Les jeux de rythme, un phénomène japonais !

Les bornes d’arcades au Japon ont une tout autre dimension qu’en Europe. Il est commun d’y aller pour se détendre, après les cours ou le travail, et d’y dépenser son argent. Un genre de jeu d’arcade s’est taillé un nom à l’aube du nouveau millénaire : ce sont les jeux de rythme. Certaines salles d’arcade au Japon se sont spécialisées dans cette thématique, tant sa popularité le permet. Journal du Japon s’est intéressé à ce secteur et vous initie au genre !

L’acte I des jeux de rythme : PaRappa The Rapper

Avant tout, il est important de rappeler que PaRappa The Rapper n’est pas le premier jeux de rythme à proprement parler, c’est surtout celui qui a démocratisé le genre. Un exemple, Dance Aerobics est sorti presque une décennie plus tôt en 1987 sur NES au Japon. Le gameplay était simple, des actions à réaliser en rythme sur son Power Pad étaient indiquées à l’écran. Sauf que tout le monde n’a pas chez soi un Power Pad ou les moyens de se l’acheter, le jeu n’a donc pas beaucoup fait parler de lui.

Parappa

PaRappa, le héros de PaRappa the Rapper

PaRappa The Rapper quant à lui a posé les bases des jeux de rythme et ses codes, encore valables aujourd’hui. Sorti sur PS1 en 1996 au Japon, lui n’a pas fait l’erreur de nécessiter un périphérique pour pouvoir jouer au jeu. Il vous suffisait de vous munir de votre manette et d’un bon sens du tempo. Vous y incarnez PaRappa, un chien rappeur qui est fou amoureux de Funny Sunny. L’histoire est jonchée de phases de gameplay ou PaRappa va devoir rapper pour avancer dans l’histoire. Le gameplay en lui-même est simple, des touches de votre manette vont apparaître à l’écran et vous allez devoir appuyer sur celles-ci en rythme pour augmenter votre jauge de U Rappin, qui est en quelque sorte votre barre de vie. Le jeu permet au joueur une certaine liberté puisqu’une fois un niveau complété, lorsque l’on revient dessus, il est possible de freestyler et de faire ce que l’on veut, ce qui peut donner des scènes plutôt cocasses. Le ton du jeu est d’ailleurs très comique, son design se veut cartoon et les personnages sont fait en deux dimensions, comme des feuilles de papier (un peu à la façon de South Park). Le mélange entre cinématique et gameplay est très bien ficelé et c’est pour cela que le jeu fut un succès au Japon, ce qui lui a valu de s’exporter et ainsi de démocratiser les jeux de rythme.

Une barrière des jeux de rythme à l’époque se situe dans le support. Appuyer sur les touches d’une manette en rythme bride beaucoup les développeurs qui veulent solliciter et impliquer davantage les joueurs dans le gameplay. Le problème on l’a vu, c’est qu’un périphérique externe tel qu’un tapis de danse n’attire pas les consommateurs. BEMANI arrive alors sur le marché avec leur idée.

BEMANI, arcades et beatmania

BEMANI c’est avant tout une division de KONAMI, entreprise japonaise qui se consacre à l’édition et au développement de jeux vidéo. Vous aurez peut-être remarqué la ressemblance entre BEMANI et beatmania. En effet, suite au succès de beatmania, leur premier jeu, la division qui s’appelait Game & Music Division se renomme en BEMANI. Mais penchons-nous plus sur cette licence qui révolutionne le genre.

beatmania IIDX controller

Manette beatmania IIDX

beatmania c’est avant tout une machine d’arcade. Les développeurs peuvent donc imaginer toutes sortes de manettes sans avoir ce problème de périphérique que nous avons pu citer plus haut. Les salles d’arcade au Japon étant très populaires, développer ses jeux au sein de ces dernières est tout à fait possible. beatmania se compose de 5 touches et d’un disque que l’on manie à la façon d’un DJ. Les notes défilent de haut en bas et une fois arrivé en fin de parcours il faut appuyer sur la touche correspondante ou tourner le disque en rythme avec la musique. Le premier opus ne comptait que 7 musiques au total (hors stages spéciaux), lesquels sont divisées en différents niveaux de difficulté.

