91 Days : La vengeance est un plat qui se mange froid

Bien qu’elle soit assez rare, la thématique de la mafia se retrouve de temps en temps dans quelques séries animées. Cependant la plupart d’entre elles ne l’exploitent que de façon assez superficielle, préférant y ajouter de la romance ou du fantastique pour un mélange généralement plus formaté. Il aura donc fallu attendre 91 Days pour découvrir une œuvre qui développe pleinement un univers 100% mafieux, au travers d’une sombre histoire de vengeance… Mais était-ce vraiment une bonne idée, et au delà, est-ce que l’on accouche ainsi d’un anime réussi ?

Le tour de Lawless en 91 jours

91-days-visuel-cleTout commence dans la ville fictive de Lawless, en pleine période de prohibition. Comme son nom l’indique, la cité échappe encore à la loi, et ses différents quartiers sont contrôlés par la mafia. Lors de sa jeunesse, notre héros Avilio vivait en ce lieu, mais sa famille fut exécutée et lui seul a pu en réchapper. Quelques années plus tard, Avilio est de retour en ville. Il a reçu une lettre contenant les noms des meurtriers : les Vanetti. N’étant plus animé que par un sentiment de vengeance, il décide d’entrer dans cette famille mafieuse et devient rapidement proche de Nero, le prochain chef du clan…

Après avoir adapté la récente suite de la franchise Durarara!!, le jeune studio Shuka s’est donc mis en tête de produire 91 Days. Comportant 12 épisodes (plus un épisode 7.5 récapitulatif), ce n’est autre que leur première production originale, diffusée au Japon à l’été 2016. À la réalisation, on retrouve donc Hiro KABURAKI qui avait officié sur Kimi ni Todoke, Tonari no Kaibutsu-kun et Hozuki no Reitetsu. La gestion du scénario est attribuée à Taku KISHIMOTO, déjà à cette même fonction sur diverses séries comme Un Drôle de Père, Haikyû !! ou plus récemment Erased. Le design des personnages est le fruit du travail de Tomohiro KISHI qui avait lui aussi travaillé sur Tonari no Kaibutsu-kun. Notons enfin la présence de Shōgo KAIDA à la composition musicale (Special A et Uragiri wa Boku no Namae o Shitteiru).

Une équipe ayant souvent fait ses preuves donc, mais dans des genres assez différents. Et même si staff au talent reconnu ne rime pas forcément avec qualité, cela n’empêchait pas de générer certaines attentes…

Thématique mafia : le tir a-t-il touché sa cible ?

Les bases étant posées, passons aux points forts et attendus : l’histoire et ses personnages. Des protagonistes qui s’avèrent nombreux – ce qui n’est pas toujours simple à gérer – mais qui sont tous suffisamment différents, tant sur le plan visuel que psychologique. Vous appréciez les personnages calmes et réfléchis ? Avilio est fait pour vous. Vous préférez l’extrême opposé, une brute qui passe à l’acte dès que possible ? C’est Fango qui vous régalera. Un joyeux mélange des deux ? Voilà Nero. Vous l’aurez compris, il y en a pour tous les goûts et une fois trouvé celui qui vous correspond, l’attachement se fait assez rapidement. D’autant qu’ils ne font pas que de la figuration et chacun à son utilité, à un moment ou un autre du récit. Vu leur nombre, certains marquent logiquement plus les esprits que d’autres mais, milieu mafieux oblige, leur éventuelle disparition n’en sera que plus surprenante, voir choquante tant elles sont parfois brutales.

Le héros, lui, est bien sûr la pièce maitresse de 91 Days, grâce sa quête de vengeance dont découle une flopée d’événements. Avilio est déterminé et ne vit que pour la mission qu’il s’est fixé, s’étant débarrassé de tout sentiment de joie, de tristesse ou même de colère. Sans la réception de la fameuse lettre, rien n’aurait changé pour lui, mais désormais il n’hésite pas à manipuler son entourage pour arriver à ses fins. Pourtant il changera petit à petit, et on suivra avec plaisir l’évolution de ce jeune adulte pas comme les autres, pour qui la vengeance bouleversera à jamais sa vie…

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Dans sa globalité, le scénario de la série est soigné et prend le temps qu’il faut pour boucler son intrigue. Nous avons ainsi le droit à deux premiers épisodes bien rythmés, qui posent avec efficacité les bases scénaristiques et les différents protagonistes, puis quelques épisodes plus calmes, avant d’entamer une seconde partie sans aucun temps mort. Les événements s’y s’enchaînent rapidement, mais sans laisser le spectateur dans l’incompréhension. Pour autant, comme l’œuvre n’est pas avare en rebondissements, il est souvent difficile de deviner ce qui peut bien nous attendre à l’épisode suivant : les rivaux d’hier seront par exemple les alliés de demain… et vice versa !

Enfin niveau action, les phases de fusillades se comptent sur les doigts d’une main car l’essentiel des rencontres se déroulent en petits comités. Peu d’action donc, mais des instants soignés et intenses, tant la tension est palpable. Seul bémol : le dernier épisode, doté de scènes qui semblent se dérouler à quelques jours ou semaines de différence et qui s’intercalent entre les événements finaux. Soit un final assez troublant si tout n’a pas été compris au préalable. Rassurez-vous tout de même, il ne s’agit pas là d’un artifice pour une fin opaque et bâclée :  la conclusion est bel et bien là, et toutes les questions posées au cours de l’intrigue trouveront leur réponse.

