80 jours Japon – second volet : une expérience d’expat’ sur les routes du Japon

Nous avions déjà rencontré Amandine et Rodolphe pour présenter leur projet 80 jours japon, une série de documentaires filmés sur des artisans traditionnels et des habitants plus proches de la nature et des traditions. Aujourd’hui, nous retrouvons le duo pour un autre exercice, plus personnel cette fois-ci, celui de revenir, pour nous, sur leurs années de vie au Japon. Pour ce second volet, nous échangeons avec eux sur cette aventure personnelle qu’a été leur roadtrip sur les routes de l’archipel, loin du béton et proche des rizières et des habitants des villes, villages et bourgs.

Récit d’une expérience unique au cœur des campagnes nippones.

Tournage No - Miyajima

Amandine et Rodolphe, en plein tournage, à Miyajima ©80JoursJapon

Après Tokyo, la campagne : rupture et renouveau

Journal du Japon : nous aborderons votre vie à Tokyo dans le prochain et dernier épisode de cette série d’interviews mais, concentrons-nous d’abord sur cette expérience qui a fait de vous des voyageurs au sens strict du terme, puisque vous avez fait ce projet « 80 jours japon » où vous avez bougé dans tout le pays à la rencontre d’artisans. Pour vous, est-ce qu’elle a été un prolongement de votre vie à Tokyo ou cela a été une rupture ?

Amandine : Je dirais les deux, parce qu’on l’a fait au départ parce qu’on en avait marre de la vie au Japon et à Tokyo, et on commençait à ne plus aimer le Japon. Et on l’a aussi fait pour apprendre à ré-aimer le Japon. Ça a été une rupture et un prolongement, parce qu’en faisant ce voyage, on a appris à ré-aimer le Japon et à se rendre compte que c’était un pays merveilleux, autant au niveau des paysages que des gens. Parce qu’on a rencontré plein de gens super intéressants pendant ce voyage, surtout des gens loin de Tokyo. Et c’est ça qui est fou, c’est que la mentalité change vraiment entre Tokyo et le reste du Japon.

Rodolphe : Je pense qu’Amandine a tout dit. On s’est rendu compte qu’on ne se plaisait plus à Tokyo parce qu’on avait notre routine métro-boulot-dodo, même si à l’époque je ne m’en rendais pas compte parce que mon cercle social était très large et que mes potes me manquent énormément quand je suis en France. Mais vraiment, ma routine ne m’allait pas et Tokyo m’insupportait. Il y a plein de trucs simples qui m’énervaient, par exemple, les caissiers au konbini qui te donne un sac plastique pour une pomme, il y a pleins de trucs où je me disais très souvent « Il y a un problème là », et ce n’était pas normal que je me dise ça. Je ne suis personne pour juger, et ce n’est pas possible de penser ça. Mais je me le disais tellement souvent que je me suis rendu compte qu’il y avait un problème.

A : Le problème au konbini, par exemple, c’est qu’ils arrêtent de réfléchir, ils suivent les ordres parce qu’ils ont pas le choix. S’ils suivent plus ordres, ils se font engueuler.

R : Ouais, et du coup Tokyo m’a vraiment saoulée. Amandine aussi. Et donc on s’est dit que ce n’était pas possible, que le pays ne pouvait pas être comme ça. On s’est rendu compte, en prenant un peu de recul, que ça aurait été trop bête de rentrer en France et de ne plus vouloir revenir au Japon. Donc, on a décidé d’aller découvrir ce qu’il y avait à l’extérieur de Tokyo soit pour se conforter dans l’idée que le Japon ce n’était pas pour nous soit pour avoir une vraie rupture et se dire que, ouais, Tokyo c’était un environnement spécial. Je reviens à ce qu’on disait toute à l’heure. C’est une capitale où les gens viennent bosser, où il y a cette emprise psychique qu’on ne retrouve pas ailleurs, même pas très loin. Par exemple, à Nagano, dans la préfecture de Nagano, les gens sont posés, tellement cools. Tu les as rencontrés il y a une heure, et tu as déjà des vraies conversations avec eux.

Est-ce que vous pouvez me parler justement un peu plus de la vie sur la route au Japon ? Ses avantages, les difficultés, et bien sûr, ce que vous écoutiez dans le van, ce que vous avez pu lire, regarder, ce que vous voulez.