Le jeu se taille très vite un nom et seulement quelques mois plus tard sort une nouvelle version du jeu : beatmania 2ndMIX. 13 versions du jeu verront le jour entre 1997 et 2002. Elles consistaient à ajouter de nouvelles musiques, modifier ce qui n’allait pas dans la version précédente et rajouter de nouvelles fonctionnalités. Par exemple, dans beatmania 2ndMIX, le mode HIDDEN a été implémenté. Ce dernier fait disparaître les notes à mi-parcours. En parallèle de ces machines d’arcade, BEMANI a commencé à diversifier les plateformes avec des versions Playstation et Game Boy Color de beatmania. Ceux qui voulaient s’entraîner en dehors des salles d’arcade étaient alors servis. En 1999 sort une nouvelle série qui s’appelle beatmania IIDX qui viendra prendre le relais de beatmania. Son succès est total en témoigne ses 25 versions plus une version PC, la dernière datant de novembre 2018. beatmania IIDX fait encore fureur aujourd’hui et possède une communauté très large partout dans le monde. La plus grosse différence entre cette version et l’ancienne sont sans doute les deux boutons supplémentaires sur la manette.

Dance Dance Revolution – Une révolution

Aussi conçu par BEMANI, ce n’est plus de vos mains que vous allez avoir besoin comme pour beatmania mais du bas de votre corps. Ce titre paru en 1998 va faire trembler le Japon tout entier : un vrai phénomène. Le gameplay peut être comparé à beatmania, des notes défilent sur l’écran et des actions sont à faire une fois les notes arrivés à un certain seuil. Sauf qu’ici, il faut appuyer sur les touches avec vos pieds, toujours en rythme. Ce jeu permettait des chorégraphies improbables et des niveaux ahurissants qui poussaient les scorers (ceux qui visent à avoir le meilleur score possible) au meilleur d’eux-même. Le jeu offrait une nouvelle ambiance dans les salles d’arcade ; regarder quelqu’un jouer à DDR pouvait se révéler très divertissant. Certains confectionnait des chorégraphies pour offrir un spectacle à leurs spectateurs et il régnait alors une toute nouvelle mais agréable ambiance. BEMANI garde le même schéma et sort des versions consoles avec des tapis de danse pour chez soi. DDR pousse encore plus loin les limites des jeux de rythme et prouve que la seule frontière est l’imagination des concepteurs.

Sauf que BEMANI ne va pas se contenter de beatmania et de DDR ; au contraire, la compagnie se rend compte du filon qu’ils viennent de déterrer et multiplient les licences. Pop’n Music, Guitar Freaks, Drum Mania, Jubeat, Sound Voltex… chacun de ces jeux ont un gameplay et des manettes propre à chacun et leur point commun est qu’ils sont tous disponibles en salle d’arcade. On peut noter la licence Taiko no Tatsujin de Bandai Namco Entertainement qui est un des rares jeux arcades Rhythm Game qui ne soient pas signé BEMANI.

De plus BEMANI va mettre en place un vrai écosystème pour ses jeux… Car pour créer des jeux de rythme, il faut bien sûr des musiques. BEMANI a alors commencé à signer des contrats avec des artistes afin qu’ils produisent des musiques pour leur jeux. Cela dépend des licences mais le plus souvent il s’agit de musiques électroniques : il n’est donc pas rare de voir des « DJ » dans le pseudo des artistes affiliés. Plus récemment, des compétitions ont lieu pour les designer et les musiciens pour voir leurs musiques et designs inclus dans certains jeux BEMANI. Le SOUND VOLTEX FLOOR est l’un de ces concours, à l’effigie du jeu de rythme Sound Voltex. Le titre Xéroa de Camellia dont nous avons déjà parlé sur Journal du Japon a par exemple gagné un de ces concours, la musique se voit donc disponible dans le jeu Sound Voltex. BEMANI a donc son propre label de musique depuis 2006, beatnation Records, qui possède 7 artistes fixes ainsi que d’autres qui se voit commander des musiques par le label de temps en temps… Une vraie galaxie BEMANI et une bonne initiative qui ouvre des portes aux jeunes talents.

