Le renouveau du shôjo à travers deux éditeurs : Glénat et Pika

À l’occasion du festival international de la bande-dessinée en 2024, une exposition de la 51e édition au musée d’Angoulême a eu lieu sur : « Moto Hagio, au-delà des genres ». La mangaka japonaise Moto HAGIO est en effet une figure incontournable du shôjo manga, notamment avec des récits de science-fiction, fantastiques ou bien encore portant des critiques sociales.

Souvent réduit à la romance lycéenne, le shôjo, l’une des trois principales catégories éditoriales du manga se réinvente sans cesse grâce aux auteurs, éditeurs et lecteurs qui parient sur des histoires qui peuvent bousculer les préjugés de ce genre. Journal du Japon vous propose dans cet article, un tour de la question avec deux éditeurs : Glénat et Pika éditions, avec des interviews éclairantes et prometteuses !

Le printemps du shôjo manga

Bien que le shôjo n’est plus à présenter aujourd’hui, il suscite des discussions notamment sur sa définition, depuis plusieurs années. Pourtant, l’année 2024 est placée sous le signe de son renouveau ! Le shôjo, qui peut être littéralement traduit par « jeune fille » en japonais, s’adresse principalement (mais pas uniquement) à un public féminin, de l’adolescente à la jeune adulte. Le succès des collections shôjos est basé sur deux phénomènes :

  1. Le succès de titres cultes qui font maintenant partis du shôjo classique, comme par exemple Nana, le célèbre anime et manga des années 2000, ou encore Fruits Basket, Sailor Moon et bien d’autres.
  2. Le succès de nouvelles séries des collections shôjos

Depuis quelques années, certains éditeurs souhaitent élargir le public cible des shôjos. Ils espèrent notamment toucher un public masculin avec la diversité thématique des titres mais aussi parler à un public féminin en quête d’une offre plus riche. Dans ce printemps du shôjo, cette catégorie garde un de ses points forts : des héroïnes marquantes, une grande sensibilité présente dans la narration et la mise en scène autour des sentiments amoureux et amicaux, mais aussi un graphisme fin, souvent lumineux, qui met en exergue les émotions.

Ces derniers mois, deux maisons d’édition françaises participent à ce nouveau souffle du shôjo, chacune à leur manière et de façon affirmée. Nous sommes allés à leur rencontre !

Les nouvelles publications diversifiées chez Glénat Manga

En début d’année 2024, en résonnance à la mise en lumière des œuvres de Moto HAGIO au festival d’Angoulême, Glénat Manga propose une nouvelle édition rassemblant ses titres. Son œuvre Anthologie est classée dans leur collection shôjo. Ce nouvel ouvrage propose ainsi aux lecteurs des préfaces et commentaires sur l’impact de cette mangaka dans l’histoire du shôjo.

Cet éditeur annonce aussi, dès la fin de l’année 2023, des prometteuses et belles publications pour l’année 2024 ! Elles s’accompagnent d’une intention d’affirmer toutes les thématiques évoquées dans le shôjo. La maison d’édition souhaite vivement combattre les préjugés de ce genre, qui ne se limite pas aux romances. Comme évoqué plus haut dans l’article, Glénat Manga ambitionne de prôner la sensibilité du shôjo, qui est une des caractéristiques premières du genre, à travers divers thèmes proposés dans leurs nouveaux titres. Faisons ensemble un tour de la portée thématique promue dans les œuvres shôjos, avec en autres :

  • Le harcèlement scolaire : Le manga Mr. Mallow Blue de Akaza SAMAMIYA évoque particulièrement cette thématique mais parle également du genre. Plus de détails ci-après sur cette série dans les questions-réponses de Satoko INABA, directrice éditoriale chez Glénat Manga. Cette œuvre est en cours de publication, avec 3 tomes à ce jour. La série de manga Gene Bride de Hitomi TAKANO a pour grand thème le féminisme dont une critique sociale mais également le harcèlement à l’école, avec un tournant dès plus étonnants vers la science-fiction !
  • La critique sociale : Le manga one-shot Les Âmes enflammées de Tsuru Ringo STAR propose 8 histoires de personnages d’âges différents, autour de thématiques de société comme le féminisme, le genre ou bien encore l’amour. Ce one-shot a été publié chez Glénat Manga en 2023. La série L’amour est dans le Thé de Umebachi YAMANAKA aborde aussi des thèmes autour de la critique sociale dont le sexisme et le féminisme, avec des touches de douceur et d’humour. Grâce à ce manga les lecteurs peuvent aussi en apprendre plus sur le travail des théiers dans l’exploitation de thé traditionnel japonais !

