80 Jours Japon : road trip et vidéos au coeur du Japon d’aujourd’hui

A côté des formats classiques qui font le cinéma et la japanime, le net regorge de créations vidéos et de réalisateurs indépendants qui sont autant actuels qu’innovants que ce soit dans les outils utilisés, les formats proposés ou les sujets abordés. JDJ part à la découverte de ces créateurs et créatifs audiovisuels & multimédia présents sur la toile avec comme première rencontre, Rodolphe et Amandine, fondateur du projet 80 jours Japon.

80 jours Japon est un projet à la base vidéo qui s’agence autour du road-trip du duo pour aller à la rencontre des gens qui font le Japon en dehors de Tokyo. Il s’agit principalement de portraits vidéo d’artisans fabricant des objets traditionnels japonais mais aussi de vlogs sur leur voyage et leur vie d’expat diffusés sur youtube.  Sur leur chaîne youtube, sur leur site, les RS et dans un livre, le duo nous relate son aventure qui a duré 3 mois, concluant 3 ans de vie et travail au Japon. 

La genèse de 80 jours Japon

Journal du Japon : Bonjour et merci de nous accorder de votre temps, Amandine et Rodolphe. Entrons directement dans le vif du sujet. Vous êtes à l’origine d’un gros projet, 80 Jours Japon. Est-ce que, pour commencer, vous pouvez le présenter un petit peu, nous parler de son origine, de vos objectifs quand vous l’avez lancé ?

Amandine, Nakagawa-san et Rodolphe, lors du tournage du portrait de l'ébéniste ©80JoursJapon

Amandine, Nakagawa-san et Rodolphe, lors du tournage du portrait de l’ébéniste ©80JoursJapon

Rodolphe : Bonjour ! 80 Jours Japon, c’est une série de 9 documentaires sur des artisans traditionnels japonais, et pour réaliser ce projet nous avons fait un road trip à travers tout le Japon pendant 80 jours. Nous avons également écrit un livre qui retrace notre voyage dans lequel on raconte au jour le jour l’aventure, nos rencontres et les lieux visités.

Amandine : Le projet est né de notre envie de rentrer en France après avoir vécu et travaillé plusieurs années à Tokyo. Le mythe des Japonais, surtout dans la mégalopole, qui travaillent tout le temps est assez vrai et après des années à Tokyo, on n’avait pas pu voir grand chose du reste du pays. Avant de partir, nous nous sommes dit qu’on devait explorer et rencontrer des gens en dehors des grandes villes. Comme on pourrait dire, nous voulions  rencontrer « le vrai Japon ». Je suis une grande fan de documentaires et Rodolphe souhaitait faire quelque chose de marquant. L’idée est venue toute seule et nous nous sommes lancés en complets amateurs.

Rodolphe : Nous avons la chance d’être un couple complémentaire, je suis vidéaste et Amandine est dans le marketing et a la fibre entrepreneuriale. Nous avons mis nos compétences et nos passions en commun. L’objectif c’était de créer quelque chose ensemble, de vivre une expérience enrichissante et de voir jusqu’où nous pouvions le porter, avec l’espoir de devenir indépendant.

Et aujourd’hui, où en est 80 jours Japon ?

Rodolphe : Nous avons été invités à pas mal d’événements sur la culture japonaise, nous avons fait des projections, des conférences, des expos photo… L’accueil est vraiment très bon et les gens sont passionnés par le projet. Malheureusement aujourd’hui tout a été brutalement mis en pause avec la pandémie. A l’heure actuelle, il reste un documentaire à éditer et à mettre en ligne, tous les autres sont disponibles sur ma chaîne YouTube et il reste une petite centaine de livres sur notre site 80joursjapon.com. Sinon, honnêtement, nous ne savons pas quoi faire. Nous revoyons tous nos plans et nous attendons que la situation s’améliore pour pouvoir à nouveau participer à des événements et parler de notre travail !

Le travail de production

Comment avez-vous trouvé et sélectionné les artisans que vous avez filmés, et surtout quelle était votre « ligne éditoriale » (thèmes, format précis, durée, etc …) ?

