Le château ambulant : un film iconique pour une trilogie littéraire haletante

Si vous suivez l’actualité liée au studio Ghibli et aux œuvres dont ce dernier s’est inspiré, alors vous avez dû voir passer récemment la suite et fin de la dernière saga, disponible chez Ynnis éditions, qui a permis de donner naissance à l’un des films les plus appréciés du studio : Le château ambulant. Pour l’occasion, Journal du Japon vous propose un petit focus sur le film mythique et sur la trilogie littéraire qui a servi à l’adaptation cinématographique !

Bonne (re)découverte !

 

Une trilogie, mais un seul livre donnant un grand film !

Affiche du Château ambulant au Studio Ghibli

©Studio Ghibli

Si tout le monde connaît le film réalisé par Hayao MIYAZAKI sorti en 2004 au Japon (en 2005 en France) Le château ambulant, qui narre l’histoire de Sophie une jeune chapelière aux prises avec une malédiction incompréhensible qui la pousse à rencontrer tout un monde nouveau pour elle, peu savent qu’en réalité le film est une adaptation libre réalisée par le célèbre réalisateur nippon. Ce dernier avait annoncé quelques années avant la sortie du film qu’il comptait adapter la saga de Diana Wynne Jones, une auteure britannique de littérature jeunesse réputée dans son pays et à l’univers finalement proche du studio Ghibli. Mais si on s’intéresse un peu plus en profondeur au film, on se rend compte que seul le premier livre de la trilogie a été utilisé par Hayao Miyazaki qui a modifié certaines choses de l’histoire originale pour n’en garder qu’un certain fil rouge.

Le château ambulant dépeint en effet un monde imaginaire, alternatif au nôtre, mais où peut-être une porte mènerait néanmoins, sans donner d’année particulière. On y découvre un pays où la magie est présente dans le quotidien de ses habitants, ou tout du moins semble tolérée et manipulée par certains élus aptes à s’en servir. On comprend très vite que le pays d’Ingary, où se passe en partie l’histoire, semble en proie à une guerre avec le royaume voisin. Dans ce contexte un peu inconstant par la guerre qui menace, une rumeur circule auprès des jeunes filles au sujet d’un magicien, Hurle, qui dévorerait les cœurs des femmes, et qui se déplacerait de contrée en contrée grâce à un château mouvant à l’aspect sinistre. Sophie, l’aînée d’une chapellerie, évolue donc dans sa ville en gardant à l’esprit cet homme à éviter à tout prix, encore davantage quand ses sœurs partent faire leurs apprentissages ailleurs. Mais voilà, très vite, la jeune femme va se retrouver maudite par une sorcière maléfique, la sorcière des steppes, ennemie directe du magicien Hurle. Celle-ci la transforme alors en une vieille personne ayant besoin d’une canne pour marcher, et lui apprend qu’elle ne pourra avouer son sort à personne.

Ni une ni deux, Sophie décide de partir et quitter la chapellerie où sa belle-mère officie afin de ne faire de tort à personne. C’est ainsi qu’elle arrive au fameux château mouvant où elle rencontre un certain démon du feu, Calcifer, qui lui promet de la libérer du sortilège si elle l’aide à rompre le sort qui le lie à Hurle, ainsi qu’un enfant d’une dizaine d’années Marco, jeune apprenti magicien, mais surtout Hurle en personne. Se faisant passer pour une femme de ménage à la recherche d’un travail, elle réussira à rester à bord du château et à découvrir un monde nouveau, pour elle n’ayant jamais connu rien d’autre que les chapeaux. De nombreuses péripéties vont ainsi s’enchaîner, au bout desquelles la levée du sortilège est l’une des résolutions attendues.

Couverture du livre Le chateau de Hurle chez Ynnis

©Ynnis éditions

L’histoire entremêle alors à merveille le destin de toutes les personnes que peut croiser Sophie ou le magicien, pour offrir un véritable méli-mélo jusqu’au dénouement final, la libération de la jeune femme et son droit au bonheur à nouveau. Mais en réalité, Hayao Miyazaki a pris de jolies libertés avec le premier tome de la trilogie de Hurle, Le château de Hurle, écrite par Diana Wynne Jones.

Des exemples ?

