70 ans d’Hiroshima : des livres pour tous les âges

Les livres sur la bombe atomique d’Hiroshima sont nombreux et offrent chacun une approche différente de la catastrophe. Journal du Japon en a sélectionné quelques uns à l’occasion du triste anniversaire des 70 ans de la bombe. 

Hiroshima - Août 1945

Pour les adultes : les notes de Kenzaburô Ôé et les témoignages de survivants.

hiroshima oe

Notes de Hiroshima de Kenzaburô Oé (éditions Folio) est une mine d’informations que l’auteur a rassemblées lors de ces voyages à Hiroshima entre 1963 et 1965 : témoignages des Hibakusha (irradiés), conférences, rencontres, études scientifique. Il livre également le contexte politique (la commission américaine qui étudie sur place les effets de la bombe sur les humains), le combat de nombreux médecins auprès des irradiés pour comprendre et faire connaître l’impact de la bombe même des années après l’explosion. Le docteur Shigetô, qui dirige l’hôpital de la Bombe A, soigne et cherche des solutions pour ses malades. Le journaliste Kanai, éditorialiste au Chûgoku Shimbun, veut élaborer un livre blanc sur les dommages causés par les bombes A et H. Le but de l’auteur est de faire connaître Hiroshima de la manière la plus complète possible, comme cela a pu être fait pour Auschwitz.

Son but : « Ne céder ni à l’excès de désespoir ni à l’enivrement d’une vraie espérance, bref, être humaniste dans le vrai sens du terme ».

Un livre indispensable.

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

Les témoignages donnent une vision personnelle du drame, ils sont souvent très durs à lire, avec des passages aux limites du soutenable, mais leur force de transmission est aussi dans le récit de l’impensable.

hiroshima fleurs d'été

Hiroshima, fleurs d’été de Tamiki Hara (éditions Babel) est un témoignage en trois parties : avant, pendant et après la bombe. Le quotidien de la ville est raconté à travers la vie d’une famille. Avant la bombe, la vie n’est pas facile entre les enfants envoyés à la campagne, les collégiens qui travaillent dans les usines, les alertes quotidiennes. De façon très détaillée, la narration montre la tension et la fatigue nerveuse qui s’installe. Puis arrive l’explosion, et le livre passe du « nous » familial au « je » du survivant : « J’eus la vie sauve parce que j’étais aux cabinets ». Un grand coup, puis l’obscurité, puis l’enfer : le feu, la rivière à traverser, les corps déformés (impossible de différencier un homme d’une femme), les cadavres partout, et surtout les gémissements, les voix agonisantes dans la nuit. Beaucoup de membres de sa famille sont morts. Mais il y a aussi les jours qui suivent : les vomissements, les gens qui saignent du nez, les cheveux qui tombent par poignées. Une description crue, dure, l’enfer devant les yeux du lecteur. Dans la troisième partie, « ruines », les jours passent, les gens errent à la recherche d’un proche, les malades continuent à mourir. Même la beauté d’un paysage de campagne après l’armistice n’arrive pas à faire oublier la faim, la douleur, et l’odeur de la mort qui rôde. Sans parler du typhon qui vient balayer ces paysages de mort.

L’auteur, écrivain brillant, sera un survivant d’Hiroshima hanté par ce qu’il a vu, au point de se jeter sous un train en 1951.

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

Hiroshima il y a un an

 Il y a un an Hiroshima de Hisashi Tôhara (éditions Arléa) est le témoignage de l’auteur, lycéen de 18 ans le 6 août 1945. Il a écrit ce récit un an plus tard, puis s’est tu sur le sujet jusqu’à la fin de sa vie. C’est sa femme (avec laquelle il a vécu 42 ans) qui a trouvé ces pages après sa mort et a décidé de les faire publier « en souhaitant que le cœur du jeune Hisashi Tôhara parvienne tel quel à ceux qui daigneront le lire ».

