été couronné (la cérémonie de couronnement ayant été repoussée) ! Il mourra d’une maladie du foie le 6 juin 1916.

L’époque dite des « seigneurs de la guerre » et la prise de pouvoir de Tchang Kaï-Chek

A sa mort, la Chine est divisée et commence alors l’époque dite des « seigneurs de la guerre ». Une fracture apparaît entre le nord et le sud du pays. Au nord, l’armée de Beiyang est divisée en 2 principales factions, la clique de l’Anhui et la clique du Zhili. Ces factions militaires se disputent le pouvoir à Pékin baptisé gouvernement de Beiyang. A l’international, c’est le pouvoir à Pékin qui est reconnu d’où les conflits pour contrôler la zone. De 1916-1920, c’est la clique de l’Anhui qui domine. Mais à la suite de la guerre Zhili-Anhui, les cliques de Zili et Fengtian s’allient et s’emparent du gouvernement central. Cette entente ne durera pas et en 1922 éclate la première guerre Zhili–Fengtian où Zhili l’emporte.

La Chine en 1922 : première guerre Zhili-Fengtian

La Chine en 1922 : première guerre Zhili-Fengtian (Wikipedia)

Au sud du pays, plusieurs provinces refusent notamment de reconnaître le nouveau gouvernement à Pékin après l’échec de la restauration impériale de 1917. Les factions militaires des provinces du sud (Yunnan, Sichuan, Guizhou, Hunan, Guangxi et Guangdong) reconnaissent le gouvernement dissident à Canton de Sun Yat-Sen proclamé en juillet 1917. Dans le but de réunir la Chine, des négociations entre lui et les factions au nord du Zhili et du Fengtian ont lieu mais n’aboutissent pas. Sun Yat-sen s’allie notamment avec le Parti communiste chinois (Premier front uni) dans le but d’unifier la Chine en éliminant les seigneurs de la guerre et le gouvernement de Beiyang à Pékin. Sun meurt d’un cancer en mars 1925 sans avoir pu voir la réunification de la Chine.

La Chine en 1925-1926

La Chine en 1925-1926 (Wikipedia)

Tchang Kaï-Chek en 1943

Tchang Kaï-Chek en 1943

À l’été 1926, Tchang Kaï-Chek, commandant de l’Armée nationale révolutionnaire, lance l’expédition du nord pour combattre les seigneurs de la guerre et le gouvernement de Beiyang au pouvoir à Pékin. Avec l’aide du soutien des communistes, ils gagnent des combats et la capitale est établie à Nankin. Inquiet de la puissance rivale que représentent les communistes, Tchang planifie leur massacre à Shanghai le 12 avril 1927 initiant ainsi la guerre civile dans le pays entre le Kuomintang (KMT) et le Parti Communiste Chinois (PCC) qui ne cessera qu’à la proclamation de la République Populaire de Chine… en 1949 ! En , Tchang Kaï-Chek réussit à reprendre le pouvoir à Pékin. Il met en place sa dictature mêlant confucianisme et fascisme. Des factions rivales de l’armée et du Kuomintang sont battues en 1930 lors de la guerre des plaines centrales. Occupé sur le front contre les seigneurs de la guerre, cela donne un répit aux communistes. Conséquence dramatique pour l’avenir, le rappel de troupes de la Mandchourie a affaibli la défense de la région ce qui facilitera l’invasion japonaise…

L’invasion japonaise et le deuxième front uni chinois

Incident de Moukden dans l'album Le Lotus Bleu de Tintin

Incident de Moukden dans l’album « Le Lotus Bleu » des aventures de Tintin en 1936 par Hergé

Le parti du Kuomintang est divisé : Hu Hanmin et Lin Sen dénoncent la dictature de Tchang Kaï-Chek et demandent sa démission. Des provinces sont toujours sous le contrôle de seigneurs de la guerre. Et pour ne rien améliorer, communistes et républicains s’opposent dans une sanglante guerre civile. Tout ceci est une aubaine pour le Japon. Le

Zone démilitarisée créée par la Trêve de Tanggu

Zone démilitarisée créée par la Trêve de Tanggu

Le cessez-le-feu permet ainsi à Tchang Kaï-Chek de se focaliser sur ses ennemis communistes. En septembre 1933, ses troupes encerclent la république soviétique chinoise du Jiangxi. Le bastion communiste tombe l’année suivante et ses dirigeants se réfugient au Shaanxi après l’épisode de la Longue Marche Mao Zedong s’affirmera comme le chef des communistes chinois. Le 12 décembre 1936, le seigneur de la guerre Zhang Xueliang tend un piège à Tchang Kaï-Chek et le retient en otage dans le but qu’il signe avec les communistes l’accord de Xi’an pour former un front uni chinois contre l’envahisseur japonais. Une invasion de plus grande ampleur du pays oblige les deux camps à de nouveau s’unir : les forces armées communistes sont ainsi intégrées aux troupes régulières chinoises de Tchang Kaï-Chek.