La collection Pika Shôjo : La nouvelle charte graphique chez Pika Éditions

Les éditions Pika ont la même volonté de montrer toute l’étendue thématique qu’offre le shôjo, comme la romance mais aussi le thriller, le fantastique ou bien encore la vie quotidienne. Après quelques années sous la bannière de leur collection Shôjo addict, l’éditeur fait place nette en 2024, et propose depuis février de nouveaux titres et l’arrivée progressive d’une nouvelle charte graphique pour ses futurs shôjos ! Le renouveau de la collection Pika Shôjo s’accompagne du souhait d’harmoniser ses titres, sous des codes graphiques d’une seule collection : c’est donc fini les sous-collections Cherry Blush, Purple Shine et Red Light. Cette nouvelle présentation est aussi marquée par une meilleure expression de la singularité de chaque série avec une promesse de maquette sur-mesure !

Pour les éditeurs ainsi que les lecteurs, voici les points essentiels à retenir concernant la nouvelle charte shôjo chez l’éditeur Pika :

  • Les mots-clefs en quatrième de couverture sont conservés ;
  • La maquette graphique est largement harmonisée : moins d’éléments colorés de palette différente ou bien encore de pictogrammes ;
  • Une maquette adaptée à chaque série influencée par « leur identité graphique et scénaristiques » explique l’éditeur lui-même.

L’un des premiers titres avec la nouvelle charte de Pika shôjo est le manga You’re my Soulmate de Anashin. Cette nouvelle série rencontre l’histoire de Yûki, étudiante à Tokyo qui souhaite rencontrer son âme sœur. Au fil des rencontres, elle va tomber sur de nouvelles personnes mais également recroiser celles de son passé. Ce manga aborde une thématique classique des shôjos mais avec des romances plus matures, entre des étudiants et des jeunes actifs. Le tome 2 de cette nouvelle série de manga est prévue en France pour le 3 juillet 2024 !

Le renouvellement de la charte de sa collection shôjo entre dans une démarche plus globale. Ce renouveau de la charte de la collection Pika Shôjo est d’abord la suite d’un changement entamé en 2022 puis 2023 où elle avait déjà été atténuée afin de représenter encore mieux toutes les thématiques abordées par les shôjos. De plus, en 2024, l’éditeur Pika met aussi en place une nouvelle charte graphique pour, notamment, mieux représenter toute la diversité de son catalogue. Tous ces changements graphiques sont ainsi placés sous le signe du renouveau !

Le shôjo manga : Perception et évolution avec deux interviews de directions éditoriales

Pour discuter de la définition et des préjugés liés aux mangas pour les filles, deux maisons d’édition ont accepté de répondre à nos questions. Voici les perceptions et les évolutions observées par deux directions éditoriales chez Glénat Manga puis chez Pika Éditions !

Entretient avec Satoko Inaba, directrice éditoriale chez Glénat Manga

Photo de Satoko INABA, directrice éditoriale manga aux éditions Glénat
Satoko-INABA – Crédit photo : Glénat Manga

Journal du Japon : Bonjour Madame et merci pour votre temps. Commençons par parler de vous, quel est votre rôle dans la maison d’édition Glénat et quelles sont vos missions principales ?

Satoko Inaba : Je suis directrice éditoriale manga aux éditions Glénat et mon rôle est principalement de lire le maximum de mangas en Japonais pour envisager une publication en version française. Pour ce faire, il y a beaucoup d’étapes à suivre : discuter avec l’ayant droit original pour acquérir les droits, faire un suivi en interne pour la traduction, maquette et impression des ouvrages, travailler à la promotion de la série… Heureusement, je suis accompagnée par une équipe de passionnés qui avancent à mes côtés pour permettre à l’ouvrage d’arriver entre les mains du lecteur.

Venons-en maintenant à la collection shôjo chez Glénat Manga et son renouvellement. Pourquoi vouliez-vous proposer des titres évoquant des sujets matures et sociétaux, comme le féminisme, la pression sociale ou bien encore le harcèlement ?

