47 Ronins : entre mythes et réalité

Connus au-delà des frontières, les 47 rônins restent les guerriers les plus emblématiques de la légende samouraï. Emprunts de fidélité, de fierté et de courage, ils représentent les valeurs fondamentales de la caste guerrière japonaise. De l’histoire sublimée à la réalité, qui étaient ces 47 hommes ? Journal du Japon vous emmène dans cette histoire marquante du passé du Japon.

Les guerriers sans maître.

Contrairement à celle du « Dernier samouraï », l’histoire des 47 rônins n’est pas une fiction mais un fait historique bien réel. Le terme rônin, signifie « sans maître » et désignait des anciens samouraïs exclus de la société japonaise féodale.

L’histoire des 47 rônins se déroule sous l’époque Edo, plus exactement dans les années 1700 où, sur l’ordre du shogun Tokugawa Tsunayoshi, le noble (ndlr: daimyo, en japonais ) Asano Naganori est condamné à mort et doit pratiquer, le seppuku, le suicide rituel.

Le shogun Tokugawa Tsunayoshi. Crédits : Wikipédia

Asano Naganori est un fonctionnaire samouraï appelé à la cour royale du shogunat à Edo, capitale du Japon de l’époque, afin d’être formé à l’accueil prochain de l’empereur Higashiyama et de ses émissaires. Son supérieur, le maître des cérémonies du palais Kira Yoshinaka, est chargé de le former à cette tâche. Mais Kira Yoshinaka est connu pour être corrompu et exiger des pots de vin. La relation entre les deux hommes n’est pas bonne, ils se disputent, se détestent même. Kira, profitant de son statut de maître, provoque même Asano lors de scènes d’insultes publiques qui apportent à ce dernier un sentiment d’injustice et de honte publique.

Asano décide alors de se venger de son maître et prend la décision de tuer Kira. Suite à une autre attaque verbale de Kira,  Asano dégaine son épée et se jette sur ce dernier dans l’intention de le tuer. Mais il échoue, blessant au visage son adversaire. Il est arrêté sur le champs par des gardes du château et le shogun le condamne le jour même au seppuku, au suicide rituel, une condamnation à mort uniquement accordée aux samurai. Asano s’exécute et enfonce alors sa propre épée dans son ventre provoquant ainsi sa mort, le 21 avril 1701. Kira, quant à lui, étant un haut fonctionnaire du shogunat, ne sera ni puni ni inquiété.

Asano laisse le jour de sa mort un poème célèbre au Japon:

« Plus que les fleurs de cerisier,
Invitant un vent à les souffler,
Je me demande ce qu’il faut faire,
Avec le reste du printemps »

Il repose au temple Sangaku-ji à Tokyo.

Représentation d’Asano essayant de tuer Kira. Crédits : imgur.com

La vengeance des  samouraï

Asano avait, dans son fief d’Akô, un groupe de samouraï sous ses ordres. Sa mort entraîne la confiscation de son fief par le Shogun, et  les samourais qui y vivent, deviennent alors des rônins et sont sommés de partir, de quitter les lieux. L’un de ces samourai devenus rônins, Oishi Kuranosuke, prend les choses en main et décide d’abord de mettre à l’abri la famille d’Asano. Il prend ensuite la tête des 47 rônins qui, fidèles à Asano, décident de le venger de ce qu’ils jugent être une injustice, en assassinant Kira.

Pendant deux ans, Oishi et ses hommes mûrissent leur vengeance, sachant parfaitement ce qui les attendaient une fois cet acte prémédité exécuté : une condamnation à mort.

La statue d’Oishi Kuranosuke trône au temple de Sengaku-ji. Crédits : Wikipédia

Le plan de leur vengeance est de se faire passer pour des samouraï non désireux de venger leur maître et qui mènent désormais une vie de débauche, se saoulant dans les bars et vivant de trois fois rien. Oishi divorce même de sa femme, pour que cette dernière ne subisse pas les foudres des soldats de Kira. Cette tactique lui permet de faire remonter aux oreilles de Kira qu’il n’est qu’un ivrogne et qu’aucun danger n’est à craindre de sa part.

Leur  but est de tromper les espions de Kira, encore et toujours, quitte à vivre loin des valeurs samouraï. Et cela fonctionne. Baissant sa garde, Kira accepte que les anciens samouraï deviennent des serviteurs, artisans ou commerçants chez lui. Acceptés et invités à s’intégrer, les rônins repèrent les lieux, volent les plans à l’architecte et font rentrer des armes illégalement dans Edo.

