Chim↑Pom : Anarchy In The U.K.

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Chim↑Pom est un collectif d’artistes formé en 2005 à Tokyo et composé de six membres : Ellie, Yasutaka HAYASHI, Motomu INAOKA, Toshinori MIZUNO, Masataka OKADA et Ryūta USHIRO. Fortement influencé par Makoto AIDA, avec qui ils partagent le goût de la provocation, ceux que l’on surnomme les enfants terribles de l’art japonais sont connus pour leurs performances vindicatives et porteuses d’un fort message social. À l’occasion de la Start Art Fair qui s’est tenue du 10 au 20 septembre à la galerie Saatchi (Londres), le collectif a fait le déplacement pour cette première exposition solo en Europe.

 

Super Rat

Les membres de Chim↑Pom se sont récemment illustrés sur différents fronts à travers diverses performances et expositions suscitant de vives réactions au sein de la société japonaise. Cette première exposition solo sur le vieux continent était l’occasion pour le collectif d’offrir une vue d’ensemble de son travail au public européen, des performances qui ont fait sa renommée à ses derniers coups d’éclat.

On pouvait donc retrouver le célèbre Super Rat, première œuvre de Chim↑Pom à avoir fait couler de l’encre.

« Super Rat » est le surnom donné par les dératiseurs à une nouvelle race de rats pullulant dans les rues de Tokyo et ayant la particularité d’être incroyablement immunisés contre la mort aux rats. En 2006, Chim↑Pom a capturé plusieurs de ces rats à l’aide de filets à papillon. Après avoir été empaillés, les rats ont été peints de façon à ressembler au pokémon Pikachu et exposés dans d’extravagantes mises en scènes à travers Tokyo ou surplombant une maquette de Shibuya à la manière de kaijūs à poils ras. Les membres du collectif expliquent que la faculté des rats à se reproduire et à évoluer les rapprochent étonnamment du peuple japonais qui navigue de catastrophe en catastrophe en se contentant de lutter pour se survie. « Et c’est d’autant plus vrai maintenant que le Japon vit au milieu de la radioactivité » tacle Ryūta.

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Black Of Death

Agrémentant son bestiaire, les membres de Chim↑Pom sont revenus sur le devant de la scène en 2007 avec une incroyable performance intitulée Black Of Death.

À l’instar des super rats, évoluant et proliférant à travers Tokyo, les corbeaux ont également infesté la capitale japonaise, se nourrissant des déchets alimentaires et résistant à l’extermination. À l’aide d’un spécimen empaillé et d’un mégaphone amplifiant des enregistrements de croassements, le collectif a rassemblé un nombre incalculable de corbeaux dans différents lieux stratégiques de la capitale : au dessus du célèbre magasin Shibuya 109, sur la tombe de l’artiste avant-gardiste Tarō OKAMOTO, peintre de la célèbre fresque Le Mythe De Demain qui orne la station de Shibuya ou encore au dessus de la Diète du Japon (parlement japonais).

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Photo ©Chim↑Pom

 

Outre la vidéo documentant la performance qui était diffusée lors de l’exposition à la galerie Saatchi, les photos prises des différents monuments envahis par les corbeaux ont été éditées en un lot de cartes postales, écornant ainsi la volonté constante du Japon de lisser son image.

En 2013, les membres de Chim↑Pom ont remodelé l’idée de Black Of Death et ont rassemblé les corbeaux réunis dans la zone contaminée de Fukushima, attirés par le bétail abandonné, et les ont guidés hors de la zone.

 

Real Times

Comme on peut le voir avec les adaptations et réinterprétations de Super Rat et de Black Of Death postérieures à l’incident de Fukushima, le souvenir de la catastrophe hante l’esprit des membres de Chim↑Pom. Alors que les performances touchaient principalement à des causes sociales et politiques, les actions récentes du collectif touchent essentiellement à la question du nucléaire et à la catastrophe de 2011, et ces thèmes se retrouvent au cœur des dernières installations exposées à la galerie Saatchi.

Real Times est une série de travaux produits juste après l’incident de Fukushima, en 2011. Face à une telle catastrophe, les membres de Chim↑Pom confessent s’être heurté à l’impuissance de l’art ; dans les régions touchées par la catastrophe, de nombreuses expositions ont du être annulées. En réaction à cette situation, le collectif s’est déplacé dans la région de Fukushima afin de produire des travaux. Dans le même temps, Chim↑Pom a fait couler beaucoup d’encre en « mettant à jour » la fresque Le Mythe De Demain de Tarō OKAMOTO en y ajoutant un panneau représentant la catastrophe nucléaire de Fukushima.