En tant qu’éditeur, notre objectif est de proposer un catalogue qui parle aux lecteurs. Il existe des sujets incontournables aujourd’hui et, si une œuvre évoque avec justesse ces sujets, il est de notre devoir de les rendre accessibles à nos lecteurs via une édition française.

On parle souvent de clichés du shôjo : selon vous, quels sont-ils ?

On limite très souvent la définition du shôjo à une romance mièvre dépourvue d’intelligence, par opposition au shônen d’aventure qui prône le dépassement de soi, ou le seinen pour les adultes. Or, ces classements se sont construits uniquement sur la base de magazines de prépublication papier, support qui est en voie de disparition au Japon.
Il est peut-être temps de se dire qu’il n’existe pas de frontières fixes entre les genres, et que le shôjo est capable de proposer un grand spectre d’ouvrages dont certains seraient lisibles par un public aujourd’hui réticent.

Souhaitez-vous justement proposer des thématiques matures dans les parutions de la collection shôjo, afin de casser les préjugés de cette catégorie ?

Effectivement. Il existe des œuvres intéressantes et incontournables dans toutes les catégories de mangas. Or, les titres shojôs ont très souvent été mis à l’ombre à cause de ces préjugés. Nous tentons donc de décloisonner le genre, d’ouvrir l’accès à ces titres à des lecteurs qui pourraient être attirés par des thématiques qui contrastent avec leurs préjugés.

À travers vos nouvelles parutions shôjo telles que Les Âmes enflammées et Mr. Mallowblue, avez-vous également envie d’évoquer des sujets qui parlent à la nouvelle génération, comme l’identité et le genre ? 

Ce sont des sujets sur lesquels chacun de nous devrait s’interroger, et nous avons la chance d’avoir des autrices qui expriment leurs avis de manière divertissante, via ce medium très accessible qu’est le manga. Ces thématiques ont toujours été présentes de manière plus ou moins perceptible, mais elles sont de plus en plus traitées de manière plus directe, sur des œuvres telles que Gene Bride ou Devenir enfin moi-même.

Quels messages souhaitez-vous transmettre avec des titres plus sombres dans la collection shôjo, comme par exemple Mr. Mallowblue ?

Outre les thèmes de l’identité et du genre, il existe également d’autres sujets d’actualité qui touchent aujourd’hui les jeunes populations, notamment le harcèlement scolaire. À travers des titres comme Mr. Mallow Blue, nous essayons de proposer à nos lecteurs des histoires qui dépassent le simple divertissement, et qui contiennent des messages positifs qui s’adressent non seulement aux lecteurs qui pourraient se retrouver dans l’œuvre, mais aussi à un lectorat plus mature afin d’encourager une prise de conscience dans la société.

Quelle image du shôjo souhaitez-vous donner aux lecteurs avec vos nouvelles parutions ?

Nous parlions plus haut de préjugés et autres clichés qui pèsent encore aujourd’hui sur le shôjo. Avec les nouveaux titres prévus au catalogue, nous essayons de casser ces préjugés et de montrer que le shôjo ne se limite pas à des histoires d’amourettes entre lycéens, mais au contraire traverse des genres variés comme la science-fiction, l’historique ou la tranche de vie.

Est-ce que l’évolution du shôjo, que vous proposez, traduit une évolution du shôjo au Japon ou bien s’agit-il d’un élargissement du spectre shôjo en France ? 

Un mélange des deux. Le shôjo au Japon a toujours été un genre foisonnant capable de proposer des histoires et des sujets extrêmement diversifiées. Les thématiques mentionnées plus haut le sont également via les histoires d’artistes modernes, ce qui leur permet une facilité d’accès accrue pour nos lecteurs.

Qu’avez-vous envie de partager avec votre lectorat à travers vos nouvelles parutions shôjo au cours de l’année 2024 ?

Avant tout : du fun ! Nos titres ont été sélectionnés à l’unanimité par notre équipe, et nous prenons beaucoup de plaisir à étoffer notre catalogue shôjo avec les œuvres que vous découvrez aujourd’hui. Nous espérons que nos lecteurs prendront autant de plaisir à les lire que nous en avons eu à travailler dessus.

Enfin, prévoyez-vous des nouveaux titres shôjo pour l’année 2024 ? Pouvez- vous nous en dire plus ? Quels seront les thèmes abordés ?

