Du livre au film : Creepy, qui est vraiment votre voisin ?

Creepy est le dernier film de Kiyoshi KUROSAWA qui est sorti il y a peu dans tous les bonnes salles de cinéma. L’occasion pour nos deux critiques littéraires et cinéma, Alice et Emilie, de vous présenter le livre qui l’a inspiré, prenant,  mais aussi de vous dire ce que l’on a pensé du film lui-même !

Creepy Le film

Creepy, le roman glaçant de Yutaka MEKAWA

Creepy-livreCe thriller psychologique a lancé la carrière d’écrivain de Yutaka MAEKAWA, professeur de littérature, spécialisé en littérature comparée et américaine. Récompensé par le Prix Jeune talent du Suspens en 2011, il s’est déjà vendu à plus de 230 000 exemplaires au Japon. Les jeunes éditions d’Est en Ouest viennent de le faire paraître en France, dans une excellente traduction de Sylvain Cardonnel.

Tout y démarre tranquillement. Takakura, 46 ans, est professeur en psychologie criminelle à l’université. Avec sa femme, ils viennent de déménager dans un nouveau quartier. Les voisins sont une vieille femme et sa fille dans une des maisons et Monsieur Nishino et sa fille collégienne, très timide, dans l’autre. Le professeur aime son métier qui lui permet de se lever tard et d’éviter les trains bondés du matin. Il aime également passer du temps avec Rinko, une de ses étudiantes qu’il aide pour son mémoire et invite souvent au restaurant.

Mais lorsque Nogami, inspecteur chef et ancien ami de lycée (qu’il a très rarement revu depuis 30 ans), le contacte pour lui demander son aide sur une affaire de disparition vieille de huit ans (de trois membres d’une famille dont la fille s’est retrouvée seule), l’ambiance change radicalement. Son voisin Nishino a un comportement étrange, la femme de ce dernier est invisible. Puis un incendie se déclare chez les voisines … Et quand la fille du voisin affirme que l’homme avec lequel elle vit n’est pas celui qu’il prétend, la tension monte encore d’un cran.

Le rythme du roman s’accélère, les théories se construisent mais les réponses n’arrivent pas assez vite, des gens meurent, d’autres disparaissent, l’angoisse devient insoutenable. Et si tout était lié, et si la réponse était juste sous les yeux de Takakura ?

L’auteur tisse une véritable toile dans laquelle le lecteur se laisse prendre. Les protagonistes sont nombreux et la chronologie est riche, mais au final les fils se rejoignent et tout s’éclaire … et glace le lecteur !

« L’expression que j’avais lue sur sa face était d’une froideur insoutenable. Ses yeux irradiaient une lueur trouble et mauvaise. « Psychopathie de privation affective ». Je ne sais pourquoi m’était venue à l’esprit cette expression que l’on s’attendrait plutôt à trouver dans les attendus d’un délibéré de jugement, dès qu’il s’agit de se prononcer sur l’irresponsabilité pénale d’un prévenu. »

« À la réflexion, le visage que nous connaissions de Nishino nous avait toujours paru – comment dire ? – sophistiqué, comme s’il avait été recouvert d’un film plastique. C’était un visage étrange, difficile à décrire. Il était fort possible qu’il ne nous ait jamais été donné de voir son vrai visage. »

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

 

Creepy, l’inquiétant film de Kiyoshi KUROSAWA.

Voilà une histoire qui porte bien son titre et qui, de plus, colle parfaitement à l’univers cinématographique de Kiyoshi KUROSAWA, à savoir le thriller psychologique à tendance souvent fantastique et parfois horrifique. C’est un mariage réussi et un plaisir cinématographique dans lequel on retrouve des éléments chers au style de KUROSAWA, comme l’angoisse lancinante qui finit par fissurer le quotidien jusqu’à la paranoïa.

Creepy, KUROSAWA

Avec pour pivot scénaristique l’inquiétant voisin Nishino, étrange bonhomme au faciès de mauvais clown, à la fois diablement imprévisible et manipulateur, ce film joue sur une peur inconsciente chez le spectateur qui est celle que le mal est toujours bien plus proche qu’on ne le croie.

AFFICHE-CreepyGrâce à une mise en scène fondée sur des plans-séquences, KUROSAWA évite la multiplication des cuts et des gros plans au montage. Le rendu final est comme épuré de tout exagération et artifice, se concentrant sur l’occupation de l’espace, les actions des personnages et le décor, toujours très travaillé chez KUROSAWA. Ainsi, la caméra suit ou précède les acteurs qui évoluent dans un espace visuellement délimité. Tout au long du film, bien souvent, on retrouve un cadre dans le cadre de l’image : une fenêtre, des lignes architecturales d’une pièce ou de bâtiments. Il en résulte un décalage entre l’harmonie des mouvements qui lie la caméra et les acteurs d’un côté, et l’enfermement que produit le cadre et le décor de l’autre. Ce qui participe à générer une ambiance étouffante, un malaise tout au long du film.

Au côté d’autres symboles récurrents de la filmographie de KUROSAWA, comme le rôle de la nature ou la mélancolie pesant sur les couples, on retrouve dans Creepy deux autres marques de la patte du réalisateur : le développement de fausses pistes qui disparaissent sans plus d’explication – mais sans pour autant gêner la narration – et également l’utilisation maligne du hors champs. KUROSAWA trouve d’ailleurs dans sa mise en scène l’équilibre parfait entre ce qui est ostensiblement montré et ce qui est suggéré, jusqu’à donner la chaire de poule aux spectateurs. Tout semble aller trop vite, et vite de travers, nous laissant l’impression frustrante que l’antagoniste Nishino contrôle aisément la situation. Ce qui reste, avouons-le, un supplice jouissif pour le spectateur.

Grâce à un scénario et une mise-en-scène maîtrisés, Creepy marque un pic d’excellence dans la prolifique filmographie du talentueux Kiyoshi KUROSAWA. En effet, même « nettoyé » des artifices surnaturels présents dans beaucoup de ses précédents films, comme l’apparition de fantômes par exemple, le style du réalisateur réussit ici à dénoncer pleinement, sans subterfuge, l’horreur de la société moderne japonaise et même de la société moderne en générale, faisant de ce thriller à tout point de vue très japonais un film totalement universel.

Creepy est visible dans tous les bons cinémas, alors profitez-en !

 

Retrouvez toutes les informations sur le film sur la page Facebbok officielle du film et ci-dessous les salles pour la semaine du 28 juin !

Creepy Salles 28 juin

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1 réponse

  1. 10 juillet 2017

    […] France. Pour tout savoir aussi bien sur le livre que sur le film, nous vous invitons à découvrir notre double critique ici. Vous pouvez aussi suivre l’actualité du film sur sa page […]

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