Amandine : Je me suis majoritairement chargée de l’organisation. Rodolphe prenait le relais quand il fallait échanger en japonais. Pour trouver les contacts, c’était beaucoup de bouche à oreille. Il y a des rencontres de femmes entrepreneures à Tokyo et j’y participais souvent. Au Japon, tout se fait par contact et dans une société patriarcale, les femmes s’entraident énormément. Dès que j’ai parlé du projet on m’a soutenue, conseillée et aidée à entrer en contact avec les artisans. Pour le choix des artisans, nous nous sommes donné une règle stricte : qu’ils habitent en dehors des grandes villes. Nous souhaitions également quelque chose de peu commun et traditionnel.

Finalisation d'un objet avec l'urushi ou laque japonaise ©80JoursJapon

Finalisation d’un objet avec l’urushi ou laque japonaise ©80JoursJapon

Rodolphe : Nous voulions aborder des sujets dont on ne parle pas habituellement dans les vidéos sur le Japon. Des sujets qui rendent le pays plus « vrai », plus « humain » et peut-être moins exotique. Nous parlons de préparation d’aliments ancestraux, de fermiers bio, d’artisans qui travaillent le bois, etc… Notre but était de rester loin des clichés « samouraï, sushi, geisha » et de mélanger culture japonaise avec problématiques actuelles. L’écologie, la survie de l’artisanat et des traditions… Pour le format, comme nous savions que nous allions publier sur YouTube et que les tournages allaient être plutôt courts, nous voulions des vidéos entre 15 et 20 minutes. C’était plus un entraînement, car nous n’avions aucune expérience dans la réalisation de documentaires !

Niveau style : la réalisation est léchée avec un travail de mise-en-scène assez poussé qui met en valeur les personnes et les gestes : un mot du réal là-dessus ? Et, plus concrètement, combien de temps dure un tournage généralement ? 

Rodolphe : Merci ! Sur les tournages c’est moi qui m’occupais de filmer la majorité des plans. Amandine était en charge des photos, prenait des plans secondaires et me donnait des petits conseils sur le style documentaire. Comme je suis passionné par la photographie, ce projet a été l’occasion d’expérimenter en vidéo. Je savais que je voulais mettre en valeur les gestes et montrer l’aspect humain. C’est pourquoi j’ai beaucoup travaillé sur l’image. Le slow-motion permet également de retranscrire des émotions quand on filme les gestes, je voulais que ça se ressente. Les tournages ne duraient jamais plus de 2 jours. Les artisans et nous-mêmes avons tout fait bénévolement, il n’y a jamais eu d’argent en jeu. Donc nous ne voulions pas nous immiscer trop longtemps chez eux, dans leur quotidien.

Vous produisez aussi 2 formats vidéos pour votre chaîne youtube, docu et tournage sous forme de vlog. Il y a un monde forcément entre ces deux formats, est-ce que vous pouvez nous parler de votre rapport au deux, de ce que vous aimez dedans et de la façon dont ils se complètent ?

Rodolphe : Le format vlog est beaucoup plus brut. Le montage est important car il doit être dynamique. Le but, c’est de rendre une journée de notre quotidien intéressante et agréable à suivre. Nous sortions la caméra quand nous avions des choses à montrer ou à dire, et j’éditais de manière chronologique. Ça donne au spectateur l’impression de nous suivre, de voyager avec nous. Et c’est ça le but. Que l’on voyage ensemble. Et, à la fin, cela fait des supers souvenirs pour nous ! Les documentaires sont beaucoup plus travaillés et sont mis en scène. Le montage dure environ un mois pour chacun d’entre eux. Les deux formats sont très différents mais permettent d’apprécier l’autre différemment. Un vlog sur un tournage va montrer nos interactions avec les artisans que nous avons filmés, notre travail sur le terrain, notre organisation… et le documentaire va être l’aboutissement de tout ça, avec une touche de créativité plus importante.

Tournage à Beppu dans un sentô ©80JoursJapon

Tournage à Beppu dans un sentô ©80JoursJapon

Sur les aspects pratiques, vous travaillez avec quel matériel ?

Rodolphe : On utilise deux appareils photo Canon : le 5D mark IV et le EOS R. Nous avons différents objectifs pour les plans larges ou serrés, et un stabilisateur Ronin S. Nous voulions du matériel compact et polyvalent car la photo était aussi très importante lors du voyage, sur la route comme sur les tournages. Nous avons aussi un micro lavalier pour les interviews car le son est crucial. Tout tient dans mon sac photo et ça nous a permis d’être mobiles sans être trop chargés !

