Tokyo Shinobi Squad : rencontre avec un tandem du Shônen JUMP !

Derrière des nouveautés phares comme Jujutsu Kaisen ou Spy Familly, d’autres shônen du mythique Weekly Shônen Jump nous parviennent dans l’hexagone. Coup de projecteur sur Tokyo Shinobi Squad chez Kazé Manga, un récit sombre, urbain et futuriste, avec la rencontre de ses deux auteurs, Yuki TANAKA au scénario et Kento MATSUURA au dessin, deux mangakas à garder à l’œil !

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TOKYO SHINOBI SQUAD © 2019 by Yuki Tanaka, Kento Matsuura/SHUEISHA Inc.

 

Résumé : Nous sommes en 2049, Tokyo est devenue la ville la plus dangereuse au monde. La criminalité dans les quartiers a engendré la résurgence de combattants de l’ombre : les Shinobi ! L’un d’entres eux, Jin, sauve un garçon du nom de Enh, qui possède un objet de grande valeur extrêmement convoité. Afin de le protéger, Jin décide de l’intégrer dans son squad de combattants d’élites. Enh sera-t-il de taille pour relever les missions les plus périlleuses de Jin et ses hommes ?

Yuki TANAKA et Kento MATSUURA, deux jeunes auteurs du JUMP

Journal du Japon : Pour débuter, comme les lecteurs français vous découvre grâce à Tokyo Shinobi Squad, est-ce que vous pourriez nous expliquer un peu le parcours qui vous a mené jusqu’au métier de mangaka et sur ce manga en particulier ?

Yuki TANAKA : Bonjour, chers lecteurs francophones. Je suis le scénariste de Tokyo Shinobi squad. J’adore Paris, alors ça me fait vraiment plaisir d’être publié en France. Le manga est un élément culturel à la portée internationale, dont le Japon se doit d’être fier. En tant que Japonais, j’ai toujours voulu faire un métier dans le secteur du divertissement qui me permettrait de toucher le monde entier, et c’est pourquoi je suis devenu mangaka.

Il y a plusieurs facteurs qui m’ont poussés à travailler sur Tokyo Shinobi Squad. Au départ, il n’était pas prévu que cette histoire devienne une série, mais sur les conseils de mon responsable éditorial, je m’y suis finalement entièrement consacré, d’autant que le comité éditorial devait se réunir prochainement pour décider quelles séries publier. Ma rencontre avec Kento MATSUURA  y est aussi pour quelque chose.

Kento MATSUURA : Bonjour à tous les Français ! Je m’appelle Kento MATSUURA. Je suis très heureux que Tokyo Shinobi Squad ait franchi les frontières du Japon pour finalement arriver entre vos mains ! Depuis que je suis tout petit, j’adore dessiner. C’est en lisant Bakuman, quand j’avais quinze ans, que j’ai décidé de devenir mangaka. J’ai suivi le chemin que tous ceux qui visent cette profession espèrent emprunter : je me suis inscrit dans une université de Tokyo, j’y ai étudié le manga, puis j’ai gagné un prix à un concours du JUMP. Un début de carrière très orthodoxe, en somme. Le problème, c’est que je ne suis pas très doué pour imaginer des histoires. Mon responsable éditorial m’a alors proposé de ne m’occuper que des dessins, et de laisser le scénario à quelqu’un d’autre. Comme je tenais absolument à continuer à dessiner, je lui ai tout de suite dit que j’étais d’accord. À partir de là, j’ai été en charge de l’illustration de quelques histoires en one-shot, certaines publiées dans le supplément du Jump, d’autre dans le magazine. On m’a ensuite présenté le script de Tokyo Shinobi Squad et Yuki TANAKA, et c’est là que notre collaboration a débuté.

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MATSUURA-san, dans votre commentaire du premier tome on comprend que d’avoir sa première série, qui plus est dans le Shônen Jump, est un aboutissement. Est-ce que le chemin est dur pour y arriver et qu’est-ce que cette publication représente pour vous ?

Mon travail est devenu plus simple quand je n’ai plus eu qu’à penser au dessin, et je me contentais d’améliorer la partie visuelle des one-shots dont j’avais la charge. J’avais le sentiment de m’améliorer, et je m’amusais bien, alors je me disais qu’en continuant comme ça, je finirais éventuellement par avoir ma propre série dans le Jump. Malgré tout, le jour où Tokyo Shinobi Squad est devenu une série est pour moi le plus beau jour de ma vie.

Mais quand j’ai vu à quel point c’était difficile de maintenir une qualité convenable pour une publication hebdomadaire, j’ai amèrement compris à quel point ceux qui étaient déjà publiés dans le Jump étaient impressionnants. Cette expérience m’a appris beaucoup de choses, mais je pense surtout qu’il me reste encore beaucoup de choses à revoir et à apprendre.

Tokyo Shinobi Squad

Tokyo Shinobi Squad en couverture du JUMP

Quels sont vos mangas et vos mangakas de référence, ceux qui vous inspirent ?

Yuki TANAKA : Je suis un fan de Gunnm, de Yukito KISHIRO, et de Spawn, de Todd McFarlane.