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Photo ©Chim↑Pom

 

Ainsi, plusieurs installations chocs ont été créées dans la zone contaminée. Without Say Goodbye dresse sur le bord d’une route abandonnée la silhouette hantée d’un épouvantail portant une tenue de protection et un masque à gaz. La vidéo Ki-Ai 100 rassemble les membres du collectif et des habitants de la ville dévastée de Soba, dans la préfecture de Fukushima. Réuni en cercles, le groupe a effectué cent kiai ! (cri désignant l’esprit combatif) accompagnés de messages tantôt émouvants, tantôt caustiques voire ironiques exprimés par les habitants de la ville sur l’espoir, la perte d’un être cher ou le nucléaire. Ultime message adressé au gouvernement japonais et à la politique nucléaire du pays, les membres du collectif ont planté près du réacteur n°4 un drapeau japonais transformé en signe radioactif.

 

It’s The Wall World

Après son coup d’envoi en 2014, le projet It’s The Wall World n’a cessé de grandir et de se compléter. Le projet est né d’une précédente initiative de Chim↑Pom intitulée Broken Peace (Piece). Après la catastrophe de Fukushima qui a notamment détruit plusieurs galeries et espaces d’expositions, les membres du collectif ont démoli le mur d’une galerie pour en faire des pièces de puzzle. Ces pièces issues du mur de la galerie, espace blanc supposé neutre, ont ensuite été échangés avec des pièces identiquement découpées dans des surfaces du « vrai monde », apportant ainsi un peu de la galerie à différents endroits de la planète et rapportant à la galerie un nouveau mur composé de plusieurs contextes, histoires et souvenirs. It’s The Wall World vise à trouver la véritable définition de l’art face à l’adversité et permet de réduire la distance entre l’espace blanc de la galerie et le « vrai monde ». La récupération de chaque pièce du puzzle que l’on peut désormais observer sur le mur de la galerie est documentée en vidéo et chaque pièce nous raconte ainsi son histoire.

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The History Of Humans

La dernière installation présentée par le collectif Chim↑Pom à la galerie Saatchi est leur production la plus récente ; The History Of Humans. Cette installation trouve sa source dans le fait que la ville d’Hiroshima reçoit chaque année un nombre incalculable de grues en origami venues du monde entier. Cette tradition a commencé avec l’histoire d’une jeune fille souffrant d’une leucémie due aux radiations causées par la bombe d’Hiroshima. Cette jeune fille passait ses journées à plier des grues en origami en souhaitant que sa santé s’améliore et que la paix soit retrouvée, la légende voulant qu’un vœu se réalise si l’on plie un millier de grues. Depuis, la ville d’Hiroshima reçoit chaque année des milliers de grues en origami, comme une prière venue du monde entier pour une paix universelle.

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L’installation The History Of Humans dispose au centre de la galerie une immense pyramide de grues en origami qu’Ellie, la jeune femme du collectif, déplie une à une. Il revient alors aux visiteurs de replier les grues, exprimant ainsi leur propre vœu pour la paix. Les grues reformées repartent alors pour Hiroshima. Cette procédure contradictoire vise à souligner la boucle infinie de paix et de destruction que le monde subit, et briser cette boucle pour enfin trouver une véritable paix durable est un défi qui doit être plus qu’un vœu.

 

De retour au Japon après ces dix jours d’exposition à la galerie Saatchi, les membres de Chim↑Pom continuent leur croisade avec notamment la publication du livre inspiré de l’installation Don’t Follow The Wind. Cette exposition fantôme réunit une vingtaine d’artistes dont Chim↑Pom et l’artiste activiste chinois Weiwei AI et consiste à organiser une exposition dans la zone contaminée de Fukushima, là où personne ne pourra la visiter avant plusieurs décennies.

Pour plus d’informations sur Chim↑Pom et leurs travaux, rendez vous sur le site officiel du collectif

Remerciements à Chim↑Pom, et plus particulièrement à Ellie, Mizuno et Ryūta pour leur accueil, leur bonne humeur et leur sens de la fête.

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