[Manga] Connaissez-vous Natsuki KIZU ?

Natsuki KIZU est une jeune auteure, née en 1992 mais découverte en 2013, grâce à ses nombreux dôjinshis se basant sur des séries telles que Hetalia, Kuroko no Basket ou encore Haikyuu, sous le nom de plume de Gusari. Ces quelques mangas ont rapidement convaincu par leurs histoires touchantes et leurs ambiances dynamiques et poétiques. De plus, les publics japonais puis français se sont vite laissés charmer par ses très beaux graphismes, à mi-chemin entre ceux de SHOOWA (Le Syndrome du Tournesol) et ceux de Rihito TAKARAI (Seven Days).

Grâce aux éditions Taifu, Yukimura sensei to Kei kun, Given et Links, sont trois de ses œuvres disponibles à ce jour en France… Il était temps que Journal du Japon s’y intéresse de plus près.

Premières œuvres : L’amour, mais pas que !

Yukimura Sensei to Kei kun © Natsuki Kizu 2013

Yukimura Sensei to Kei kun © Natsuki Kizu 2013

Premier titre original de la mangaka à être publié en France et ce en 2016, Yukimura sensei to Kei kun est un one-shot qui nous propose de suivre la relation compliquée entre un étudiant et son professeur. Natsuki KIZU met en scène deux hommes avec des personnalités diamétralement opposées qui pourraient être complémentaires si le plus âgé des deux, Yukimura, sortait de sa coquille et oubliait ses préjugés et idées toutes faites … Le plus jeune, Kei, ne sait pas encore ce qu’il veut vraiment et la mangaka joue sur leurs différences pour les mener droit l’un vers l’autre. C’est surtout l’écart d’âge qui retient Yukimura, mais la sincérité de Kei pourrait bien faire pencher la balance de ce cœur froid dans sa direction !

Légère et attrayante, cette jolie histoire séduit par sa douceur et sa candeur de premier amour. On trouve les personnages sympathiques et la lecture se fait sans aucun problème, jusqu’à la dernière page. On en demanderait même plus et on prend d’autant plus plaisir à le lire que l’humour côtoie la romance douloureuse et vient former un bel équilibre, même si le récit reste somme toute assez classique et sans surprise. La deuxième moitié de ce one-shot nous offre une seconde histoire un peu plus dramatique, contant un amour trouble et troublé, plus sombre mais plus poignant. Cet autre récit réussi le pari de prolonger le plaisir de la lecture.

Given Vol. 1 © Natsuki Kizu 2014

Given Vol. 1 © Natsuki Kizu 2014

Vient ensuite, Given, le deuxième manga sorti aux éditions Taifu et aussi la toute première série de la mangaka. Dans ce récit, Mafuyu, un lycéen un peu effacé demande à Uenoyama de lui apprendre à jouer de la guitare. Si ce dernier est d’abord énervé par l’innocence de Mafuyu, il comprendra par la suite qu’il cache en réalité une profonde blessure. Il parviendra justement à surmonter son agacement premier pour découvrir un talent insoupçonné chez ce garçon qui le trouble plus que de raison. L’univers musical apporte une touche toute particulière à l’ouvrage et nous berce d’une certaine poésie.

Une fois encore, le lecteur est immédiatement immergé dans un monde où les émotions pleuvent, et sont cette fois exprimées par le biais de la musique… du moins, en théorie, puisque tout, dans le manga, est question de non-dits et de gestes manqués entre les deux protagonistes. Cependant, la fin de l’oeuvre laisse entendre que tous deux sont… Enfin on ne vous en dit pas plus ! 

Links, enfin, est le petit dernier arrivé chez l’éditeur. Il nous offre une fois de plus un panel de personnages troublés par des événements personnels passés, qui tentent aujourd’hui de réparer leur mal-être par le biais des relations avec les autres. D’une certaine manière, Natsuki KIZU nous apprend que la solitude n’est en rien une solution, et que l’amour fini par guérir les blessures. Une idée qui peut paraître bien naïve mais la capacité de l’auteure à gérer sa narration d’une pleine maturité lui permet bien souvent de mettre dans le mille, en plein cœur du lecteur.