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Prêts à plonger dans une ambiance mafieuse ?

Un scénario réussi est un très bon point, mais il faut également que l’ambiance, le design, l’animation et la bande originale soient à la hauteur. Bien qu’il ne soit pas très novateur et puisse ressembler à d’autres œuvres, le character design est tout de même une réussite. Ce qui fait la différence, ce sont notamment les différentes tenues vestimentaires des personnages. Elles nous permettent d’identifier immédiatement l’époque, tout comme l’environnement dans lequel travaille chaque protagoniste. Un sentiment qui se manifeste également lorsque l’on aperçoit les différents lieux de Lawless, mais aussi de ses alentours. Mention spéciale au quatrième épisode qui nous offre de belles scènes en campagne, ce qui change des rues austères de la ville. Sur le plan artistique, il n’y a donc pas grand-chose à reprocher tant le travail d’ambiance visuelle semble avoir été soigné.

Le constat sera par contre plus mitigé concernant les différentes pistes musicales. Certaines font parfois penser à l’époque, mais sont d’autres fois incohérentes par rapport à l’univers construit et ne sont pas franchement marquantes… Terminons en faisant un point sur l’animation qui n’est, comme dans la majorité des productions actuelles, ni bonne, ni mauvaise. Quelques baisses de qualité se font malgré tout sentir en milieu de série, notamment dans les scènes où les personnages sont plus éloignés et nombreux, mais cela reste temporaire et l’on retrouve un niveau d’animation correct par la suite.

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Il est désormais temps de répondre à la question posée dans l’introduction de l’article : la série est-elle une réussite ? C’est le cas ! Grâce à son intrigue efficace et riche en surprises, ses personnages et son ambiance, 91 Days se place aisément en tant que production originale de qualité. Le pari de l’anime résolument mafieux était-il donc le bon ? La réponse est ici plus complexe. 91 Days peut facilement faire figure de modèle en son genre, et trouvera certainement une place de choix dans le cœur de ses adeptes. Cependant ce parti pris est forcément plus clivant pour ceux qui n’adhèrent pas au ton de la série ou à son époque, et qui risquent de ne pas y trouver leur compte.

Mais pour ceux qui sont tentés par une histoire de vengeance dans le milieu mafieux du 20e siècle, la série est disponible gratuitement et en intégralité sur la plateforme Crunchyroll… En attendant peut être une future édition physique en France, ou qui sait, la sortie d’un manga ou d’un light novel au Japon ? C’est tout le mal qu’on peut lui souhaiter !

Visuels © 91 Days

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3 réponses

  1. DanieL dit :

    J’ai énormément aimé cette série que j’ai pris plaisir à suivre chaque semaine lors de sa sortie sur Crunchyroll (qui propose toujours des sous-titres d’une super qualité, adaptée à la série en question). Bref, que du bonheur, je conseille très vivement cette série dont j’espère une sortie physique un jour !

  2. Andrea dit :

    Je fais également partie des gens qui ont apprécié la série. Comme vous l’avez noté dans la chronique, il y avait beaucoup d’attentes vis-à-vis du staff. Pour moi les attentes ont été honorées. J’ai particulièrement été convaincue aussi par le parti pris de ne pas montrer trop d’action, ce qu aurait pu arriver avec un tel pitch de départ. Mais à mon sens le rythme n’en a pas pâti. Et même si l’on a pas toujours évité quelques poncifs sur la mafia, je les ai trouvés plutôt bien utilisés puisque finalement certains sonnaient comme des références sympathiques à des films de gangsters cultes (j’ose à peine parler des lasagnes du Parrain et du personnage de Fango, un peu « too much » mais qui semble sortir tout droit d’un film de Scorsese ^^)
    J’ai globalement apprécié le développement des principaux protagonistes via une caractérisation psychologique assez convaincante. Avilio est parfait (je fais partie des gens qui ont accroché assez rapidement au personnage), mais Nero et Corteo ne sont pas en reste. Cette histoire de vengeance n’était pas simpliste. Bien au contraire. Et ça c’était pertinent. En tout cas le « Sois proche de tes amis, et encore plus de tes ennemis » ne s’est jamais autant justifié. ^^
    Je voudrais aussi souligner mon plaisir à écouter l’excellent travail du cast de seiyuu.
    Mention spéciale de mon côté aussi pour l’épisode 4. Et bien sûr pour cette fin, très cinématographique et très intense.
    Ah oui, j’ai adoré l’opening, qui pourtant faisait figure d’ovni pour introduire une série sur la prohibition. Mais j’aime bien la voix de TK, le leader de Ling Tosite Sigure (qu’on retrouve sur Unravel, l’op de Tokyo Ghoul, mais sur les op de Psycho Pass également)..
    Bref, en dépit de quelques éléments qu’on peut trouver perfectibles, j’ai suivi cette série avec beaucoup de plaisir et d’intérêt, ne m’ennuyant jamais (et ne râlant même pas d’un récap’ pour une fois). Des séries comme 91Days, j’en voudrais plus souvent, si possible.

    Merci pour cette chronique !

  1. 15 février 2018

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