Ces Japonais qui ont choisi l’Alsace – épisode #1 : Du pain bio signé Maison Hirose
160 ans, c’est plus d’un siècle et demi d’amitié qui unissent l’Alsace et le Japon. Que ce soit sur l’aspect culturel ou économique, de nombreux acteurs démontrent au quotidien le plein potentiel de ces relations. Pour l’occasion, Journal du Japon est parti à la rencontre des Japonaises et Japonais qui ont choisi l’Alsace pour y entreprendre ou pour faire partager leur passion. Pour cette première, nous avons toqué à la porte de Naoto Hirose, co-fondateur de Maison Hirose, spécialisée dans la boulangerie-pâtisserie bio depuis plus de 10 ans. De son arrivée en France il y a une vingtaine d’années à la création de son entreprise, nous avons souhaité mettre en avant son parcours ainsi que le succès de son projet.

Maison Hirose : 10 ans de savoir-faire franco-japonais
Maison Hirose, c’est avant tout l’aboutissement d’un projet de deux amis, Paul Peterson et Naoto Hirose, qui a vu le jour en automne 2015. Ensemble, ils se sont fixés comme objectif de fournir des produits de qualité auprès des professionnels de l’hôtellerie, de la restauration ou encore des collectivités. Pour mener à bien ce challenge, ils ont ouvert leur laboratoire à Andolsheim, à 20 minutes de Colmar, là où le pain, les viennoiseries et les pâtisseries sont fabriquées puis expédiées. Au début, ils n’étaient que tous les deux à mettre la main à la pâte mais aujourd’hui, Maison Hirose compte 35 employés.
Du croissant à la baguette, en passant par le saint-honoré, tout est fabriqué à base de farine 100% biologique qui vient du Moulin du Petit Morin à Verdelot. De plus, les produits utilisés proviennent de producteurs locaux, à commencer par les œufs fournis par la Ferme Richart à Rappentzwiller ou encore les fruits, également issus de nombreuses fermes d’Alsace (Pom d’Alsace pour les pommes, La Framboisière pour les fruits rouges…). En plus des pains, viennoiseries et pâtisseries, Maison Hirose y ajoute une touche nippone par le biais de certains produits comme l’Anpan, une brioche extra moelleuse fourrée d’une pâte de haricot rouge. On peut aussi parler du Melon Pan ou du Cake au Thé Vert Matcha.

L’entreprise travaille main dans la main avec de nombreux professionnels de la région. Côté restauration, Maison Hirose collabore avec l’Auberge de l’Ill, un restaurant gastronomique classé deux étoiles au Guide Michelin situé à Illhaeusern dans le Haut-Rhin, tenu par le chef Marc Haeberlin. Ils livrent également depuis 2024 auprès des restaurants et cafétérias Crous de Strasbourg afin de donner des forces aux étudiants strasbourgeois. Du côté des particuliers, ces derniers pourront trouver leur bonheur dans les boutiques de Colmar, Sélestat et Orschwihr.
Une cohésion d’équipe à toute épreuve !
Une des recettes du succès de Maison Hirose est de faire travailler ensemble des Français et des Japonais. Au sein de l’équipe, le perfectionnisme et l’organisation à la japonaise s’allient avec la créativité à la française pour produire un savoir-faire franco-japonais de qualité au service des alsaciens. Les Japonais qui œuvrent à la réussite de l’entreprise ont su s’adapter tant sur l’apprentissage des techniques de boulangerie et pâtisserie que sur le fait de parler la langue française. A l’image de Shogo, qui est arrivé en France il y a 8 ans et qui a trouvé sa place au sein de Maison Hirose. Il a d’ailleurs décroché la deuxième place au concours régional Grand Est de la meilleure baguette de tradition française 2026 et il participera à la finale nationale à Paris.

Cette cohésion d’équipe se retrouve à travers le sport où l’équipe a pu se retrouver l’année dernière pour jouer un futsal ou encore durant l’Ekiden de Strasbourg du 12 avril 2026 où Naoto Hirose et cinq de ses employés sont venus à bout des 42 kilomètres de parcours avec une baguette à la main, une façon originale de mettre en avant la Maison Hirose au nom de l’esprit d’équipe !
Médaille d’or de la communication sur les réseaux sociaux !
L’autre point fort de Maison Hirose, c’est sa communication sur les réseaux sociaux avec des vidéos valorisant les produits de l’entreprise mais aussi l’intégration des employés de la société avec légèreté et souvent avec humour. Ils ont d’ailleurs beaucoup amusé les internautes alsaciens avec un post mettant en avant l’évolution de certains salariés japonais dans la prononciation de certains mots de la langue de Molière et avec à la fin, Naoto Hirose parlant l’alsacien avec un accent très remarqué. Ce post a quand même fait plus de 4 000 likes sur Instagram !
De son arrivée en France à la création de son entreprise : échange avec Naoto Hirose