Comment se passe le tournage : êtes-vous plutôt directifs ou accordiez-vous à vous-mêmes et aux personnes filmées une certaine liberté d’action ou une flexibilité selon les évènements et les caractères ?

Amandine : Pour ce projet nous avons décidé de suivre les artisans dans une de leur journée de travail classique. Nous leur avons demandé de faire « comme si on n’était pas là » car nous voulions quelque chose de naturel. Et comme c’était la première fois que nous faisions ça, nous n’avions ni l’expérience ni la confiance pour réellement diriger les gens. Le fil rouge des documentaires sont les interviews que j’improvisais au fur et à mesure des réponses, en fonction de chaque personne, de leur environnement et travail. Leur récit permet de rythmer la vidéo et les images sont filmées en fonction de ce qui est dit. Au fil des tournages, nous étions un peu plus créatifs et nous avons demandé aux artisans de faire certaines scènes  comme le marché et le coucher de soleil à Wajima dans le documentaire sur le urushi, par exemple.

Les cafés, lieu incontournable du travail en mode nomade ©80JoursJapon

Les cafés, lieu incontournable du travail en mode nomade ©80JoursJapon

Pour un projet d’une telle envergure, plus de trois mois, quels étaient les aspects techniques et pratiques auxquels vous avez dû faire face ?

Rodolphe : Le plus dur, c’était de travailler pendant le road trip. Les vlogs paraissaient au fur et à mesure de l’aventure et j’éditais dans des cafés. Nous prenions quasiment tous les jours quelques heures pour se poser et bosser un peu, pour garder contact avec les artisans avec qui nous avions rendez-vous, mettre à jour les réseaux sociaux, travailler le contenu vidéo, trier les rushs des tournages…Dans le van nous pouvions recharger nos appareils électroniques mais la batterie n’avait que peu de puissance. C’est pourquoi nous recherchions tout le temps des cafés ou restaurants avec des prises et du wifi. Ça nous est arrivé d’en faire deux ou trois et de perdre beaucoup de temps car nous n’avions pas de prises à disposition pour recharger les batteries. Pour se laver aussi, ce n’était pas toujours facile. Au Japon les bains publics sont très courants, mais beaucoup d’entre eux refusent les personnes tatouées. Et nous le sommes tous les deux ! Sinon, dans l’ensemble, c’était plutôt facile. Le Japon est un pays extrêmement pratique, c’est sans doute même le meilleur pour faire un road trip en van !

L’équipe sur le tournage, c’est qui ? Un traducteur vous suit-il ?

Amandine : L’équipe entière, c’est nous deux ! Rodolphe parle japonais, et même si à certains moments le vocabulaire pouvait manquer, nous n’avons jamais eu de réels problèmes de communication. Parfois nous avons eu des petits couacs car la culture est différente et que l’on ne maîtrise pas la langue à 100%, mais c’était un beau challenge et ça nous a permis d’en apprendre beaucoup sur le Japon et sur nous-mêmes. C’est un peu cliché, mais c’est tellement vrai. Pour les interviews, notamment sur les termes techniques, il arrivait qu’on ne comprenne pas tout, mais une fois au calme avec un dictionnaire électronique, plus de problèmes. Rodolphe est incroyable pour ça !

Le travail de diffusion et le Marketing

Pendant et après les tournages, vous gérez donc tout à deux ? Quels sont les avantages et sentez-vous des limites ? 

Rodolphe : Oui, juste nous deux ! Pour les avantages, nous nous connaissons vraiment bien et nous savons que nous pouvons nous faire confiance. Nous communiquons beaucoup et nos compétences se complètent : Amandine pour l’organisation et la promotion, moi pour la réalisation et le montage (et les échanges en japonais). Pour les limites, c’est vrai que c’est compliqué quand on est un couple de toujours être disciplinés et de se dire de travailler quand il y a du relâchement. C’est plus facile de faire une pause et de regarder un film alors que l’on serait sans doute plus rigoureux avec quelqu’un d’autre, par exemple. Encore une fois, ça nous permet de mieux nous connaître et de nous remettre en question, ce qui est toujours positif.