Nous prévoyons effectivement divers titres auxquels nous croyons fortement. Par exemple, Jaadugar, la légende de Fatima vous projettera dans l’empire mongol du XIIIe siècle et suivra le destin de deux femmes, l’une esclave et l’autre épouse de l’empereur, face aux bouleversements de cet empire. Les Noces des lucioles (Hotaru no Yomeiri), pour sa part, se déroule en pleine ère Meiji, avec une héroïne qui propose à son assassin de l’épouser en échange de sa survie. Promise Cinderella, de la même autrice que Les Noces des lucioles, voit quant à lui une épouse divorcée réduite à la rue s’engager dans un duel psychologique contre un lycéen à l’esprit tordu. Autant de titres qui vont explorer des horizons divers et variés du genre et nous ne nous arrêterons sûrement pas là dans nos propositions éditoriales.

Image publicitaire pour les mangas Promise Cindrella et Les Noces des lucioles à paraître à la fin de l'année 2024 chez Glénat

Entretien avec Mehdi Benrabah, directeur éditorial chez Pika Éditions

Mehdi Benrabah, actuellement directeur éditorial chez Pika Éditions, a travaillé avant cela chez l’éditeur Kazé. Il était à ce moment-là au contact d’éditrices passionnées de shôjos et s’est lui-même passionné pour ce genre. Il en a lu un très grand nombre dans sa carrière. Cela fait de lui la personne idéale chez les éditions Pika pour en parler !

Journal du Japon : Bonjour Monsieur et merci pour votre temps, pour parler de la collection de Pika Shôjo. Au début de l’année 2024, vous avez annoncé la nouvelle charte graphique pour cette collection. Quand et comment vous est venue cette volonté de renouveau pour cette collection ?

Photo de Mehdi Benrabah, directeur éditorial chez Pika Éditions
Mehdi Benrabah – Photo © Pika éditions

Mehdi Benrabah : En fait nous avions une charte établie qui est celle de Shôjo Addict, avec un label où nous avions créé des sous-collections pour le shôjo avec des pictogrammes, des codes couleurs, qui étaient propres à des thématiques en shôjo, qui sont assez connus comme la romance au lycée, des histoires d’amour avec des protagonistes, plus d’adultes dans la vie active, et des histoires plus matures je dirais. Il se trouve qu’au fils de nos acquisitions, nous nous sommes rendu compte que cette charte graphique était trop étroite pour cette collection. Au fur et à mesure des acquisitions nous nous sommes dit qu’il était temps, que nous étions arrivés un peu au bout de l’exercice de Shôjo Addict en termes de charte graphique. C’est simplement que nous avons quitté cette charte pour laisser la part au visuel et à l’ambiance de chaque shôjo, et essayer ne pas se faire enfermer dans des cases.

Nous, évidemment, à l’époque du lancement Shôjo Addict, nous avons pensé cette classification comme des repères pour les libraires déjà, pour organiser leur rayon, et puis d’une autre part, pour certains acheteurs et acheteuses de shôjo, qui sont parfois des parents ou bien des gens qui ne connaissent pas forcément et qui veulent faire des cadeaux.

Nous nous sommes dit que cela correspondait à une volonté aussi de notre communauté de ne pas trop s’enfermer dans une charte et dans une case. Donc je pense que ça se ressent avec ce qu’on propose là depuis cette année en shôjo, comme dans le cas de Limit qui est sorti en février : on est dans un récit de survie, qui me rappelle à des égards Dragon Head dans la thématique et le traitement. Mais ça reste un shôjo, même si ce n’est pas que l’on se l’imagine en France ! Donc là on s’est dit que la charte graphique Shôjo Addict n’avait plus vraiment de sens pour nos nouveautés en shôjo.

Oui, il vaut mieux effectivement enlever, que mal le faire.

C’est ça. Cela va avec la diversité des thématiques et la richesse en fait. Là, à partir de cette année particulièrement, nous nous sommes dit qu’il était temps de passer à autre chose… que nous étions au bout de cette expérience-là.

Vous précisez dans votre communication que vous avez écouté toutes les remarques sur cette collection. Quelles ont été ces remarques justement ?

