[Studio japanime] Kyoto Animation : l’art de sublimer la banalité

Que de chemin parcouru pour Kyoto Animation ! De Air à Violet Evergarden, le studio à la patte graphique reconnaissable entre mille a su sortir son épingle du jeu pour nous offrir bien des œuvres mémorables. Adulé par certains, vivement critiqué par d’autres, KyoAni (pour les intimes) ne laisse pas indifférent… et fait parler de lui depuis des années ! Les raisons de ce succès clivant ? Un choix artistique décalé et une philosophie bien marquée.

Focus sur une compagnie au fonctionnement et au style pour le moins singuliers.

 ©Studio Kyoto Animation

Il était une fois, Kyoto Animation…

L’histoire de Kyoto Animation démarre sans prétention en 1981, sous l’impulsion de Hideaki et Yōko HATTA. Les jeunes mariés sont, à leurs débuts, affiliés à un rôle de sous-traitance et de coproduction pour des compagnies comme Pierrot et Sunrise. Colorisation, dessins intermédiaires et autres tâches secondaires formeront, pendant plusieurs années, leur quotidien. Mais c’est sans compter l’ambition du studio !

L’opportunité de se faire un nom dans l’univers de l’animation arrive par le biais de Fuji TV et de sa série devenue culte : Full Metal Panic. Une touche d’action saupoudrée d’une comédie ingénieusement introduite et le tour est joué : le spin-off Full Metal Panic? Fumoffu est acclamé par le public. Un tournant dans le parcours de KyoAni qui commence à réaliser ses propres œuvres, d’abord timidement (l’OAV Munto), ensuite avec plus d’assurance (Air). À l’avenir, la compagnie continuera de surfer sur la vague à succès des Visual Novels, notamment avec Clannad. Kyoto Animation semble avoir trouvé sa voie.

Suzumiya Haruhi no Yuuutsu

Suzumiya Haruhi no Yuuutsu © Nagaru Tanigawa/Noizi Ito/a member of SOS

Son apogée tire cependant ses origines, non pas d’un VN, mais bien d’un Light Novel hautement populaire, véritable OVNI à l’héroïne complètement barge. La Brigade SOS, ça vous dit quelque chose ? La sortie de La Mélancolie de Haruhi Suzumiya (Suzumiya Haruhi No Yuutsu) permet au studio kyotoïte de prouver l’étendue de son talent cinématographique et d’exposer sans honte son côté spécial et décalé. La machine est alors lancée et ne s’arrêtera plus.

Kyoto Animation, c’est ainsi une trentaine d’animes réalisés sur… une trentaine d’années. Un ratio pour le moins surprenant quand on parle d’un studio aussi « vieux ». Un moyen de privilégier la qualité à la quantité ? Probablement. Et la recette fonctionne ! La plupart de ces séries sont d’ailleurs élevées au rang de « hit ». Qui ne se souvient pas, le sourire aux lèvres, des bonnes tranches de rigolade devant Lucky Star ? De la vive émotion provoquée par Clannad ? Sans oublier l’histoire touchante et poétique de A Silent Voice. Pour expliquer ce succès, deux mots d’ordre : une politique interne efficace et surtout, une vision de l’animation particulièrement originale.

KyoAni : une politique interne conviviale et efficace

Conditions de travail déplorables, faibles revenus… Aujourd’hui, le métier d’animateur ne fait plus forcément rêver. À l’inverse, l’animation japonaise connaît un véritable « boom » depuis plusieurs années : le nombre de productions et de diffusions d’animes ne cesse d’augmenter. Le travail s’intensifie… et les employés désertent. Quelle triste ironie !

Pour combler ce paradoxe, les studios misent sur des freelances, payés à la prestation. Un moyen simple d’avoir plus de bras tout en diminuant les coûts. Sauf que ces nouvelles recrues se font de plus en plus rares et ont parfois bien du mal à tenir le rythme. Échéances restreintes, horaires imposés, travail simultané sur différentes productions engendrent stress, fatigue et perte de motivation. Une situation qui se répercute d’ailleurs souvent sur le rendu final des séries. Pendant ce temps, chez KyoAni, on sirote son thé loin des problèmes. Bien entendu, le studio a connu ses hauts et ses bas, mais le modèle unique sur lequel il se base le différencie de ses concurrents et lui évite bon nombre de complications.

Explications.

Kyoto Animation : Kyoukai No Kanata

© Nagomu Torii · Kyoto Animation / Kyokai no Kanata Committee

Chez Kyoto Animation, tout est fait en interne. Les membres du studio se connaissent bien, se font confiance et travaillent ensemble tout en partageant une philosophie commune. Ici, pas question de contracter des freelances en les payant le strict minimum : les employés bénéficient de revenus salariaux fixes et sont là pour le long terme. Pour accentuer ce côté « familial », KyoAni a même fondé sa propre école d’animation. La compagnie est ainsi sûre d’avoir une main d’œuvre régulière et d’engager des diplômés connaissant déjà la politique interne. Morale de l’histoire : prendre soin de ses employés, c’est bon pour les affaires !

Le fonctionnement de Kyoto Animation a énormément évolué au fil du temps. À l’origine simple sous-traitant, puis producteur, le studio gagne de plus en plus d’influence au sein des différents comités de direction dont il fait partie. À la fin des années 2000, il décidera même de lancer son propre canal d’édition. Une belle pirouette qui garantit des gains supplémentaires, ainsi qu’une liberté artistique et un contrôle quasi total sur ses propres œuvres. Misant à l’origine sur de gros succès commerciaux, le studio peut désormais se focaliser sur davantage de projets originaux. Grâce aux revenus accumulés par les belles recettes d’autrefois, Kyoto Animation se positionne aujourd’hui comme une compagnie 100% indépendante, qui produit ses propres titres et fait ce qui lui plait. 