La chaîne YT s’intitule imRodolphe (- 80 jours Japon), la page facebook également alors que l’instagram est au nom du projet et qu’il existe un site au nom du projet, comment s’est construite l’identité en ligne du projet ?

Rodolphe : Nous voulions garder la chaîne telle quelle en se disant qu’il y aura forcément d’autres projets dessus par la suite. Pour le reste des réseaux et pour le site, nous avons décidé de créer des pages propres au projet pour le promouvoir plus facilement et qu’il ait une identité à lui. Le compte Instagram permet de nous suivre au cours de l’aventure avec les photos du voyage et des artisans. C’est aussi le compte que nous utilisions pour répondre aux gens qui nous posaient des questions. Le site, quant à lui, permet de référencer le projet et d’y publier nos news ainsi que les photos et le livre que nous vendons.

Couverture du livre sorti début 2020 ©80JoursJapon

Couverture du livre sorti début 2020 ©80JoursJapon

Vous avez fait le choix d’accompagner les documentaires de vlogs, sur les tournages ou sur votre expérience au Japon, ce qui est cohérent et pertinent dans une démarche de diffusion en ligne et puis d’un livre, c’est bien ça ? 

Amandine : Oui, le livre, c’est une idée que j’ai eue lorsque je cherchais des contreparties pour la campagne de financement participatif Ulule. Je voulais pouvoir offrir quelque chose de physique, en plus des documentaires et des vlog que nous avons réalisés. Au final, l’ensemble des coûts liés au road trip et aux tournages, environ 10 000 euros, a été financé à 100% par nous deux. Quant aux fonds récoltés via la plateforme, ils ont été utilisés pour financer l’impression du livre. J’ai décidé de faire un livre car nous aimons écrire et nous nous sommes dit que c’était l’occasion de partager notre expérience sous un format différent, plus intime. Et comme pour les documentaires, nous n’avions aucune expérience dans l’édition, ça a été un beau challenge !

Rodolphe : C’est vrai que la quantité de travail lorsque nous étions rentrés en France était colossale, mais nous nous en sommes bien sortis ! Le livre peut être apprécié seul ou en complément des vidéos, c’est le récit du voyage au jour le jour qui permet aux gens de nous suivre dans notre quotidien pendant le road trip avec nos émotions, les hauts et les bas, quelques imprévus…!

Comment sont utilisées vos vidéos ? Par vous-mêmes uniquement ou sont-elles utilisées ou achetées par d’autres, par exemple. En gros, y-a-t-il un développement de l’activité ?

Rodolphe : Nos vidéos ne sont utilisées que par nous-mêmes. Certains des artisans avec qui nous avons travaillé les ont partagées sur leurs réseaux ou leur site, mais elles servent plus de portfolio dans l’optique de travailler professionnellement par la suite. J’ai appris au fur et à mesure des tournages et du montage, certaines vidéos ne sont pas au bon format pour une diffusion TV par exemple.

L’avenir : Volonté de rester indépendant ? En faire, une activité complémentaire ou une activité principale ? 

Rodolphe : C’est délicat. YouTube ne nous rapporte pas d’argent, et en général, vivre du documentaire est difficile. Je pense que nous allons d’abord chercher du travail ou partir en free-lance et faire nos reportages sur le côté dans un premier temps. Nous avons plein d’idées, mais nous avons besoin d’un peu plus de stabilité pour que cela puisse devenir réalité.

Amandine :  C’est la grosse question du moment, avec la pandémie tous nos projets ont pris l’eau et nous pensons à nous stabiliser, car nous en avons besoin. Je cherche du travail dans la communication et la gestion de projet internationaux en ce moment !

Vivre et travailler en mode nomade ©80JoursJapon

Vivre et travailler en mode nomade ©80JoursJapon

Le côté road-trip que l’on retrouve dans la partie vlog est assez sympa. Pourriez-vous revenir sur ce qui est cool dans ce genre de voyage mais aussi les difficultés que vous avez pu rencontrer ? 

Rodolphe : Un voyage en road trip c’est la liberté totale ! On va où on veut quand on veut, on peut visiter des endroits où il n’y a personne. C’est vraiment le mode de transport que l’on préfère pour un tel voyage. Et puis financièrement, c’est confortable. Le van sert de moyen de locomotion et d’hébergement, donc on s’y retrouve. Pour les difficultés, c’est vrai qu’un camping car serait plus confortable pour dormir ou travailler par exemple. Nous sommes un peu serrés dans le van, et à la fin du voyage ça commençait à devenir long ! Mais ça vaut surtout car nous avions décidé de partir sur un projet où nous devions travailler sur la route.

