Deux polars relevés pour démarrer l’année !

En cette nouvelle année, Journal du Japon vous fait à la fois voyager et frissonner grâce à deux romans policiers originaux qui vous emmèneront du Paris des grands restaurants au Tokyo des yakuzas pour l’un, et de Los Angeles à Okinawa pour l’autre. Deux bons polars pour commencer 2018 !

Manger tue ! 

On ne meurt pas la bouche pleine - couverture. Editions Plon

On ne meurt pas la bouche pleine – couverture. Editions Plon

Lorsqu’un chef de renommée internationale s’associe à une scénariste et auteure de polars historiques, le résultat est à la fois précis au niveau du récit et fascinant concernant la cuisine inventive d’un grand restaurant.

Le livre s’ouvre sur une scène angoissante: 1976, une femme tente d’échapper à ses geôliers, elle a trois doigts coupés et se bat pour survivre.

Puis, saut vers le présent et à Paris: Achille SIMMEO, commandant à la « Crim » depuis trente cinq ans, assiste à une vente d’art à Drouot où il y voit une magnifique armure de samouraï. 

La construction du livre est originale : les chapitres se déroulant à Paris alternent avec ceux se déroulant à Tokyo. Car les morts sont nombreux aux deux bouts de la planète ! A Paris, un riche Japonais meurt empoisonné par un produit inconnu et SIMMEO est chargé de l’enquête. Celle-ci ne semble pas passionner ses supérieurs qui sont plus préoccupés par le déménagement du 36 vers un bâtiment plus moderne et ont envie de classer cette affaire en banal accident de la route. Mais SIMMEO a toujours eu une intuition hors du commun, et il est bien décidé à mener cette enquête jusqu’au bout.

Au Japon, un corps est retrouvé dans l’ambassade de France, et d’autres morts suivent. Là encore, les morts semblent naturelles. Et puis, comme le dit le chef de l’inspecteur Okimura DONAN chargé de l’enquête : « Rien à foutre des yakuzas, des putes et des Chinois. » Là encore, le dossier est en passe d’être classé.

Il faut la motivation sans faille de SIMMEO et de DONAN (« Son moteur restait assez banal pour un flic : seule comptait la percée de la vérité ») pour que l’enquête avance et qu’ils s’intéressent aux repas qu’ont faits les différentes victimes. L’échoppe qui danse toute seule, à l’origine nom d’une estampe d’Hokusaï, est un restaurant étoilé parisien où officie le brillant chef Eliott PRINCIPAL et sa fille. Mais si les victimes y ont pris un repas hors du commun, cela n’a pas pu les tuer. Petit à petit, le commandant SIMMEO découvre, avec l’aide d’un passionné, les plantes, les molécules qui font le goût, que l’on peut extraire, et concentrer … La cuisine se fait chimie. Chimie mortelle ?

SIMMEO décide de s’envoler pour le Japon et de mener l’enquête avec DONAN, son homologue japonais. Les méthodes sont différentes et les moyens aussi, la police japonaise ayant une caméra 3D et un filet chasseur de drones. Le contraste est réel, mais ils arrivent à communiquer grâce au talent d’un interprète journaliste et à leur volonté commune de trouver le ou les assassins.

Le livre est comme un plat mêlant différents ingrédients :

  • un commissaire en fin de carrière, adopté enfant par un couple issu de la mafia corse, qui hérite soudainement d’un père biologique qu’il n’a pas connu, et qui aime Paris, l’art et les armures de samouraïs,
  • l’univers des yakuzas, le noyau familial, la loyauté, la hiérarchie, les règlements de compte,
  • et bien sûr la cuisine comme un art, comme une expérience inoubliable, une explosion de saveurs, un rêve pour les sens … avec des pages qui font saliver le lecteur gourmand !

« Sous les applaudissements de l’assemblée, un bataillon de serveurs s’ébroua et le policier fut bluffé par l’énergie de l’envoi. Tout le monde avait dégainé son smartphone et photographia l’assiette. Simmeo fit de même tant le résultat était une splendeur. Au goût, le pressé d’anguille fumée au foie gras déroutait un palais novice. Tel un opéra, les parfums montèrent en puissance, rejoignant les saveurs. Ce repas est un tourbillon initiatique, songea le policier en se régalant. Il devait bien admettre que chaque bouchée était un choc considérable, et lorsqu’il croqua la bille, le céleri explosa dans son palais. »

Un polar bien ficelé, qui laissera au lecteur un goût étrange …

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

 

