Atelier du Mochi, le rendez-vous aixois (2/2) : 3 mois de formation au Japon, le récit

Maintenant que vous connaissez l’histoire de Atelier du Mochi grâce au premier volet de cette rencontre avec les créateurs, Journal du Japon vous emmène directement au Japon, le temps d’une immersion chez l’habitant. C’est en 2013 dans la banlieue de Kyoto que le récit prend place, et l’on peut d’ores et déjà vous prévenir que les mots d’ordre de cette expérience sont les suivants : détermination, respect et passion.

 

Journal du Japon : revenons rapidement sur votre parcours. Mathilde, tu es passionnée par la pâtisserie depuis ton plus jeune âge, et Joris tu as un fort esprit d’entreprenariat. C’est à la suite d’un voyage au Japon en 2012 que vous avez découvert le mochi et le coup de cœur fut immédiat. Vous avez participé à un atelier culinaire à Kyoto où vous avez rencontré votre futur sensei, et ensuite ? Que s’est-il passé ?

Ateleir Mochi

Kyoto ©Rokusan

Joris : nous sommes sortis totalement ravis de ce moment de découverte et d’apprentissage. En rentrant en France, l’idée de se former sérieusement à la confection du mochi a commencé à germer, et Mathilde a fini par prendre les devants.

Mathilde : j’ai contacté la personne qui avait animé l’atelier à Kyoto, et je lui ai demandé s’il accepterait de me former. Ce fut un non catégorique. J’ai insisté, c’était toujours non. Pour moi c’était une évidence que je devais apprendre à ses côtés. Quand on veut apprendre les choses de la manière la plus évidente, il faut aller sur place. Ce fut très long et très compliqué pour avoir son accord, mais je n’ai pas lâché. Je lui envoyé des mails tous les jours et comme il continuait à me répondre, même si c’était pour me dire non, je me suis dit que j’allais continuer. Je n’avais rien à y perdre à autant insister, mais tout à y gagner. Je lui ai raconté ma vie, mes projets, mes motivations. Je me suis vraiment livrée, malgré tous les refus que je recevais. Au début, il ne m’appelait pas par mon prénom, il ne me nommait même pas en fait. Il mettait une vraie distance entre lui et moi. Au bout de 3 mois d’échanges, il a fini par me laisser entrevoir que j’avais peut-être une chance. Et puis le déclencheur a été le timing : mon sensei étant âgé, il a décidé de former un jeune homme de sa famille pour reprendre l’entreprise. Du coup, je me suis immiscée dans la formation de cette personne. Je pense que sans ce facteur, il n’aurait jamais accepté, car il ne voyait aucun intérêt pour lui à me former.

Comment se sont passées les préparations de ce voyage initiatique ? Joris, comment as-tu vécu ce départ ?

Joris : déjà, j’avais vu le personnage. Comme je l’avais rencontré pendant l’atelier, je savais qui c’était, donc j’étais très rassuré. Puis comme je suis commercial, nous avons souvent été amené à être à distance pendant quelques temps durant notre relation. Ce n’était pas quelque chose qui nous faisait peur, surtout que c’était la pierre angulaire de notre projet. Je savais que ce serait une séparation parfois difficile mais éphémère et surtout nécessaire pour notre avenir.

Mathilde : les préparations ont été très compliquées. Même si je ne suis partie que 3 mois, j’ai été obligé de demander un visa étudiant car je partais dans le cadre d’une formation. La paperasse a été longue et difficile. C’était il y a 7 ans, ce n’était pas aussi facile qu’aujourd’hui de trouver des informations.

Avais-tu des craintes par rapport à la barrière de la langue ? 

Mathilde : oui, complètement ! Nous avons été obligés d’engager un traducteur sur place. Nous avons trouvé un Japonais qui parlait français, et il passait environ un jour sur deux avec moi. Ce fut une dépense assez onéreuse, mais sans ça la formation n’aurait pas été possible. Ils ne parlaient pas anglais, et je ne parlais pas japonais, nos échanges étaient vraiment très limités.

Quand tu dis que vos échanges étaient très limités, cela se limitait à la parole ?

Ateleir Mochi

Kyoto ©Rokusan

Mathilde : non, toutes formes d’échanges étaient vraiment limitées, du moins les 2 premiers mois. J’étais vraiment vue comme une étrangère, limite une touriste. Je mangeais comme eux, mais pas avec eux ! L’élève que j’ai accompagné dans cette formation ne m’a jamais adressé un seul mot. C’était vraiment dur car je me sentais très seule, j’ai même tout remis en question les premières semaines. Je me demandais si j’avais fait le bon choix, si j’étais à ma place … Mais j’ai rapidement accepté la situation, déjà parce que j’avais la chance d’être là, et aussi parce que j’ai compris que c’était dans leur culture et que ce n’était pas contre moi personnellement. Je n’ai donc jamais rien laissé paraître, et j’ai accepté les choses comme elles étaient. Au fil du temps, j’ai commencé à être intégrée dans la dynamique de la maison. J’ai compris avec le temps que ce n’était pas à moi de demander, mais que je devais attendre d’être invitée à aider. Les dernières semaines, j’aidais la mère à préparer le repas et à faire le ménage, je mangeais avec eux et ils m’ont fait rencontrer des amis à eux. Même si nous n’arrivions pas à parler, nous essayions de communiquer tant bien que mal avec des dessins ou des gestes et j’ai senti qu’ils me faisaient confiance. Mais la meilleure communication que nous avons a été le rire. Que cela soit pendant l’apprentissage ou à la maison, ils rigolaient beaucoup de moi. Je ne coupais pas le poisson comme eux ; je ne pâtissais pas de la même manière qu’eux ; j’avais mes propres gestes et à chaque fois qu’ils me regardaient, ils parlaient entre eux et partaient en fou rire. Je pense qu’ils se moquaient un peu de moi, mais c’était tellement drôle que je rigolais avec eux. Du coup, on peut dire qu’on rigolait vraiment beaucoup ensemble !

