Shinobu OHTAKA, de Magi à Orient : quels ingrédients pour un bon shônen ?

Shinobu OHTAKA vous connaissez ? Laissez-nous vous mettre sur la voie : MAGI, un shônen teinté d’orient… Ah là, oui, forcément, le nom de ce manga ne vous est pas inconnu !

À l’occasion de la sortie de sa nouvelle série en France, Orient, Samuraï Quest, chez Pika Edition, nous avons pu poser quelques questions à cette mangaka à succès qui aborde un passage délicat de sa carrière, à savoir proposer une nouvelle série juste après un best-seller au long cours : comment se renouveler, quelle histoire raconter, à qui, de quelle façon, comment utiliser son expérience… Les questions ne manquaient pas et l’occasion était parfaite pour en savoir plus sur Orient, ce nouveau shônen haut en couleur…

Plongeons-nous donc sans attendre dans cette interview passionnante !

De Shinobu OHTAKA à MAGI

Avatar de Shinobu OHTAKA

Avatar de Shinobu OHTAKA

Bonjour OHTAKA-san et merci pour votre temps… Comment allez-vous, est-ce que ça change beaucoup de choses le confinement lorsque l’on est mangaka, finalement ?

Bonjour ! Heureusement pour moi, pendant le confinement j’ai continué à dessiner mon manga avec toujours la même énergie.

Grâce aux technologies de dessin numérique, les mangakas peuvent facilement travailler à la maison.

J’aimerais d’ailleurs que ce que je crée puisse encourager les personnes confinées chez elles !

Nous sommes là aujourd’hui pour parler de votre nouveau titre, Orient. Mais commençons par un petit retour en arrière, car l’on sait assez peu de choses de vous en France…J’ai cru lire que vous êtes fan d’arts martiaux et de séries B mais sinon, quels sont vos références, est-ce qu’il y a des titres ou des auteurs que vous admirez, voire qui vous ont donné envie de vous lancer dans le métier ?

J’aime les séries B ! Surtout les films avec des requins… Quant aux arts martiaux, je regarde souvent des vidéos au ralenti comme référence pour dessiner mes mangas.

Je suis aussi fan de BD. Chaque page est magnifique comme un tableau et l’organisation des cases est complètement différente de celle des mangas, et les lire me stimule. Notamment la série des Lone Sloane de Philippe Druillet. Je n’aurais jamais pensé qu’il existe de telles bandes dessinées. Je les ai lues plusieurs fois, ces albums sont mes trésors.

Lone Sloane, source d’inspiration de Shinobu OHTAKA

Et c’est ma mère qui m’a donné envie d’être mangaka. Quand j’étais petite, j’ai commencé à dessiner en imitant ma mère.

 

Faisons un petit passage par votre précédente série, MAGI. La série s’est achevée il y a quasiment 3 ans au Japon et y a connu un grand succès… Qu’est-ce que vous retenez de cette aventure, à titre personnel ?

Je suppose qu’on peut l’apprécier comme une œuvre de divertissement, mais personnellement je l’ai dessinée avec pour thèmes la pauvreté et la discrimination.

C’est un sujet difficile et sans réponse, mais j’aime dessiner en réfléchissant à ce genre de grandes problématiques.

 

MAGI s’est achevé au bout de 37 tomes. Comment s’est prise la décision de conclure la série ? Est-ce que vous aviez encore des choses à dire ?

Comme c’est un shônen, je voulais le terminer une fois que le héros serait mentalement un adulte.

Aladin, Ali Baba et les autres sont devenus adultes dans l’histoire, et Magi a pu s’achever au bout de 37 tomes.

À la fin, j’ai sérieusement réfléchi à comment mettre fin aux guerres, mais je n’ai pas pu trouver la solution. Si la chance se présente à nouveau, je voudrais continuer d’y réfléchir.

 Magi-1  Magi 37 

Orient – Samurai Quest : de la battle fantasy made in japan

Venons-en maintenant à Orient… Comment est née la série, quelles ont été vos sources d’inspiration ? Est-ce que vous avez voulu reprendre quelques éléments de MAGI pour la nouvelle série ou au contraire chercher à vous en affranchir pour faire quelque chose de 100% nouveau ?

Eh bien, j’ai pensé à aborder un nouveau thème que je n’avais pas traité dans mon travail précédent. Le précédent était Les Milles et une Nuits et portait principalement sur la culture du Moyen-Orient et d’Europe.