Issu d’une formation en architecture, Naoto Hirose a pris une toute autre direction vers la pâtisserie en se formant d’abord au Japon pour ensuite quitter sa ville natale de Yokohama et démarrer une nouvelle aventure en France. De ses débuts en Alsace au succès de Maison Hirose, Naoto nous a accueilli dans sa boutique de Sélestat pour nous raconter son choix de s’installer en terre alsacienne et nous parler de ses projets.
Journal du Japon : Bonjour Naoto et merci de nous recevoir dans une de vos boutiques. Tout d’abord, est-ce que vous pouvez nous raconter votre arrivée en France ?
Naoto Hirose : Quand j’avais 24 ans, j’ai pris un billet d’avion pour la France. Je n’avais pas d’endroit où dormir, pas d’amis et je ne parlais pas du tout le français. Par hasard, je suis arrivé en Alsace. Le premier jour où j’ai commencé le travail auprès de la cheffe pâtissière Christine Ferbert, c’était il y a 21 ans. J’ai travaillé chez elle pendant 7 ans pour ensuite aller chez Dominique Saibron, artisan boulanger-pâtissier. Il est connu dans le monde entier, il a même huit boutiques au Japon. J’y ai fait beaucoup de croissants et appris de nombreuses techniques de boulanger. A l’automne 2015, j’ai créé Maison Hirose, un concept très différent où nous faisons uniquement du bio, c’est notre force d’entreprise. Nous avons une trentaine d’employés dont 7 japonais.

Qu’est-ce qui vous passionne dans la pâtisserie ?
J’aime beaucoup la pâtisserie de la région d’Alsace. C’est vraiment spécial. Lorsque je travaillais à Paris, j’avais essayé de faire un manala (NDLR : brioche en forme de bonhomme cuisinée pour la St Nicolas) mais ils se sont gentiment moqués. Toutes ces spécialités en France, c’est vraiment incroyable. Lamala, Kougelhopf… il y a vraiment une histoire et ça m’intéresse beaucoup.

Vous avez d’abord été formé au Japon. Est-ce qu’on y enseigne la pâtisserie de la même manière qu’en France ?
Le travail est différent. En France, il y a les 35 heures alors qu’au Japon, je travaillais 80 heures par semaine. Il faut s’organiser quand on travaille avec les horaires français sinon on n’arrive jamais à terminer. Il faut réfléchir au rythme et être le plus efficace possible. Le produit en France n’est pas régulier. La baguette de pain peut être plus ou moins cuite et le client le tolère. Au Japon, elles sont de la même couleur et de même taille. Je préfère le modèle à la française où l’on peut adapter le produit. Au Japon par exemple, on va mettre des fraises de même taille dans un fraisier.
Pourquoi avoir choisi l’Alsace ?
J’aime l’Alsace et sa culture. C’est une région très riche et mon business modèle comporte de la livraison. C’est très avantageux pour moi. Il y a également la Suisse et l’Allemagne où je prévois d’effectuer également des livraisons.
Parlons maintenant de Maison Hirose, comment est né ce projet ?
J’ai réfléchi à la manière de montrer ce que j’ai appris. Je voulais me concentrer sur la pâtisserie et ouvrir une boutique. C’était tellement cher donc j’ai choisi d’ouvrir un laboratoire à Andolsheim. Le loyer n’était pas cher et j’ai donc commencé comme ça. Par la suite, on s’est développé et on a ouvert notre première boutique à Colmar.
Est-ce que les professionnels auprès desquels vous livrez vous ont ouvert les portes facilement durant les premières années ?
J’ai toqué à la porte d’une centaine de personne. A deux heures du matin, je travaillais la pâte et à six heures, je commençais à livrer quelques clients. Une fois la livraison terminée, je me mettais à prospecter. J’ai travaillé très dur, je n’avais pas posé de congés pendant trois ans et je bossais presque dix-huit heures par jour. Quatre ans après, j’ai démarré un partenariat avec le restaurant étoilé l’Auberge de l’Ill et le bouche à oreille a permis de nous développer plus facilement.
Quel est le rôle de votre laboratoire ?
C’est vraiment un centre de cuisine de 800 m². Une vingtaine de boulanger et pâtissier travaillent avec moi. Nous fabriquons 10 000 pains par jour à destination des hôtels ou des écoles. Nous déposons aussi nos produits dans nos trois boutiques.
Vous comptez des Japonais dans votre équipe. Etait-ce un choix volontaire de votre part ?
Ce n’était pas volontaire. Je ne choisis pas en fonction de la nationalité. Les japonais sont carrés au travail, c’est différent mais le travail entre français et japonais est magnifique car ils cherchent en permanence à comprendre.
Votre employé Shogo a terminé deuxième pour le Concours Régional de la Meilleure Baguette Tradition et participera à la finale. Qu’avez-vous ressenti ?
Il a essayé pendant plusieurs années. Je suis très heureux pour lui et c’est une immense fierté. C’est mérité pour lui si un jour il retourne au Japon car quelqu’un qui a gagné un concours, c’est très important.
Pourquoi travailler uniquement sur le bio ?
Avoir des produits bio, c’est très difficile. Les producteurs cherchent comment on peut faire du bio avec toutes sortes de viennoiseries ou pâtisseries. J’aime travailler avec quelqu’un de passionné.