Finalement, ces remontées ont été surtout, je pense, très focalisées sur la couleur rose. Nous avions 3 sous-collections Cherry Blush pour les romances plus classiques qui a souvent pour cadre, ou bien environnement, le lycée. Il y avait Purple Shine pour les contenus fantastiques et Red Light pour des contenus plus matures et plus épicés. Je pense que dans l’esprit des gens, c’était très connoté le rose pour le Cherry Blush, cela enferme dans l’esprit des gens.

Dans le genre : « le shôjo, c’est que pour les filles », etc ?

Oui, même si mettre du rose sur un shôjo, je trouve que ce n’est pas tout à fait de bon ton, même si la couverture du tome 2 de Ton visage au clair de lune, qui est toute rose est tout à fait magnifique, et ne gâche en rien la qualité de la série.

Mais, dans l’esprit des gens, nous avons constaté qu’ils trouvaient ça trop enfermant et nous sommes à l’écoute de notre communauté… Même si nous n’attendons pas qu’elle nous dise quoi faire. Ce qui dicte notre ligne éditoriale ce sont les acquisitions que nous pouvons faire. En 2024, ce sera très représentatif d’une volonté de montrer la richesse du shôjo. En fin d’année, nous aurons des shôjos mythologiques qui vont vraiment étirer le spectre.

Ensuite, après Limit, il y a You’re my Soulmate.

You’re my Soulmate de l’autrice de Waiting for Spring est totalement dans cette vignette. Chose assez rare, nous avons affaire à des jeunes étudiants, une galerie de personnages qui sont dans leur vie universitaire. On sort aussi du cadre du lycée donc Cherry Blush n’aura pas été une sous-collection adaptée. Donc, raison de plus pour sortir de ce format-là.

Petite question sur l’image du shôjo. Vous avez fait un petit peu le tour de ce qu’offrait la précédente classification. Est-ce que c’est parce qu’il y a une image du shôjo qui évolue en France ou est-ce que ce sont les titres shôjos au Japon, que vous sentez changer petit à petit ?

Ça va faire un peu réponse de Normand, mais un peu des deux ! (Rires)

Mais je pense qu’en même temps, l’un peut entraîner l’autre.

J’ai d’abord envie de parler de notre communauté qui sont des lectrices de plus en plus averties (et des lecteurs, j’espère !), qui sont du coup, de plus en plus au fait de ce qui se fait au Japon et qui ont des exigences en terme de thématiques… qui ont du goût tout simplement, et le revendiquent.

Nous sommes très attentifs à ça. Nous ne souhaitons pas seulement apporter des shôjos que le public demande et attend, mais nous voulons aussi surprendre et arriver avec des titres inattendus.

Si on prend l’exemple de Limit : il est sorti depuis un certain temps au Japon. Ce n’est pas un titre si récent mais je trouvais que ce public-là a l’appétence pour des shôjos qui changent un peu. Ça ne veut pas dire que le shôjo classique n’a pas sa place, mais c’est pour apporter de la diversité. J’estimais que c’était le bon moment pour ce titre-là, par rapport à l’ouverture d’esprit du lectorat.

Ensuite au Japon, tu as raison, il y a aussi cette volonté d’essayer de se démarquer, de faire du shôjo qui quelque part, ne dit pas son nom. Nous avons eu l’occasion d’échanger avec des éditrices et des responsables éditoriaux qui suivent les autrices au plus près de leur création de shôjo et qui ont un peu bousculé les règles établies, en proposant du contenu et des personnages de notre temps.

J’ai un bel exemple en catalogue depuis quelques temps, c’est Ton visage au clair de lune avec des personnages qui sont rongés par des problématiques personnelles et cela se passe aussi par ce qu’ils dégagent en termes de charisme. Les auteurs sont plus en plus attentifs à vraiment donner ce que le lectorat a envie de lire.

Je suis aussi très attentif évidemment, à ce qui peut se dire sur les réseaux sociaux en terme d’attente et de volontés de proposer des shôjos un peu différents pour faire ces choix-là. J’échange aussi avec mon équipe où il y a des éditrices.

