À la découverte de Sanae Takaichi : Première ministre japonaise (Partie 1/2) 

Japon. Taïwan. Heavy Metal. Politique. Succès. Femme. Historique. Que peuvent bien avoir en commun ces mots ? Mener un pays à la baguette, avec l’autre faire de la batterie : voici l’art de Sanae Takaichi. Dans notre dossier, proposé ce week-end en deux épisodes, vous en apprendrez davantage sur la Première ministre japonaise et dans quelles mesures elle est le portrait nuancé d’un Japon en changement.

Découvrons ensemble les dessous de son arrivée au pouvoir et les décisions de son gouvernement susceptibles d’engendrer, à terme, une réelle métamorphose du pays. 

Portrait individuel de Sanae Takaichi, Première ministre du Japon. Cheveux courts, collier ras du cou élégant, blazer bleu marine.

Qui est Sanae Takaichi ? 

Le 21 octobre 2025 marque l’histoire du pays du Soleil-Levant : le nouveau Premier ministre japonais se révèle être… une femme. Sanae Takaichi, née en 1961 au Japon à Nara (vous savez, cette ville réputée pour ses cerfs), est désormais la Première ministre de l’archipel japonais. Cette prise de poste est symbolique puisqu’elle est la première femme à avoir ce rôle dans un pays où la sphère politique est majoritairement masculine.  

Bien qu’il y ait des femmes au gouvernement depuis 1960, Takaichi devient une figure importante de l’histoire nippone. C’est avant tout un personnage chargé de contrastes…  

Vous savez, sans doute, que la musique occupe dès l’enfance une place prédominante dans la vie des Japonais. Néanmoins, ce qui a marqué les esprits est le style musical apprécié par Madame la Première ministre. Amatrice de rock et de heavy metal, elle a même fait partie d’un groupe lors de ses années universitaires où elle s’adonnait à la batterie. Une pratique qu’elle continue encore aujourd’hui ; sur laquelle elle est revenue avant son élection lors d’un entretien en 2025 sur TOKYO FM Podcasts, radio animée par BABYMETAL un groupe d’idol métalleuses.  

Ainsi, Sanae Takaichi a révélé son passe-temps atypique et les origines de cette passion. Elle confie par exemple qu’il lui arrive de jouer de la batterie électronique le soir pour se défouler. On apprend alors que le heavy metal est arrivé très tôt dans sa vie et sa scolarité, fan véritable de Deep Purple et de Black Sabbath, dont elle apprécie les titres Paranoid et Iron Man. Cette passion affirmée a fait résonner le nom de Mme Takaichi, même à l’international, mais ça n’est pas la seule de ses passions qui a suscité l’intérêt du public, des médias et des internautes. 

En effet, elle a également un goût prononcé pour les motos, notamment la Kawasaki Z400 avec laquelle elle a beaucoup roulé dans sa jeunesse et plus généralement un amour pour l’automobile et la marque Toyota. Ce qui est surtout à retenir est son coup de foudre pour la Toyota Supra de troisième génération… on peut d’ailleurs la voir poser fièrement à côté sur des photographies. Un véhicule qu’elle a conduit plus de vingt ans mais qui a laissé place aux voitures avec chauffeur à la prise de ses fonctions plus importantes. Parmi d’autres véhicules anciens, sa Supra est désormais conservée dans sa ville natale au sein du musée Mahoroba tenu par le concessionnaire Toyota local. La Toyota Supra de troisième génération est exposée aux côtés d’une silhouette grandeur nature en carton de Sanae Takaichi, ni plus ni moins !  

Toyota Supra (édition limitée), modèle que conduit Sanae Takaichi.  Crédit photo : Tokumeigakarinoaoshima sous licence CC4.0
Toyota Supra (édition limitée), modèle que conduit Sanae Takaichi. Crédit photo : Tokumeigakarinoaoshima sous licence CC4.0

De Iron Man à The Iron lady : la Dame de fer japonaise 

Pourtant, ces passions très spécifiques, qualifiées de rebelles ou surprenantes pour une femme au gouvernement, voire pour une femme tout court au Japon, contrastent grandement avec les valeurs politiques de Takaichi. En effet, malgré des passions qui sortent de l’ordinaire, disons du convenu, elle reste profondément conservatrice. Étant la première femme à ce poste, elle ne semble pas pour autant impliquée dans l’égalité de genre ou favorable à des changements sur les droits des femmes dans la société nippone. Elle est plutôt opposée à tout ce qui va à l’encontre des traditions.    