Et la formation en elle-même, comment s’est-elle déroulée ?

Mathilde : le premier mois de formation, je n’avais le droit de toucher à rien. Je n’étais là qu’en observatrice. L’élève que j’ai accompagné, lui, pouvait exercer, mais pas moi. Le traducteur faisait donc la transmission d’informations et moi je notais tout dans un carnet. C’était long et j’étais assez frustrée, mais j’ai fait profil bas et j’ai attendu que mon sensei m’invite à pratiquer. Au bout du second mois, j’ai pu commencer. Mon sensei m’a d’abord appris la méthode traditionnelle mais les mochi ne sont plus faits comme ça. Il m’a donc surtout appris le travail de la main. J’ai mis beaucoup de temps à le maitriser : au début je faisais des pâtes trop épaisses, le mochi n’était pas bon. En plus, on travaillait avec des farces plus liquides que ce que j’utilise aujourd’hui, ce qui rendait la tâche plus difficile. Mais j’ai fini par prendre le coup de main, et j’ai progressé.

Peux-tu nous raconter un moment marquant de cette expérience ? 

Mathilde : je suis quelqu’un de très dynamique et de très expressif. J’ai toujours le sourire, et je suis tout le temps en mouvement. Un jour, mon sensei m’a recadré en me disant : « calme-toi, garde ton énergie pour toi, et tes mochi seront meilleurs ». Quand j’y repense, je trouve ça à la fois drôle et vraiment typique de l’esprit japonais.

Ateleir Mochi

Kyoto ©Rokusan

Quelle était ta journée-type pendant ces 3 mois de formation chez l’habitant ?

Mathilde : on partait tous les matins vers 6h et on rentrait vers 16h. On allait à pied jusqu’à l’atelier, et on pratiquait toute la journée. Passées 16h, mon sensei rejoignait la boutique qui était tenue par une membre de la famille, et moi j’avais 2h de battement où j’essayais de parler avec la mère. Ensuite venait l’heure du repas, et puis je rejoignais ma chambre où je passais des appels Skype avec ma famille et mes amis. On se levait tôt et on se couchait tôt.

As-tu eu l’occasion de découvrir du pays pendant ces 3 mois ?

Ateleir Mochi

Tokyo ©Rokusan

Mathilde : non, pas vraiment. En revanche, j’ai beaucoup appris sur leurs coutumes. J’ai vécu la vie au quotidien à leurs côtés, comme les repas de famille avec des tables de 15 personnes où je ne comprenais rien, mais je riais avec eux. Avec le temps, je commençais à deviner plus ou moins de quoi ils parlaient même si je ne pouvais pas participer aux discussions, je cherchais quand même à m’intéresser et je riais.

Comment s’est passé ton départ ? 

Mathilde : j’ai senti de l’émotion émaner de la part de mes hôtes. Je pense qu’ils s’étaient habitués à ma présence. De mon côté, la séparation fut difficile. Ils m’ont accompagné à Kyoto pour que je prenne mon bus en direction de Tokyo, et puis on s’est salué. Je leur disais qu’ils allaient me manquer, et eux souriaient. J’ai pleuré durant tout le trajet, c’était un déchirement.

Es-tu toujours en contact avec eux ? Sont-ils au courant de la création de Atelier du Mochi ? 

Mathilde : nous avons gardé le contact toutes ces années mais nos échanges se sont brutalement arrêtés au début de la pandémie. Depuis la crise sanitaire, ils ne répondent plus à mes mails. J’espère qu’il ne leur ai rien arrivé et que tout va bien pour eux… Ils étaient au courant que nous lancions l’entreprise, mais du coup ils ne sont pas au courant de l’état actuel du projet. J’espère avoir des nouvelles d’eux un jour, et j’aimerais vraiment avoir l’occasion de retourner les voir.

Comment résumerais-tu cette expérience ? 

Mathilde : Inoubliable. Si je ne devais choisir qu’un mot, cela serait celui-ci. C’était une expérience incroyable qui m’a considérablement changé, qui définit la personne que je suis aujourd’hui et qui me permet de vivre aujourd’hui de ma passion. C’est grâce à eux et à ce qu’ils m’ont offert que je me sens vivante. Je n’ai rien pu leur transmettre, mais j’espère que je leur ai apporté un peu de joie.

Atelier du mochi

Mathilde et Joris de l’Atelier du Mochi ©Rokusan

Pour découvrir l’Atelier du Mochi, rendez-vous sur leur site officiel, ou suivez-les sur leurs réseaux sociaux Instagram et Facebook.

 

C’est sur cette magnifique conclusion que nous terminons notre rencontre avec Mathilde et Joris de la boutique Atelier du Mochi à Aix-en-Provence. Chez Journal du Japon, nous aimons les histoires passionnantes telles que celles-ci, et nous espérons qu’elle vous inspirera. De notre côté, nous suivrons avec attention l’évolution de cette boutique prometteuse et n’hésiterons pas à nous arrêter déguster leurs excellents mochi lors de nos passages aixois !

Rokusan

Rokusan, 26 ans, passionnée depuis l'enfance par le Japon, je suis UX Designer freelance et grande collectionneuse de produits et de souvenirs du Japon ! @_rokusan

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