Kento MATSUURA : Je pense que j’ai reçu énormément d’influences différentes, mais les séries qui ont eu le plus d’impact sur mon style actuel sont Eye Shield 21, de Yusuke Murata, Bleach, de Tite KUBO, L’habitant de l’infini, de Hiroaki SAMURA et Evangelion, de Yoshiyuki SADAMOTO.

MATSUURA-san, il paraît que vous êtes aussi fan de Gurren Lagan ? Nous sommes nombreux dans ce cas à la rédaction de Journal du Japon ! En quoi cette série vous a-t-elle marqué ?

Kento MATSUURA : Je pense que c’est principalement l’ardeur que dégagent les personnages, l’histoire et l’action de la série. J’aime la façon dont cette série s’affranchit de son pitch peu intéressant en faisant monter la tension avec nonchalance. Quand je regarde le dernier épisode j’ai toujours une petite larme d’émotion… Je ne pleure pas à gros bouillon, mais je suis frappé par la tristesse et les sentiments des personnages. J’adore les séries qui me touchent de cette façon.

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Tengen toppa gurren lagann

Parlez-nous de votre duo maintenant : comment avez-vous travaillé ensemble ?

Yuki TANAKA : Je dessine le storyboard (le nemu) et il le met au propre. Mes nemus contiennent diverses annotations, notamment sur l’objectif de chaque scène. Nous nous contactons régulièrement afin d’être sûrs que nous nous comprenons bien.

Kento MATSUURA : En pratique, je ne me suis pas vraiment mêlé de l’écriture du scénario. Cependant, lorsqu’il me donne le storyboard, je suis le premier à le lire, donc s’il y a quoi que ce soit que je trouvais difficile à comprendre, j’en discutais avec lui et notre responsable éditorial.

Quelles sont les principales qualités l’un chez l’autre ?

Yuki TANAKA : Il est un excellent dessinateur, capable de dessiner des scènes à la composition complexe que d’autres mangakas éviteraient inconsciemment. Ses colorisations sont de premier ordre, aussi. Nous avons à peu près le même âge, lui et moi, mais j’ai la conviction qu’il est l’un des plus grands artistes du Japon. J’espère que les lecteurs français sauront apprécier la qualité de ses dessins.

Kento MATSUURA : Yuki Tanaka sait clairement ce qu’il veut qu’il veut dessiner, et dans quel style. Quand il m’envoie ses storyboards, il me transmet également des images de référence, pour les arrière-plans, par exemple, ce qui rend l’ensemble d’autant plus facile à dessiner.

Tiens, d’ailleurs, MATSUURA-san : depuis la fin de Tokyo Shinobi Squad vous travaillez sur un autre titre, Honomieru shonen avec Tôgo GÔTÔ…Est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur ce titre, de quoi s’agit-il ?

Kento MATSUURA :  Iori Katanagi, un jeune homme doté de pouvoirs paranormaux, rencontre l’héroïne, Riku Aibetsu, et exorcise des fantômes. C’est un manga d’horreur. Cette série brille notamment grâce à ses monstres et la façon dont ils sont exorcisés avec classe, mais aussi grâce au comportement excentrique d’Iori, ce qui rend les confrontations avec Riku et les autres personnages très divertissants.

Honomieru Shonen

Honomieru Shonen

 

Tokyo Shinobi Squad : univers et héros

Venons-en à Tokyo Shinobi Squad plus précisément maintenant…

TANAKA-san, dans le premier tome vous dites en commentaire que vous êtes parti du mot Squad et de l’histoire de l’un de vos one-shot pour créer le scénario de Tokyo Shinobi Squad, est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur la création de l’univers de ce titre ?

Yuki TANAKA : Le projet de base était de réunir les éléments nécessaires à la formation d’une « escouade » de « shinobis œuvrant dans l’ombre ». Pour ça, il fallait également créer un univers dans lequel cette équipe serait nécessaire, sinon il n’aurait pas été possible de dessiner des scènes d’action. J’avais aussi vaguement l’idée d’y incorporer un personnage d’origine étrangère, Enh, qui se tiendrait aux côtés de Jin. Nous avions prévu dès le début la rencontre entre Jin et Enh, solitaire et qui ne connaît rien au monde dans lequel il évolue.

Tokyo Shinobi Squad prend place en 2049 dans un monde violent et corrompu… Mais vous précisez également que ce manga ne “fait état d’aucune opinion politique de son auteur”. Vous n’êtes pourtant pas le premier mangaka à parler d’un monde corrompu et sombre, alors pourquoi vouloir le préciser ? Parce que notre monde actuel a finalement des ressemblances avec celui de votre manga ?

Yuki TANAKA : Après la première publication, j’ai reçu des plaintes concernant l’univers de mon manga. On me reprochait notamment de mettre en parallèle l’immigration et la hausse de la criminalité, alors que ce n’était pas du tout mon but. À l’époque, il y avait eu plusieurs polémiques à ce sujet, et le sujet était probablement très sensible. Même si ces critiques étaient peu nombreuses, elles m’ont fait réaliser que j’ai manqué de délicatesse.