Amandine : Et puis au Japon, bien que les transports soient irréprochables, dès que l’on sort des grandes villes, il n’y a plus rien. La plupart des lieux extraordinaires que nous avons visités sont accessibles seulement en voiture. Voyager en van c’est économique et très pratique, on peut se rendre où l’on veut sur un coup de tête.

Votre Japon

Nakagawa-san, artisan ébéniste réputé, à l'oeuvre ©80JoursJapon

Nakagawa-san, artisan ébéniste réputé, à l’oeuvre ©80JoursJapon

Comment se passe le contact avec les artisans ? Vous abordez avec eux autant la passion de leur métier mais aussi le combat que cela peut représenter chaque jour pour en vivre et le faire perdurer, la réalité du quotidien à faire ce métier. Leur parole se libère-t-elle facilement ?

Amandine : Les artisans que nous avons rencontrés étaient tous très accueillants et contents de voir que l’on s’intéressait à leur travail. Je pense que le fait d’avoir un contact en commun a aussi aidé à détendre l’atmosphère de suite. C’est rassurant, nous n’étions pas complètement des inconnus. Les personnes que nous avons rencontrées étaient toutes très différentes les unes des autres. Certains faisaient leur métier par passion et d’autres le faisaient car c’était un héritage familial, plus par devoir, je dirais.

Rodolphe : Avant de filmer, nous avons  un véritable échange avec eux, de sorte à avoir un rendu naturel. C’est important de mettre les gens en confiance et de leur montrer que nous sommes là par passion, surtout s’ils n’ont pas l’habitude des caméras. Le premier artisan avec qui nous avons collaboré, Shuji NAKAGAWA, est très reconnu dans son domaine et a l’habitude des interviews, du coup c’était très agréable. Il nous a même donné de précieux conseils pour la suite ! Certains ne sont pas aussi à l’aise et ont un peu de mal à se relaxer, mais c’est normal. Et puis comme j’avais un peu de mal à trouver mes mots parfois, ça détendait l’atmosphère ! C’est amusant, mais le fait d’être étrangers nous a souvent permis d’être plus détendus.

Tisserande traditionnelle de la ville de Fujiyoshida ©80JoursJapon

Tisserande traditionnelle de la ville de Fujiyoshida ©80JoursJapon

Qu’est-ce qui vous plaît dans la société japonaise? Pourquoi le Japon en particulier ? 

Rodolphe : Personnellement, j’ai commencé à m’intéresser au Japon par la langue. J’adore les langues et apprendre sur les civilisations, et c’est d’abord un intérêt linguistique qui m’a amené là-bas. Pour la société, je ne suis pas sûr. Comme partout il y a du bon et du moins bon, et c’est très subjectif je pense. Personnellement c’est mon cercle social et la vie que j’ai sur place qui me plaisent. Je suis dans un environnement très créatif à Tokyo et c’est plus ça qui me plaît, plutôt que la ville en elle-même.

Amandine : Je suis partie vivre à Tokyo car j’aime la pop culture et la gastronomie nippone et travailler au Japon c’était une expérience idéale pour étoffer mon CV. En arrivant au Japon, je ne m’attendais à rien et ce fut agréable de découvrir au fur et à mesure la société nippone. Tout est si différent et opposé à ce dont on est habitués en France, en Occident. J’aime la société japonaise car elle est culturellement très riche et complexe, les traditions sont protégées, que ça soit en bien ou en mal. Globalement, je trouve le pays fascinant.

En France, il y a beaucoup de Youtubeurs qui font des vidéos sur le Japon, je pense à Tev qui vous a soutenu mais à plein d’autres comme Japania ou Ichiban Japan. Comment vous expliquez l’engouement du public français pour ce sujet ?  Et est-ce que vous êtes satisfaits de l’accueil qui a été fait à votre projet ?

