Chroniques Hentai : du fétichisme dans mes mangas ?

Qui dit fantasme sexuel, dit fétichisme. Ceux-ci peuvent être de simples préférences physiques, comme aimer les blond(es), brun(es), ou l’attrait envers une partie du corps en particulier : les fortes poitrines pour les hommes, les abdos saillants pour les femmes… ou les pieds pour Quentin Tarantino. Il existe cependant d’autres domaines de fétichisme qui sont des sexualités à part entière, comme l’autonépiophilie (aimer être traité à la manière d’un nouveau-né et porter des couches), ou la version charnelle de la communauté Furry (relation sexuelle entre personnages animés anthropomorphes, dont Peepoodoo pourrait presque se prétendre). Nous allons dans le cas présent nous arrêter sur les fétichismes otaku liés aux vêtements, qui, sans être une pratique sexuelle en soi, ont tout de même « ému » la communauté de fans, générant une quantité significative d’entrées sur le web. Comme nous nous attarderons longuement sur le sujet, nous ferons l’impasse sur les critiques, mais ce n’est que partie remise, et le prochain numéro compensera cette absence.

Range Murata

© Range Murata /wani magazine CO.LTD

Les classiques

Certains des fantasmes les plus vieux et les plus communs au sein des mangas sont bien-sûr ceux des uniformes et des maillots de bain scolaire. Naturellement, les maillots et les uniformes ne représentent pas l’apanage de la culture otaku (les miss défilent bien tous les ans en maillots devant un parterre de jury hypocrite), mais quand ils s’appliquent au milieu scolaire nippon, une lecture supplémentaire s’ajoute, amenant avec elle le fantasme attaché aux lycéennes japonaises, l’avènement de l’adolescence, l’éclosion des sentiments, etc.

Parlons d’abord des maillots. Dans tout harem manga qui se respecte, l’excursion à la plage est inévitable. C’est le moment où chaque héroïne va « affirmer » sa personnalité au travers de ce qu’elle portera. Si les profils exubérants opteront parfois pour le monokini façon Borat, les filles timides et les loli-de-service ramèneront leur maillot de bain scolaire. Ce dernier, après une première déception des personnages masculins, ne manquera pas de commencer à éveiller des désirs. Notons au passage que le port du maillot par canicule donnera naissance à un autre fétiche qui en découle : les marques de bronzage. Il n’est pas rare de voir des histoires courtes dédiées aux marques de maillots (plus que la peau bronzée en elle-même) dans des hentai comme dans le très bon Vanilla Escence de Yamatogawa.

Les seifuku et sailor fuku ensuite qui, s’ils véhiculent donc tous les fantasmes liés aux lycéennes, ont l’avantage de connaitre une multitude de variations. En effet, chaque établissement scolaire établit une tenue qui lui est propre. Les différences ne sont peut-être pas flagrantes, mais les motifs (à rayure, à carreaux, uni), couleurs (bleu et blanc typiquement marin pour le sailor fuku, ou plus sobrement noir et gris pour le seifuku), formes (cardigan, blaser, tenue d’été et d’hiver), accessoires (nœud princesse au cou pour les filles, cravate, foulard), ou taille des chaussettes, varient.
Certains lycées se voient parfois avantagés en vue d’accueillir de nouveaux élèves, car leurs uniformes plaisent beaucoup. Il existe d’ailleurs un concours des plus beaux élèves en uniforme du Japon (notant les mannequins, mais également les uniformes) organisé par le fabricant de seifuku CONOMI, le Japan Seifuku Award, dont les lauréats sont promis d’apparaître dans les futurs catalogues du groupe, et peuvent aussi démarrer une carrière d’idol/mannequin/acteur. Les mangas et animes se passant en milieu scolaire ne sont pas en reste, et designer un beau seifuku est un gage important pour un mangaka ou un chara designer. La série Lucky Star fait notamment du sailor fuku le thème de son opening.

Watanabe Mayu - Saigo no Seifuku

Photo-book de la chanteuse Mayu Watanabe du groupe AKB48, posant dans différents uniformes. © Shufunotomosha Co.,Ltd.