Je voulais que les lecteurs puissent profiter de cette œuvre sans ressentir de biais de ce genre, et c’est pour cette raison que j’ai choisi d’ajouter cette mention.

Si on en vient aux 4 personnages principaux qui composent le Squad (Jin, Enh, Papillon et Taiga) : comment les présenteriez-vous à tous ceux qui n’ont pas encore lu votre titre ?

Yuki TANAKA : Jin est le leader de l’escouade Narumi Kai, et il utilise des techniques lui permettant de manipuler le magnétisme et l’électricité.

Enh est plutôt mignon. Il a passé sa vie à fuir et est doué pour la conduite.

Papillon est une femme avant-gardiste au mental d’acier.

Taiga est le membre le plus sérieux du Narumi Kai. Il respecte beaucoup Jin.

Ils ont l’esprit des yakuzas d’antan. Ce sont des personnages très classes, qui ont leur propre vision des choses, et font de leur mieux pour rester fidèles à leurs principes. Cela me ferait très plaisir qu’ils plaisent aux lecteurs français.

Tokyo Shinobi Squad

Jin et Enh – TOKYO SHINOBI SQUAD © 2019 by Yuki Tanaka, Kento Matsuura/SHUEISHA Inc.

MATSUURA-san : Comment sont-ils nés du point de vue graphique , du design ?

Kento MATSUURA :  Je voulais associer Jin a une couleur en particulier. Avec son côté voyou et donc ses cheveux décolorés, j’ai ajouté des touches de jaune à ses vêtements. Il a un protège tibia un peu irréaliste sur l’une de ses jambes et un sabre accroché à la taille.

Pour Enh, c’est son nez qui fait son charme. Je trouve qu’il le rend d’autant plus mignon et sympathique. Ses bras et ses jambes sont légèrement plus longs que ceux d’un enfant normal de son âge, ce qui lui donne un aspect un peu « pop ».

J’ai voulu donner un côté sexy à Papillon, c’est pour ça que j’ai mis beaucoup d’emphase sur ses lèvres et son grain de beauté. Personnellement, j’aime bien la coloration de ses cheveux, et j’ai tendance à souvent l’utiliser pour les héroïnes que je dessine.

À l’opposé de Jin, Taiga a un style à dominante noire. C’est un homme capable, qui s’occupe de la comptabilité et de la documentation, alors l’écart lui donne d’autant plus l’air cool quand il doit passer à l’action.

Ces personnages ont des pouvoirs spéciaux. Mais des pouvoirs dans les mangas, il y en a des tonnes, donc comment avez-vous choisi ceux que vous alliez donner aux 4 héros du Squad ?

Yuki TANAKA : J’ai fait attention à ce que leurs pouvoirs soient le plus utiles possible, sans pour autant se ressembler. Je voulais également que chacun d’entre eux ait un fort impact visuel.

De votre côté MATSUURA-san  comme dans tout shônen, les combats ont un rôle prépondérant : comment avez-vous construits les vôtres, visuellement parlant, quel était LE truc important auquel vous portiez le plus d’attention lorsque vous les mettiez en place ?

Je prête beaucoup d’importance aux angles de caméra et à la façon dont les déplacements se succèdent, case après case. Il ne s’agit pas juste des coups de pied et des coups de poing, mais de saisir l’instant et les personnages, sous quel angle et dans quelle position les dessiner les uns par rapport aux autres pour la rendre le plus lisible possible pour le lecteur. Pour cela, j’apporte beaucoup d’attention aux plus petits détails.

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TOKYO SHINOBI SQUAD © 2019 by Yuki Tanaka, Kento Matsuura/SHUEISHA Inc.

Pour finir ,sur les 3 tomes de Tokyo Shinobi Squad, quel est votre moment, votre planche préférée de l’histoire ?

Yuki TANAKA : La dernière page du premier chapitre, où Enh et Jin deviennent amis.

Kento MATSUURA : Dans le chapitre 10, quand Hyôsui observe l’échange entre Maki et le président et qu’il dit « Il fait froid, cette année… » en versant une larme de glace. J’adore cette scène. J’aime aussi beaucoup les dessins de l’explosion des kunais et de Jin qui enchaîne sur sa technique électrique, dans le chapitre 16.

Une scène que nous pourrons découvrir le 25 novembre prochain, date prévue et confirmée il y a peu pour la sortie du tome 2. En attendant, vous pouvez également suivre Yuki TANAKA via son compte Twitter, ici. Le titre est aussi disponible en ligne et en anglais sur le site MangaPlus de la Shueisha.

 

Remerciements aux auteurs pour leur temps et leur réponse, ainsi qu’aux éditions Kazé et Anita tout particulièrement pour la mise en place de cette interview.

Paul OZOUF

Rédacteur en chef de Journal du Japon depuis fin 2012 et fondateur de Paoru.fr, je m'intéresse au Japon depuis toujours et en plus de deux décennies je suis très loin d'en avoir fait le tour, bien au contraire. Avec la passion pour ce pays, sa culture mais aussi pour l'exercice journalistique en bandoulière, je continue mon chemin... Qui est aussi une aventure humaine avec la plus chouette des équipes !

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