L’apprenti Marco, n’est pas un garçon d’une dizaine d’années, mais un jeune homme, apprenti certes, mais pas un enfant et qui s’appelle Michael dans l’œuvre originale.

Sophie a deux sœurs, Lettie et Martha Chapelier. Dans le film on nous présente qu’une seule et unique sœur, qui n’est pas vraiment celle travaillant en boulangerie dans le livre. Et dans ce dernier, chacune a un rôle beaucoup plus crucial dans l’histoire, apportant son lot de rebondissement et de questionnement en tout genre.

La sorcière des steppes ne finit pas de la même manière : autant dans le film, elle paraît pathétique à la fin ; autant dans le livre, c’est une fin plus combattive.

Un autre aspect bien différent entre les deux formats et non des moindres, Hayao Miyazaki n’a pas géré de la même manière la fameuse magicienne de haut rang, mentor de Hurle. Dans le film d’animation, cette dernière se nomme Mme Suliman et est clairement au service du roi, piégeant sans remord tout magicien qui tenterait de la duper, et espionnant allègrement Hurle et Sophie. Son rôle n’est donc pas si bienveillant même si ses motivations sont connues et nécessaires dans les enjeux politiques. Dans le livre, il s’agit de Mme Tarasque, très à l’écoute et d’excellent conseil pour Sophie à un moment crucial de l’histoire pour l’aider à y voir clair. Suliman n’est alors qu’un autre magicien, au service du roi, lui aussi ancien apprenti de Mme Tarasque mais provenant de la même contrée que Hurle.

En somme, le réalisateur japonais a réalisé une libre adaptation du seul premier livre de la trilogie de Hurle écrit par Diana Wynne Jones, en y ajoutant sa patte personnelle, accompagné par les musiques de Joe HISAISHI offrant une ambiance bien particulière, à l’image d’une valse de Vienne. Le film est égal de bout en bout, et suffisamment enchanteur pour plaire aux fans du studio et surtout à tous ceux qui ne s’y connaissent pas en films d’animation. Une belle entrée en la matière pour découvrir le studio Ghibli, mais aussi une bonne façon aussi peut-être de se lancer dans la fabuleuse saga de l’auteure britannique ! Le fil rouge du scénario reste quant à lui dans l’ensemble bien respecté et le principal est qu’on passe un bon moment.

Si le premier livre peut se suffire à lui-même, alors de quoi est-il question dans les deux autres livres de la trilogie ?

 

Deux autres volumes : la suite et fin de la saga

Couverture du livre Le château des nuages par Diana Wynne Jones

©Ynnis éditions

Si le premier livre a donc été adapté en film d’animation par Hayao Miyazaki et son studio, les deux autres qui permettent de clore la saga n’ont pas encore eu cette chance. Le seront-ils un jour ? Peut-être, peut-être pas… En tout cas, si vous avez apprécié Le château ambulant, on ne peut que vous recommander de lire le premier livre, à l’origine du film, mais surtout d’en découvrir la suite et fin ! L’auteure a en effet réussi à agrémenter son univers d’une flopée de personnages hauts en couleurs en offrant des histoires mystérieuses et intrigantes qui font mouche. Et si vous vous demandez pourquoi on nomme cette saga « Trilogie de Hurle » c’est bien parce que l’auteure réussi avec brio à faire intervenir de nouveau Sophie et Hurle.

Diana Wynne Jones développe en effet ses personnages phares, leur lore à la perfection à partir d’autres personnages et d’histoires complémentaires. Ainsi, dans le second ouvrage qui fait un peu penser à un détournement du conte des mille et une nuit et du célèbre prince Ali Baba dans un royaume beaucoup plus oriental. Le personnage principal Abdallah va vivre une aventure exceptionnelle, lui qui n’est qu’un simple marchand de tapis et négociant au sein d’un marché déjà surchargé. Le château des nuages, le titre du second tome, fait une référence directe au château ambulant car on comprend bien vite dans l’histoire qu’il se déplace dans les airs et ne reste jamais au même endroit.

Sous couvert de vouloir sauver une princesse, Fleur dans la nuit, de laquelle il s’est épris, Abdallah va rencontrer de nombreux personnages qui l’aideront à parvenir jusqu’à la jeune femme, avec l’aide d’un camarade marchand cuisinier, Jamal, d’un tapis magique et d’un génie grognon.