La zone du territoire absolu…

Parler d’uniforme nous amène à un point très important de la communauté otaku : le Zettai Ryouiki. Le Zettai Ryouiki, littéralement le « territoire absolu », est le nom donné à la zone de peau visible, idéalement de 3cm, que l’on peut apercevoir entre le bas d’une jupe courte/d’un mini short, et le haut des bas. L’origine du nom provient tout droit d’Evangelion (toujours aussi important à l’intérieur de la sphère otaku) et de l‘A.T. Field dressé par les anges et les EVA (et par extension par tout être) pour se défendre face à une attaque.

N.B. : Neon Genesis Evangelion étant empreint de références scientifiques et psychanalytiques réelles, le fandom a tout de suite identifié l’A.T Field comme un principe psychologique définissant la barrière mentale que les autistes érigent envers le reste du monde pour s’en isoler. Il n’en est cependant rien, et si ce principe existe, ce n’est en tout cas pas sous le terme d’A.T. Field.

Le T du terme correspond à Terror, mais fût adapté en Territory dans le Zettai Ryouiki pour désigner une zone physique (la référence à Terror reste cependant présente, puisque ce potentiel érotique serait à même de terroriser un jeune puceau, nous y reviendrons). Si, entre-nous, tant que les bas montent au-dessus du genou, cela reste terriblement sexy – même sans respecter les 3 cm – la classification d’un Zettai Ryouiki est elle déterminée par des critères précis, nécessitant parfois des calculs savants selon les puristes (4:1:2,5 correspondant à 4 mesures de jupe, pour une mesure de cuisse et 2,5 mesures de bas au-dessus du genou), et dispose de sa propre chanson  : 17 millions de vues s’il vous plaît, parce que l’on ne plaisante pas avec le Zettai Ryouiki !

Nous vous invitons à lire les paroles, qui décrivent bien le Zettai Ryouiki.

Comme les studios d’animations ne sont pas insensibles aux mouvements de la sphère otaku, les character designer peuvent inclure des bas sur leurs personnages, ce qui rend nombreuses les références au Zettai Ryouiki dans les animes. Rin Tohsaka de Fate/stay night est peut-être le cas le plus connu de personnage arborant un Zettai Ryouiki, mais nous pourrions également citer Erina Nakiri de Food Wars, Kirisaki Chitoge de Nisekoi, et Hitagi Senjougahara de Bakemonogatari pour les séries récentes, ou Faye Valentine de Cowboy Bebop, et Sakura de Cardcaptor Sakura en poussant un peu, pour des séries antérieures. Tifa Lockhart s’y met aussi depuis son relooking pour Final Fantasy VII Remake.
Dernière fun fact : en 2012 l’agence de pub WIT a proposé de louer contre rémunération cette zone des cuisses des jeunes Japonaises afin d’y exhiber des autocollants publicitaires. Les panneaux publicitaires humains devaient porter le sticker visible durant 8 heures dans des lieux publics et avoir plus de 18 ans.

 

… et les tueuses de puceaux !

Si les fétiches autour des vêtements peuvent concerner une manière de porter des habits, ils peuvent aussi être des vêtements en tant que tel. C’est le cas fin 2014, lorsque la cosplayeuse japonaise Myako, partage sur twitter une photo d’elle portant un pull dans une cabine d’essayage. Plusieurs dizaines de milliers de partages et likes plus tard, les illustrateurs s’emparent du phénomène pour habiller leurs personnages favoris de ce pull. Le Keyhole Turtleneck était né. Pourquoi un tel engouement à l’égard d’un pull en laine ? Tout simplement, car celui-ci dispose d’une ouverture en portefeuille au niveau de la poitrine, créant une vue imprenable sur la naissance des seins, et un décolleté plus ou moins violent selon le volume mammaire de la personne en question. Mais le culte du pull en laine à grosse maille existait déjà (oui, cette phrase semble absurde) dans l’esprit des otakus. Il est en effet récurent de voir des personnages féminins à forte poitrine, habillés d’un pull qui souligne impossiblement leurs formes. Une démonstration supplémentaire des lois de la physique improbable, propres aux mangas et animes.