Meurtres, secrets et mensonges de Los Angeles à Okinawa

Shamisen en peau de serpent – couverture. Editions de l’Aube

C’est avec plaisir que le lecteur retrouve Mas ARAI, ce jardinier kibei, terme qui désigne quelqu’un né aux Etats-Unis, puis qui a vécu un temps au Japon et est revenu vivre aux Etats-Unis ensuite. Il a vieilli et ne travaille plus qu’à mi-temps pour quelques fidèles clients à Los Angeles. Ce « jardinier détective », comme aime l’appeler son meilleur ami GI, se retrouve une fois de plus, et bien malgré lui, au cœur d’une enquête. En effet, un ami de GI, qui vient de gagner cinq cent mille dollars à une machine à sous, est retrouvé assassiné sur le parking du restaurant où il donnait une petite fête.

Dans ce troisième volume de la série mettant en scène Mas ARAI, dont chaque livre peut être lu indépendamment des autres, le lecteur retrouve la communauté nippo-américaine de Los Angeles, les amis de Mas : un couple toujours prêt à rendre service, Haruo qui a perdu un œil lors de l’explosion de la bombe atomique à Hiroshima, Wishbone, joueur et arnaqueur à ses heures. Mais c’est une autre communauté, plus spécifique, qui est présentée par petites touches, comme le fait toujours l’auteure : celles des natifs d’Okinawa qui ont quitté leur archipel pour le Pérou ou les États-Unis (Hawaï).

« Mas ne savait pas grand-chose sur Okinawa, à part le fait que c’était un groupe d’îles situées juste en dessous de la tache méridionale du Japon. Les Okinawaïens étaient japonais de nationalité, mais ils avaient quelques signes distinctifs. On les disait velus et fortement charpentés. C’étaient des pacifistes, et pourtant ils avaient inventé le karaté. C’étaient des mangeurs de porc qui vivaient éternellement, ou du moins plus longtemps que n’importe quels autres humains. Mas connaissait un certain nombre de jardiniers okinawaïens, mais la plupart restaient entre eux. D’ailleurs, lui-même ne fréquentait que des gens de Hiroshima, comme Haruo. »

En effet, un très vieux Sanshin ou shamisen en peau de serpent, instrument de musique d’Okinawa, est retrouvé près du corps. Quel lien entretient la victime avec cette île ? Mas va enquêter pour aider son ami. Il sera accompagné de la nouvelle petite amie de celui-ci, Juanita, une détective privée aux origines okinawaïennes. De rencontres, avec une vieille dame adorable de 106 ans originaire elle aussi de cet archipel, avec un professeur de Sanshin et son fils, en recherches, aidés par la ravissante Genessee HOWARD, professeure de musique à UCLA, née d’un père militaire américain et d’une mère d’Okinawa, le duo remuera le présent mais également le passé pour faire éclore la vérité.

Genessee sur le Sanshin trouvé près du corps :
« Il date assurément d’avant la Seconde Guerre mondiale. C’est de la vraie peau de python. Regardez : les chevilles sont en os d’animal. Il se pourrait même qu’il date du début des années 1800. Le sanshin est originaire de Chine. Il a ensuite évolué à Okinawa avant de gagner l’île principale du Japon. Les Okinawaïens utilisaient de la peau de python venue d’Inde, jusqu’à ce qu’elle devienne trop rare et chère. Après la Seconde Guerre mondiale, tandis qu’Okinawa se remettait péniblement de son ample destruction, on fabriquait les sanshin avec des boîtes de conserve et des cordes de parachute. Aujourd’hui on utilise de nouveau de la peau de serpent, mais importée du Sud-est asiatique. »

Une intrigue comme d’habitude finement tissée, des allers et retours entre passé et présent, des non-dits, des drames tus, des mensonges qui finissent toujours par remonter à la surface.

Le lecteur s’immerge totalement dans l’univers de Mas. Celui-ci est parfois fatigué, lassé, parfois prêt à braver tous les dangers lorsque des amis ont besoin de lui. Un personnage très attachant, souvent drôle, toujours tendre, qui, sous ses airs bougons, pourrait bien se laisser séduire par la belle Genessee

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

Vous pourrez découvrir les deux autres romans de l’auteure dans cet article de Journal du Japon et dans cet article du blog Lire le Japon.

 

De Paris à Tokyo, de Los Angeles à Okinawa, embarquez avec des personnages passionnants à la recherche de la vérité !

 

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