Du livre au film : Poupelle, de l’autre côté du ciel

Attendu avec impatience depuis son annonce lors du dernier festival d’Annecy, De l’autre côté du ciel a marqué les spectateurs grâce à sa touchante histoire d’amitié entre un petit ramoneur et un homme-poubelle surprenant. Voici comment l’album jeunesse qui a ravi le Japon et le monde a été adapté en film d’animation.

Poupelle et la ville sans ciel, un conte intemporel

Couverture du livre Poupelle et la ville sans ciel

©Nobi Nobi

C’est le soir d’Halloween et la fête bat son plein. Tout le monde est déguisé et se livre à une farandole endiablée avant de partir à la chasse aux bonbons. Mais à la fin de la soirée, un seul n’a pas enlevé son déguisement. Il s’agit de l’homme-poubelle, débarqué de la décharge voisine. Mais dans la Ville-Cheminée, il ne fait pas bon être différent. Pourchassé par les enfants, il est recueilli par Lubicchi, un petit ramoneur portant un haut de forme. Après avoir lavé cet être étrange, il lui donne un nom, Poupelle d’Halloween et lui fait part de son rêve : voir les étoiles, au-delà de la fumée des cheminées.

Au fil des pages, leur amitié va s’étoffer, malgré la méchanceté de la bande d’Antonio et la méfiance ambiante. Solitaires et à part dans cette ville hostile, Lubicchi et Poupelle se comprennent et ils trouvent en l’autre le réconfort qui leur manque. Mais même les plus belles amitiés ont leurs orages et, de cachotteries en mots plus hauts que l’autre, les deux amis vont s’éloigner… Il faudra attendre que l’un tende de nouveau la main vers son ami, et la vérité sur l’existence de Poupelle et le passé familial de Lubicchi seront enfin révélés.

Créé par Akihiro NISHINO, artiste touche-à-tout et figure importante de la scène japonaise, Poupelle et la ville sans ciel remporte un succès important dès sa sortie en 2016, abordant les notions d’amitié, de réalisation de ses rêves malgré l’adversité et de lien familial infaillible même dans le deuil, avec une narration certes un peu classique mais qui a su trouver son public.

Le plus remarquable reste les illustrations. Si certaines sont bien le travail de Nishino et de son studio MugenUp, les plus foisonnantes, celles comportant le plus de détails de la ville-cheminée sont l’œuvre de MUNASHICHI, dont on connaît en France le travail sur Chasseurs d’Aurores (aux éditions Nobi Nobi en France). Créditée comme illustratrice principale, l’artiste fait apparaître l’architecture de la ville dans toute sa complexité, auréolée de l’éclairage qui ne s’éteint jamais à cause de la fumée. Un véritable labyrinthe dans lequel il est aisé de se perdre et qu’on ne se lasse pas de contempler pourtant.

Image tiré du livre, on y voit Poupelle, être composé de déchets, qui taquine Lubicchi, un petit garçon aux cheveux courts et aux dents proéminentes

©Akihiro Nishino

De l’autre côté du ciel : d’étoiles et de fumée

Il n’en faut pas plus pour que le réalisateur Yusuke HIROTA et le studio 4°C se voient confier la réalisation du film qui sortira en 2020, et sera tout aussi acclamé par le public japonais et la critique. L’adaptation remporte même le 44e Japan Academy film Prize catégorie animation, devant Demon Slayer : Infinity Train et Violet Evergarden. Le lore du conte originel s’étoffe et de nouveaux personnages apparaissent. En parallèle de l’histoire de Poupelle et Lubicchi, le film nous raconte le troisième protagoniste : la ville.

Affiche de De l'autre côté du ciel

©Art House

Respectant fidèlement les dessins détaillés de Munashichi, la cité accueille toujours aussi mal Poupelle et sa relation amicale avec le petit ramoneur. Mais désormais, on sait pourquoi elle est décrite comme isolée du reste du monde et constamment sous la fumée, et pourquoi la méfiance y règne en permanence.

Le film se pare désormais d’une nouvelle lecture, les adultes comme les parents de Lubbichi ou la guilde des ramoneurs pour laquelle il travaille, étoffent l’histoire de la Ville-Cheminée. Mandatés par le prince, les Inquisiteurs, qui arpentent les rues à la recherche de la moindre anomalie ou trouble à l’ordre public, lui donnent un passé, des règles strictes et un avenir aussi sombre que la fumée qui flotte dans le ciel. On comprend rapidement que son existence repose sur une idée qui partait d’une bonne intention et a très, très mal tourné, se muant en une implacable dictature qui muselle ses opposants et maintient les habitants dans la peur d’agir, les transformant eux ou leurs enfants, en monstres d’intolérance.

Malgré l’intérêt apporté par la narration au niveau des adultes, cet ajout peut paraître « de trop » comparé au récit original qu’il modifie grandement. On peut se demander si Nishino, désormais à la production du film, n’a pas traité son livre plus comme une œuvre transmédia plutôt que comme un matériau à adapter. Ces modifications scénaristiques ne sont pourtant pas dénuées d’intérêt et rendent la fin de l’histoire plus prenante, la changeant en un conte philosophique sur la recherche de sens, le rêve et la liberté, et l’aptitude à penser par et pour soi-même, pour son bien et celui d’autrui.

Visuellement, le film est superbe, l’ambiance oppressante et vertigineuse d’une ville pourtant lumineuse est montrée sous tous les angles. Il a ses vrais moments de poésie, de rédemption et de bonheur, le réalisateur ayant pris un plaisir palpable à trouver des mises en scène créatives et spectaculaires, faisant un usage lucide de la 3D, les accompagnant d’une bande originale jazzy très agréable. Du côté du doublage, c’est un casting impressionnant qui met sa voix au service de l’histoire, tant au Japon qu’en France. On a ainsi droit à Philippe Katerine pour interpréter l’homme-poubelle pour la version française.

 

Malgré quelques faiblesses narratives, l’album autant que le film offrent des moments palpitants et émouvants, plutôt recommandés à des enfants à partir de 7 ans accompagnés d’adultes pour les passages un peu compliqués. Il a amplement mérité son succès et augure d’un bel avenir pour son réalisateur.

 

Albine

Née avec un manga dans la main, bibliothécaire et collectionneuse

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