Par exemple, au Japon, il est de coutume pour le Premier ministre de remettre le prix lors de compétions de sumo. Cependant les croyances shinto et bouddhistes interdisent aux femmes de toucher le dohyo, la plateforme des luttes, car l’arène est sacrée et que les personnes de sexe féminin sont considérées comme étant impures. Dans cette logique, Takaichi a laissé un homme de son parti remettre le prix. Si certains l’ont applaudie pour avoir respecté cette tradition, d’autres lui ont reproché de ne pas prendre ses fonctions au sérieux, étant avant tout Première ministre. Elle fut par ailleurs critiquée pour ne pas avoir profité de sa position pour changer les règles concernant le sumo ; rendre l’accès au dohyo possible aux femmes dans certaines situations, permettant peut-être plus tard aux onna-zumo, les femmes sumo, de faire des tournois professionnels et non pas simplement amateurs. La pratique du sumo par les femmes s’étale également sur des siècles et est complexe.  

Dans la même lignée, bien qu’elle ne se prononce pas directement sur l’avortement, il est clair qu’elle invite les femmes à donner naissance et à jouer ce rôle pour la société. De plus, la position de la Première ministre japonaise sur la question de la succession impériale est source de débat. L’empereur n’a pas de pouvoir décisionnel politique mais reste très important et symbolique pour le pays. Cependant, la tradition privilégie la filiation masculine. La princesse Aiko, fille unique de l’empereur Naruhito, pourrait succéder à son père si le gouvernement acceptait de changer cette règle. La majorité des Japonais sont d’ailleurs favorables à la possibilité d’avoir une impératrice ; la princesse étant très appréciée.

En revanche, Takaichi soutient davantage le jeune prince Hisahito, neveu de l’empereur, pour perpétuer la tradition de la lignée masculine. Cette décision semble être influencée par la conclusion d’experts sur la question, engagés par le gouvernement actuel. En tant que femme au pouvoir, on pourrait penser que Takaichi soutiendrait davantage une modification en faveur de la princesse Aiko, autre femme populaire dans l’opinion publique. Cet exemple met en exergue les facettes conservatrices et contrastées de la Première ministre. Par ailleurs, elle est également opposée aux réformes sur la possibilité pour une femme de garder son nom de jeune fille après le mariage.

En total contraste, son mari Taku Yamamoto, ancien élu au Parlement qui la soutient dans l’ombre, porte bien quant à lui le patronyme de son épouse et non l’inverse comme ce fut le cas à leur première union. Ce changement de patronyme semble être moins un acte féministe qu’une facilité politique et administrative ; puisque cela a été fait en parallèle de la précédente candidature de Mme Takaichi à la présidence du PLD (parti libéral-démocrate). Il n’est finalement pas question ici de genre mais de fonction. Le fait qu’elle garde son nom de jeune fille et que son mari le prenne aussi n’est en ce sens pas contraire à ses valeurs. C’est presque un rôle inversé qui reste un geste assez conservateur ; M. Yamamoto soutient sa femme discrètement, comme le ferait une épouse en suivant ce modèle.   

Conservatrice, jugée extrême même dans son propre parti, Mme Takaichi est surnommée « la Dame de fer » du Japon, une version nippone qui n’est pas sans rappeler Margaret Thatcher dont le parcours l’inspire et qu’elle tient en grande estime, se comparant elle-même à cette dernière. Margaret Thatcher alias « The Iron lady » britannique. Même si l’époque et le contexte sont différents, il est assez facile de noter les similarités entre les deux à commencer par leur vision conservatrice, le soutien de leur « mari au foyer » et l’étiquette de première femme Premier ministre dans leur pays respectif. Toutefois, ce qui rend la Première ministre japonaise si spéciale est certainement son arrivée dans le monde politique. Outre les passions mentionnées précédemment, le parcours en politique de Sanae Takaichi est lui aussi atypique. 

Parcours de vie et parcours politique : transitions surprenantes 

Elle vient d’une famille modeste et n’est donc pas issue d’une lignée de politiciens, contrairement à nombre de ses consœurs et confrères. Bien qu’elle ait réussi ses examens d’entrée pour des universités de renom, c’est dans une université publique qu’elle a fait ses études.     

Takaichi en 1998, lors de sa nomination au gouvernement Obuchi. Crédit : 首相官邸 (PMO) sous licence CC4.0
Takaichi en 1998 – Crédit : 首相官邸 (PMO) sous licence CC4.0

En réalité, elle a débuté professionnellement à la télévision sur la chaîne Asahi. À cette époque, son identité visuelle rimait avec rebelle. C’est à la trentaine, période où elle achète sa Toyota Supra, qu’elle atténue ce côté décalé en devenant professeure puis en s’engageant en politique. Une fois lancée, elle est élue en 1993 puis rejoint son parti actuel, le parti libéral-démocrate. Elle se fait remarquer par son ultra-conservatisme, notamment sur les notions de famille et de travail. C’est au sein du PLD qu’elle rencontre Shinzo Abe, ancien Premier ministre (victime d’un assassinat à Nara en 2022), qui décide de la prendre sous son aile.  