Pendant ce temps en Occident…

Borne d'arcade Guitar Freaks

Une borne d’arcade Guitar Freaks

Il a été difficile d’exporter toutes ces machines d’arcade partout dans le monde, principalement pour cause d’argent. A l’époque donc, l’exportation de licences se faisaient sur console, mais le gameplay sur ces dernières était souvent limité. La compagnie américaine Harmonix a donc senti le filon à exploiter. Un jeu qui fonctionnait bien au début des années 2000 au Japon était Guitar Freaks. Ce jeu, disponible dans les salles d’arcade, était composé d’une guitare en guise de manette. Harmonix a donc reproduit un jeu en s’inspirant des mécaniques de Guitar Freaks et, en 2005 aux États-Unis et 2006 en Europe, sort le premier opus de Guitar Hero. Ce procédé peut être interprété également pour le jeu Rock Band de Harmonix qui s’inspire de Drum Mania (même système mais pour la batterie). Harmonix ne se cache d’ailleurs  pas d’avoir emprunté le concept de Guitar Freaks pour faire Guitar Hero, mais il ne s’est pas déclaré une guerre entre les deux entreprises, bien au contraire. RedOctane qui s’est chargé de concevoir et de fabriquer les guitares de Guitar Hero s’est aussi occupé de faire les bornes d’arcade Guitar Freaks, et inversement, KONAMI s’occupe de produire les bornes d’arcade Guitar Hero.

 

KAC : Konami Arcade Championship

De retour au Japon, en 2011, on peut dire que la notoriété de BEMANI est établie, sauf qu’il manque quelque chose à tout ça : des compétitions. Faire les meilleurs scores, c’est bien pour être connu dans la salle d’arcade en question, mais des compétitions à l’échelles nationale voire internationale, ça permettrait d’être connu dans tout le pays et au-delà. La première itération de la KAC démarre donc en 2011. La compétition contient plusieurs compétitions en elle-même, une pour chaque jeu sous la licence KONAMI, ce qui fait l’air de rien une dizaine de sections différentes. Ce tournoi ne se limite pas au Japon mais s’étend sur toute l’Asie de l’Est, soit Hong Kong, la Corée du Sud, Macao, la Malaisie, Taïwan, Singapour, les Philippines et l’Océanie avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande. La compétition s’étend même aux États-Unis et au Canada mais ceux-là ne peuvent participer qu’à la compétition sur DanceDanceRevolution A. Tout ce qu’il faut, c’est un pass e-amusement (un service en ligne maintenant requis pour jouer sur les arcades BEMANI). Avec ce pass, connectez-vous sur une borne d’arcade, validez un score sur la musique des qualifications de la KAC et vous verrez si votre score est suffisant pour passer à l’étape supérieure. Ainsi, n’importe qui peut participer. Cette compétition permet d’étendre la popularité de leurs jeux puisqu’elle est diffusé en live chaque année sur beaucoup de plateforme, dont Youtube. Voici une petite vidéo de la finale de DanceDanceRevolution A de l’année dernière.

Cette compétition gagne en popularité chaque année, tous les spectateurs veulent voir leur idole remporter de nouveaux trophées, de nouvelles têtes émergent, et c’est un bon moyen pour KONAMI de tester ses nouvelles licences. Par exemple, Dance Rush, un des derniers en date de BEMANI, s’est vu intégré dans la compétition un an après sa commercialisation, un bon moyen de voir les limites du jeu !

Et maintenant, où en sommes-nous ?

Certaines licences de BEMANI sont en déclin comme DanceDanceRevolution, sa dernière version datant de 3 ans mais on voit la tentative de BEMANI de le remplacer doucement par Dance Rush, son nouveau jeu très prometteur et beaucoup plus poussée technologiquement. Les touches au sol sont remplacées par un tapis tactile qui se colore à chacun de vos pas de danse, comme le montre une vidéo ici. D’autres jeux comme Sound Voltex et beatmania sont indémodables. Mais que nous réserve l’avenir ? La réponse paraît évidente : la réalité virtuelle. Des jeux pareils ont déjà vu le jour, comme Beat Saber développé par Beat Games. Plongé dans un environnement épuré et futuriste, vous avez un sabre dans chaque main et des cubes arrivent sur vous aux rythme d’une musique présélectionnée. Les notes bleues correspondent à votre sabre bleu et le rouge à votre sabre rouge. Il faut faire attention à trancher les cubes dans le bon sens également. Bref, une difficulté digne des salles d’arcade et si on en parle ici, c’est bien parce qu’il commence à s’immiscer dans ces dernières, notamment en Occident. De quoi donner des idées à certains…

Tout ça c’est bien joli, mais c’est hors de porté dans notre petit hexagone. Il existe bien quelques associations dans quelques régions de France, mais ces bornes d’arcades restent très inaccessibles. KONAMI ne montre pas de signe de vouloir s’exporter en Europe mais si vous avez la chance d’aller au Japon, vous savez où vous arrêter !

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