En décembre 1702, Oishi juge que le temps est venu.

Le 14 décembre, à l’aube, il lance l’attaque contre le domicile de Kira. Les rônins se divisent en deux groupes afin de mieux gérer leur attaque et ce n’est que quand un coup de sifflet résonne dans la maison qu’ils apprennent que Kira est mort et qu’ils peuvent s’arrêter de combattre. Ce dernier, apeuré, s’était caché, mais Oishi et ses hommes ont finalement réussi à le débusquer. Il lui propose de mourir honorablement par seppuku, mais Kira refuse. Alors, Oishi l’achève par décapitation. Les rônins apportent la tête de Kira sur la tombe d’Asano, lui rendant ainsi leur dernier hommage.

Cet hommage fait, les rônins se rendent aux autorités. Le shogun décide de ne pas les condamner comme de vulgaires criminels et leur accorde la mort des samourai par seppuku. Ce sont donc 47 hommes qui se tuent ensemble pour l’honneur et la vengeance de leur ancien maître.

La mort par seppuku est violente mais permet au samouraï de conserver son honneur. Crédits : Seppuku Nakamura Lejuro

Les anciens samouraï, conformément à leur demande, sont inhumés au temple Sengaku-ji avec Asano.

Cette histoire devint populaire même à l’époque et le peuple se prend d’affection pour ces hommes. Beaucoup vienne prier sur les tombes des condamnés. Ce fait historique se reflète dans la culture japonaise comme une forme de courage et de fidélité extrême. C’est un engouement que le peuple retrouvera plus tard, lors de la seconde guerre mondiale avec le sacrifice des soldats pour la nation.

Enjolivée par le cinéma et les arts en général, cette histoire est toujours remise au goût du jour au fil des années.

À voir 

« La vengeance des 47 rônins » de Kenji Mizoguchi

Produit en 1941, ce film en noir et blanc retrace l’histoire de ces samouraïs.

« Ronin » de John Frankenheimer

Film franco-Britannique qui reprend les codes de l’histoire des 47 rônins à la sauce européenne. L’histoire n’a rien à voir, mais on retrouve l’esprit de vengeance et le réalisateur s’est clairement inspiré des rônins japonais.

« 47 rônins » de Carl Erik Rinsch

Sorti en 2013, c’est la dernière grosse production en date. Critiquable par rapport à la fidélité à l’histoire, il n’en reste pas moins spectaculaire et a le mérite de faire redécouvrir cette histoire au public occidental. Keanus Reeves se greffe dans un scénario incluant une part de fantastique parfois, un peu tiré par les cheveux, mais c’est un parti pris du réalisateur.

À lire 

« The fith profession » de David Morell

« The tokaido road » de Lucia Saint-Clair Robson

« Tales of old Japan » de Algernon Bertram Milford

Dans l’art 

Ce thème a bien sûr passionné les artistes dont le célèbre Hokkusai ou encore Kuniyoshi.

Voici quelques-unes de ces œuvres.

Oeuvre de Kunisada

Oeuvre de Kunisada

Oeuvre de Kunisada

Oeuvre de Kunisada

Oeuvre de Kunisada

Où se rendre?

Au temple Sengaku-ji à Tokyo:

C’est le lieu où se trouvent les sépultures des 47 rônins et d’Asano. Ce lieu est hautement symbolique pour les Japonais.

Les tombes des 47 rônins sont alignées les unes à côtés des autres. Crédits : Wikipédia

Il est possible de voir un spectacle de kabuki où ce thème fût extrêmement repris

En France :

En ce moment, a lieu une exposition au musée d’histoire de Nantes sur les 47 rônins ,l’occasion de voir des œuvres uniques, manuscrits, armures samouraïs et autres objets anciens…

 

L’histoire des 47 rônins est un pan populaire de l’histoire et de la culture japonaises, déjà si riches et passionnantes  et qui exerce une attraction certaine sur nous, Occidentaux passionnés ou curieux de ce pays.

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1 réponse

  1. 22 mars 2018

    […] de leur seigneur et d’accepter son autorité. Les samurai sans maître deviennent des rônin. Il sépare ainsi les guerriers des paysans et opère une grande transformation de la classe […]

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