Si la candidature de Takaichi à la présidence de son parti n’a pas abouti en 2021, 2025 est une tout autre histoire. C’est une année cruciale dans sa carrière politique. Alors présidente de son parti depuis peu, Sanae Takaichi est pressentie pour devenir la nouvelle Première ministre à la suite de la démission de Shigeru Ishiba, après une année de fonction. Pourtant, elle fait face au retrait soudain d’un allié de plus de vingt ans : le parti centriste Komeito. Pour y remédier, elle réussit à rebondir et à former une alliance avec le parti japonais de l’innovation Ishin et ce, la veille du vote pour nommer le nouveau Premier ministre. 

C’est grâce à cette coalition qu’elle devient la Première ministre du Japon et ainsi la première femme à occuper ce poste dans l’histoire de l’archipel japonais. Pour autant, la population est mitigée. La volonté affirmée de Takaichi de militariser le pays divise. Le parti Ishin est lui aussi dans une situation particulière puisque malgré cette nouvelle alliance, les valeurs des deux partis divergent sur certains points assez essentiels, notamment sur le travail. Quant à la nouvelle Première ministre, elle n’a pas non plus le nombre de sièges idéal pour assurer la mise en place de ses réformes.  

Afin de prouver sa légitimité elle prend alors une décision osée mais stratégique : dissoudre la Chambre basse, ce que l’on pourrait comparer à l’Assemblée nationale (la Diète japonaise étant l’équivalent du Parlement français). La dissolution est une tactique prisée du PLD, mais celle-ci est particulièrement rapide et audacieuse. En ce début d’année 2026, elle frappe donc réellement fort avec la dissolution de la Chambre basse, également nommée Chambre des représentants, donnant lieu à des élections législatives anticipées.  

Dimanche 8 février, les résultats lui donnent raison, elle remporte la majorité et son parti occupe désormais 316 sièges, contre 198 avant les élections, sur un total de 465 sièges. À l’inverse, l’opposition principale l’ACR (alliance centriste pour la réforme) récemment formée par le parti démocrate-constitutionnel du Japon et le Komeito a vu son nombre de sièges diminuer, passant de 172 avant les élections à seulement 49 après. Des élections anticipées à cette période de l’année ont pris de court les autres partis. 

Cette victoire électorale est une première pour la droite japonaise. Même si celle-ci est au pouvoir depuis de nombreuses années, c’est la première fois que le PLD remporte une telle majorité, au-delà même de la majorité absolue désirée. Takaichi marque une énième fois l’histoire du pays. Cette solide assise lui permet de faire passer aisément ses réformes : dorénavant, il n’est plus nécessaire de former des alliances pour avoir plus de poids dans la Diète. Le parti conservateur peut maintenant faire passer les lois qu’il désire sans avoir à se soucier des autres plus petits partis ou de l’opposition principale du centre gauche. 

Entre exploits et popularité, d’où viennent ces résultats ? 

Mais alors comment expliquer ce retournement de situation spectaculaire et cette grande majorité ? Tout d’abord, cela s’explique en partie par une méthode habituelle du PLD : la dissolution stratégique. Concernant cette tactique, la Première ministre a dépassé les attentes. Ensuite et surtout, cela semble venir de la popularité de Sanae Takaichi, particulièrement populaire parmi les jeunes. Bien que tous ne la suivent pas, c’est une assez grande proportion pour être soulignée. Bien sûr, les personnes âgées et les travailleurs ne sont pas en reste, mais les jeunes de tout sexe expriment majoritairement leur soutien pour la Première ministre japonaise.  

Sa facilité sur les réseaux, son approche spontanée et son franc-parler dans certains cas semblent pour eux être un signe de renouveau. Elle crée une forme d’accessibilité au monde politique même s’ils ne partagent pas forcément sa vision conservatrice. Le fait que Takaichi soit une femme à ce poste joue certainement un rôle dans ce sentiment de fraicheur politique. Mais ce qui attire le plus les jeunes est sans aucun doute son parcours atypique et son côté authentique qui tranchent avec les autres politiciens plus formels et conventionnels. Elle n’a pas autant de filtres qu’eux et ne fait pas partie de grandes familles que l’on pourrait qualifier de sommités de la droite. Elle a travaillé pour être à cette place, elle n’a pas hérité de sa position, cela tranche encore avec d’autres figures politiques.