Ce jeune adolescent raconte avec ses mots la lumière intense, puis le feu partout, les personnes brûlées, son incompréhension du phénomène : « Mais enfin, qu’est-ce qui nous avait attaqué ainsi avec une telle violence ? Où était le centre de l’explosion ? Jusqu’où s’étendaient les dégâts ? »Et puis la peur : peur de mourir, peur face à toute l’horreur qu’il peut voir. Il réussira, malgré cette peur qui le tenaille et cette envie de fuir, à sauver une petite fille, mais pas à sauver un homme coincé dans sa maison en feu. Culpabilité, honte … Beaucoup de sentiments mélangés. Après un périple terrifiant, il réussira à rejoindre un centre de secours et réalisera la chance qu’il a eue en voyant les visages violacés, boursouflés, méconnaissables. Il retrouvera sa mère. Il parlera alors avec pudeur de tous les irradiés marqués à vie dans leur corps. Le « syndrome de la bombe atomique » le hante, qui fait que « ceux qui perdaient leurs cheveux étaient abandonnés même des médecins. J’ai vécu en tirant chaque matin sur mes cheveux pour me convaincre que je tenais encore le coup ».

Plus d’informations sur le site de l’éditeur

 

Côté enfants, des histoires plus poétiques

 Pour les enfants, il existe des livres moins durs pour aborder ce sujet difficile.

hiroshima sadako

D’abord un classique : Les oiseaux reviennent à Hiroshima (l’histoire de Sadako Sasaki) de Viviane Koenig et Masako Mizuta (éditions OSKAR). Ce livre raconte l’histoire de la jeune Sadako Sasaki. Elle a deux ans et demi au moment de l’explosion de la bombe. Après la guerre, c’est une petite fille pleine d’énergie qui rêve de participer aux Jeux Olympiques car elle court très vite. Malheureusement, à 11 ans, elle tombe malade : maux de tête, évanouissements, ganglions. Diagnostic : « le mal de la bombe atomique », une leucémie qui la conduit à l’hôpital. Elle décide de se battre et de plier mille grues pour que son voeu de guérison se réalise. Sadako sera emportée par la maladie, mais les enfants de son école continueront à plier des grues pour ce voeu : « Plus de bombes atomiques, plus de bombes, plus de guerres, plus de destructions nucléaires, ni au Japon, ni nulle part ailleurs dans le monde ». Ces enfants récolteront des fonds et feront ériger une statue à la mémoire de Sadako : le monument des enfants de la paix que le visiteur peut voir à Hiroshima, représentant Sadako tenant dans ses bras ouverts une grue aux ailes déployées.

Cette histoire est complétée par des pages de documentation très bien faites sur Sadako, la bombe atomique, le Japon dans la guerre.

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

hiroshima serres

Le deuxième livre pour enfants est plus poétique : Hiroshima, deux cerisiers et un poisson-lune d’Alain Serre et Zaü (éditions Rue du Monde).

La petite Yoko habite Hiroshima et va, comme tous les ans le 5 août, rendre visite à sa vieille tante Tsukiyo qui avait à peine 10 ans lors de l’explosion de la bombe. D’habitude, elle y va avec ses parents, mais cette année elle y va seule. Elles se promènent toutes les deux dans le parc, admirent les fleurs, mais Yoko ne cesse de questionner la vieille dame sur ce qui s’est passé … il y a si longtemps. Tsukiyo lui raconte que le jour du bombardement, un tapis de cerisiers a empêché l’explosion, qu’une grue a pris la bombe dans son bec et qu’un poisson-lune l’a avalée. Mais ce n’est pas ce que Yoko veut entendre. Malgré son insistance, elle n’aura pas plus d’informations sur ce qu’a pu vivre sa vieille tante à ce moment-là.

Ce livre pose avec douceur la question du souvenir, du traumatisme, de la difficulté de parler de l’horreur, de la douleur (cette tante a perdu ses deux frères et son père lors du bombardement). La délicatesse des peintures qui illustrent magnifiquement le livre contraste avec la cruauté de la réalité (des encarts photographiques accompagnés de textes expliquant ce qui s’est passé pendant la guerre se font une petite place au milieu des peintures immenses). C’est une oeuvre originale qui permet d’aborder ce sujet tout en finesse.

 

Ces livres dont la lecture s’avère parfois difficile vous permettront de mieux comprendre l’incompréhensible et de ne pas oublier ce qui s’est passé, pour éviter que cela ne se reproduise. Alors lisez, pliez une grue et faites un vœu pour la paix …

 

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