A : Je pense que je n’’avais jamais fait de réel road-trip très long, et, pour ça, le Japon c’était juste excellent. Déjà parce que les routes sont de bonne qualité. Il y a les onsens et tout, donc pour se laver c’est hyper pratique. Il y a les mitchi no eki, qui sont des aires de repos sur la route où il y a restaurants, magasins, parfois même des onsens, des toilettes. D’ailleurs au Japon, il y a des toilettes partout, même dans la forêt, et donc c’est hyper facile et pratique de faire un road-trip au Japon, dans ce sens-là en tout cas. Il y a à manger partout, donc il y a aucune galère. Et, dans le van, on écoutait beaucoup de…

: Beaucoup de rap ! (Ils rigolent tous les deux) On a écouté le dernier album de PNL, de PLK, on a écouté beaucoup de Nekfeu. Il a sorti Les étoiles vagabondes quand on était sur la route, et j’aime beaucoup Nekfeu donc c’est vrai qu’on l’a pas mal écouté. Sinon beaucoup de pop-rock, de pop-punk, des sons de skateur parce que ça met du baume au cœur. On a écouté du Linkin Park.

A : Hakuna-matata.

: (Il rigole) On a écouté Hakuna-matata , ouais… La playlist, c’était n’importe quoi parce que ça dépendait de l’humeur. En fait, on était tellement souvent sur la route, qu’à la fin, on voulait écouter des trucs qu’on n’écoutait pas d’habitude. On a écouté du Brel, par exemple. Et pour les artistes japonais, on a écouté Evisbeats, Basi, sûrement des OST aussi.

Je suis curieux de savoir ce qui marque quand on voyage à travers le Japon ? En termes de paysage, bien sûr, mais aussi, socialement et humainement ? À quoi ça ressemble, le Japon et la vie au Japon en dehors de grandes villes ?

A : Il y a beaucoup de vieux (ils rient).

R : Ouais, on est clairement dans cette problématique du Japon qui est un pays qui vieillit. Quand on est sorti des grandes villes, on s’est rendu compte que, dans 20 ans, quand les vieux ne seront plus dans les rizières, ils vont acheter leur riz en Chine. Il n’y a pas de jeunes, c’est incroyable.

A : On était dans une Michi no eki, on déjeunait, vers Akita, et dans le restaurant, il y avait une soixantaine de personnes, mais on était les seuls jeunes. Les clients avaient tous plus de 50 ans, les serveurs la quarantaine bien tassée… Les gens n’arrivaient pas à marcher !  Ils s’entraidaient, mais il y avait que des personnes âgées. **

R : Après là, je pense que c’était des personnes qui étaient en voyage. Enfin je ne sais pas… Mais, là dans tous les cas, c’est la campagne. Mais dans des villes qui s’apparenteraient à, je ne sais pas, Nantes en France, il y a quand même des jeunes. Mais là où on était nous, il y avait très peu de jeunes, même des gens qui ont la trentaine. Il y avait des enfants très jeunes qui allaient partir à 16 ans à Tokyo.

: C’est peut-être parce qu’ils sont élevés par leurs grands-parents.

: Aussi possible. Quand je te disais que Tokyo c’est une ville où les gens vont travailler, c’est très fréquent que les gens partent à Tokyo la semaine, et le week-end ils retournent chez eux, dans leur furusato (ville natale), chez leurs parents.

: Ou même il y a toute la famille qui est à la campagne, et il y a juste le mari qui travaille à Tokyo.

: Aussi ouais. Sinon, ce qui m’a le plus marqué en termes de paysages, c’est qu’au Japon, comme en France, ils ont un pays qui est sublime et où il y a tout. Tu passes d’une plage paradisiaque à une forêt verdoyante, à de la montagne, à des gravel-road à plus en finir. Tu as tous les paysages du monde en fait. Il y a beaucoup d’activité volcanique, donc des fois tu as l’impression d’être sur la lune quand tu es près d’un onsen. Pour tout ça, pour la photo, c’était un régal parce que… Ils ont beaucoup de lacs immenses. Il y a le lac Biwa qui est immense, il y a le lac Motosuko, au pied du mont Fuji qui est grand. Un lac qu’on a beaucoup aimé nous c’est Tazawa, il est magnifique. Il y a beaucoup de lacs, et je trouve que le Japon de la campagne, c’est… Tokyo et la campagne c’est le yin et le yang. Tokyo, y’a ce côté monde de la nuit qui me révulse et ce côté où les gens sont là pour faire de la thune, c’est superficiel… Et de l’autre côté, tu arrives dans la campagne et tu rencontres des gens qui font du camping, jouent de la gratte, ils sont au bord d’un lac, t’entend les oiseaux chanter, ce n’est pas le même monde. Et je trouve que ça se ressent plus que si tu fais Paris – la province en France.

Les rizières de Wajima, exemple d'un des paysages du Japon ©80JoursJapon

Les rizières de Wajima, exemple d’un des paysages du Japon ©80JoursJapon

C’est marrant parce qu’il y a une autre image de la campagne japonaise, radicalement différente, qui est celle de ces villes étirées autour d’une nationale, avec des pachinko et des magasins autour, est-ce que vous avez vues aussi ces villes ?

A : Si, on a vu, mais pas beaucoup des villes comme ça, parce qu’on se reculait plus, on était plus dans la campagne.

: Ce dont tu parles là, c’est vraiment… Ça me foutait le cafard, ça ! Toutes ces villes qui sont de petite taille, allongées sur la route et la nationale. C’est le far-West en fait. Tu as une allée principale, autour tu as des restaurants, des magasins, et un peu plus autour des habitations. C’est vraiment des villes dortoirs, ce n’est pas là qu’on cultive le riz, par exemple. Et ça, effectivement, il y en a beaucoup au Japon et c’est très anxiogène.

A : On les évitait clairement. On les voyait sur la carte en fait, et on passait à côté.

R : Une fois on a eu ça du côté de Niigata, on n’était pas dans la ville même, on était en périphérie, et c’était l’enfer. C’était une route bardée de feux-rouges, il y avait plein d’usine pétrochimiques. On était au bord de l’eau mais y’avait de la fumée partout…  Même le sol était rouillé. C’était de la pierre mais qui avait cette couleur rouille… Ça, c’est vrai que c’est pas la campagne japonaise dont on était en train de parler juste avant.

A : Non. Nous on était vraiment dans les champs, les rizières, les montagnes, les forêts.

R : Ouais, on était chez les petits-vieux !

Donc il y a ces deux aspects qui se croisent assez facilement.

R : Ouais complètement. Mais, par exemple, à Nagano, chez les fermiers où on était, ce n’était pas ce genre de villes. C’était très allongé, mais ce n’’était pas pareil. Il y en avait une un peu plus loin, mais c’est vraiment la zone industrielle de la ville.

 

Un voyage, des routes, des gens

Et ce que, en dehors des artisans des documentaires, il y a eu des rencontres mémorables ? Des gens qui vous ont parlé de leur quotidien ? Avec qui vous avez peut-être gardé contact ?

R : La petite mamie du ramen. Elle nous demandait ce qu’on fichait là. C’était perdu au milieu de nulle part, le seul ramen de la région limite. Du coup, elle était contente de nous voir et quand elle a vu qu’on parlait japonais elle nous a parlé un petit peu. C’est vrai que c’était trop mignon, parce que tu rencontres des gens à l’autre bout du monde qui sont d’une génération bien plus vieille que toi. Je ne peux pas m’empêcher de m’imaginer à quoi ressemble leur vie. Ils vivent dans une réalité qui n’est pas du tout la nôtre, et je trouve ça fou en fait. Ça, c’est vrai que ça nous a marqué. Le frère de Tamaki aussi, le moine bouddhiste, qui vit en Thaïlande depuis trois ans maintenant. Il était revenu au Japon. Dans nos vlogs, à un moment, on fait un repas avec lui. C’est le frère de la tisseuse. On a pas beaucoup échangé, mais juste le fait de les voir…

A : Quand même, il nous a dit pas mal de choses, c’était vachement intéressant.

R : Ouais, et c’est vrai que les voir manger, faire ce rituel, on était un peu des outsiders, et on trouvait ça vraiment dingue. J’ai vraiment eu l’impression d’être dans un film.

: Sinon, il y a aussi Muriel et Yasu. Même si on les connaissait déjà d’avant. Muriel est une amie à moi, une Française. Elle est un peu plus vieille que moi, et elle est mariée à un Japonais et a une petite fille. Son mari a notre âge et c’est un Japonais qui n’a pas réussi à rentrer dans le moule, qui a décroché à l’école, a réussi à trouver un job que en tant que host (NDLR : des hommes dont le métier est de tenir compagnie aux clientes qui leurs rendent visite dans des bars dédiés), à Tokyo. Il vient de la campagne. Il a rencontré Muriel, ils se sont mis en couple et ils sont retournés dans la campagne à Nagano, au milieu de nulle part. Et je trouve que c’est une jolie histoire.

Shuji Nakagawa,l'une des nombreuses rencontres d'Amandine et de Rodolphe ©80JoursJapon

Shuji Nakagawa,l’une des nombreuses rencontres d’Amandine et de Rodolphe ©80JoursJapon

: C’est pareil, c’est très loin du Japon auquel tu penses quand tu penses à ton premier voyage au Japon. C’est une espèce de chalet en bois au bord d’un lac où il doit y avoir trois habitations. Moi, en tant que gros citadin, je devenais fou parce qu’il y avait les grenouilles qui chantaient dehors. J’étais comme un gamin, c’était trop bien.

Pour en revenir à votre expérience, est-ce qu’il y a aussi eu des moments plus difficiles ou de doute ? Comment vous avez vécu le voyage ?

A : On a eu pas mal de moments de doutes et de fatigue, parce qu’on ne savait pas si ce qu’on faisait allait servir à quelque chose…

: Parce que j’étais le seul à conduire… (Ils rient)

A : C’était pas mal fatiguant psychologiquement, parce qu’on était épuisé par la vie de Tokyo et on avait enchaîné directement avec le road-trip.

R : J’avais quitté mon taf, deux semaines après j’étais dans le van… C’était vachement plus éreintant que ce qu’on pensait, parce que je voulais vraiment que les gens voyagent avec nous et que les vlogs paraissent plus ou moins sur la même chronologie que notre vie. Donc, on allait dans des cafés pour se poser et on n’en trouvait pas, des-fois. Avec les tatouages, c’était galère pour trouver des endroits pour se laver. Ce n’est rien de fou, c’était tranquille comme aventure, mais c’est vrai que des-fois la fatigue devenait pesante, parce que c’est énormément de boulot en faisant en sorte que ça ne se voit pas.

Le van du voyage ©80JoursJapon

Le van du voyage ©80JoursJapon

Mais quand je regarde les photos et qu’on repense qu’aux bons moments, on se dit que c’était un voyage de rêve, et ça l’était. Mais faut pas oublier tout ce que ça comportait aussi. Effectivement les doutes, parce qu’on a quand même quitté nos tafs pour faire ce qu’on fait là. Et forcément quand tu dis aux parents que t’as un boulot au Japon, payé correctement, mais que tu vas tout lâcher pour faire des vidéos, ce n’est pas évident, mais c’est ce qui nous rend heureux, et on s’est aussi dit que si on ne le faisait pas maintenant, on ne le ferait jamais… Je pense que ce qui était le plus dur, c’était à la fin. Moi les deux dernières semaines, j’en avais marre. Après qu’on ait fini de tourner les documentaires, il nous restait un mois sur la route, parce qu’on avait prévus trois mois. Et le dernier mois, être sur la route c’était cool, mais j’en avais marre, parce qu’on conduisait, la fatigue s’installait. On n’avait plus de but, mais je ne pouvais pas me détendre parce que je savais qu’il fallait éditer les documentaires et j’avais peur que les disques durs externes crament, par exemple. Je n’avais qu’une hâte, c’était de rentrer et d’avoir un minimum de confort pour m’y mettre.

A : Aussi, on dormait mal vu qu’on dormait sur les Michi no Eki. Il y avait souvent les voitures qui laissaient tourner leurs moteurs la nuit. Et les pots d’échappement plus le bruit, tu ne peux pas bien dormir avec tout ça. On se demande toujours pourquoi d’ailleurs. On nous a dit que c’était pour la télé, charger leurs batteries ou avoir la clim. Mais nous quand on dormait, c’était une température parfaite, donc je me demande pourquoi ils laissaient leurs moteurs… Sinon pareil, on ne mangeait pas très bien. On faisait à peu-près dix euros par repas, donc, avec ça, au Japon, tu peux manger correctement, mais quand tu manges les mêmes repas midi et soir, tu as vite mal au ventre parce que c’est du riz et de la viande pas chère avec de la sauce dessus, très peu de légumes… C’est soit des pâtes soit du riz et ça pèse un peu. Moi, j’étais moins fatiguée parce que ce n’était pas moi qui conduisait donc je profitais beaucoup plus mais… N’empêche que les paysages et les routes, tous les jours on était émerveillé au moins une à deux fois, parce qu’on avait des paysages qui étaient indescriptibles et c’est juste hallucinant. Tu es dans la voiture, tu écoutes de la bonne musique, tu es bien, tu vois de beaux paysages, tu roules, tu découvres de nouveaux endroits. C’était vraiment pas mal.

Et justement, c’était quoi les moments inoubliables sur la route ?

: Le coucher de soleil au lac Biwa, au tout début du road-trip, c’était hallucinant à cause des couleurs. Je ne pensais pas que c’était réel des couleurs comme ça. Les photos qu’on a prises, on ne les a quasiment pas éditées d’ailleurs. On n’a pas touché aux couleurs. Ce qu’on a en photo, c’est vraiment ce que, nous, on a vu.

R : En plus on avait ouvert le coffre en mode vraiment van-life, c’était trop stylé.

A : Sinon, il y avait à Tottori, les dunes de sable. Elles sont hallucinantes. C’est beaucoup plus grand que ce qu’on croit. C’est énorme. Tu as vraiment l’impression d’être dans Mad Max ou sur Tatooine.

R : Y avait Kustasu aussi, à la fin. C’était inoubliable. En plus, on y a retrouvé mes meilleurs potes, ça faisait deux mois et-demi qu’on ne les avait pas vus, ça m’a fait trop plaisir de les voir. Et en plus, c’est une ville thermale pas très loin de Tokyo et c’était le dernier stop du road-trip. Et ce soir-là, on a décidé de sortir quand même et on a bien fait. On a fait des photos, j’ai même fait un vlog, avec la fumée des sources thermales, la pluie… Ils ont beaucoup de lumière à Kusatsu, ce qui fait que tout était un peu vert, violet. Moi, c’est ce qui m’a le plus marqué. Parce que je trouve que c’est une très jolie conclusion à ce voyage. Après tout ce qu’on a fait, tout ce boulot, on a fini les pieds dans l’eau chaude avec Amandine et les gars, et on était seuls parce qu’il pleuvait, donc les gens ne sont pas sortis. On avait toute la vallée pour nous, c’était d’enfer.

Est-ce qu’il y a des œuvres associées à ces endroits?

R : Alors, déjà, en termes de films on n’a pas regardé grand-chose parce qu’on avait pas beaucoup de réseaux.

: On n’a regardé que Game of Thrones. (Ils rient)

: On n’avait pas le temps de lire non plus. En fait, à part la musique, on avait vraiment le temps pour rien.

A : Du coup, à Kusatsu, c’était Nujabes.

: Ah ouais, clairement. À Tottori, avec tout le sable qu’il y avait, on ne pouvait pas sortir d’appareils.

: Sinon, il y avait aussi dans la vallée de…

: Dana ?

A : Non. Tu sais, là où il y avait les petites lumières, Aomori…

: Aah ! Oirase ! Les gorges d’Oirase ! Ça, c’est Nekfeu !

A : Ouais, l’album venait de sortir et on a écouté ça dans les gorges.

Si vous deviez choisir une œuvre pour résumer votre voyage et votre expérience du Japon, ça serait quoi ?

A : Comme je te disais tout à l’heure, Mushishi. Parce que quand on était dans les montagnes, c’était exactement les mêmes paysages que dans Mushishi. Tu vois, la fumée qui sort des arbres quand il fait chaud, les cascades. C’était exactement la même chose que dans l’animé. Ça m’a beaucoup marqué. Et, pareil, quand il n’y avait personne, tu entends tous les bruits : les feuillages, le vent, la pluie, les animaux… C’est ça qui m’a vraiment marqué. La campagne japonaise, c’est vraiment Mushishi

: C’est quoi l’animé avec la petite fille habillée en rouge, elle est chez sa grand-mère avec la maison traditionnelle, elle a des potes et elle saute du pont dans l’eau, elle s’amuse avec ses potes… Je sais plus. C’est vraiment dans la campagne japonaise, elle est avec sa grand-mère, elle rejoint des potes à vélo, c’est l’été. C’est un film… Je n’’ai pas le nom, mais ça me fait penser à ça ! Sinon, pour la musique, ça serait un morceau de Evisbeats, Yureru. Pour moi, c’est la chanson japonaise qui te fait penser au matin quand tu te lèves et que ça sent le café, tu es dans la campagne. Ça, pour moi, c’est vraiment la chanson du road-trip, je l’associe trop à ça.