Une ode à l’animation et à l’originalité

Arrières plans détaillés, mouvements fluides, séquences à la fois subtiles et spectaculaires… Personne ne peut nier la qualité d’animation de KyoAni. En revanche, beaucoup crient au potentiel gâché. Parmi les fans de séries animées, on lui reproche souvent son uniformité trop prononcée et son manque d’inspiration. Il est vrai que le studio sort rarement de sa zone de confort, préférant surfer sur des recettes qui ont déjà fonctionné par le passé. Les scènes d’action rocambolesques, les histoires violentes ou complexes sont, par ailleurs, bien loin du style de la maison. Avec ses budgets conséquents et l’expérience acquise par ses employés, le studio pourrait facilement animer des titres « plus osés ». Mais son choix de positionnement reste pour le moins original : il adapte majoritairement des séries de type Slices of Life (ce qui ne l’empêche pas de jouer sur plusieurs genres : drame, romance, comédie, sport, musique…).

Kyoto Animation : K-ON

K-ON © by Kyoto Animation / Kaze

En soi, ce n’est pas vraiment le format qui dérange, mais certaines de ses séries partagent des caractéristiques trop similaires entres-elles (notamment au niveau du chara-design) et sont, au premier regard, banales. L’exemple le plus parlant est sans aucun doute K-ON, le projet le plus populaire de KyoAni… et un véritable punching-ball pour les détracteurs du studio. Oui, le scénario n’est pas vraiment prenant. Oui, le côté « moe » ressort à outrance. Et oui, le spectateur se contente de suivre un groupe de filles qui semblent faire des choses complètement quelconques et inintéressantes. Mais doit-on forcément réduire cette série et les autres à des « tranches de vie sans ambition » ? Non, car ce serait complètement réducteur pour un studio aussi clairvoyant.

En vérité, Kyoto Animation a l’art de faire paraître les choses comme étant simples, de manière astucieuse et réfléchie. La compagnie est la preuve flagrante qu’un anime sans prétention ni grand spectacle peut devenir une œuvre culte. La raison de ce succès ? Une mise en scène hors normes et un souci des détails frôlant le perfectionnisme (avec en supplément un fan-service qui fonctionne, il faut bien l’avouer). Kyoto Animation, ce n’est pas en mettre plein la vue pour faire oublier des scénarios creux, c’est utiliser la forme pour mettre en lumière le fond. Les animateurs n’usent pas de dialogues palpitants pour raconter une histoire, ils la montrent à travers des scènes travaillées dans les moindres détails et des protagonistes criants de réalisme dans leur manière d’agir et d’interagir.

Une mise en scène poétique et des personnages émotionnellement attachants

Angles et mouvements de caméra, éclairages, effets sonores, silences… Tout le langage cinématographique est passé au crible pour dépeindre l’atmosphère du moment et impliquer davantage le spectateur. Une scène qui illustre ce point est la rencontre entre Oreki et Chitanda, dans Hyouka. Le moment, pourtant des plus banals, est dépeint de manière paradoxalement spectaculaire : le plan est subjectif, le son des pas retenti dans la pièce, la brise soulève doucement les cheveux des personnages quand leur regard se croise… Des éléments anodins, sans importance, mais qui ainsi mis en relief accentuent la curiosité ressentie par les deux lycéens et marquent le début d’une belle histoire.

Kyoto Animation A Silent Voice

©Yoshitoki Oima, KODANSHA/A SILENT VOICE The Movie Production Committee. All Rights Reserved. Based on the manga “A SILENT VOICE

Kyoto Animation porte également une attention particulière à ses personnages et aux relations qu’ils entretiennent. Tout est mis en œuvre pour les rendre réalistes grâce à de petits détails qui font toute la différence. Une mèche de cheveux remise derrière l’oreille, des mains tremblantes, un regard brillant d’excitation… les expressions du visage et le langage corporel permettent de communiquer au public les sentiments ressentis par les protagonistes. Le spectateur peut ainsi se sentir émotionnellement connecté et plus intimement lié à un personnage. Après tout, une image vaut mieux qu’un long discours.

Haruhi chantant God Knows, le moment partagé entre Reina et Kumiko sur le mont Daikichi (Hibike!Euphonium), Rikka découvrant enfin la « frontière invisible » (Chūnibyō demo koi ga shitai!), les scènes poignantes de Tomoya devant affronter la plus terrible des épreuves… Autant d’instants que nous ne sommes pas prêts d’oublier.

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Bande-annonce de Violet Evergarden, la dernière œuvre en date de KyoAni

Une identité visuelle unique et un modèle de fonctionnement d’exception : voilà comment Kyoto Animation a su se hisser parmi les plus grands et gagner la sympathie de nombreux fans. Conformiste dans ses choix scénaristiques, mais non conventionnel dans sa manière de les mettre en lumière, le studio ne manque pas d’atouts, n’en déplaise à ses détracteurs. Avec son travail magistral sur des titres récents comme A Silent Voice ou Violet Evergarden et l’annonce de ses prochaines adaptations cinématographiques, c’est sûr, KyoAni a encore de beaux jours devant lui…

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2 réponses

  1. Api dit :

    Bien que je connaisse déjà le fonctionnement interne de KyoAni, c’est toujours appréciable de le voir mis en avant. C’est un argument à avancer plus souvent à ces détracteurs du studio qui ne cherchent que des animés à l’action omniprésente, mais dont la qualité technique et de travail est généralement loin d’être exemplaire.

  1. 11 octobre 2018

    […] on mettrait volontiers une petite pièce sur Tsurune: Kazemai High School’s Archery Club, le KyoAni de la saison, une comédie sportive tranches de vie sur le tir à l’arc qu’il est […]

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