J’espère donner des choses les plus représentatives du marché et des tendances. Finalement, je trouve que nous avons à faire à plusieurs lectorats de shôjo. Il y a le lectorat qui débute ou qui recherche des choses assez classiques, et bien réalisés. Mais il y a aussi des lecteurs et lectrices vraiment averti(e)s, qui contestent et se lassent d’histoires classiques de triangle amoureux en uniforme. J’ai envie de surprendre ces lectrices et de proposer des choses qui vont sortir un peu des chemins balisés. J’ai envie de surprendre ces lectrices averties de shôjo avec Limit et d’autres titres à venir d’ailleurs. Pour le 2e semestre, nous allons avoir un shôjo assez inattendu !

Et puis je pense toujours et aussi, à ces lectrices plus jeunes ou bien alors qui découvrent presque le manga. Elles ont aussi droit à leur part et leur shôjo classique.

Tout à fait, on commence par du classique en général.

Je trouve que c’est important de penser aussi à ces lectrices et ces lecteurs, qui vont et doivent aussi goûter aux classiques. C’est quelque chose de très présent dans la production japonaise, même si des fois il faut écrémer parce-que tout n’est pas publiable. J’ai envie de garder cette tradition quand même du shôjo classique à travers notre catalogue.

Après justement dans ton travail, c’est trouver dans la masse ceux qui sont bien faits. On se le dit parfois : « je l’ai déjà lu 1000 fois, mais c’est tellement bien fait, que ça me plait quand même ! »

On est bien d’accord ! Cela passe souvent par des politiques d’autrices, que nous continuons de suivre, même si leur production n’est pas toujours égale, c’est vrai… Nous continuerons de publier du Ema TÔYAMA et du Ayu WATANABE, par exemple, pour ne citer qu’elles.

Oui, par exemple, je me suis plongé dans les œuvres, de chez Pika Graphic, de Moyoco ANNO que je ne connaissais pas trop. Je la découvre avec Collette et Sakuran et ça aussi c’est génial, mais assez différent.

Carrément. Nous parlions de sortir des limites du shôjo mais Moyoco ANNO c’est presque au-delà des limites du manga, c’est trop étroit pour cette autrice-là ! À travers Sakuran et Colette, nous voulions que les planches soient davantage mises en valeur, donc la collection Pika Graphic s’est imposée comme une évidence.

C’est une collection de romans graphiques, où nous espérons quand même toucher la communauté du manga mais aussi les curieux qui naviguent plus dans la franco-belge ou dans le roman graphique européen, en tout cas pas japonais. Nous espérons que ces beaux objets peuvent aussi plaire aux lecteurs plutôt franco-belges. Là on est finalement assez loin des codes du manga habituel, qu’on peut voir par exemple en shôjo.

C’est pour ça, pour continuer à pousser des œuvres appartenant davantage au josei, que nous avons lancé dans la collection Pika Masterpiece, Nodame Cantabile. C’est une nouvelle édition que nous avons vraiment essayé de soigner le plus possible, parce qu’il fallait que ce soit à la hauteur de ce chef-d’œuvre du josei de Tomoko NINOMIYA.

Mais ça reste compliqué pour cette œuvre de trouver son public ?  

En toute honnêteté, c’est forcément plus compliqué. Mais c’est sous cette forme-là que nous voulions le re-proposer, pour parler de Nodame Cantabile. Il ne s’agissait pas juste de rééditer ce que nous avions déjà édité en 24 tomes. C’était une œuvre majeure au Japon et nous voulions la proposer sous cette forme, dans une sorte de perfect édition la plus qualitative possible. Nous avons quand même des résultats et ça ne sort pas du tout de l’anonymat… Mais c’est une ligne qui est plus difficile à défendre. Mais nous nous devons de proposer ce genre d’autrice.

En tout cas, la collection Pika Masterpiece était la meilleure pour l’accueillir à nouveau. C’est notre petite pierre que nous posons sur l’édifice josei, qui est encore à construire.

En conclusion, qu’avez-vous envie de partager avec votre lectorat à travers vos nouvelles parutions shôjo ?

Mon maître mot cette année c’est une diversité avec des thématiques surprenantes. Les éditions Pika continueront de publier des romances un peu plus convenues et à travers les psychologies des personnages, l’histoire et son traitement, nous aurons des titres assez drôles aussi cette année ! Je trouve que l’humour est quelque chose de très universel, qui peut bien aussi bien toucher le lectorat masculin que féminin. J’espère qu’à travers ce genre de levier, nous pourrons élargir le spectre du shôjo, toucher plus de lecteurs et lectrices. Donc c’est ça qu’on va proposer cette année.