C’est donc sur une base solide que le Keyhole Turtleneck puise ses racines. Un terreau favorable à destination de la mode suivante qui arriva début 2017 : le Virgin Killing Sweater, qui a l’admirable ambition de laisser entrevoir (le mot est faible) les side-boobs ET le début des fesses. Comment un tel exploit est possible ? Grâce à une surface minimale de tissu sur le buste, et un dos-nu outrancièrement long. On ne peut plus clair, le nom de cette tenue signifie qu’elle est tellement sexy qu’elle pourrait tuer sur place un puceau qui la verrait (remember le Zettai Ryouiki). Originellement vendu sur un site en ligne chinois de vêtements, c’est encore une fois le Twitter japonais qui a lancé les hostilités avec ce pull.

Re:Zero KS on Pixiv

Série : Re:Zero, artiste : KS, source : Pixiv

À noter que ce pull était déjà connu de la toile dès juin 2016 sous le nom de Sukebe Knit, mais n’avait pas autant affolé les foules, la faute peut-être à un nom moins évocateur. Lorsqu’on lève un peu le nez de son écran et d’internet, il est intéressant de connaître la réaction des gens de la vraie vie sur ce pull.

 

Mon royaume contre des filles en collants

Une mode en chassant une autre, c’est l’artiste Yomu, du cercle Yomu Shoten, qui connaît un énorme coup de projecteur entre 2017 et 2018. Pas de haut fantasque cette fois-ci, plutôt un grand classique : les collants (le Japon consacre d’ailleurs une journée nationale aux bas le 28 novembre). Yomu s’est démarqué par sa capacité à dessiner de manière photo-réaliste les bas en nylon, mais aussi par un character design qui a beaucoup de charme. Une femme enfilant délicatement ses bas, n’est-ce pas là la version contemporaine de la geisha à l’épaule dénudée ? Nous sommes en plein dans l’imaginaire érotique japonais.
Sur le compte personnel de Yomu, vous pourrez voir ses travaux où se côtoient des illustrations simplement sensuelles, à certaines plus audacieuses. Les poses et les angles y seront toujours recherchés, les proportions maîtrisées, et les expressions précises. Le combo Twitter-Pixiv va propager ses dessins par-delà les frontières, puis s’en suivent des doujinshi (artbook autopublié de peu de pages, à la couverture souple) personnels (Cyan, Kuro, Shiro…), et d’autres, collaboratifs, où des artistes comme 40hara, NOCO, ou Kantoku viennent eux aussi dessiner gaiement des collants.

L’ultime consécration arriva lorsque l’anime Miru Tights fût annoncé, donnant vie à tout l’univers que l’illustrateur s’est créé durant la publication de ses doujinshi. 13 épisodes de 4 minutes constituent cette série d’ONA (Original Net Animation).

Si les filles en collant font chavirer votre cœur, ou que vous aimez simplement les jambes et les pieds, passez à la vitesse supérieure après avoir poncé The Garden of Word, et foncez voir Miru Tights. Et contrairement à ce que l’on pourrait imaginer pour un anime de ce genre, la réalisation est assez soignée.

 

Elle a les yeux revolver, elle a le regard qui tue.

La force de l’érotisme tient au fait qu’il peut se ressentir sans jamais se dévêtir. Une pose suggestive, un regard, et un dessin peut tout de suite avoir une charge érotique très forte.

C’est dans cet esprit que se place Iya na Kao sare nagara Opantsu Misete Moraitai (Iyapan de son diminutif), que l’on pourrait traduire par « Je veux que tu fasses un visage dégoûté en me montrant tes sous-vêtements« . C’est un Light Novel érotique de Ryou Uehara, avec 40hara au dessin. Ce même 40hara, du cercle Animachine, qui participait aux recueils de Yomu pour promouvoir le port du collant. Étant donné que l’histoire n’est naturellement pas le point d’orgue de l’œuvre, c’est l’ambiance qui se dégage des illustrations que l’on retient surtout. Les plans placés en contre-plongée renforcent l’impression de voyeurisme, le sentiment d’infériorité du mateur (le lecteur en l’occurrence), ainsi que la force du regard réprobateur que nous jette la jeune fille. Le light novel ne fait qu’un tome, mais les doujin que 40hara a produit sur les filles au regard dégoûté comptent bien plus d’exemplaires.

