Le sérieux du LOL avec Kumisolo

Installée à Paris depuis plus d’une dizaine d’années, Kumi Okamoto aka Kumisolo fait partie intégrante de la scène musicale japonaise qui anime la capitale. Elle était l’invitée du Festival West Side le 15 juin dernier et a surpris beaucoup de spectateurs qui ne la connaissaient pas grâce à son énergie et sa musique positive. Notamment, ses reprises de Victime de la Mode de MC Solaar et de Tadaima de Akiko Yano ont marqué. A cette occasion, elle nous a accordé cette interview.

KumisoloKumisolo aime les services postaux - Photo Céline Maxant

Journal du Japon : Qui est Kumisolo ?

Kumisolo : Kumisolo, c’est mon projet musical. A la base, je faisais partie du trio The Konki Duet. En parallèle de ce groupe, j’ai commencé ma carrière solo. C’est comme ça qu’est né mon nom de scène.

À l’origine, vous êtes venue à Paris pour étudier le cinéma. Comment passe-t-on du cinéma à la musique ?

Kumisolo : Ça a été quelque chose d’assez naturel pour moi, en fait. J’aime beaucoup la réalisation et la production vidéo. Comme, à cette époque, je faisais de la musique en parallèle de mes études, j’ai commencé à tourner mes propres clips. Ainsi, j’ai pu concilier ces deux activités en même temps.
Aujourd’hui, je travaille avec une vidéaste et graphiste, Camille. Avec elle, je produis des émissions qui s’appellent Cam & Kumi. Je m’y occupe du côté musical, mais ça me permet de rester en contact avec l’univers de la vidéo.

 

Kumisolo - Photo Céline Maxant

Comment composez-vous ?

Kumisolo : Souvent, chez moi, quand je suis toute seule, je pianote sur mon synthétiseur. C’est comme ça que naissent mes mélodies. Ça part souvent d’une base rythmique simple, autour de laquelle je brode un peu.

Votre musique fait penser à un mélange entre la pop française des années 1980 et le Shibuya-kei. Où puisez-vous vos inspirations ?

Kumisolo : Le Shibuya-kei a bercé ma jeunesse. C’est normal que l’on puisse retrouver cette inspiration dans ma musique. Pizzicato Five, Cornelius, Kahimi Karie, Takako Minekawa sont autant d’artistes que j’adore et qui nourrissent mon style. Par ailleurs, eux-mêmes s’inspiraient de la musique européenne. Donc en m’intéressant à eux, j’ai cherché ce qui les avait inspirés. En cherchant un peu, j’ai ainsi découvert les génériques de films composés par Francis Lai ou Michel Legrand (le compositeur attitré de Jacques Demy). La richesse musicale et culturelle française m’a fascinée. C’est aussi ça qui m’a poussé à y vivre.

En parlant de Jacques Demy, vous avez repris la chanson Gâteau d’Amour que l’on retrouve dans le film Peau d’Âne. Ajoutez à cela vos morceaux Rice Burger, Fondant au Chocolat, Vodka… Pourquoi cette obsession pour la nourriture ?

Kumisolo : La nourriture, ça parle à tout le monde. C’est rigolo de chanter des recettes. La plupart des artistes parlent d’amour, de galère, de choses assez graves, finalement. Je n’aime pas chanter la galère, je ne cherche pas à faire tirer les larmes de mes auditeurs. Je préfère les rendre heureux ! C’est pour ça que ma musique est joyeuse. La nourriture, quand elle est partagée, va dans ce sens également.

 

Kumisolo - Photo Thomas Hajdukowicz

L’adéquation entre visuel et musique semble importante chez vous. Comment travaillez-vous cet univers ?

Kumisolo : Je travaille avec un graphiste, Shobo Shobo. A travers ma musique, il crée ses dessins. Nous concevons vraiment à deux. Nous avons fait quelques spectacles ensemble (notamment à la Gaîté Lyrique), que l’on appelle KumiSho. Quand nous faisons ça, on conçoit véritablement une histoire ensemble, depuis l’ordre de la setlist jusqu’aux visuels. C’est amusant, parce que la dernière fois que KumiSho s’est produit, nous avons eu beaucoup de succès auprès des enfants. J’étais épatée ! Entendre des « Kumi ! Kumi ! » avant de monter sur scène, c’est impressionnant ! J’aime beaucoup ces expériences.

Vous parlez de vos spectacles. Où peut-on vous voir, généralement ?

Kumisolo : Je me produis souvent à Paris, sous le nom de Kumisolo (avec Romain, mon guitariste). J’organise également pas mal de soirées : karaokés, le Yellow Ghetto, Mini Don et Grand Don… Je mixe également un peu, avec une amie, Victorine. Notre nom de scène, c’est Les Demoiselles de Roquefort. Encore une fois, je mélange nourriture et Jacques Demy !

Pouvez-vous nous parler de La Femme Japonaise, votre nouvel EP ?

Kumisolo : Il s’agit d’un mini album édité chez EMI, et qui est disponible depuis le 17 juin. C’est mon premier disque où l’intégralité des paroles est en français. J’ai voulu créer le paradoxe en l’appelant, justement, La Femme Japonaise. Ca représente bien ma personnalité : j’ai voulu une esthétique très japonisante, de l’ère Taisho. C’est à partir de cette époque que les Japonais ont été très attirés par la culture européenne et mélangeant Japon et Occident. C’est moi : j’aime beaucoup la France, mais au fond, mon esprit reste japonais.

Kumisolo - Photo Céline Maxant

Vous avez une esthétique un peu kitsch et pourtant totalement assumée. Pouvez-vous nous expliquer ça ?

Kumisolo : On me demande souvent si les chatons qui lancent des feux d’artifice avec les yeux, les chiots à réacteurs et les légumes qui dansent, c’est pour rigoler. Mais non ! Je suis très sérieuse en général. Si ça fait rire, tant mieux (c’est mieux que si les gens pleuraient). C’est LOL. Le LOL, c’est sérieux !

Un dernier mot pour les gens qui souhaiteraient vous découvrir ?

Kumisolo : Vous pouvez écouter ma musique assez facilement sur YouTube ou Soundcloud. Si les paroles et la musique vous plaisent, vous pouvez acheter mes albums sur iTunes. Enfin, contrairement à ce que peuvent laisser entendre les paroles de Chapardeuse, je ne vole pas au supermarché !

 
Remerciements à Kumisolo pour son temps et sa bonne humeur.

Photo Céline Maxant & Thomas Hajdukowicz © journaldujapon.com – Tous droits réservés.

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *