Aki SHIMAZAKI, des petits romans comme des bulles

À l’occasion de la sortie de son dernier roman Azami (éditions LEMEAC/ACTES SUD), Journal du Japon vous emmène à la découverte d’Aki SHIMAZAKI, une auteure de pentalogie pas comme les autres… Dans ses romans, les vies et les secrets mêlés sont livrés avec limpidité et légèreté.

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Aki SHIMAZAKI, née au Japon, vit depuis plus de vingt ans au Canada et écrit en français. Ses romans sont courts (une centaine de pages), mais laissent toujours au lecteur l’impression d’avoir vécu une belle histoire, d’avoir partagé des vies simples au premier abord, mais portant souvent de lourds secrets. Organisés en cycles (cinq romans pour Le Poids des secrets, cinq également pour Au cœur du Yamato), ils donnent chacun le point de vue d’un personnage, d’un membre d’une même famille, pour livrer au final un objet aux multiples facettes, précieux et attachant.

Petites histoires et grandes questions

Chaque roman est le récit d’une vie, d’une histoire d’amour, de moments tristes ou joyeux, de souvenirs enfouis qui parfois reviennent à la surface lorsque la mort approche. Il y a beaucoup d’amour dans ces romans, mais beaucoup de pudeur, de retenue. On ne se dit pas tout, on ne comprend pas tout. Parfois un secret est avoué très tard, trop tard.

Dans le premier volume de la pentalogie Le poids des secretsYukiko laisse une lettre à sa fille, dans laquelle elle raconte son enfance et son adolescence à Nagasaki : guerre, bombe atomique, père dans le mensonge, frère inconnu. Mêlant à la fois l’intime et l’Histoire, le livre réussit en peu de pages à raconter les souffrances personnelles mais aussi l’horreur de la bombe.

La pentalogie du Poids des secrets

La pentalogie du Poids des secrets

Dans le deuxième volume, c’est cette fois Yukio que nous suivons de l’âge de quatre ans à plus de soixante ans. À quatre ans, il est amoureux d’ELLE, cette ravissante fillette qui vient toujours au parc et qui lui offre une palourde (Hamaguri, le titre du livre) dans laquelle elle a inscrit leurs deux noms et qu’il ne devra ouvrir que lorsqu’ils se retrouveront. Les années passent, adolescent il tombe amoureux de Yukiko, mais là encore la bombe … Il fera sa vie avec une autre femme, mais les souvenirs de la palourde et de Yukiko le hanteront. Le puzzle commencera à se construire sous les yeux du lecteur à la fin du livre.

Les autres volumes feront avancer la construction de ce puzzle familial aux multiples secrets. Il y sera question du tremblement de terre du Kanto, de la difficulté d’être coréen au Japon, des mariages  arrangés, du poids des traditions familiales.

Aborder des sujets profonds au travers d’histoires simples, c’est tout le talent d’Aki SHIMAZAKI.

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La pentalogie suivante, Au cœur du Yamato, mettra aussi en scène des hommes et des femmes soumis à différentes pressions, devant faire face à des situations difficiles, à des choix douloureux. Ainsi dans Mistuba, c’est le monde de l’entreprise et sa pénétration dans la sphère privée qui est décrit avec peu de mots mais une efficacité implacable. Un brillant employé pourra-t-il vivre son histoire d’amour naissante entre un projet de mariage arrangé et un poste à l’étranger ?

Chaque roman est une pièce d’un puzzle, mais la force d’Aki SHIMAZAKI est aussi dans le fait que ces petits livres peuvent se lire de façon autonome comme des tranches de vie.

Une écriture incomparable

Zakuro 2Aki SHIMAZAKI, c’est aussi, et peut-être avant tout, une écriture unique, un style reconnaissable dès les premières phrases.

Les phrases sont courtes, simples, efficaces. Elles décrivent sans fioriture un décor, une personne, un moment. Des mots précis pour décrire au mieux ce qui est en train de se passer. Une efficacité qui met le lecteur tout de suite dans la même pièce que le narrateur, qui le fait entrer immédiatement dans son univers, son quotidien, ses pensées. Pas de méandre, pas de labyrinthe, pas d’épanchement du cœur ni de phrases tire-larmes.

Et c’est un mystère ! Le lecteur est chez lui, sent tout ce qui se passe, comprend les personnages alors que le style est minimal. Comment fait-elle pour créer cette intimité avec si peu de mots ?

L’écriture de l’évidence !

Azami, le petit dernier : amour d’enfance

AzamiC’est un nouveau cycle qui commence avec Azami qui vient de paraître. Tout en gardant ce style concis et précis qui est sa marque de fabrique, Aki SHIMAZAKI évolue avec une tonalité plus sensuelle, plus sentimentale que psychologique.

Mitsuo est un trentenaire à la vie bien rangée : rédacteur pour un magazine culturel (qui rêve de fonder sa propre revue d’histoire régionale), il est marié avec Atsuko, la mère de ses deux enfants, avec laquelle il s’entend bien, même s’ils n’ont plus de relations sexuelles depuis plusieurs années (il gère cela en faisant appel à des professionnelles). La vie semble s’écouler calmement ainsi.

 Mais un jour, il tombe sur un ancien camarade d’école primaire qui l’emmène dans un club très sélect. Il y voit une autre ancienne camarade d’école, Mitsuko, devenue entraîneuse. Mais Mitsuko est aussi son premier amour. Cette petite fille qu’il appelait « Azami » dans son journal intime est devenue une très belle femme. Mitsuo sent monter en lui un désir très fort. Comment  gérer ce bouleversement dans sa vie si calme auparavant ?

Une fois encore, c’est une prouesse que réalise Aki SHIMAZAKI : avec des mots simples, précis, sans voyeurisme ni vulgarité, sans mièvrerie ni larmoyant, le lecteur a le cœur qui bat au rythme de celui de Mitsuo, sent son trouble, ses envies, ses doutes.

Une incursion dans la vie d’un homme, au-delà des apparences lisses de la famille parfaite. Une plongée dans le cœur humain, ses battements passés, présents, futurs … 

Et tout au long du livre, cette berceuse, Azami, que chantait la grand-mère de Mitsuo :

« Ce soir encore, ton oreiller est baigné de larmes.
À qui rêves-tu ? Viens, viens vers moi.
Je m’appelle Azami. Je suis la fleur qui berce la nuit.
Pleure, pleure dans mes bras. L’aube est loin encore. »

 

Pour en savoir plus sur les œuvres d’Aki SHIMAZAKI, rendez-vous sur le site des éditions Actes Sud. Marie Desmeures, son éditrice, y évoque d’ailleurs Azami : 

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