La guerre sino-japonaise (1937-1945)

L'invasion japonaise de la Chine (Larousse)

L’invasion japonaise de la Chine (Larousse)

Le Japon ouvre les hostilités à la suite de l’incident du pont Marco Polo le 7 juillet 1937. Un déluge d’homme fond sur les villes de Pékin et Tianjin qui sont prises début août. Pour ne pas ralentir leur progression dans ce vaste pays qu’est la Chine, l’empereur Shōwa (Hirohito) suspend en août 1937 les conventions internationales sur la protection des prisonniers de guerre : la Chine occupée sera le théâtre de massacres et de tueries de civils et de militaires qui n’ont rien à envier à la barbarie de l’Allemagne nazi sous le 3e Reich d’Hitler. Cette détermination à massacrer les Chinois et cette haine s’explique en partie par la lutte et la résistance acharnée des soldats chinois et des opérations de guérilla qui coûtent la vie à de nombreuses troupes japonaises.

Malgré des victoires du côté chinois (bataille de Pingxingguan en septembre 1937 et bataille de Taierzhuang en avril 1938), l’envahisseur gagne du terrain. La partie nord du Shanxi est conquise à la suite de la bataille de Taiyuan. En novembre 1937, les Japonais occupent Shanghai à la suite de bombardements intensifs qui feront des milliers de victimes civiles sur 3 mois de âpres combats. Nankin, la capitale de la République de Chine abandonnée par Tchang Kaï-Chek, est prise en décembre. Cette ville est à tout jamais marquée par l’ignominie des troupes impériales nippones qui massacrent civils et militaires… La ville est mise à feu et à sang : les femmes (petites filles et femmes âgées) sont violées puis mutilées et exécutées à la baïonnette ;  les civils sont massacrés, abattus dans le dos et même brûlés ; les soldats chinois faits prisonniers sont décapités, mitraillés, brûlés aussi !

Mémorial du massacre de Nankin

Photos de statues au Mémorial du massacre de Nanjing (Nankin)

La capitale est ainsi transférée à Chongqing, ville-montagne du Sichuan. L’essentiel des troupes chinoises et des infrastructures militaires se trouvent à Wuhan, capitale de la province de Hubei traversée par le fleuve Bleu (Yangtsé). Les Japonais ont pour objectif de prendre cette ville dans l’espoir d’anéantir la résistance chinoise.

Fantassins chinois à Wuhan avec équipement d'origine allemande

Fantassins chinois à Wuhan avec équipement d’origine allemande

La bataille de Wuhan commence le 28 février 1938 par les bombardements de la ville par l’aviation japonaise. L’attaque aérienne est repoussée. La loi de mobilisation nationale est votée le 24 mars à la Diète accordant ainsi au gouvernement des budgets illimités pour subventionner la production de guerre. Il n’y a maintenant plus de doute sur les ambitions de l’empire du Soleil Levant : le Japon est bel et bien entré en guerre ! Le 29 avril, jour anniversaire de l’empereur Hirohito, une nouvelle attaque aérienne est menée sur Wuhan. Xuzhou dans la province Jiangsu est encerclée par les troupes japonaises et des renforts en approche, Tchang Kaï-Chek ordonne l’évacuation pour se concentrer sur la défense de Wuhan. Les Japonais n’étant pas assez nombreux pour encercler complètement les troupes du généralissime, une grande partie de la 5e armée chinoise a pu s’extraire de Xuzhou. Les troupes impériales envahissent Hankou (Wuhan est composée de 3 districts : Hankou, Wuchang et Hanyang). Pour ralentir la progression nipponne, les troupes nationalistes chinoises font sauter les digues du fleuve Jaune près de Kaifeng dans le Henan : la vie de 500 000 à 900 000 civils est ainsi sacrifiée dans l’inondation ! Le 13 juin, les Japonais débarquent au sud du Yangtsé et prennent la ville de Anqing puis Jiujiang le 26 juin. Les troupes japonaises remontent ainsi le fleuve et affrontent les soldats chinois à Ruichang (Jiangxi) puis à Xian de Yiangxin (Hubei). Le 22 octobre, la résistance chinoise est écrasée et les Japonais peuvent avancer sur Wuchang. Fin octobre, Wuhan étant presque complètement encerclée, les Chinois se retirent de la ville pour sauvegarder leurs effectifs restants. Le 27 octobre, Wuhan est complètement conquise par les Japonais.

Wang Jingwei recevant des émissaires allemands en 1941 après la reconnaissance de son gouvernement par l'Allemagne nazie.

Wang Jingwei recevant des émissaires allemands en 1941 après la reconnaissance de son gouvernement par l’Allemagne nazie. (Wikipedia)

Le conflit s’enlise. Du côté chinois, les actions de résistance et de guérillas continuent. Et du côté de l’envahisseur nippon, faute de pouvoir administrer directement les zones occupées, le Japon met en place des gouvernements locaux favorables à leurs intérêts. Malgré ces administrations pro-japonaises et leur propagande ainsi que leur domination militaire, la guerre continue et malgré des offensives répétées, les places fortes nationalistes résistent toujours. En mars 1940, les différents gouvernements collaborateurs des régions occupées sont fusionnés pour créer un gouvernement central chinois. Wang Jingwei, ancien chef du Kuomintang et ancien Premier ministre, en prend la tête et se présente comme le seul dirigeant légitime de la République de Chine. En août 1940, les communistes lancent une offensive de grande ampleur dans le nord de la Chine, l’offensive des Cent Régiments en réponse aux répressions lancées contre eux par les Japonais et le gouvernement collaborateur à Nankin. Ils visent les voies de communication japonaises (voies ferrées) pour affaiblir la logistique de l’armée impériale dans un premier temps. Puis, en septembre, ils attaquent directement les soldats japonais. Plus habitués aux attaques de sabotage et aux stratégies de guérilla, ils essuient de nombreuses pertes. En réaction, les Japonais intensifient leurs opérations de répression contre les communistes à partir de la fin 1940. Face à l’hémorragie, les communistes décident d’éviter dorénavant la confrontation armée avec les soldats japonais pour retourner à leurs tactiques de guérilla.

Le Japon face à l’Armée rouge

Quittons la Chine pour traiter des relations diplomatiques entre l’Empire du Japon et l’URSS. Pour rappel, les voisins entretiennent de mauvais rapports à cause de rivalités territoriales (Mandchourie et Corée). Cette rivalité aboutit à la guerre russo-japonaise (1904-1905) où le Japon réussit l’exploit de battre la Russie. Les Japonais gagnent ainsi les îles Kouriles et la partie sud de île de Sakhaline riches en ressources (pétrole, charbon…) pour devenir plus tard « les îles de la discorde ». En pleine guerre civile russe (1918-1921), le Japon dans le camp des Alliés occupe Vladivostok jusqu’en 1922 alimentant de la méfiance des soviétiques vis-à-vis des Japonais. L’union soviétique est reconnue par les Japonais en 1925 (convention soviéto-japonaise de base) pour réchauffer leurs relations de voisinage : jusqu’en 1932, la coopération entre les 2 pays sera paisible.

Leurs relations se détériorent à partir de 1932, lorsque le Japon envahit la Mandchourie qui devient le Mandchoukuo où les Japonais ont mis comme pantin à la tête de l’état fantoche le dernier empereur chinois Puyi. Les soviétiques y voient des risques d’attaques et d’invasion de leur territoire. En 1933, à la suite du rapport Lytton qui condamne l’agression japonaise en Mandchourie à la suite de l’incident de Moukden, le Japon quitte la Société des Nations. Le tournant militariste déjà largement enclenché, en 1934, les accords de Washington limitant les armements navals sont dénoncés. Le 25 novembre 1936, l’Empire du Japon signe avec l’Allemagne nazie le pacte anti-Komintern, pacte de défense contre le communisme. La seconde guerre sino-japonaise débute en 1937. Les Japonais occupent dorénavant Pékin, Nankin et les régions côtières dont Shanghai. Un gouvernement collaborateur pro-japonais est installé à Nankin sous la présidence de Wang Jingwei. Les nationalistes de Tchang Kaï-Chek et les communistes menés par Mao Zedong tentent de résister tant bien que mal face à l’envahisseur et son armée d’occupation d’un million d’hommes. La Russie soutient la Chine nationaliste et a renforcé son potentiel militaire en Sibérie. Le Japon, de plus en plus menaçant et se sentant de plus en plus fort, ne cache plus sa convoitise pour les territoires soviétiques. Aux frontières entre l’URSS et la Mandchourie occupée par les Japonais, les incidents se multiplient. La bataille du lac Khassan en 1938 est annonciatrice d’une attaque japonaise de plus grande ampleur contre la Russie, la bataille de Khalkhin Gol.