Takaichi offre ainsi la conviction que tout est possible si l’on travaille dur, elle crée aussi un sentiment de proximité et d’accessibilité, sentiment renforcé par sa présence sur les réseaux dont X, anciennement Twitter. D’ailleurs, elle a même pris un selfie avec Giorgia Meloni, présidente du Conseil des ministres d’Italie, que celle-ci a posté sur ses plateformes. Takaichi est également revenue sur sa rencontre médiatisée avec le Président sud-coréen Lee Jae-Myung. Elle s’est adonnée à une séance musicale avec ce dernier… à la batterie ! Oui, son talent de batteuse dont nous avons parlé précédemment fait son retour, cette fois sur la scène diplomatique. Une passion qu’elle s’est amusée à partager avec le Président sud-coréen et les internautes sur des airs de BTS et de K-pop Demon Hunters :

Pour terminer en beauté, de leur sommet nait cette performance à deux, filmée et diffusée, mettant en scène les deux dirigeants, chacun derrière une batterie. Rien de tel pour instrumentaliser la politique. Vestes de survêtement bleues assorties à leur nom, drapeaux de la Corée du Sud et du Japon en fond, sourire aux lèvres et baguettes en mains, le tout peut d’ailleurs être visionné sur YouTube. Caisse claire, toms et cymbales donnent le ton : en matière de relations diplomatiques et d’impact médiatique : voici la marche à suivre. Cette performance montre comment Sanae Takaichi se démarque et semble réussir à toucher un public plus éloigné de la scène politique traditionnelle.  

Avec cet exemple, son expérience de batteuse sert ironiquement à inverser la cadence quant au désengagement politique des jeunes. Nous pourrions même étendre ce manque d’engagement à toute la population, âge et genre confondus puisque les Japonais sont plutôt connus pour être détachés de la politique. Ce décrochage de la population depuis des décennies s’explique notamment par de nombreux scandales politiques sur les soirées entre élites, sur le financement douteux de campagnes électorales et plus largement sur la corruption générale de politiciens. Sanae Takaichi apparait comme une figure de confiance dans un des partis les plus entachés de scandales. Elle change la donne et séduit par cette approche et par sa manière de s’exprimer parfois sans détour, où son naturel l’emporte. Évidemment, certains restent sceptiques sur sa personne et ses positions. Cependant, beaucoup sont admiratifs de son parcours et de sa personnalité au point d’être fans comme on pourrait l’être d’idol. Cette popularité sans précédent auprès des jeunes ne fait d’ailleurs pas d’ombre à celle que la Première ministre trouve auprès de personnes plus âgées qui la soutiennent également. 

Sanae Takaichi, un portrait nuancé

Un peu Dame de fer, un peu d’âme métal, voilà qui pourrait résumer la nature ambivalente de Sanae Takaichi. La Première ministre japonaise interpelle par ses caractéristiques inattendues tant sur le plan professionnel que personnel.  

Ses intérêts spécifiques, la particularité de son parcours ainsi que sa présence médiatique montrent de quelle manière Sanae Takaichi a d’ores et déjà marqué l’histoire et les esprits. Plus encore que son programme, sa personnalité semble lui offrir un fort taux de soutien. Elle a su perpétuer les traditions de son parti tout en se démarquant de ses prédécesseurs. Elle a recours aux mêmes stratégies que ces derniers mais obtient des résultats sans égal. Elle est la première femme à ce poste, pour autant, elle accorde peu d’importance à l’égalité des sexes. En somme, Takaichi pourrait être qualifiée de paradoxe ambulant. Elle incarne les subtilités et complexités du Japon, en étant un personnage contrasté à l’image d’un pays aux multiples facettes. 

Dès demain, dans le second épisode, nous aborderons plus précisément la politique de Takaichi et le Japon tel qu’elle le conçoit ainsi que les actions déjà mises en place. 

Références

Photo de une : crédit photo par 外務省 (MOFA) sous licence CC 4.0

https://www.caradisiac.com/japon-la-gt-toyota-supra-a70-partenaire-radicale-de-la-premiere-ministre-sanae-takaichi-218620.htm « Japon : la GT Toyota Supra A70, partenaire radicale de la Première ministre Sanae Takaichi » Louis-Cyril Tharaux, 2025 

https://www.franceinfo.fr/replay-radio/d-un-monde-a-l-autre/au-japon-une-admiratrice-de-margaret-tatcher-devient-la-premiere-femme-a-prendre-les-renes-du-gouvernement_7536919.html, « Au Japon, une admiratrice de Margaret Thatcher devient la première femme à prendre les rênes du gouvernement », Nicolas Teillard, Radio France, 2025 

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-revue-de-presse-internationale/au-japon-la-premiere-ministre-sanae-takaichi-compte-sur-sa-popularite-pour-remporter-les-elections-anticipees-6253067 «Sanae Takaichi compte sur sa popularité pour les élections anticipées» Estelle Kammerer, 2025 

https://www.lequipe.fr/Respire/Tous-sports/Actualites/Sanae-takaichi-la-premiere-ministre-japonaise-qui-adore-les-motos/1640793 « Sanae Takaichi, la Première ministre japonaise qui adore les motos », Mathieu Rocher, 2026

Pour aller plus loin

« À la découverte du système politique japonais » Mickael Lesage, 2017, màj 2020 

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