Couverture du livre La maison aux mille détours par Diana Wynne Jones

©Ynnis éditions

En somme, l’auteure offre d’autres traditions, d’autres royaumes et d’autres confrontations, tout en incorporant les personnages du premier tome au meilleur moment… et à celui auquel on ne s’attendrait pas ! Ce qui se répète également dans le troisième et dernier tome de la trilogie. Ce dernier ne fait pas exception et dépeint encore un autre royaume de cette saga, en mettant en avant cette fois une jeune fille bien sous tous rapport, Charmaine, adorant lire et vivre une vie tranquille, du moins en apparence. Grâce à l’une de ses tantes, elle pourra sortir du cocon familial, où elle est surprotégée, et vivre pleinement en découvrant les choses du quotidien, mais aussi la magie. Car la maison où elle atterrit, qu’elle doit garder, n’est autre que celle du magicien royal Grand-Oncle Guillaume, et le moins qu’on puisse dire c’est que cette maison n’est pas comme les autres. Le nom du livre prend alors tout son sens, La maison aux mille détours, et fait là aussi un écho direct au château ambulant dans lequel on découvre que ce dernier possède une porte pouvant aller à plusieurs endroits en même temps sans se déplacer.

Charmaine, aidée d’un jeune de son âge Pierre, venu en apprentissage de la magie, et accompagné d’un petit chien nommé Sans-Maître, va finir par se retrouver mêlée à un complot royal où elle seule semble posséder la clé de nombreuses choses. On aperçoit alors l’évolution grandissante de la jeune fille, en pleine émancipation. Et là aussi, l’auteure n’hésite pas à faire intervenir Sophie, Hurle et d’autres personnages rencontrés dans le tome précédent. La trilogie arrive à relier chaque tome de la plus subtile des manières, sans faire croire que le tout est tarabiscoté, bien au contraire. On ne peut qu’être séduit par l’univers offert par Diana Wynne Jones qui distille par ailleurs humour et émotion en un juste équilibre.

Vous l’aurez compris : que vous ayez découvert l’univers de Diana Wynne Jones par le film de Hayao Miyazaki ou le premier tome de la trilogie, vous serez émerveillé. On conseille néanmoins de commencer par les livres avant le film pour découvrir un univers bien ficelé et complet. Mais si vous regardez le film en premier, alors lisez la trilogie ensuite pour obtenir des réponses supplémentaires. Dans les deux cas, les deux formats se valent et sauront plaire au plus grand nombre !

Les livres sont trouvables aux éditions Ynnis et le film en streaming sur Netflix, et en dvd/blu-ray.

Charlène Hugonin

Rédactrice à Journal du Japon depuis quelques années, je suis un peu une touche-à-tout niveau mangas, anime et culture. Mais j'ai une jolie préférence pour tout ce qui a trait à la gastronomie japonaise, et ce qui tourne autour et même le sport ! Peut-être pourrons-nous même en parler ensemble ?

2 réponses

  1. maneki dit :

    Merci pour cet article ! J’avais adoré le roman du chateau de Hurle (avant sa réédition) mais je dois avouer que je n’osais pas trop de lancer dans la suite, de peur d’être déçue, et justement déçue de ne pas y retrouver les personnages que j’ai adoré suivre dans le tome 1.
    Grâce à votre article, je crois que je vais sauter le pas !

    • Bonjour maneki !

      Merci beaucoup pour votre retour aussi enthousiaste ! Je suis contente d’avoir réussi à titiller votre curiosité !
      Je connais le livre depuis sa première sortie en France, et entre nous, c’est l’un de mes livres de chevet depuis, que je relis souvent. Mais je me suis lancée dans la lecture des deux autres et je ne regrette aucunement. Pour ceux et celles qui aiment ces personnages et cette saga, ça ne pourra que faire mouche (du moins je l’espère) 😀

      Je ne peux donc que vous recommander de lire la suite et fin de cette trilogie 😉
      L’auteure a su mené un fil rouge plutôt pertinent et dynamique 🙂
      Bonne lecture si vous vous penchez sur la suite des aventures de Sophie et Hurle 😀

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