En tout cas, les thématiques seront, le sont déjà, avec Limit depuis février 2024. On aura des thématiques surprenantes et des nouvelles autrices, toujours plus talentueuses sur cette lignée-là.

Le shôjo c’est pour tout le monde, n’hésitez pas à être surpris !

Exactement ! C’est-à-dire que ça peut traiter de choses très différentes et c’est ça qu’on voulait proposer cette année. De cette façon, on ne tourne pas en rond et on souhaite, pourquoi pas, surprendre des libraires qui regardent des shôjos d’un peu trop loin.

Pour que cela rentre petit à petit dans les esprits ! Effectivement, cela ne se fera pas tout seul de toute façon.

Effectivement, il faut du temps et faire des tentatives. Nous n’avons aucun regret dans Shôjo Addict. Cela nous a permis d’être vraiment bien identifiés, c’est important. Nous allons continuer de satisfaire les lectrices averties et puis essayer d’aller chercher, pourquoi pas, un nouveau lectorat voire même les plus sceptiques !

Parfaite conclusion et bonne continuation !

Le nouveau souffle du shôjo manga

À travers deux visions et interviews de directions éditoriales, le shôjo connait depuis quelques années un nouveau souffle. Sa définition même est diversifiée dans le but de faire découvrir ce genre, pourvu de préjugés, aux potentiels lecteurs. Certaines librairies font également le choix de ne pas utiliser une classification genrée. Les thématiques abordées dans les mangas sont ainsi mises en avant. La librairie parisienne Le Renard Doré propose ainsi une classification thématique pour ces étagères avec : la romance, la science-fiction, les tranches de vie etc.

Une réponse par la diversité thématique dans les shôjos mangas

L’éditeur Glénat Manga souhaite décloisonner le shôjo en réaffirmant la diversité des thématiques abordées par ce genre, qui ne se limite plus aux histoires d’amour pour un public féminin. Il propose, en résonnance avec la génération actuelle, de nouvelles séries évoquant en autres les thèmes de l’identité, le genre ou bien encore le harcèlement scolaire. Dans son interview, l’éditeur Glénat évoque aussi de prometteuses et nouvelles œuvres historiques et tranches de vie afin de découvrir ou redécouvrir le shôjo !

En terme de présentation du shôjo, depuis 2021, Glénat Manga propose également une sous-collection appelée SHOJO +. Elle a pour but de casser les « codes classiques du shôjo » en proposant des titres relevant de la science-fiction, de l’acceptation de soi et de l’amour en général.

Une réponse par la présentation du genre shôjo

L’éditeur Pika a ainsi prit la décision d’un changement graphique pour le shôjo manga à la suite de ses acquisitions, riche d’une nouvelle diversité thématique ! Dans le but de ne pas trop enfermer le shôjo, les éditions Pika souhaitent mettre en avant la diversité et la singularité de chaque manga. Elles sont également extrêmement attentives à ses lectrices averties pour satisfaire leur demande de récits inattendus et souhaitent attirer de nouveaux lecteurs et lectrices, en faisant découvrir ce segment du manga !

Pour conclure, le shôjo manga entame pleinement son nouveau souffle. Ce genre est davantage mit en valeur, afin de monter qu’il peut plaire à un grand nombre et traite de nombreuses thématiques, pouvant plaire aux lecteurs curieux ainsi qu’aux lectrices averties ! Grâce aux choix des éditions Glénat Manga et Pika, le shôjo manga se redéfinit et se diversifie. Elles sont également à l’écoute des communautés de lecteurs et lectrices.

Le shôjo manga a donc encore de belles histoires à nous raconter et elles n’ont sans doute pas fini de nous surprendre !

Remerciements à Satoko INABA et à Mehdi BENRABAH pour leur temps et leur gentillesse, ainsi qu’aux équipes des éditions Glénat et Pika pour la mise en place de ces interviews.

Maude Khenkitisak

Rédactrice au sein de l’équipe Journal du Japon et rédactrice web seo freelance, j’adore donner de ma plume pour les autres en rédigeant des articles de blog sur des thématiques variées. Curieuse de la culture japonaise et attachée aux sujets culturels mais pas seulement, j’écris des articles sur divers thèmes à propos du Japon !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous aimerez aussi...

Verified by MonsterInsights