 

Le Japon étant le pays des artbooks, il est naturel d’en trouver à toutes les sauces. Les filles « en 3D » (comprendre de vraies personnes dans le langage otaku) ne sont donc pas délaissées, et participent aussi au débat au sein de ce recueil de photo. Néanmoins, les illustrations de Yomu et 40hara ont aussi donné naissance à divers goodies, dont les inévitables figurines au montant à trois chiffres, des dakimakura (taie de traversin), ou des tapis de souris 3D. Il est également fréquent que ces artistes soient exposés à Akihabara. Comme on n’arrête pas une équipe qui gagne, une série d’OAV de 6 fois 5 minutes fût produite en 2018, ainsi qu’une seconde saison en 2019. Ça en deviendrait presque une habitude.

 

D’autres fétiches moins connus ont parfois droit à des publications, en voici quelques-uns. Et qui sait, vous pourriez peut-être y trouver votre nouvelle religion ?

Parmi les mentions honorables n’ayant pas autant agité la toile, nous pourrions citer Namaniku atk, qui aime nous montrer les dessous de ses héroïnes au travers de leurs vêtements, et produit un travail impeccable avec Misaki sur les doujinshi hentai Shinngeki.

De son coté, le livre Sailor Fuku no Mannaka dévoile sur 96 pages le nombril d’écolières.

Le cercle Dicebomb s’attarde sur les pieds dans le doujin True Soles.

Avec Blindfold Glasses Girl, ce sont les franges qui sont à l’honneur.

Kantoku nous explique que des filles peuvent montrer leurs dessous sans forcément tirer la tronche avec son doujin Mite Mite Check, paru au Comiket de l’été 2019.

Enfin, dans la catégorie collant, le chinois Luō dé huāyuán fait également de très sympathiques fan-art des filles de My Hero Academia.

 

Si l’on abandonne un peu le secteur du dessin et que l’on revient sur des fétiches empreints de chaleur humaine légèrement trash, nous ne pourrions passer sous silence la vente de culottes sales. Vous en avez certainement entendu parler dans un article web ou un reportage : le Japon est le seul pays au monde à vous proposer des distributeurs à culotte sales. Depuis qu’elle est réglementée, voilà de nombreuses années, la vente a drastiquement diminuée, mais il est toujours possible d’en trouver en cherchant bien. Souillées par l’urine, les selles, ou soyons fou : des menstruations, la vente de telles lingeries s’accompagne toujours de la photo de la jeune fille l’ayant portée. Dans le même esprit, nous avons aussi les flacons d’urine, les rognures d’ongles ou tout autre résidu biologique qui sera un totem pour celui qui y projette ses fantasmes.
Plus soft, et donc moins réprimé, il est possible de trouver dans les sex-shops des parfums aux senteurs particulières : sueur d’office lady ou cyprine de lycéenne, entre autres joyeusetés.

Les vêtements ont de tout temps été vecteurs d’érotisme, et la culture otaku qui apporte beaucoup d’importance au visuel ne pouvait que développer ses propres codes. Nous nous sommes attardés ici sur quelques exemples particulièrement récents, mais le web regorge d’autres cas de figure. Avez-vous des préférences vestimentaires qui vous font perdre la tête ? Dites-le-nous en commentaire !

Olivier Benoit

Présent sur Journal du Japon depuis 2013, je suis un trentenaire depuis longtemps passionné par l'animation traditionnelle, les mangas et les J-RPG. J'écris dans ces différentes catégories, entretiens également la rubrique hentai, et co-gère le pôle gastronomie. J'essaie de faire découvrir au plus grand nombre les choses qui me passionnent. @oly_taka

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