Finalement, pour conclure. À un moment, dans votre vidéo bilan, Rodolphe tu dis que pour toi « Le Japon, c’est l’art » Pouvez- vous revenir sur votre rapport à l’art Japonais et que vous nous disiez quels artistes japonais vous touchent particulièrement ?

R : L’artiste qui a fait une statue de lui-même, avec sa tête qui se coupe en deux et une autre tête qui sort de sa tête… Takashi MURAKAMI. C’est l’un des rares artistes contemporains que j’aime bien.

A : Je ne savais pas que tu aimais MURAKAMI. J’adore aussi. D’ailleurs, il a fait cette statue de lui-même, et il a fait la même pour Billie Ellish. C’est récent.

R : Ouais. Et lui, j’avoue que j’aime bien ce qu’il fait. Les fleurs, pas plus que ça alors que c’est le truc pour lequel il est le plus connu. Mais il a fait une expo à Tokyo, et il y a plusieurs pièces qui m’avaient vraiment touchées. Du coup, j’avais bien aimé et ça m’a surpris moi-même parce que je suis pas du tout féru d’art contemporain, ça me passe un peu au-dessus de la tête. J’étais content de voir que lui en l’occurrence son expo me plaisait.

A : Moi, c’est Kusama YAYOI. J’adore. Elle a fait plusieurs expos quand j’étais au Japon, à Tokyo. Et je suis allée aussi au musée dédié à Matsumoto et c’était super. J’aime bien sa folie très colorée. Pareil, on est allé dans un musée d’art moderne à Aomori. On y est allé deux fois parce qu’on voulait revenir sur nos pas. C’est un musée d’art moderne un peu petit, mais la plupart des expositions sont interactives. Tu peux toucher les trucs, je trouve ça génial. Il y a beaucoup d’artistes et d’étudiants du coin qui font des expositions temporaires dedans. C’est le Towada Art Center. L’entrée est chère, comme tous les musées japonais. C’était 1600 yen, donc en gros 14 ou 15 euros. On y été allé en hiver quand c’était couvert de neige, et là, on y est retourné en début d’été.

Je vous laisse conclure comme vous voulez ?

R :  Pour finir, je dirais que le Japon c’est forcément très différent de ce que les gens peuvent imaginer. Ce n’est ni bien ni mal, c’est comme ça. Et que si vraiment après un premier voyage on aime bien le pays, il faut aller au-delà du circuit touristique Tokyo/Osaka/Kyoto. Même si c’est très bien et que pour un premier voyage c’est un circuit que je conseille aux gens de faire, en leur glissant deux trois petites adresses plus originales.

C’est quoi ces adresses, par exemple ?

R : Ah… Il faut voyager avec nous pour savoir !  Non, je dirais d’aller à Okutama, par exemple, à deux heures en train au nord de Tokyo, une vallée absolument fantastique. Sinon…

A : J’ai remarqué qu’il y a plein de gens qui ne vont pas à Hakone alors que c’est génial, même si c’est beaucoup plus touristique maintenant. C’est une ville proche de Tokyo qui a tout à offrir pour le tourisme. Il y a de l’art, des onsen, la partie temple, le volcan, le lac …

R : Même sans aller bien plus loin, Akabane, par exemple, à deux stations d’Ikebukuro, c’est aussi cool. C’est autre chose, mais c’est des petits quartiers qui sont sympas à voir.

A : C’est quoi aussi la ville au nord de Tokyo où on est allé plusieurs fois ?

R : Kawagoe ? C’est pas mal ouais ! Et puis aussi, avec youtube et tous les gens qui font des vidéos, tu peux trouver des bons petits endroits aussi… Et sinon, dans notre livre, on en parle aussi ! (Ils rient).

A : On donne toutes les adresses dedans !

Le livre, 80 jours Japon ©80JoursJapon

Le livre, 80 jours Japon ©80JoursJapon

Cela semble être le parfait point final pour cette interview, merci à vous pour votre temps !

 

Retrouvez le troisième et dernier épisode de ce cycle d’interviews avec Amandine et Rodolphe demain avec leur expérience de vie et de travail à Tokyo: récit à coeur ouvert et super intéressant.

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