Des récits riches en idées…

Outre l’aspect musical de ces shônen-aï, la grande particularité des mangas de Natsuki KIZU réside dans l’organisation de ses œuvres, puisqu’elles sont généralement ponctuées de fiches de présentation des personnages. Dans Given on retrouve même, à la fin de l’ouvrage, des interviews des membres du groupe afin de mieux les connaître, de comprendre la perception qu’ils ont les uns des autres, mais aussi de développer des aspects de l’intrigue que l’auteure n’a pas pu aborder en détail dans le tome. Une originalité qui renforce le lien entre le lecteur, les personnages et la mangaka.

Links © Natsuki Kizu 2014

Links © Natsuki Kizu 2014

Autre astuce, dans Links : les chapitres font évoluer des protagonistes indépendants mais tous liés entre eux, car ils se connaissent ou travaillent ensemble, à la manière du manga Puzzle (Ryo IKUEMI) ou plus généralement d’un Love Actually à la sauce d’Hollywood. On obtient ainsi une fresque de relations que la mangaka peut explorer, même si on reste principalement dans le thème de la romance. Ainsi elle aborde, par petites touches, d’autres sujets : la solitude, le soutien moral, la dépendance à une personne…

Links est de ce fait une oeuvre un peu plus aboutie que Yukimura sensei to Kei kun mais moins approfondie que Given qui reste l’histoire phare de la mangaka. On retrouve la même mélancolie dans Given et dans Links, que l’auteure disséminait déjà dans ses doujinshis. En général, les fins de ses histoires sont des happy ends, mais qui laissent une impression tristounette (oui oui, tristounette !), toujours teintées d’un brun de mélancolie.

Des personnages matures, des thématiques dures

Natsuki KIZU aborde, dans ses dôjinshis comme dans ses œuvres originales, des thèmes matures et présente les différentes facettes du quotidien d’un ou plusieurs couples, avec leurs lots de malheurs mais aussi de bonheurs.

Dôjinshi Haikyuu KIZU

Dôjinshi Haikyuu KIZU

L’auteure met en avant les relations à travers des personnages qui ont entre vingt et trente ans en majorité et, lorsqu’ils sont plus jeunes, veille à leur donner un petit côté adulte, à la différence des autres shônen-ai abordant des relations entre lycéens par exemple. Le fait d’utiliser des personnages plus adultes apporte des relations sociales plus abouties, et nous montre un autre pan de l’univers du boy’s love. Natsuki prend plaisir à revisiter des thématiques déjà exploitées en leur apportant un côté poétique et une certaine maturité, insufflant un souffle nouveau et une originalité plus que bienvenue dans le genre. L’auteure veut avant tout nous faire découvrir le quotidien de personnages en proie au doute, et nous faire suivre leur remise en question et leur évolution au travers de passages brefs mais intenses de leur vie. Elle joue avec notre corde sensible en utilisant du dramatique (deuil, relation difficile ou/et compliquée) et de la romance, qu’elle contrebalance toujours avec une bonne dose d’humour.

Enfin, quoi de mieux qu’un bon coup de crayon pour rendre sentiments et émotions encore plus touchants ! Même si elle a parfois tendance à faire des personnages qui se ressemblent un peu trop, ce qui au premier abord peut être un peu perturbant, son style est très beau et assez délicat, ajoutant de l’élégance visuelle au tout. Elle maîtrise sans aucun doute son trait et a le mérite d’avoir une patte graphique très reconnaissable.

Pour conclure, voici donc trois mangas magnifiques par leurs graphismes et leurs histoires. Touchantes, originales et qui peuvent vous mettre la larme à l’œil, Natsuki KIZU parvient à séduire les lecteurs en quelques pages avec ces boy’s love très posés, softs, pleins de tendresse et à l’esthétique très gracieuse. À vous de l’essayer pour vous en convaincre !

Yukimura sensei to Kei-kun

Links

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