Pouvez-vous nous parler de quelques uns des produits que vous vendez ?
Nous avons nos croissants au beurre bio bien sûr. Le goût n’est pas pareil. J’ai choisi la marque Montaigu car le goût est magnifique. De l’autre côté, nous avons nos pâtisseries. Je fais aussi quelques produits japonais comme le cake au thé matcha de Gaia.

Nous faisons nos propres confitures. J’ai appris à en fabriquer auprès de Christine Ferber. Nous proposons quelques vins (à consommer avec modération) de mon ami Yuka qui a un vignoble avec son mari. Nous avons aussi le shokupan qui n’est pas un simple pain de mie. Il est particulièrement moelleux, fondant et légèrement élastique, c’est l’idéal avec du saumon, du foie gras ou des fromages.
Si on vous invitait à venir présenter un de vos produits au Japon, ce serait lequel ?
J’y emmènerais le kougelhopf car c’est vraiment un produit phare de l’Alsace. Il y a une histoire que j’aimerais bien montrer mais aussi une forme de saisonnalité car en France, on aime bien créer des produits en fonction des saisons. Par exemple il y a Pâques avec le chocolat, les lamalas (NDLR :gâteau alsacien en forme d’agneau)… c’est vraiment culturel.
Quelles sont vos viennoiseries favorites ?
J’aime bien le croissant le matin. Quand j’étais à Paris, j’en faisais des milliers. C’est mon histoire.

Quel regard vous portez sur les relations entre l’Alsace et le Japon ?
Colmar est jumelée avec Takayama et Strasbourg avec Kagoshima. Il y a plein de partenariats de plus en plus forts. Je me suis rendu au Japon il y a deux ans avec Madame Trautmann, maire de Strasbourg et présidente du Centre Européen d’Etudes Japonaises d’Alsace et Eric Straumann, maire de Colmar pour y visiter la ville de Takayama. J’aimerais bien y installer un projet et mettre en valeur toutes ces viennoiseries et pâtisseries alsaciennes.
Pour terminer cette discussion, quel est votre endroit préféré en Alsace ?
Personnellement, je fais du vélo. Je monte souvent vers les Trois Epis en Alsace. J’aime bien le Petit Ballon du côté des montagnes, c’est mon endroit favori.
Merci à Naoto de nous avoir ouvert les portes de Maison Hirose et de cet échange très riche sur son parcours et l’histoire de sa société. Depuis plus de dix ans, Naoto et son équipe se sont fait un nom en Alsace auprès des professionnels et des habitants. Nous avons été séduits par la qualité des produits et en particulier le croissant et le saint-honoré. Notre coup de cœur s’est également porté sur cette capacité à faire travailler ensemble des Japonais et Français. Franchir une des trois boutiques de Maison Hirose, c’est acheter une baguette de pain bio qui est le fruit d’un savoir-faire franco-japonais de qualité et qui suscite l’admiration.
Si vous êtes de passage en Alsace ou si vous vivez dans la région, n’hésitez pas à aller goûter leurs produits à Colmar (35 rue Kléber), Sélestat (2 Place du Marché Vert) ou à Orschwihr (4 Place Saint Nicolas).