Une ferme bio, un visage du Japon peu montré ©80JoursJapon

Une ferme bio, un visage du Japon peu montré ©80JoursJapon

Rodolphe : Nous avons souvent du mal à nous expliquer la fascination des Français pour le Japon ! C’est sûrement en partie dû à toute la pop culture japonaise, notamment les mangas et les anime, qui ont bercé la jeunesse de beaucoup de Français. L’exotisme aussi, ce pays d’Asie qui renvoie une image futuriste mais qui reste attaché à des traditions ancestrales. Le Japon jouit d’une image très romancée en France, et on imagine que c’est ce qui attise la curiosité des gens. Le Japon est un cas unique, je ne connais pas d’autres pays qui suscitent autant de passion chez les Français. Mais tant mieux ! Il y a encore beaucoup à dire et énormément à montrer à propos du Japon, alors profitons-en !

Amandine : Nous avons été très satisfaits de l’accueil fait au projet ! Que ce soit les commentaires en ligne ou les gens rencontrés lors des différents événements, nous avons reçu beaucoup de retours très positifs et c’est motivant ! Nous aurions aimé avoir plus de visibilité sur YouTube cependant, car certains documentaires n’ont fait que très peu de vues. Il y a différents facteurs à prendre en compte, mais c’est vrai que ce n’est pas toujours facile à avaler quand on sait le travail que ça requiert et de voir que la vidéo n’a quasiment aucune visibilité.

 Un souvenir marquant ? Est-ce qu’il y a eu une étape ou une rencontre qui vous a plus marqués que d’autres ? 

Rodolphe : Je pense qu’une rencontre qui m’a marqué s’est produite à Aomori, dans un sento (Ndlr : bains publics). Il y avait un très vieux monsieur et un homme dans la cinquantaine qui se changeaient. Et à un moment, le plus jeune a demandé au plus âgé : “Tu veux que je t’aide à enfiler ta chemise, papa ?”. Ça peut paraître anodin comme ça, mais c’est ce genre de petit événement de la vie qui me touche. J’ai forcément pensé à mon père, aux relations que j’ai avec lui. Et je revois la scène comme si c’était hier. C’est drôle que ce soit ce genre de choses qui marquent l’esprit.

Pour finir, ce que vous retenez de tout ça ? A la fois la dans réalisation des documentaires, le voyage, et plus généralement des trois ans que vous avez passés au Japon ? 

Amandine : Pour ma part, j’ai passé 4 ans au Japon, les 3 premières années à travailler dans un bureau, je ne les ai pas vues passer. La dernière année a été plus oisive et je l’ai vraiment appréciée. Tokyo a beaucoup à offrir, des activités, restaurants, bars et lieux à visiter à foison mais elle a aussi ce côté très solitaire, superficiel et froid. Il est difficile de lier des amitiés profondes, par exemple. Rodolphe et moi, nous n’en pouvions plus de Tokyo, cet environnement ne nous convenait plus et nous pensions que c’était le Japon le problème. C’est d’ailleurs la raison initiale de la création de ce projet, redécouvrir un pays que nous pensions connaître, et nous sommes heureux de l’avoir fait. Nous avons plus appris sur le Japon en 3 mois de road trip qu’en 3 ans de vie dans la capitale. C’est difficile d’exprimer en quelques mots cette expérience, ça a été épuisant et ambitieux mais nous le referons sans hésiter car nous avons beaucoup appris sur le Japon, sur nous-mêmes et sur la réalisation !

Merci à vous deux et bonne continuation !

Retrouvez toutes les infos sur le site de 80 Jours Japon et accédez directement aux documentaires et aux vlog sur leur chaîne youtube.

 

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2 réponses

  1. Sophie dit :

    Interview passionnante, je m’en vais de ce pas visionner leurs documentaires sur YouTube. Merci du partage !

  2. Takamats dit :

    Amateur de tout ce qui touche au Japon (mais aussi très critique), je suis abonné à cette lulmineuse chaîne YouTube.
    Un de leurs plus beaux reportages fut celui sur le Nō.
    Les témoignages et les anecdotes d’Amandine et Rodolphe reflètent les contenus qu’ils ont su créer et qu’ils nous offrent à leur tour ; authenticité, humilité et partage sont de la partie.
    PS : tenter d’expliquer l’attraction qu’exerce le Japon sur la Français, une vie n’y suffirait pas. Et cela va au-delà de la japanimation…

    Encore merci pour ce reportage.

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