Carte de la République populaire de Mongolie et du Mandchoukouo en 1939

Carte de la République populaire de Mongolie, protectorat soviétique et du Mandchoukouo, protégé du Japon en 1939.

Depuis la proclamation de l’indépendance de la Mongolie, cette vaste région est devenue un protectorat soviétique. Le long de la rivière du Khalkin Gol, dont le cours sert de frontière entre la Mongolie et la Mandchourie, les incidents se multiplient. A partir de mai 1939, les accrochages prennent de l’ampleur. Les troupes japonaises se font plus nombreuses dans la zone contestée, franchissent la frontière et lancent des reconnaissances. Les avions sortent et une offensive japonaise se prépare. Du côté soviétique, chars, avions et le Général Joukov sont envoyés dans la région du Khalkin Gol. Les Japonais se pensant supérieurs et habitués à lancer les premières offensives se laissent surprendre par l’attaque de Joukov le 20 août. Dix jours de combat suffisent au soviétique pour crier victoire. Un traité de non-agression (pacte germano-soviétique) est signé entre l’Allemagne et l’URSS le 23 août 1939. Un conflit soviéto-japonais n’est plus envisageable, le Japon étant un allié de l’Allemagne. Le cessez-le-feu intervient le 15 septembre 1939.

Cette lourde défaite de l’armée du Guandong remet en cause la stratégie d’expansion territoriale de l’empire du Japon. Le général Ueda qui commandait est rappelé au pays et l’armée est placée sous le contrôle direct du Quartier Général impérial. Puisque le Japon n’est pas en mesure de prendre le dessus sur son voisin soviétique, à Tokyo, le camp qui prône la conquête de l’Asie du Sud Est gagne la partie contre ceux qui souhaitaient une expansion vers le continent. Indochine française, Malaisie, Indes orientales néerlandaises, Birmanie et Philippines sont les nouvelles cibles. L’attaque de Pearl Harbor mettra le feu aux poudres et fera entrer en guerre les États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale.


A travers cette première partie qui aurait pu s’intituler « Guerre de résistance en Chine », nous avons pu détailler les événements majeurs du passage du régime impérial à la République de Chine et la forte instabilité qui en a résulté avec la dictature militaire de Yuan Shikai, l’époque des seigneurs de la guerre et la prise de pouvoir de Tchang Kaï-Chek. Avec l’invasion de la Mandchourie puis la guerre sino-japonaise, communistes de Mao Zedong et nationalistes du généralissime font front commun contre l’envahisseur japonais.

Les livres d’histoire ne mettent pas assez en avant le rôle important qu’a eu la résistance chinoise dans le second conflit mondial. Pour mater l’esprit combatif chinois, le Japon a du maintenir une force armée d’occupation importante, autant de troupes occupées sur le front chinois qui ne protégeront pas plus tard le Japon des attaques américaines. Les troupes impériales japonaises ont tenté d’étendre le territoire nippon vers le continent en commençant par la Mongolie sous protection soviétique. Leurs plans de conquête échoue à la bataille de Khalkin Gol en 1939. Pour étendre l’empire, il ne reste plus qu’à gagner encore du terrain sur la Chine et l’Asie du Sud Est. Dans la seconde partie de cet épisode de la Seconde Guerre mondiale, nous aborderons l’invasion de l’Indochine française et l’élément déclencheur de l’entrée en guerre des États-Unis, l’attaque « surprise » de Pearl Harbor.

David Maingot

Je m'appelle David et j'ai 28 ans. J'habite à Angers (49) et je suis comptable de formation et e-commerçant dans le bento et les accessoires de cuisine. Passionné de culture et d'histoire du Japon, je rédige des articles en lien avec ces thèmes :)

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1 réponse

  1. 11 juin 2019

    […] la première partie qui aurait pu s’intituler « Guerre de résistance en Chine », nous avons abordé la […]

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