Cette fois, Orient est né de la volonté de choisir la culture japonaise comme sujet de manga.

 

D’accord, et pourquoi situer l’histoire dans le Japon du 15e siècle ?

Le 15e siècle au Japon était une époque où de nombreux héros et de puissants seigneurs se battaient pour le pouvoir. C’est la dernière ère au Japon durant laquelle il était impossible de prévoir qui prendrait le pouvoir, car tout dépendait de leur puissance.

C’est pour ça, je pense, que les Japonais aiment l’époque Sengoku (15e siècle). Et comme je suis l’une d’eux, j’ai pris le Japon au 15e siècle comme décor.

Vignette-Orient

 

Votre histoire débute par la présentation d’un duo, Musashi et Kojirô… Est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur ces deux garçons : comment ont-ils été créés, quel genre de duo avez-vous envie de mettre en scène ?

Les personnages de Musashi et Kojirô sont basés sur les épéistes qui auraient existé au Japon. Il y a une légende selon laquelle ils étaient rivaux et ont combattu au péril de leur vie.

Dans le manga ce sont deux garçons qui font du kendo. J’aimerais dessiner un duo qui travaille dur ensemble et devient plus fort grâce à leur entraînement.

Ce sont des amis d’enfance et vivent en prenant soin l’un de l’autre.

Je voudrais également m’appuyer sur les rivalités et les rendez-vous manqués qui peuvent se produire entre amis, ainsi que sur les liens et la confiance qui se tissent.

 

Orient parlent des oni, les démons du Japon, que l’on croise dans de nombreux mangas et sous de nombreuses formes : comment avez-vous imaginé les vôtres et construit leur société ?

L’expression « oni, les démons du Japon » est intéressante. C’est tout à fait ça. Les Japonais qualifient parfois les humains terrifiants et les actes cruels comme étant “digne d’un oni”.

Personne n’a jamais vu les démons appelés oni, mais les histoires se sont inscrites dans la conscience commune et l’analogie  » mauvaise chose = oni, démon » a depuis longtemps été adoptée.

J’ai ainsi imaginé le “oni” en réfléchissant à comment il s’infiltre en chaque personne.

La chose la plus surprenante du premier tome c’est sans nul doute l’arrivée des bushi à bord de… leur moto ?! Des bôsôzoku dans le Japon féodal, mais pourquoi ?

Je pense que les samouraïs qui existaient au Japon ont un côté bôsôzoku. Ce sont des hommes qui forment une bande et se battent, avec pour armes leur costume tapageur et leurs puissantes motos.

Outre les samouraïs et les bôsôzoku, je suis attiré par tous les humains qui forment des bandes. Je pense que l’idée de se grouper et de combattre est pour nous plus ou moins instinctive.

 

Neuf tomes sont déjà parus au Japon, un seul en France : pouvez-vous nous dire en quelques mots, à quel genre de manga peuvent s’attendre les lecteurs ? Avez-vous déjà la moindre idée de la longueur de la série d’ailleurs ?

C’est un manga de fantasy battle qui se déroule au Japon au 15e siècle.

Les samouraïs se battent avec des épées japonaises pour reprendre les terres occupées par les démons appelés “oni” qui sont d’énormes monstres comme Godzilla. Je veux créer un manga épique où l’on combat des ennemis gigantesques avec des sabres !

 

Enfin, on vous laisse carte blanche pour passer un message à vos lecteurs français, qui vous ont connu avec MAGI ou qui vont vous découvrir avec Orient !

Je vais continuer à dessiner des mangas fantastiques qui font oublier la vie quotidienne, alors j’espère que vous les lirez !

Lorsque le déconfinement viendra, j’aimerais venir visiter la France et acheter plein de BD françaises !

On vous accueillera avec plaisir ! 

Retrouvez toutes les informations sur Orient – Samurai Quest sur le site internet de Pika Édition et rendez-vous en librairie le 26 août pour la sortie du 3e tome d’Orient !

 

Remerciement à Shinobu OHTAKA pour son temps et à Pika Edition pour la mise en place de cette interview.

 

 

Paul OZOUF

Rédacteur en chef de Journal du Japon depuis fin 2012 et fondateur de Paoru.fr, je m'intéresse au Japon depuis toujours et en plus de deux décennies je suis très loin d'en avoir fait le tour, bien au contraire. Avec la passion pour ce pays, sa culture mais aussi pour l'exercice journalistique en bandoulière, je continue mon chemin... Qui est aussi une aventure humaine avec la plus chouette des équipes !

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